Vacances ! Enfin ! Le rythme de malade que je m'étais imposé pour éviter de penser à mes tracas m'avait bien fatiguée et j'accueillis la pause avec un soulagement intense. Surtout que John était parti hier, donc je n'aurais plus à l'avoir sous les yeux, lui et son bonheur sans moi, partout où j'allais. Non, je n'étais pas jalouse qu'il réussisse à être populaire alors que je restais une pauvre fille solitaire, non, pas du tout. Il me manquait, c'est tout. Oui voilà, j'essayais de m'en convaincre en tout cas. Mais une petite voix intérieure chuchotait bien traîtreusement que j'étais quand même bien envieuse et que je ne comprenais pas pourquoi je ne pouvais pas réussir.

- Je ne suis pas plus bête que lui, tout de même !

Je mis ma main devant ma bouche : j'avais parlé tout haut, dans une Salle Commune quasiment vide. En fait, il était même très tard, la nuit était tombée depuis bien longtemps et il ne restait que moi, assise dans un fauteuil près du feu et les Maraudeurs assis autour d'une table, chuchotant dans leur coin. Sûrement une nouvelle blague qu'ils mettaient au point. Quoique, à bien les regarder, je pus voir que Remus manquait à l'appel. Et je ne l'avais pas vu de la journée. Ils me regardèrent comme si j'étais folle. Je détournai vivement la tête pour reprendre ma contemplation du feu qui s'éteignait petit à petit. Pourtant, un picotement désagréable me parcourut la nuque. En jetant un coup d'œil sur le côté, je vis James me regarder avec insistance. Puis, ce fut Sirius. Je compris que j'étais de trop, aussi, je me levai de mon fauteuil pour monter dans mon dortoir. Aucun mot ne fut échangé, mais je sentis qu'ils relâchèrent la tension, comme s'ils étaient soulagés que je m'en aille enfin.

Ils préparaient un mauvais coup ce soir ! Je fis bien exprès de fermer la porte bruyamment de mon dortoir, chose que je ne faisais pas d'habitude, pour ne déranger personne. Mais pour les vacances, j'aurais le dortoir pour moi seule. Je me précipitai vers mes affaires, cherchai mon petit sac que j'avais préparé à l'avance : un peu d'eau dans une gourde et des gâteaux. J'ouvris la porte derechef, mais en silence cette fois. J'attendis en haut des escaliers, prête à passer une nuit blanche pour les espionner. Ma mère me disait toujours que c'était vilain d'écouter aux portes et que ma curiosité me serait fatale. Elle avait bien raison, mais c'était plus fort que moi ! J'écoutai les quelques murmures de la Salle Commune que j'entendis, mais il n'y avait rien de compréhensible. Je pus distinguer par contre, très nettement, une voix que j'attribuai à Peter :

- On y va !

Puis, ce fut le silence dans toute la tour Gryffondor. Je retins mon souffle de peur qu'ils ne m'entendent, mais ils avaient apparemment d'autres chats à fouetter, car j'entendis soudain des pas qui s'éloignaient, en toute discrétion. Mais c'était comme s'ils faisaient des petits pas. Je ne comprenais pas leur manège jusqu'à ce que j'entende un souffle d'air de l'autre côté de la Salle : ils venaient d'ouvrir le portrait de la Grosse Dame ! Puis, tout aussi silencieusement, le trou se referma, avec un léger déplacement d'air. Je descendis la volée de marches sans faire de bruit avec mes baskets que j'avais prises exprès, et j'attendis quelques secondes avant de moi-même ouvrir le trou de la Salle Commune. Il faisait nuit, mais la clarté de la Lune était telle que je n'avais même pas besoin d'allumer ma baguette magique. Je la laissai donc dans la poche de ma cape, que j'avais prise par précaution. Comme quoi, j'avais bien préparé cette expédition !

Pendant un instant, je restai indécise devant la Salle Commune. J'avais un risque de me faire prendre. Mais je me raisonnai par le fait que si eux y arrivaient, je pouvais y arriver aussi. Non ? Me donnant du courage, je pris le premier couloir qui se trouvait devant moi. En effet, j'entendais les bruits de pas si caractéristiques des Maraudeurs de ce côté. Mais j'avais beau enfiler couloir sur couloir, je confondais les directions avec les autres, prenais un souffle de vent pour un soupir ou inversement. En bref, j'étais un peu perdue parce que le château vide, la nuit, cela n'avait rien à voir avec Poudlard en plein jour, bondé d'élèves joyeux ! Et en plus, je suivais des fantômes, car je ne les voyais à aucun moment et je ne les rattrapais pas du tout. J'eus une montée d'adrénaline lorsqu'au bout d'un couloir, j'aperçus Peeves. S'il me voyait errer dans les couloirs à cette heure tardive, il allait hurler et il réveillerait bien quelqu'un. Du genre de Rusard ! Et c'était la dernière personne que j'avais envie de voir maintenant ! Heureusement, je pus faire demi-tour et Peeves continua sur sa lancée, faisant des taches d'encre partout sur les tapis des couloirs. C'était le concierge qui allait être content demain matin !

