J'avais repris le fil de mes pensées : je m'étais mise dans de sales draps, pour une sombre affaire d'espionnage des Maraudeurs et résultat, j'avais atterri la tête la première dans la gueule du loup-garou. Au sens propre du terme ! Et moi, en pauvre godiche que j'étais, je suis restée plantée là, la bouche grande ouverte en un cri de terreur qui ne voulait pas venir. Le souffle court, je ne pouvais que voir le carnage de la pièce derrière alors que la mort avançait sur moi, bavant et se léchant les babines d'un air affamé.
Le loup-garou allait me tomber dessus d'une seconde à l'autre, je pouvais sentir son haleine contre mon visage malgré la distance, son souffle rauque alors qu'il se remettait de sa surprise de voir de la chair fraîche débarquer aussi subitement. Les poils de mes bras se hérissèrent de peur. Pourtant, alors que l'action semblait durer des heures à mes yeux, elle ne durait en fait que quelques secondes. Sous le choc, on se focalise souvent sur un petit détail. Ainsi, je m'arrêtai un instant sur les yeux de l'hybride qui me faisait face. Comme une lueur de peur, comme une incertitude à me faire du mal, bref comme s'il avait du remord à me tuer. Etait-ce possible ?
Tandis que je me posais ce genre de question existentielle (c'était le moment !), la créature avança doucement, sûre que j'étais prise au piège. Alors qu'elle n'était qu'à quelques centimètres de moi, un grand chien noir, arrivant de nulle part, sauta sur le loup-garou, me sauvant ainsi la mise. Ils roulèrent un instant au sol, les pattes emmêlées. Les grognements fusèrent, emplissant la pièce de colère. Le combat était certes inégal, mais le chien ne montrait aucune peur. Et moi, je restai là, à regarder, fascinée. Perturbée. Paralysée encore. Je sentais encore mes jambes trembler sous moi et elles peinaient à me porter. Mais je n'avais pas le droit de flancher, pas alors que le canidé était héroïque, esquivant les coups les plus fourbes du loup-garou, qui lui, n'avait qu'une seule chose en tête : me manger toute crue ! Cela se sentait dans sa façon d'attaquer, tandis que le chien noir se mettait toujours sur sa route, lui coupant tout espoir de venir vers moi. Pourquoi il agissait ainsi, je n'en savais rien, mais je n'allais certainement pas faire la fine bouche ! Je prenais toute l'aide possible !
Le grand chien se prit un coup de patte, juste sous l'œil. Du sang perla entre ses poils, brillant grâce à la lumière de la pleine lune qui filtrait par la fenêtre. Le chien grogna de plus belle, ajoutant un son éraillé à la cacophonie existante. Le chien se jeta à nouveau sur le loup-garou et ils s'écrasèrent tous les deux sur une chaise qui explosa sous l'impact. Un immense cerf apparut alors et chargea le loup-garou, les bois en avant. J'ouvris les yeux encore plus grand pour voir le spectacle. La créature mi-homme mi-bête fut rejetée au loin grâce aux attaques combinées des deux grands animaux. Ils reprirent un instant leur souffle, l'hybride passant de l'un à l'autre. Le chien fit semblant d'attaquer, esquiva un coup de patte traître et le cerf plongea en avant. Pourtant, même si je n'étais pas une professionnelle du combat, j'avais l'impression que les deux animaux qui me protégeaient évitaient volontairement de faire trop de mal au loup-garou. Contrairement à ce dernier qui était tout aussi brutal que ce que j'avais lu dans les livres.
Le cerf était magnifique, mais soudain, il chuta, tête en avant, tandis que le loup-garou saisit sa chance pour se rapprocher de moi. Je réussis enfin à me déclouer du sol et fis un pas en arrière, pour heurter le mur de terre. Je secouai la tête fébrilement mais, pour la seconde fois, le chien sauta et atterrit sur le dos de mon agresseur. Ils roulèrent au sol, les crocs contre les crocs, griffant tout ce qui passait à leur portée. Mais le chien semblait affaibli : le loup-garou le repoussa et il se reçut mal, sa patte avant droite se dérobant sous lui. Il retomba sur le sol en un jappement de douleur. Le cerf parut inquiet, ses grands yeux noisette se posant sur la dépouille du chien, puis il attaqua derechef le carnivore.
