J'étais perturbée par ce que j'avais découvert hier et surtout, les questions que cela générait. Qu'est-ce que j'avais vu exactement ? Un plan du château, ça, c'était une évidence. Mais comment se l'était-il procuré ? Qui était assez intelligent pour créer ce genre de chose ? Ensuite, que fichait Remus au beau milieu du parc en soirée alors qu'il se disait malade et à l'infirmerie ? Où allait-il, comment passait-il sous le saule Cogneur ? Avec l'autorisation de Mme Pomfresh en plus ! Et enfin, Peter allait-il tout raconter à ses copains de toujours ? Qu'allaient-ils me faire ? Rien, ou devais-je redouter le pire ?
Voilà les questions qui tournaient en boucle dans ma tête. J'avais donc décidé, après une nuit bien agitée, de me lever très tôt malgré que nous soyons dimanche et d'oublier la grasse matinée. Peut-être qu'avec un peu de chance, je ne croiserais pas les Maraudeurs ainsi. Je m'assis en bout de table, à côté d'un première année qui faisait comme si je n'existais pas. Habituée à ce genre de comportement, je commençai mon petit déjeuner comme si de rien n'était.

Je venais juste de tremper ma tartine enduite de chocolat fondu dans ma tasse de café que j'entendis les voix honnies. J'en lâchai ma tranche de pain dans mon café, la bouche légèrement entrouverte. C'était Eux ! Ils s'installèrent à l'autre bout de la grande table des Gryffondor, aux places les plus proches de la sortie. Ils avaient l'air extrêmement fatigués, comme s'ils n'avaient pas dormi de la nuit. Était-ce parce qu'ils avaient parlé la nuit de ce qu'ils allaient me faire ? Avaient-ils un plan pour m'en faire baver un maximum ? Ou alors, ça n'avait aucun rapport avec moi ! Oui, après tout, je suis loin, très loin d'être le centre du monde, surtout du leur. Peut-être que Peter ne leur avait rien dit ! Je m'accrochai à cet espoir lorsque je remarquai enfin que Remus n'était toujours pas revenu. Alors que je repêchais tant bien que mal ma tartine chocolatée, je sentis des regards sur moi. Après un coup d'œil rapide sur ma droite, je vis que c'étaient bien les Maraudeurs qui me jetaient des regards en coin. Nous jouions au chat et à la souris : quelques regards suspicieux, qui je regarde et qui ne regarde pas, rapide coup d'œil à la dérobée sans se faire prendre.

De plus en plus mal à l'aise, je ne finis pas mon petit-déjeuner et me levai de ma chaise le plus discrètement possible. Pour sortir, je devais passer devant Eux. Eh bien, à l'abordage ! L'air naturel, légèrement pressée, je me mis en marche. Que la salle était longue ! Un pas, et un autre, tout se déroulait parfaitement bien. Cela ne devait pas être compliqué de sortir de là tout de même ! Il y avait encore peu de monde à cette heure matinale, aussi je ne fus pas gênée dans ma progression. J'arrivai à leur hauteur… Et rien ! Ils me laissèrent passer, sans même m'accorder un regard. Je sortis de la Grande Salle et me dirigeai précipitamment dans le premier escalier que je vis. Je relâchai enfin la pression et mon souffle, car j'avais fais la traversée de la Salle en apnée ! Je ne l'avais même pas remarqué. J'étais bête d'avoir fait une montagne d'un rien tout de même. Heureusement que John n'était pas là et n'avait rien vu. Il en serait mort de rire, le crapaud !

Mais alors que je voulus reprendre le chemin de la Salle Commune de Gryffondor, une main se posa sur mon épaule, m'immobilisant net dans mon élan. Une immense silhouette passa devant mon nez. Brisant mes espoirs de m'en tirer sans confrontation, je reconnus James Potter. En tournant, légèrement la tête, je pus voir que c'était Peter Pettigrow qui avait toujours sa petite main sur mon épaule osseuse. Sirius Black se tenait sur mon côté droit. Et sur la gauche, il y avait un mur de pierre. J'étais vraiment encerclée ! Quelle mauvaise farce ! James commença :

- Alors comme ça, tu es venue dans notre dortoir hier soir ?
- Je euh…
- Tu cherchais quoi au juste ?
- Je voulais…
- Ce n'était pas plus simple de nous demander si on avait ce que tu cherchais ?
- Bah en fait…
- En plus, tu as fouiné dans nos affaires !
- Non, je ne…
- Et tu as trouvé notre Carte ! lança la voix derrière moi.