Je m'arrêtai donc au milieu d'un nouveau couloir que je venais de prendre sans savoir où j'allais.

- Réfléchis, réfléchis donc ma fille ! murmurai-je en fronçant les sourcils.
Je ne pouvais décemment pas continuer à tourner en rond ainsi, je jouais avec la chance et chaque minute supplémentaire que je passais à rôder dans les couloirs la nuit me rapprochait inéluctablement d'une sanction exemplaire. Et si les Maraudeurs allaient rejoindre leur ami, Remus ? Et où se dirigeait Remus lorsque je l'avais surpris sur la carte ? Vers le Saule Cogneur ! Revigorée d'avoir fait fonctionner mes neurones logiquement, je me dirigeai vers l'entrée de Poudlard, pour aller dans le parc. J'entrouvris l'immense porte du château. En jetant un œil dehors, j'aperçus trois silhouettes qui se découpaient bien nettement sur la neige. C'étaient eux, j'en étais sûre ! Ils se dirigeaient comme je le prévoyais vers l'arbre des fous, comme on le surnommait entre nous. Même si le jeu consistait à toucher son tronc sans prendre de coups, je savais que c'était un arbre dangereux. Je ne l'approchais jamais ! Mais cette fois, j'allais devoir affronter mes peurs.

Je me glissai par la petite ouverture de la porte et la refermai doucement. Lorsqu'un vent glacial filtra sous mes vêtements, j'empoignai vivement ma cape et la resserrai autour de moi. D'un pas rapide, j'essayai de parvenir vers le Saule Cogneur, qui se trouvait tout de même de l'autre côté du parc, à la lisière de la Forêt interdite. Un autre endroit que j'aurais préféré éviter. Un de mes pieds ripa sur la neige et je basculai en avant. Je pus me retenir de chuter grâce à un magnifique réflexe mais désormais, je marchai un peu plus prudemment. En scrutant l'horizon, je ne distinguai plus que deux silhouettes. Ils attendaient bien sagement devant le grand arbre qui essayait de les frapper. Mais ils étaient à distance de sécurité, aussi, ils ne bougèrent même pas d'un centimètre. Puis, soudainement, l'arbre arrêta totalement de bouger. Je m'arrêtai, stupéfaite d'un tel miracle, tandis que les silhouettes masculines disparurent dans un trou, sous le Saule Cogneur. La pleine lune qui venait d'apparaître de derrière les nuages m'avait permis de voir un petit trou entre les racines du Saule. Et, dès que le dernier Maraudeur fut entré dans le passage secret, le Saule se remit à bouger, voulant tout fouetter autour de lui. Il réduisit en bouillie un arbuste qui se tenait à côté de lui, comme pour se venger.

Mais pourquoi avait-il arrêté de bouger lorsque les Maraudeurs s'étaient glissés dans l'ouverture ? Avaient-ils le pouvoir de parler aux plantes ? Avaient-ils appris un sort leur permettant de figer les Saules Cogneurs ? Et d'ailleurs, pourquoi n'étaient-ils plus que deux ? Il était vrai que je les avais lâchés des yeux le temps de me rattraper pour ne pas tomber, mais celui qui avait disparu n'aurait pas pu passer devant moi sans que je le voie, tout de même ! J'étais sur le chemin entre le château et la forêt ! Je devenais folle… c'était la seule explication logique que j'avais à fournir.

Malgré tout, je repris ma marche en avant. Je devais en avoir le cœur net ! Je suivis les empreintes de pas dans la neige et enfin j'arrivai près du Saule, exactement au même endroit ou les deux sixième année avaient attendu. Bizarre… Avant, il y avait bien trois paires de semelles différentes, mais il n'y en avait plus que deux qui se fondaient dans le trou. C'était à ne rien y comprendre ! D'autant que l'arbre en face de moi commença à remuer méchamment, essayant de m'atteindre par tous les moyens. S'il pouvait se déraciner pour venir m'en mettre une, j'étais sûre qu'il le ferait ! Je restai donc plantée sur mes pieds, essayant de ne pas bouger, comme les formes noires de tout à l'heure. Peut-être qu'en montrant à l'arbre qu'on n'avait pas peur, il arrêtait de bouger ? Pourtant mes genoux faisaient des claquettes, et j'étais sûre qu'on pouvait les entendre. Pourtant, il ne se passa rien : le Saule Cogneur continuait son manège. Qu'avaient-ils fait bon sang ! Ils prenaient bien trop d'avance !

