- Je peux au moins aller aux toilettes tout seul s'il te plaît ? Je t'assure, je ne me perdrai pas et les lavabos ne vont pas m'attaquer !

Je me forçai à rire à la plaisanterie de John tandis qu'il se dirigeait d'un pas pressé vers les toilettes des garçons. J'étais toute seule dans la Salle Commune, avec les Maraudeurs dans un coin. Il y avait quelques personnes, mais lorsque tout un groupe sortit pour aller je ne sais où, je me sentis de plus en plus démunie. Cela faisait maintenant quatre jours que je fuyais les endroits sombres pour me mêler à la foule, rester toujours en présence de quelqu'un et surtout de John. D'ailleurs, ce dernier avait émis quelques grognements lorsque je voulus l'accompagner aux toilettes la première fois. Je fis mine de me concentrer sur mon cours, pour éviter d'attirer leur attention. Remus les avait à nouveau rejoints depuis hier, pâle et les yeux cernés. Il avait vraiment l'air de sortir d'une maladie quelconque. Mais alors pourquoi se baladait-il le soir dans le parc avec l'infirmière ? Cette question tournait et retournait dans ma tête sans s'arrêter, mais je ne voyais rien, pas même le début d'une réponse. James toussa une fois et je sursautai sur ma chaise. Je lançai un rapide coup d'œil vers la droite : j'étais à deux pas de mon dortoir et si je les voyais se lever, je n'avais qu'à courir me mettre à l'abri. Courageuse, mais pas suicidaire !

J'entendis quelques ricanements à la table des Maraudeurs. Ils jouaient avec mes nerfs les chiens ! Je relisais sans cesse la même phrase, mais mon esprit restait focalisé sur Eux : allaient-ils venir me voir ? Allaient-ils se lever, allaient-ils vouloir me parler ? Tandis qu'un raclement de chaise se fit entendre, je relevai vivement la tête, prête à fuir. Mais encore une fois, c'était une fausse alerte. De nouveaux rires explosèrent dans la Salle Commune. Je pouvais tout de même remarquer qu'une seule personne ne participait pas à l'hilarité générale : c'était Remus. Était-il donc différent de ces énergumènes qu'il qualifiait d'amis ?

- Hey, Marie, je te parle !

John arriva dans mon champ de vision, interrompant net mes divagations. Depuis quand je m'intéressais autant à leur groupe de paumés ? Bon, d'accord, j'étais folle amoureuse de Sirius, mais pour lui, j'étais une sorte de Doxy. Aucune chance de lui plaire. Je devais l'oublier, point barre !

- Oui, tu disais ?
- Juste que j'étais revenu, je ne suis pas tombé dans le trou des toilettes ! Je suis grand maintenant, ha ha !
- Ah, c'est bien, répondit-je distraitement, tu n'aurais pas vu ma plume ?

Il me tendit mon bien perdu. Je le remerciai en grommelant, et tandis que je voulais dévisser mon pot d'encre, une silhouette approcha de notre table. Une voix douce me fit sursauter, renversant un paquet d'encre bien noire sur mon devoir de potions presque terminé. Cramoisie, honteuse et passablement énervée par cette catastrophe, je relevai les yeux pour tomber nez à nez avec Remus Lupin.

- Beuh… Euh, balbutiai-je pitoyablement.
- Qu'est-ce que vous voulez ? traduisit mon camarade de toujours.
- Bonjour à tous les deux, je m'appelle Remus Lupin. J'aimerais vous parler en tête à tête mademoiselle. Si cela ne vous dérange pas !

Il nous regarda tous les deux, comme un vieux couple. John secoua la tête et moi, je fis l'inverse. On se disputa, John voulant rester car il ne voulait pas de secret entre nous ; je lui rétorquai que je pouvais m'en sortir seule, que je lui raconterais après. Il me reprocha de vouloir lui cacher la vérité, se qui était aussi un peu vrai, mais j'essayais de le rassurer comme je pouvais. Et pendant ce temps, Remus s'était assis à côté de nous et nous regardait nous balancer nos quatre vérités à la figure. Aussi, je fis les yeux doux à John, lui demandant gentiment s'il pouvait juste me laisser quelques secondes avec Remus. Après un dernier regard peiné, John se leva le dos raide et fila dans son dortoir sans plus aucun mot.