Soudain, un rat fut à côté de moi. J'hurlai, ajoutant du bruit à la folie générale. J'avais une peur bleue de ce genre de bestiole et je les évitais le plus possible (pourquoi avais-je un chat tout de même ?). Il venait sans doute de se faufiler entre les combattants sans que je le voie, tellement le combat me captivait. Il s'engouffra dans le tunnel et je criai de plus belle sans pouvoir bouger. Quelle soirée de fou ! Pourquoi n'étais-je pas restée couchée bon sang ! Mais pourquoi avais-je fait la maligne ?!
Pour parachever cette nuit de dégénéré, le rat se métamorphosa en Peter Pettigrow sous mes yeux. Il me saisit la main brutalement et m'entraîna dans le tunnel. Mes jambes eurent du mal à se mettre en marche et tandis que nous nous enfoncions dans la colonne de terre, j'aperçus une dernière fois le carnage : le chien qui tentait de se relever malgré sa patte blessée, le cerf qui venait de se faire mordre la patte arrière gauche et qui bramait de souffrance et le loup-garou, qui continuait le combat, quoi qu'il arrive, quoiqu'il se passe. Enfin, la salle s'effaça de mon regard et je vis la terre autour de moi, la sécurité et Peter qui m'emportait toujours plus vite, toujours plus loin. Il ne se retournait pas, continuait de suivre le parcours. Il n'avait aucune hésitation, tournant dès qu'il le fallait, comme s'il le connaissait par cœur. Les bruits de la bataille diminuaient avec la distance que l'on mettait, chaque pas m'éloignait du danger mais je me sentais de plus en plus mal. J'hésitai, trébuchai une première fois. Peter me remit debout d'un vigoureux coup de poignet et continua sa marche en avant. Il me cria :
- Allez, ce n'est pas le moment de ramasser des pâquerettes ! Viens !
Je ne lui répondis pas, économisant mon souffle et me concentrai sur le parcours. Bientôt, les cris des animaux se furent tus et nous arrivâmes à l'entrée, juste sous le Saule Cogneur. Peter me fit un geste, m'intimant de rester là, ce que je fis avec plaisir. Je n'avais aucune envie de me retrouver à nouveau contre l'arbre fou, j'avais eu assez d'émotion pour la soirée avec le loup-garou ! Tandis que Peter marchait lentement, pour chercher je ne sais quoi, à l'abri du Saule, je pensais aux deux animaux qui m'avaient défendue. Ils avaient été blessés par ma faute. J'espérais aussi qu'il ne serait pas mort par ma faute. Je ne les connaissais pas certes, mais ils m'avaient sauvé la vie quand même !
- Allez viens ! Vite ! Je ne tiens pas à rester ainsi toute la nuit !
Peter me sortit brusquement de mes pensées. Il se trouvait dans une drôle de position, en équilibre précaire pour pouvoir appuyer sur une racine du Saule avec sa grande branche. C'était exactement le même nœud que Chendra avait appuyé pour que je puisse entrer dans le passage secret ! Ainsi, il fallait juste appuyer ici pour que l'arbre cesse de gigoter ? Après tout, comme chaque créature magique, il avait un point faible. Il suffisait juste de découvrir lequel.
- Alors, tu te décides ?!
Je me décidai enfin à sortir de ma transe et à mettre un pied devant l'autre. Je tremblais comme une feuille mais j'avais déjà affronté le plus dur. Sortir de là, sans me faire attaquer était tout de même un jeu d'enfant ! Je franchis l'ouverture et me mit hors du cercle d'attaque de l'arbre. Peter me rejoignit en un bond, lâchant le point faible de l'arbre, qui se remit aussitôt à vouloir nous attaquer. Mais nous étions déjà tous les deux en parfaite sécurité. Je refis un autre pas en arrière : j'avais assez tiré le diable par la queue ce soir ! Peter fit demi-tour et je le suivis, presque comme une petite fille prise en faute. Il ne se retourna pas mais il me demanda :
- Qu'est-ce que tu fichais là-bas bon sang ?
- Et toi alors ? ne pus-je me retenir de lui sortir.
- T'occupe.
