J'étais extrêmement perturbée. Pourquoi les trois Maraudeurs étaient-ils là ? Certes, Peter m'avait aidée à m'enfuir pendant la nuit, mais pourquoi Sirius et James avaient-ils pris la peine de venir ? Ce n'était pas comme si nous étions amis ! Ils me regardaient tous deux d'un air sombre, surtout Sirius, qui avait un regard haineux, à la limite d'un molosse, genre pitbull ! Ou comme un loup-garou. Aussitôt, tout me revint en mémoire : mon escapade nocturne, ma rencontre fortuite avec cet hybride, Peter qui se transformait en rat pour m'entraîner malgré moi vers la sécurité. Je sentais encore mon corps crispé et endolori par les efforts de la nuit et mes ecchymoses commençaient à devenir violacées, sur mes bras et mes jambes. Je supposais que sur mon visage aussi. Je devais être belle tiens ! Déjà que je n'étais pas une beauté d'habitude.

Mon regard se reporta instinctivement sur Sirius. Ce n'était pas de ma faute, il fallait dire que c'était un beau garçon, pas du tout désagréable à regarder. Aussi, quoi de mieux que laisser mon regard errer sur son corps et son beau visage après la frayeur de la nuit. C'est alors que je remarquai une méchante griffure sous l'œil de Sirius. Comment avait-il eu cette blessure ? Et en le détaillant attentivement, je le vis porter son bras droit d'une manière bizarre, comme s'il le portait plaqué contre lui. Presque comme s'il portait son bras en écharpe… Comme s'il avait mal ! Je commençai à ouvrir des yeux ronds et me tournai brusquement vers James, qui avait une bosse monumentale sur le front. J'ouvris peu à peu la bouche en faisant le lien avec ce que j'avais vu quelques heures auparavant.

Peter qui se transformait en rat sous mes yeux, Sirius qui portait les stigmates de la bataille contre le loup-garou, comme s'il avait été le chien et James, que j'imaginais avec des bois sur la tête. Alors les trois Maraudeurs étaient devenus des Animagus non déclarés ? Sirius, un gros chien noir, James un superbe cerf et Peter un petit rat ? Et Remus ? Remus Lupin qui disparaissait à chaque pleine lune… Non, ça ne pouvait être ça, ça ne pouvait être vrai ! Sirius se mit debout et gesticulait de son bras gauche, l'autre étant certainement trop douloureux. Il lâcha, en hurlant à moitié :

- Elle a compris ! Punaise, elle a compris ce qui s'est passé cette nuit !

Il fit les cent pas, l'air profondément contrarié. James en profita pour clopiner et se laisser tomber lourdement dans le fauteuil que son camarade venait de libérer. Il avait du mal à se tenir sur sa jambe gauche. Ce qui acheva de me convaincre de l'incroyable vérité. Les Maraudeurs pouvaient se transformer en animaux, comme bon leur semblait pour trois et à chaque pleine lune pour le quatrième. Tandis que Sirius continuait de maugréer, je ne bougeais pas, un peu dépassée par les évènements. Une troisième année, qui devait sûrement avoir entendu Sirius pester ouvertement, descendit les marches d'un air curieux. Sirius l'apostropha lourdement :

- Quoi, qu'est-ce que tu veux toi ? C'est une conversation privée ici, alors remonte et pose pas de question !

La pauvre élève qui venait d'apparaître, les cheveux en bataille, remonta illico presto, sans demander son reste. Je n'avais jamais vu Sirius dans un tel état de fureur. Etait-ce parce que j'avais percé leur mystère ? Que j'avais trouvé le secret de Remus ? Il était vrai qu'au début, j'aurais tout fait pour que cette chose abominable n'approche pas de l'école. Mais en rapprochant le loup-garou avec Remus, je ne pouvais qu'approuver le choix d'avoir permis à cet élève de pouvoir suivre une scolarité normale. Remus Lupin était si gentil, pourquoi n'aurait-il pas, lui non plus, le droit de pouvoir apprendre avec nous ? Certes, il était dangereux pour nous, trois jours par mois. Mais, d'après ce que j'avais vu, la sécurité avait bien été mise en place. Il avait fallu que je mette mon nez dans leurs affaires pour que tout dégénère. Moi et ma curiosité mal placée…