Mitraillée par les questions de James et vaincue par la dernière question, je pinçai les lèvres, prête à recevoir d'autres remontrances. Seul Sirius avait gardé le silence, mais je préférais ne pas le regarder de peur de fondre devant ses yeux gris extraordinaires. Aussi, j'accrochai mon regard à James et à ses yeux accusateurs, qui me détaillaient d'un air sombre. Mais un silence pesant s'installa entre nous quatre. Attendaient-ils que je me manifeste après m'avoir coupé tant de fois la parole ? Qu'ils aillent se faire frire un œuf par un Epouvantard !

- Bon, on ne se connaît pas et toi tu es, commença James avant de me regarder d'un œil critique, enfin voilà quoi, tu es toi. Alors tu ne vas rien dire à personne au sujet de cette carte et en échange, Sirius va te rendre ton bouquin. Car je suppose que c'est ce que tu venais récupérer.

Le fameux Sirius en question ouvrit la bouche, pour protester, mais James lui lança un regard noir qui souffla court à ses récriminations. Comme je ne mouftais toujours pas, James haussa un sourcil et Peter lança :

- Elle sait parler au moins la petite ?

Ils ricanèrent mais je sentis que c'était forcé. Ils attendaient ma réponse, tendus. Pourquoi tenaient-ils tant que ça à ce que je garde le silence ? L'objet en question était-il maléfique ? J'imaginais mal des Gryffondor avec un artefact de magie noire. Surtout que la Carte ne semblait pas bien méchante. Enfin, mon père me disait toujours de me méfier des apparences, aussi je réservais mon jugement. Finalement, je relevai la tête et déclarai :

- Non.

Ils retinrent leur souffle. James, surpris, demanda :

- Non… C'est-à-dire non à quoi ?
- Non, je ne suis pas à vos bottes. De plus, je me pose beaucoup de questions. En particulier, ce que Remus faisait dehors avec Mme Pomfresh !
- Je ne savais pas qu'elle avait vu ça, je ne savais pas ! couina Peter dans mon dos en me lâchant l'épaule.
- Ce n'est pas grave Peter, Mademoiselle ici présente ne dira rien à personne et va tout oublier, c'est clair, insista James en reportant son attention sur moi.
- Sinon quoi ? Tu vas lâcher sur moi un troupeau de goules ?

J'avais beau faire ma fière, je n'en menais pas large. Et je commençais à regretter mon choix fait sur un coup de tête. Et dire que j'aurais pu récupérer mon bouquin si j'avais dit oui ! Là, je venais de m'attirer de gros ennuis, car dès que j'avais parlé de Remus, ils avaient tous reculé comme si je les avais frappés. La solidarité qu'ils avaient entre eux était très belle à voir, mais je n'avais pas envie de goûter à leur solidarité.

- Très bien, nous n'avons pas le choix dans ce cas.

C'était Sirius qui venait de parler de sa voix grondante. En même temps, je pus voir qu'il sortait sa baguette magique. Je me tournai brusquement pour lui faire face. Mes genoux tremblaient et une sueur froide dégoulina de mon front. Ils étaient dangereux ma parole ! Quelle idiote, quelle idiote ! Pourquoi j'avais dit ce non, pourquoi ! J'allais capituler, leur dire que j'allais tout oublier jusqu'à leurs noms et même leur laisser le livre qu'ils m'avaient volé, lorsqu'une voix froide parvint du haut de l'escalier.

- Qu'est-ce que vous faites ? Potter c'est toi ? Avec ta petite bande en plus ! Vous n'avez pas mieux à faire que martyriser les plus petites que vous ? Affrontez donc un adversaire à votre taille pour une fois !

