Après un sommeil enfin réparateur, je pris place dans les douches pour me laver des pieds à la tête. Cela me fit un bien fou, l'eau ruisselant sur ma peau coupée et ravagée de coups. Heureusement, aucune blessure ne semblait sérieuse, j'aurais mal deux bonnes semaines, mais c'était tout. Je m'en sortais bien je trouvais ! Pas la peine d'aller voir l'infirmière pour si peu. J'allais laisser mes cheveux détachés pour cacher les bleus les plus visibles de mon visage. Heureusement que pendant les vacances, il y avait peu d'élèves et de professeurs. Et quand ils reviendraient, le plus gros aurait disparu !
La matinée était déjà passée et je me dirigeai d'un pas rapide vers la Grande Salle pour prendre un bon repas pour rattraper mon petit-déjeuner raté. Je m'installai sur la première place venue à la table des Gryffondor et attrapai le premier plat qui passait à portée de main. Il n'y avait presque personne : Hagrid le garde-chasse était déjà là, ainsi que deux Serpentard qui chuchotaient à voix basse à leur table. Je n'allais pas être dérangée ! J'entamai mes patates douces avec joie et reconnaissance lorsqu'une bande de trois élèves arrivèrent dans la Grande Salle. C'étaient bien sûr les Maraudeurs qui étaient déjà en grande conversation. James traînait la jambe, et lui et Sirius étaient toujours dans un piteux état, mais ils semblaient bien plus reposés et de bonne humeur. Au moins, personne n'avait été blessé gravement par ma faute.
Peter releva la tête et m'aperçut en train de les observer. Je replongeai dans mon assiette, faisant mine d'être concentrée sur mes pommes de terre, lorsque je sentis qu'on s'asseyait à côté de moi. C'était Peter qui venait de se laisser tomber sur le banc à côté de moi. Stupéfaite, je relevai la tête d'un coup et j'allais lui balancer qu'il ferait mieux de rester avec ses amis et de ne pas taper l'incruste avec moi lorsque Sirius et James s'assirent en face de nous en grimaçant. Je restai bouche bée : les Maraudeurs étaient assis avec moi ! Je regardai à droite et à gauche, pour être sûre qu'il n'y avait pas de blague et pour voir qu'il y avait plein de place ailleurs, puis je me pinçai le bras, mais je me fis juste horriblement mal. Ils continuèrent leur conversation comme si de rien n'était. James dut repérer mon manège, car il donna un coup de coude à son voisin et me lança, ironique :
- Quoi ? Tu préfères qu'on aille ailleurs Vasseur ?
Ils ricanèrent, et je ne pus que bredouiller naïvement. Je reconnaissais bien là les Maraudeurs et leur orgueil. Mais bizarrement, ne pas me retrouver seule alors que cela faisait deux mois que je l'étais, cela me fit un bien fou. Je souris en les écoutant parler.
- Non mais arrête, bien sur qu'on va battre les Serpentard ! Leur Attrapeur ne verrait même pas un hippogriffe dans un couloir ! Alors un Vif d'or ! L'attrapeur des Serdaigle est bien plus vif que lui et je l'ai battu facilement la dernière fois !
- Avant ou après que tu aies failli tomber de ton balai ?
- Je n'ai pas failli tomber de mon balai !
- Bien sur que si, le taquina Sirius, avec un regard malicieux.
- Je voulais faire une figure avec du style pour plaire à Lily, c'est tout !
- Tu t'en souviens Vasseur ? T'en penses quoi, il a bien failli tomber de son balai lors du dernier match de Quidditch hein ? me demanda Sirius en se tournant vers moi.
Un instant interdite, j'arrêtai de mâcher le bout de viande que je venais de mettre dans ma bouche. Ils me regardaient tous les trois, en attendant une réponse, comme si c'était important pour eux, comme si j'étais une copine à laquelle il demandait quelque chose d'extrêmement vital. C'était tellement nouveau pour moi, car avant, je n'avais que John et non un groupe. Cette fois, c'étaient trois personnes qui me parlaient ! Je finis de mâcher ce que j'avais en bouche sous le regard goguenard des garçons et je réussis à leur dire :
- Euh, oui oui, je m'en souviens, James a bien failli tomber de son balai à un moment du match.
- Ah, tu vois ! Même Vasseur le dis !
- Tsss, tu l'as payée pour prendre ton parti, c'est tout !
- N'importe quoi, elle dit que la vérité, comme moi d'ailleurs !