James, qui était face à moi désormais, me regardait intensément derrière ses lunettes rondes, comme s'il suivait le cours de mes pensées. Eux aussi avaient accepté Remus comme il était, et ils étaient prêts à le défendre jusqu'au bout. Ils étaient même devenus Animagi pour être avec lui lors des pleines lunes, en toute sécurité. Alors que devenir un Animagus était très dur et dangereux, ils l'avaient fait, pour leur ami. C'était un magnifique signe d'amitié ! Je les savais proches, mais pas à ce point ! Une nouvelle admiration pointa dans tous ces sentiments qui m'avaient assaillie depuis que mon esprit ne cessait de carburer sous les nouvelles qui tombaient les unes après les autres. Sirius s'approcha brusquement de moi, m'interrompant dans le cours de mes pensées. Je reculai piteusement le plus que je pouvais, m'enfonçant dans le fauteuil moelleux de la Salle Commune. Ma chatte adorée grogna sur lui. Elle me défendait vaillamment, mais Sirius ne lui prêta aucune attention. Il resta là, un bras sur l'accoudoir du fauteuil, l'air passablement furieux. Il était là, à quelques centimètres de moi, je pouvais même sentir son parfum naturel de menthe poivré et sucré. Hélas, ses yeux lançaient des éclairs et il me cracha presque dessus :

- Pourquoi tu nous as suivis ? Qu'est-ce que tu sais exactement ? Pourquoi tu as suivi ? Tu es complètement folle ! Parle !

Peter se leva brusquement et prit Sirius par l'épaule pour le tourner vers lui. Je pouvais respirer un peu mieux tandis que les deux amis s'expliquaient. Je n'y croyais pas : Peter prenait ma défense !

- Sirius, allons, tu ne vas pas la martyriser ! Et puis, il ne faut pas trop s'inquiéter, elle sait beaucoup de choses depuis deux mois maintenant, mais elle n'a jamais rien dit ! On devrait…
- On ne devrait rien du tout ! Elle en sait trop !
- On ne va pas la tuer quand même ! couina Peter en secouant la tête.

Sirius ne répondit pas, mais il reprit ses cent pas en tenant son bras blessé. Je ressentais beaucoup de compassion pour eux, qui m'avaient sauvée malgré ma curiosité. Ils n'y étaient pas obligés après tout…

- Le tout est de savoir ce que tu vas faire maintenant que tu as découvert notre secret.

C'était James qui venait de me parler. Il était calme et posé, ce qui tranchait beaucoup avec Sirius qui semblait nerveux et en colère. Son ton apaisant m'incitait bien plus à me confier que celui, agressif, de Sirius. Aussi, caressant Chendra pour me détendre, je pus lancer bravement :

- Je sais que vous êtes des Animagi. Un rat pour Peter, précisai-je en me tournant vers lui, un cerf pour James et un chien pour Sirius, finis-je en vrillant mon regard au sien.
Je voulais ainsi lui signifier que je n'avais pas peur de lui et il dut saisir le message, car il arrêta de marcher dans tous les sens, Peter sur les talons. Fière d'avoir réussi à leur parler sans trembler, je poursuivis :

- Et Remus est un loup-garou.

Cette phrase fit l'effet d'une bombe ! Ils se tendirent tous sans que je ne sache pourquoi. Sirius faillit parler mais le binoclard l'arrêta d'un geste et me demanda calmement :

- Et que vas-tu faire de cette information ?
- Quoi ? Que Remus est un loup…
- Chut ! Arrête de le crier sur tous les toits. Oui, de cette info. Tu vas le dénoncer à Dumbledore ? Aux élèves ? Tu préférerais qu'il ne vienne plus à Poudlard ?

Je sentais confusément qu'il tenait beaucoup à avoir ma réponse. D'ailleurs, ce qui me choquait, c'était qu'il parlait de Remus et uniquement de lui, alors que j'avais aussi découvert qu'ils étaient des Animagi en fraude, puisqu'il fallait forcément se faire déclarer auprès du ministère de la Magie. Mais c'était leur ami qui comptait avant. Quelle loyauté ! Et pourtant, ma décision était déjà prise bien sûr.