Un peu rabaissée, je me dis que j'acceptais de me faire traiter de nulle et de petite par la préfète qui arriva pile au bon moment. Je bénis Merlin et Morgane de cette chance, même si elle n'était que provisoire.

- Lily, ce n'est pas du tout ce que tu crois, lança James d'un ton courtois, un sourire aux lèvres.
- Pourquoi Black pointe sa baguette sur elle, dans ce cas ?
- Ce ne sont pas tes affaires Evans !
- Fais attention à ce que tu dis, Black ! Remus n'est pas là pour te sauver la mise cette fois. Si lui passe l'éponge sur vos bêtises, je peux très bien enlever des points à Gryffondor si ça me chante !
- Mais tu ne ferais pas ça, pas vrai ? lança timidement Peter, caché derrière moi.
- Bien sur que si, je le ferais ! Allez, ne restez pas plantés là, vous avez mieux à faire un dimanche matin !

Sirius rangea sa baguette de mauvaise grâce. Je m'extrayai de leur cercle sous leur regard mauvais. En passant devant Lily Evans, je lui glissai un petit merci, auquel elle répondit par un hochement de tête, comme si elle avait l'habitude de faire ça. Alors que je fuyais la queue entre les jambes, j'entendis que leur conversation avait repris de plus belle. J'entendais surtout James et Lily se disputer. J'avais remarqué que ça leur arrivait souvent. Je passai devant le portrait de la Grosse Dame en lui balançant le mot de passe. Une fois dans la Salle Commune, je me sentis mieux. Il y avait déjà du monde, et ils ne feraient rien tant qu'il y aurait des témoins. Je poussai un soupir de soulagement jusqu'à ce qu'une main se repose sur mon épaule. Je fis un bond en avant tandis que la personne derrière moi éclatait de rire. Je reconnu le rire de John. Il me lança, hilare :

- Tu es bien nerveuse ce matin Marie ! Tu crois que je suis fâché après toi, c'est ça ? Allez, ce n'est pas grave ! Quoique j'ai pu dire de stupide hier soir !
- Je euh… Non. Oui. Enfin ça va.
- Tu as l'air bizarre. Qu'est-ce qui se passe ?
- J'ai fait un cauchemar cette nuit, c'est pour ça, lui mentis-je.
- Ha d'accord ! Tu as déjà pris ton petit-déjeuner ?
- Oui, mais si tu veux, je peux t'accompagner !
- Chouette, merci !

Tant que je restais avec John, rien ne pourrait m'arriver. Nous sortîmes donc de la Salle des Gryffondor d'un pas lent, en parlant de tout et de rien. Sur le chemin de la Grande Salle, nous croisâmes les Maraudeurs qui tenaient un conciliabule dans le couloir. Ils firent comme s'ils ne me connaissaient pas et moi, j'essayai de contrôler ma respiration. Une fois arrivés à destination, je pus enfin me détendre. John me regardait d'un œil bizarre, comme s'il sentait la pression que j'avais, mais il n'insista pas. Au contraire, il faisait le pitre pour me dérider au maximum. Ce qu'il pouvait être chou quand il s'y mettait !

Le dimanche se passa bien. Il faisait froid et gris dehors, aussi nous restâmes bien sagement dans la Salle Commune, à finir nos devoirs. John recopiait sur moi, bien sûr, et je réussis à me concentrer suffisamment pour faire mon dessin de Porlock que le professeur Brûlepot nous avait demandé pour le prochain cours. J'étais très satisfaite de moi, même si je pouvais sentir sur ma nuque quelques regards lancé par les Maraudeurs qui avaient bien sûr rejoint la Salle Commune dans la journée. Mais comme il faisait un temps affreux dehors, il y avait foule chez les Gryffondors ! Surtout qu'un gros feu ronflait dans la cheminée, dispensant une agréable chaleur qui me détendit plus sûrement qu'un sort d'Allégresse.

Enfin, le dimanche finit bien plus tranquillement qu'il n'avait commencé. J'étais prête à affronter une nouvelle semaine à fuir les Maraudeurs !