- Merci Mademoiselle Vasseur. Vous vous demandez comment je connais votre nom. Disons que ce sont mes amis qui me l'ont dit. Il paraît aussi que vous avez eu une altercation le week-end dernier. J'aurais aimé votre version des faits. Si cela ne vous dérange pas bien sûr !

Malgré son air fatigué, il avait un sourire empli de gentillesse qui me força à lui faire confiance. Alors, je me décidai : je lui racontai comment j'avais pénétré dans leur dortoir pour récupérer mon bien, comment j'étais tombée sur un drôle d'objet, passant tout de même sous silence le fait que je l'avait vu dans le parc le soir, la panique qui m'avait saisie lorsque Peter m'avait surprise, puis mon étonnement lorsqu'il m'avait laissé filer sans rien faire. Enfin, je lui racontai notre discussion dans le couloir. Il me fixait intensément de ses yeux bleus et je me sentis rougir. C'était la première fois qu'un garçon, autre que John, me regardait aussi longuement sans avoir une grimace sur le visage. C'était une sensation nouvelle pour moi. Je ne pus soutenir son regard et je plongeai la tête sur mon parchemin taché d'encre. J'étais bonne pour le recommencer !

Remus fouilla dans ses poches puis sortit sa baguette magique. J'ouvris grand les yeux de terreur et secoua la tête, apeurée. J'allais l'implorer de ne pas me faire de mal lorsqu'il vit ma peur. Il me dit précipitamment :

- Non, non, ne vous inquiétez pas. Vous permettez ? demanda-t-il en tendant un doigt vers mon parchemin taché. Encore mal à l'aise, j'acquiesçai lentement de la tête sans le quitter des yeux. Il pointa sa baguette sur mon papier imbibé d'encre et il chuchota une formule magique qui aspira toute l'encre en trop. J'avais de nouveau mon devoir propre et net devant les yeux ! Un petit sourire naquit sur mes lèvres. Il rangea sa baguette d'un air nonchalant qui ressemblait fortement à James Potter. Je le remerciai du bout des lèvres, surprise qu'il ait eut l'amabilité de faire ça. Il poursuivit :

- Je reconnais que mes comparses avaient oublié une chose : ils s'en sont pris à une Gryffondor ! C'était stupide de vous voler votre livre, je le reconnais. Mais, en sachant qui l'avait, pourquoi ne pas être venue nous voir pour le récupérer ?

Embarrassée par sa question, je ne répondis pas tout de suite, jouant machinalement avec mes cheveux. Devant le silence qui s'éternisait, le Maraudeur comprit que je n'avais aucune intention de lui répondre, car il continua :

- En tout cas, si vous vous demandiez pourquoi Peter ne vous a rien fait lorsqu'il vous a découverte dans notre dortoir, c'était car il était pressé. De plus, il voulait en parler avec James et Sirius pour savoir quoi faire exactement.

Pour me faire le plus de mal possible, songeai-je intérieurement. Mais plutôt que de m'exprimer, je le laissai venir. C'était lui qui était venu, je lui avais dit ce qu'il voulait mais il ne partait pas, donc, il avait sûrement autre chose à me dire. Et j'avais raison, car devant mes lèvres scellées, Remus soupira mais reprit la parole :

- Bien. Il paraît aussi que vous m'avez vu dans le parc le soir, avec l'infirmière. Ne prenez pas un air choqué mademoiselle, mes amis m'ont tout raconté je vous rappelle. J'aurais aimé savoir ce que vous allez faire de tout ça maintenant. Allez-vous en parler à quelqu'un ? En avez-vous déjà parlé à quelqu'un ? Si oui, à qui ?