- Non, je n'irai pas le dénoncer au directeur, ou aux élèves. Je connais un peu Remus et ce que je connais de lui me suffit pour l'accepter tel qu'il est. Alors que vous étiez tous après moi, il a été le seul à tendre la main vers moi. Je ne dirai rien, vous avez ma parole.
- Et comment pouvons-nous te faire confiance ? Tu nous as forcés à nous battre contre notre ami, tu nous as suivis alors que nous ne demandions rien à personne, me répondit posément James.
- C'est vrai, mais vous avez dû vous battre parce que Remus allait me tuer !
- C'est de ta faute aussi, tu n'avais qu'à ne pas venir jusque là ! grogna Sirius.
- Il ne fallait pas me voler mon livre d'Histoire de la magie ! Je n'aurais jamais su que Remus disparaissait les soirs près du Saule Cogneur !
- Parce qu'en plus, c'est de ma faute si TU nous as suivis au risque de te faire tuer ! Elle est bien bonne celle-là ! cria Sirius en revenant vers moi.
- Bien sûr que c'est de ta faute ! Tu ne pouvais pas me laisser tranquille et faire comme si je n'existais pas, comme toutes les années précédentes ! lui hurlai-je en me levant, faisant tomber Chendra, qui siffla contre moi, mécontente.
- Calmez-vous, ou vous allez finir par réveiller tout le monde, nous chuchota Peter en retenant Sirius par le bras.
Il avait bien du courage de vouloir retenir son copain, car il avait plus l'air d'un troll en furie, qui, s'il l'avait pu, m'aurait étranglée de ses mains. Mais je ne lui fis pas le plaisir de reculer, au contraire, j'avais les poings sur les hanches, et je lui rendais son regard furieux. Je n'allais certainement pas me laisser marcher sur les pieds encore une fois !

- Nous devrions voir ça avec Remus, mais pour ma part, je serais enclin à lui faire confiance, déclara sobrement James, aussitôt imité par Peter.
C'était tellement bizarre de voir James ainsi, calme et posé, alors qu'il avait l'habitude de fanfaronner dans toute la Salle Commune, son Vif d'or à la main. Là, il ne bougeait pas de son fauteuil, trop occupé par le sort de son ami. Peut-être aussi avait-il été affaibli par son combat de la nuit. Sirius soupira et me tourna le dos, préférant perdre son regard dans les braises rougeoyantes. Une idée me vint à l'esprit et je la leur soumis :

- Ecoutez, vous n'avez pas confiance en moi et je peux le comprendre. Mais si vous m'aidez, je vous serai redevable, aussi, je ne pourrai rien dire sans mettre mon honneur en jeu. Vous en dites quoi ?

Ils parurent intéressé, même Sirius qui avait détourné le regard et me fixait pour la première fois sans l'ombre d'une haine que je ne comprenais pas. On ne se connaissait pas, mais il me détestait déjà. Alors que moi, je l'aimais à la folie depuis cinq ans… La vie était tellement injuste ! Enfin, je devais me ressaisir et aller au bout de mon idée :

- Aidez-moi à m'expliquer avec John. C'est mon ami, mais il refuse de me parler car il croit que je suis amie avec vous et que je fais des cachotteries avec vous. Dites-lui, subtilement si possible, que nous ne sommes pas amis du tout et qu'on se connaît à peine ! C'est depuis que Remus m'a parlé qu'il me fait la tête. Je ne voulais pas qu'il découvre votre secret, aussi, je lui avais menti sur la raison de la venue de Remus. Comme il était préfet, je lui ai dit qu'il venait me dire de faire moins de bruit.
- Comment voudrais-tu qu'on te fasse confiance alors que tu trahis ton meilleur ami ? m'interrogea Sirius d'un ton plus naturel qu'avant.
- Parce que je vous protégeais. Et puis, je ne voulais rien lui dire pour lui épargner des ennuis si ennuis il y avait. Et j'avais bien raison de vouloir lui épargner ça ! C'est mon ami, je ne voulais pas qu'il lui arrive malheur, quitte à me fâcher avec lui.
- Pour moi, c'est tout bon, intervint Peter.
- Ne nous emballons pas, l'interrompit Sirius, allons voir plutôt Remus. On te tiendra au courant Vasseur, sois-en sûre.
- Merci, me contentai-je de dire, sans vraiment savoir pourquoi.

Merci de peut-être m'aider ? Ou merci pour m'avoir sauvé la vie ? Un peu des deux et ils durent le prendre ainsi eux aussi, car ils inclinèrent la tête tous ensemble avant de se diriger vers leur dortoir. Je fis de même vers le mien. Je n'avais que peu dormi cette nuit, et l'avantage d'être en vacances, c'est qu'on pouvait dormir comme bon nous semblait ! Le silence m'accueillit en haut et je mis rapidement en pyjama avant de plonger sous mes draps. J'avais bien mal partout, aussi, j'étais bien heureuse de pouvoir me lover sous mes couvertures qui tiédirent avec célérité. Je pus m'endormir un peu plus sereinement que ces derniers jours, car ma curiosité avait été satisfaite et j'allais peut-être avoir l'aide des Maraudeurs pour me réconcilier avec John. Malgré une rencontre dangereuse avec un loup-garou, cela promettait de bonnes vacances !