Peut-être étais-je suicidaire, mais je fis un pas en avant, me retrouvant sous les coups de l'arbre fou. Et ils ne tardèrent pas à arriver. Une grosse branche voulut s'abattre sur moi, mais je réussis à faire un pas de côté de justesse. Par contre, je ne réussis pas à éviter la petite liane qui arriva traîtreusement à ma droite et qui me faucha, m'envoyant le nez dans la neige. La grosse branche qui avait déjà essayé de m'aplatir revint à toute vitesse, et je roulai dans l'herbe pour l'éviter. Ainsi, je me retrouvai encore plus sous l'arbre qui put envoyer d'autres branches. L'une réussit à m'atteindre au bras. Je retins un cri de douleur tandis que je me remettais debout comme je pouvais. Une nouvelle branche me gifla la joue et un filet de sang courut jusque dans mon cou. Mais j'avais bien d'autres soucis : je ne pouvais ni atteindre le trou, ni retourner en sécurité, l'arbre anticipant chacun de mes mouvements. Une grosse branche m'atteignit dans les côtes et j'eus le souffle coupé. Je tombai à genoux dans l'herbe, couverte de bleus et d'estafilades. Je n'avais pas la force de me relever tandis que le Saule Cogneur allait donner le coup de grâce.

C'est faux de dire que tous nos souvenirs passent devant nos yeux lorsqu'on est proche de la mort. Là, je ne pensais qu'à une seule chose : mais qu'est-ce que tu peux être bête ma fille ! Alors que devant mes yeux, je ne voyais qu'un tronc bouger sauvagement et des branches partir dans tous les sens, la neige volant en tous sens. Puis, lorsque la branche qui allait m'achever fut au-dessus de moi, elle s'arrêta à deux centimètres de ma tête. L'arbre venait juste de s'immobiliser. La tension retomba d'un coup et je m'écroulai par terre, telle une poupée de chiffon. C'est en me relevant péniblement, en m'écartant de la branche tueuse, que je vis Chendra, mon chat.

- Mais ? Qu'est-ce que tu fiches ici, toi ?

Elle se tenait bizarrement assise sur une racine de l'arbre et n'en bougeait pas. Elle me regardait de ses grands yeux luisant dans l'obscurité. Ne comprenant pas pourquoi le Saule s'était soudain arrêté, ni ce que Chendra faisait ici, je réfléchis vite. J'avais deux solutions : soit je retournais au château me blottir dans mon lit, panser mes blessures et oublier tout ça. Soit je fonçais droit devant, sans savoir ce qui allait m'arriver ni si j'aurais les réponses à mes interrogations. Ma chatte grise baissa une oreille et regarda le trou, comme pour me pousser à y aller. Après être passée à deux doigts de la mort, est-ce que j'allais continuer à jouer avec ma vie ? Ou pas ?

- De toute façon, nous n'avons qu'une seule vie… Je veux savoir ! m'encourageai-je.
Aussi, je fis un pas en avant, puis un autre. Et enfin, je fus dans le tunnel. Car c'était bien un long tunnel noir qui se tenait devant moi. Pas très grand ni très large, mais suffisant pour que j'y passe debout, tellement j'étais petite. Aussi je suivis le tracé tandis que Chendra me rejoignait. J'entendis au loin le Saule se remettre en mouvement. Etait-ce Chendra qui m'avait sauvé la vie ? Je regardai ma chatte d'un œil nouveau et je me pris les pieds dans une racine.

- Aïe ! Mais regarde devant toi, banane !

Je repris ma marche en scrutant le sol. Un virage à droite, suivi d'un autre, un à gauche, parfois une pente douce ou en descente glissante, le tunnel serpentait pendant un long moment sous le sol. Mais où allais-je atterrir ? Alors que la question venait me hanter, je vis la bouche de la galerie de terre s'élargir. Etais-je arrivée au bout ? Je fis un dernier pas. Et je vis le plancher sous mes pas. Victoire ! Soudain, j'entendis un grognement au-dessus de moi. Je levai lentement la tête pour me retrouver face-à-face avec un loup debout sur ses pattes arrières, les crocs dégoulinant de bave tandis qu'il me regardait de ses grands yeux jaunes. Bien entendu, dans ces moments pareils, le premier truc qu'on fait, c'est hurler :

- Un loup-garouuuuuuuuuuuu !

Hélas, j'étais pétrifiée de terreur. Je restai sur place d'un air stupide, attendant une mort douloureuse. Ça faisait deux fois ce soir, ça faisait beaucoup quand même ! Mon espérance de vie diminuait beaucoup trop ! Mon chat était moins bête que moi, car elle fila sans demander son reste en un miaulement suraigu. Les deux jambes fermement ancrées dans le sol, je n'avais même pas l'idée de prendre ma baguette magique. Je le regardai, les yeux écarquillés. Et ce qui devait arriver arriva.

Le loup-garou se mit lentement en marche vers moi, sûr de lui.