Nous restâmes tous les deux sur nos positions et le silence s'installa. On n'entendait que le crissement de nos chaussures sur la neige tandis que nous remontions la pente douce vers le château. Peter ouvrit doucement la porte et me laissa passer. Puis il me chuchota :
- Remonte dans la Salle Commune, en étant le plus discrète possible. Bonne nuit.
- Tu ne viens pas ? lui demandai-je sur le même ton.
- Non, mais ne t'inquiète pas.
- Qu'est-ce que tu vas faire ? murmurai-je au bord de l'hystérie.
- Occupe-toi juste de revenir dans notre tour sans te faire prendre. Le reste, je m'en charge.
Puis, sans me laisser le temps de lui répondre, il tourna les talons et repartit vers le Saule. Finalement, tel un zombie, je refermai la porte aussi silencieusement que possible et repartis vers la tour des Gryffondor. Je me faisais aussi silencieuse qu'un chat et heureusement pour moi, je ne rencontrai personne dans les couloirs sombres de l'école. J'avais l'impression de me débattre dans un cauchemar : dans mon esprit, le loup-garou sautait sur moi, encore et encore. Je balançai le mot de passe à la grosse dame qui mit un certain temps avant de se réveiller. Elle grogna dans son sommeil et finalement, ouvrit le trou permettant d'accéder à la Salle Commune.
Fini. C'était fini. Dans un semi-rêve, je marchai jusqu'à un fauteuil devant les braises de la cheminée et me laissai tomber dedans dans un souffle. Je claquais des dents et je sentais mon corps être contracté. J'avais mal, là où le Saule m'avait cognée, et mal dans ma tête, comme si des lutins malfaisants voulaient percer un trou dans mon cerveau. Alors que j'aurais eu besoin de sommeil, mes yeux ne se fermaient pas. Et mon cerveau ne cessait de tourner.
Pourquoi y avait-il un loup-garou tout près d'une école, bon sang ? Ils étaient malades ou quoi ?! C'était dangereux, affreusement terrifiant ! J'aurais pu en mourir ! Le directeur était-il seulement au courant ? Si non, devais-je l'avertir qu'un terrible danger menaçait ses élèves ? Mais alors, que faisait Peter là-bas ? Surtout qu'il était un… Animagus ! Et Remus qui partait là… Avait-il rencontré le loup-garou ? Tout comme Sirius et James ? A moins que… Une solution s'imposa à mon esprit, mais je la rejetai vigoureusement, tellement elle était incongrue. Je repensai à la pièce dans laquelle j'avais atterri. J'avais suffisamment été à Pré-au-Lard pour savoir qu'en fait, j'avais été propulsée sous la Cabane Hurlante. Mais apparemment, elle n'avait jamais été hantée, mais elle contenait un loup-garou. J'aurais préféré ne pas le savoir. Je soupirai d'un air las.
Chendra sauta sur mes genoux. Je lui souris et la gratouillai derrière l'oreille d'un geste faible. Quand je pensais qu'elle m'avait sauvé la vie. Comment pouvait-elle savoir ça ? Ma chatte était vraiment très intelligente quand même. J'avais eu de la chance qu'elle intervienne. Elle se coucha en boule en ronronnant et son contact m'apaisa un peu. Mes muscles se détendirent un peu et je pus fermer les yeux. Je n'avais pas la force de remonter dans mon dortoir, aussi, je glissai tranquillement dans un sommeil troublé. Je me voyais sans cesse enfermée dans la Cabane Hurlante. Au début, c'étaient des fantômes qui cassaient tout, autour de moi. Puis, ils se transformaient en loup-garou et ils se battaient entre eux pour savoir lequel aurait l'honneur de me manger. Mes pieds avaient subi un sort de glu perpétuelle et je ne pouvais pas bouger. J'avais tellement peur, alors que j'essayais de me débattre pour partir. Hélas, je ne pouvais que les regarder s'exterminer avant qu'un seul ne survive. Et celui-ci se tourna vers moi lorsqu'il eut massacré ses congénères. Il sauta sur moi et je criais à pleins poumons. Et là, je me réveillai en sursaut en poussant un cri. Chendra n'avait pas bougé et le soleil était à peine levé.
Par contre, face à moi, se tenait Sirius dans un fauteuil, James assis sur l'accoudoir et Peter assis par terre, dos à la cheminée. Ce dernier me sourit d'un air timide lorsque je le regardai et il lança :
- Ah enfin, elle est réveillée !