Ils continuèrent de se chamailler sous le regard rieur de Peter. Ils mangèrent beaucoup, et la Grande Salle s'était remplie des quelques élèves qui étaient là pour se vider à nouveau. Mais je n'avais aucune envie de partir et c'était la première fois depuis deux mois que je n'avais pas envie de me dépêcher de partir à la bibliothèque pour éviter les regards de pitié qu'on me lançait. Je riais aux blagues des garçons, répondais s'ils me posaient une question et passais un agréable moment. Enfin, ils se levèrent en continuant leur conversation. Ne sachant que faire, je pris mon temps pour faire un brin de rangement à ma place et je sortis peu après eux. J'allais me diriger vers la bibliothèque pour quoi ? M'avancer dans mes devoirs ? Après un si bon moment, fallait-il que je repense tout de suite à la fin des vacances ? Mais Peter se retourna et me chercha un instant du regard. Voyant que j'hésitais sur la conduite à tenir, il posa une question à ses camarades qui se retournèrent aussi sec. James me fit un signe et lança :
- Tu ne viens pas avec nous Vasseur ?
- Vous allez où ?
- Dans la Salle Commune.
- Euh… Oui je veux bien.
Je leur emboîtai le pas, sur un petit nuage. Je ne savais pas pourquoi j'avais mérité ça, mais puisqu'on m'offrait la possibilité de poursuivre ce moment sympa, je n'allais certainement pas refuser ! Une fois arrivés à destination, ils s'assirent à une table ronde et continuèrent leur conversation. Un peu en retrait, je ne faisais qu'écouter. Puis, pendant un silence des Maraudeurs, je pus glisser la question qui me brûlait les lèvres depuis qu'ils étaient venus vers moi :
- Vous avez été voir Remus ?
- On voulait y aller ce matin, mais Madame Pomfresh n'a pas voulu nous laisser entrer. Il paraît qu'il est rentré contusionné, comme s'il s'était battu cette nuit. Comme on ne le savait pas, on a fait semblant de s'inquiéter mais on n'a pas plus insisté que ça, de peur qu'elle voie nos bleus à nous. Au fait Vasseur, tu sais toi pourquoi Lunard était mal fichu ce matin ? me demanda ironiquement James.
- Oh non, je ne vois vraiment pas, lui répondis-je en entrant dans son jeu.
- Ha dommage, on pensait que tu savais, c'est pour ça qu'on est venu te voir ! Maintenant nous n'avons plus rien à faire avec toi ! me taquina Sirius.
Je ne savais pas s'il riait vraiment ou non, aussi je leur demandais nerveusement :
- Alors, si vous n'avez pas pu voir Remus, pourquoi vous êtes venus me voir ?
Ils me regardèrent, interloqués, et cette fois, ce fut Peter qui me répondit :
- Bah, t'étais toute seule et puis, ça fait deux mois que tu es toute seule un peu par notre faute. Et puis, tu es une Gryffondor ! Nous n'allions pas te laisser toute seule pendant les fêtes de Noël.
- Hey, tu devrais te sentir honorée qu'on vienne te parler ma petite, ce n'est pas à tout le monde qu'on fait ce genre de cadeau ! poursuivit James en se calant contre le dossier de sa chaise.
- Oh mais je suis honorée grand Potter ! lui répliquai-je, un sourire sardonique accroché aux lèvres.
Ils s'esclaffèrent et je les suivis, partageant leur hilarité. L'après-midi se passa extraordinairement bien. Je pensais qu'ils étaient hautains et imbus de leur personne, mais je découvris des personnes loyales en amitié et soucieuses de leurs amis, un groupe soudé qui avait un passé ensemble et qui pouvait discuter de tout et de rien. La soirée s'annonçait douce et tranquille lorsque James se leva difficilement en annonçant :
- Bon, on va voir si Remus va mieux ? Comme il n'aura plus son problème de fourrure ce soir, l'infirmière devrait le laisser sortir tout de même ! Qu'il profite des vacances lui aussi !
Il était vrai que je pouvais voir par la fenêtre que la Lune n'était pas tout à fait pleine et que, par conséquent, Remus pouvait quitter l'infirmerie. J'étais un peu angoissée car de sa réponse dépendait l'aide ou non des Maraudeurs. Au fond, j'avais fait de lui un traître pour ses amis car ils avaient dû combattre pour me sauver. Ils se levèrent tous et partirent de la Salle Commune en devisant sur les chances de sortie de leur ami. Je les suivis à petits pas, ne sachant si j'étais la bienvenue ou non et quelle serait la réaction de Remus face à moi. Le chemin jusqu'à l'infirmerie fut bien court et bien trop tôt, ils toquèrent à la porte, un sourire enjoué sur le visage. Madame Pomfresh vint leur ouvrir, mais elle ne fut guère ravie de les voir, car elle se ferma aussitôt. Hélas, elle les laissa entrer et les trois amis s'engouffrèrent dans l'infirmerie. J'entendis Remus leur souhaiter la bienvenue et leur expliquer qu'il n'avait pas pu les rejoindre en Salle Commune comme d'habitude car l'infirmière avait voulu le garder, car il était, d'après elle, dans un état lamentable. Ils rirent tous ensemble et je passai enfin le pas de la porte. Il y eut un grand silence au moment où Remus posa les yeux sur moi, mais comme j'avais décidé d'être un peu plus courageuse, je m'avançai jusqu'à son lit sous son regard.