J'avais l'impression d'avoir sa vie entre mes mains tellement il me regardait intensément. C'était donc si grave que ça ? Dans quel genre de machination j'avais bien pu mettre les doigts, bon sang ! Tout ça pour un stupide bouquin ! Finalement, je me décidai enfin à ouvrir la bouche :

- Je ne sais pas pourquoi c'est si important pour vous, mais je n'ai rien dit à personne pour le moment. Et je ne sais pas si je le dirai. Au fond, qui me croirait ? Vous pouvez aller retrouver vos copains tranquillement, je ne pourrais pas vous faire de mal.
- Vous détenez un secret qui…
- Mais puisque je vous dis que je ne le dirai pas, votre secret !
- J'avais bien entendu et c'est très gentil à vous, mais comment pourrais-je vous faire confiance ? Nous ne nous connaissons pas, me répondit-il avec douceur.
- Dites à vos amis d'arrêter de me suivre ou de me faire peur. Et je ne vous causerai pas d'ennui à mon tour.
- C'est un marché qui me convient. Vous savez, mes amis voulaient juste me protéger…
- Fantastique, marmonnai-je.
- Mais ils ne vous auraient fait aucun mal, ils ne sont pas bien méchants.
- Tsss, comme si je ne connaissais pas votre réputation. L'histoire avec Severus Rogue à la fin de vos BUSE de l'année dernière a fait le tour de l'école ! Alors permettez que je ne vous crois pas sur parole et que je préfère les savoir loin de moi.
- Disons qu'avec Severus, c'est différent.
- Différent ? Pff, de toute façon, je ne veux même pas le savoir ! Allez-vous-en.
- Ecoutez-moi avant de porter un jugement sur…
- Allez-vous-en, j'ai dit ! Notre marché nous convient à tous les deux, ça me suffit.

Je fis mine de me concentrer derechef sur mon parchemin de Potions pour bien lui signifier que cette conversation était terminée. Il dut comprendre le message, car il se leva et rejoignit sa bande de nazes. Remus avait à peine quitté sa chaise que John s'assit à sa place.

- Quoi ? demandai-je exaspérée.
- Bah vas-y, dis-moi maintenant ! Pourquoi il est venu te voir, de quoi vous avez parlé ? Tu as dit que tu me raconterais tout après, alors vas-y, déballe !
- C'est un préfet, alors il voulait me dire de faire moins de bruit dans la Salle Commune, mentis-je.
- C'est ça ! Il l'aurait fait devant moi et en plus, tu étais silencieuse. Très silencieuse.
- J'ai crié quand tu étais aux toilettes, continuai-je, m'enfonçant dans mon mensonge sans trop savoir pourquoi.
- Pourquoi tu ne veux pas me dire la vérité Marie ? Nous ne sommes pas censés être amis ? Je ne suis donc rien à tes yeux ?
- Cela n'a rien à voir avec ça !
- Bien sûr que si ! J'en ai assez entendu !

Il se leva et emporta ses affaires avec lui. Il monta à nouveau dans son dortoir mais cette fois, je savais qu'il ne redescendrait pas. Je venais de me fâcher avec mon meilleur ami. Quelle idiote ! Je fus sur le point de monter à sa suite, mais je me ravisai. Pourquoi je ne lui avais pas dit ? Pour le protéger ! Je m'accrochai à cette idée comme à une bouée. Après tout, je ne savais pas du tout dans quelle histoire je m'embarquais, ça pouvait avoir de graves répercussions. Je ne savais pas où je mettais les pieds, pas la peine de lui faire courir le moindre risque. C'était mon ami, je devais le préserver, comme lui le faisait pour moi. En tout cas, j'essayai de m'en convaincre fortement.

Après une fin de journée plutôt morne, un repas où j'avais à peine mangé toute seule, je montai me coucher tôt pour oublier enfin ce jeudi tout aussi pourri que le week-end dernier. Mais en voulant monter les marches, je vis un livre posé sur les marches de mon dortoir, Chendra gentiment assise dessus. Je pris ma chatte grise dans mes bras, savourant son contact tout doux et son ronronnement réconfortant et je ramassai le bouquin de ma main libre. C'était mon livre d'Histoire de la magie ! Un parchemin dépassait, aussi j'ouvris la première de couverture pour découvrir un mot hâtivement écrit :

"Tu en auras sûrement bien plus besoin que nous.
Bonne révision pour tes BUSE
RL"

J'emportai le chat et mon livre dans mon dortoir, soulagée de l'avoir récupéré. Le pourquoi il avait fait ça m'échappait, mais je savais quand même que je détenais quelque chose que je n'aurais pas dû. Un secret de trop. Pourquoi étais-je donc trop curieuse ? Je me jetai sur mon lit et m'endormis immédiatement, épuisée par tous ces rebondissements.