- Bonsoir Remus, tentai-je, incertaine.
- Bonsoir Marie, me répondit-il sur le même ton.
Ses trois amis nous observaient d'un air tranquille mais la tension entre le garçon allongé et moi était plus que palpable. Allait-il m'en vouloir pour ce que j'avais fait ? Alors que je triturais mes doigts, anxieuse, je me jetai à l'eau :
- Je suis désolée de vous avoir suivis et de… vous avoir obligés à vous battre. Je ne savais pas du tout ce qui m'attendais là-bas et je… enfin je suis désolée ! Voilà Remus, j'ai promis à tes amis et à toi maintenant, que je ne dirais rien.
Je lui exposai ce que je savais d'eux, qu'il était un loup-garou et des Animagi pour ses amis, et la demande que j'avais faite ce matin même aux autres Maraudeurs, qui confirmèrent mes dires. Remus poussa un soupir de soulagement avant de se détendre dans son lit et de s'esclaffer doucement. Je fronçai les sourcils et attendit qu'il me réponde.
- Bien sûr qu'on va t'aider ! Pas vrai les gars ?
Ils hochèrent la tête, pour confirmer. Je n'en croyais pas mes oreilles. Ils allaient m'aider ? C'était génial ! Je les remerciai chaleureusement avant de finalement oser poser la question :
- Pourquoi riais-tu au moment où je t'ai posé la question ?
- Parce que j'avais peur que tu ne le dises à tout le monde ou même que tu ne l'aies déjà dit. Ma scolarité à Poudlard aurait été fichue.
- Tu n'es pas fâché après moi que je t'ai forcé à te battre contre tes amis, lui demandai-je candidement.
- Bah, il y avait toujours un risque que ça arrive, on le savait. Mais tout est bien qui se termine bien non ? C'est le principal après tout !
- Oui c'est vrai, lui répondis-je.
- Alors, tu sors quand Lunard ? nous coupa Sirius.
- Je pense demain. Madame Pomfresh veut absolument que je me repose cette nuit. Elle a trop peur que nous fassions les fous pendant la nuit.
- Ha ha, c'est qu'elle ne nous connaît pas ! Nous sommes tous si sages ! rétorqua James
- Oui, comme des images ! renchérit Sirius.
- Bon alors on va te laisser te reposer Remus. On reviendra te chercher demain matin ! Bonne nuit ! lança James avant de faire demi-tour, suivis par ses amis, qui lancèrent un « bonne nuit ». Remus ferma les yeux et je lui glissai en chuchotant :
- Merci.
Puis je sortis à la suite des Maraudeurs. Nous passâmes manger dans la Grande Salle avant de monter dans la Salle Commune. Là, la soirée fut longue et magique : l'amitié qui les liait était magnifique à voir. Surtout entre Sirius et James. Je pensais que rien ne pourrait séparer ces deux-là, qu'ils avaient confiance l'un en l'autre comme des frères. Puis, après minuit passé, nous montâmes dans nos dortoirs respectifs. Je réfléchissais entre mes draps : est-ce que leurs journées étaient toujours ainsi, faites de fous rires et de moments partagés ? De taquinerie et d'amitié ? La vie était si belle, si simple avec eux que je les enviais. J'enviais leur insouciance, leur amitié, la force qu'ils puisaient les uns dans les autres. C'était tellement pur ! La plus belle des magies. Je craignais aussi qu'ils me laissent maintenant que je leur avais promis de ne rien dire. Après tout, ils avaient juste à m'aider dans deux semaines, lorsque John reviendrait. Je ne leur demandais pas plus de toute façon.
Pourtant, quelle ne fut pas ma surprise lorsque je vis les Maraudeurs, cette fois-ci à quatre, venir prendre place autour de moi pour le petit-déjeuner. Encore une fois, ce ne fut que rigolade et conversation. Ils auraient pu faire comme si je n'existais pas, comme d'habitude, mais non, ils m'incluaient vraiment dans leur conversation, comme si on se connaissait depuis toujours ! Et les vacances se poursuivirent ainsi, entre fous rires et autres blagues en tous genres. Je commençais vraiment à les connaître, et malgré leurs airs supérieurs, ils étaient attachants, chacun à leur manière.
C'étaient vraiment de superbes vacances que je passais là ! Le meilleur Noël que j'avais jamais eu. Surtout si proche de Sirius…
