Hélas, comme toute bonne chose, elle avait une fin. Et la fin des vacances arriva trop vite à mon goût. De plus, une pointe de culpabilité venait me mordre doucement, car j'avais à peine avancé dans mes devoirs, tant la compagnie des Maraudeurs était divertissante. Je ne savais pas pourquoi ils avaient tenu à passer toutes leurs vacances avec moi (enfin presque), mais ça m'avait permis de passer un Noël vraiment joyeux. Mais le dernier jour des vacances, tous les élèves étaient ou allaient être à nouveau là. Dont John. Ce bonheur allait s'arrêter là. Parce que les Maraudeurs m'avaient promis de m'aider et que ma place était avec mon ami de toujours. Ce dimanche matin, les mines des élèves étaient un peu tirées des réveillons et des nuits trop courtes. De plus, la perspective de devoir reprendre les cours le lendemain n'aidait pas à rendre le sourire.

Lorsque je me levai pourtant, une seule personne hantait mes pensées : John. Je regardai la foule rassemblée dans la Salle Commune, discutant du championnat de Quidditch qui allait reprendre, des cours prochains qui arrivaient trop tôt ou des cadeaux reçus à Noël. Hélas, celui que je voulais voir n'était pas là. Peut-être n'était-il pas encore arrivé, après tout, nous n'étions que le matin. Comme à mon habitude, j'allai m'installer dans un coin avec quelques devoirs en retard sur la table. J'allais travailler pour tuer le temps, l'angoisse montant à chaque minute qui s'égrenait. Mais mon esprit était encore ailleurs : étais-je sûre de vouloir redevenir amie avec John, qui m'avait laissée tomber à la première cachotterie ? Et les Maraudeurs ? N'avais-je pas été heureuse avec eux ? Mais ils étaient avec moi car ils avaient pitié de moi, ils n'avaient pas eu envie de me laisser seule pour les vacances, c'était tout, ils me l'avaient avoué eux-mêmes ! Chacun retrouveraient sa place désormais.

J'allai enfin me mettre à mon devoir après cette pensée peu réconfortante, lorsque John franchit enfin le trou permettant d'accéder à la Salle Commune. Je fis mine de ne pas le voir et me concentrai sur mon parchemin. Les Maraudeurs n'étaient toujours pas levés car nous avions veillé très tard hier soir. Aussi, je devais patienter.

John salua ses nouveaux amis, un grand sourire sur les lèvres, visiblement ravi de ses vacances. Il ne me jeta même pas un coup d'œil, comme si je faisais partie du décor. Même si j'avais l'habitude de ce sentiment, que John fasse pareil me faisait vraiment plus de mal. Pourtant, je fis comme si de rien n'était, grattant des bêtises sur mon parchemin, car mon esprit était concentré sur ce qui se passait non loin de moi. En effet, je venais de voir débarquer Remus, suivi de près des autres Maraudeurs bien sûr. Remus se détacha du groupe et arriva vers John. Il semblait parfaitement réveillé, comme ses amis d'ailleurs, ce qui me faisait penser qu'ils avaient juste attendu que John se montre pour sortir de leur dortoir. Ils prenaient leur mission très au sérieux dis donc !

Le préfet de Gryffondor demanda à parler à John et, de par son statut, mon ancien ami le suivit sans discuter. Ils se mirent dans un coin de la pièce et je pouvais à peu près capter leur conversation, comme si Remus avait fait exprès de se mettre non loin de moi.

- Bonjour John. Je sais que tu ne me connais pas beaucoup, mais nous connaissons quelqu'un en commun toi et moi. Marie.
- Rho, mais qu'est-ce qu'elle a encore celle-là ?
- J'ai remarqué que depuis deux mois, vous ne vous parliez plus. De plus, elle a passé ses vacances seule et ça se remarque facilement dans une Salle Commune presque vide.
- Qu'est-ce que j'y peux moi ? Elle a fait son choix ! Et puis, vous vous reconvertissez dans le social maintenant avec tes amis ?
- C'est aussi dans mes attributions de préfet de faire en sorte que la scolarité des plus jeunes se passe bien.
- Ridicule ! Laissez-moi tranquille ! Je ne veux plus entendre parler d'elle !
- Mais pourquoi ? Vous étiez les meilleurs amis du monde !
- Tu ne nous connais pas, alors ne nous juge pas ! s'écria John.

Le silence se fit dans la Salle. Les trois Maraudeurs arrivèrent à la rescousse de leur ami. Sirius gronda :

- Tu te calmes petit malin. Paraît que tu lui fais la tête parce que tu crois qu'elle est avec nous, ce qui est faux ! On ne la connaît pas et on a marre d'être associés à vos malheurs de couple.
- Problème de couple ? Il faut que l'amour soit réciproque pour parler de couple. Allez, occupez-vous de vos oignons. Et toi Marie, laisse tomber, je ne t'aime plus et je ne veux plus avoir affaire avec toi, ajouta-t-il en se tournant vers moi.

Toute la Salle avait écouté et une jeune fille sortit de l'assistance pour prendre la main de John. Ils s'embrassèrent furtivement et ils sortirent de la Salle Commune. Je les suivis des yeux, interdite, et lorsqu'ils eurent disparu de la Salle, tout le monde commenta avec animation ce qui venait de se passer. Mais dans mon esprit, il n'y avait que la dernière phrase de John qui tournait en boucle. Je ne remarquais pas les larmes qui coulaient, silencieuses sur mes joues. Le regard fixe, je comprenais enfin les choses. John était amoureux de moi, depuis le début. Enfin, avait été amoureux de moi. Le seul problème était que j'étais amoureuse d'un autre. Et que je le lui avais dit lors de notre première année. Et qu'il n'avait pas oublié ! Loin de là. James s'approcha de moi, mais je laissai là mes affaires et me précipitai dans mon dortoir. Je m'effondrai sur mon lit pour pleurer tout mon saoul. Je n'avais rien vu venir. Mon meilleur ami, amoureux de moi, me quittant par jalousie. Je me retrouvais seule. Irrémédiablement seule. D'énormes sanglots me secouaient, car il paraît qu'on ne se rend compte de la valeur de ce qu'on a que lorsqu'on le perd. Et malgré l'amour d'adolescente que j'avais pour Sirius, je devais reconnaître que j'appréciais énormément John. Et que maintenant, à bien y réfléchir, je devais bien avouer que je l'aimais beaucoup. Mais c'était trop tard, il était même partie avec une autre. Je m'étais accrochée pendant ces vacances au fait que les Maraudeurs allaient résoudre mes problèmes, comme s'ils étaient des mages doués et qu'ils résolvaient tous les problèmes. Mais au fond, ils n'étaient que des adolescents, comme moi. Un peu plus populaires, un peu plus doués, mais au fond, ils étaient aussi jeunes et inexpérimentés que moi pour les relations amoureuses.

Je finis par passer ma journée au lit à ressasser mon chagrin. Les filles étaient déjà passées et m'avaient fait remarquer que j'étais la seule qui n'avait pas vu que le beau John était amoureux de moi depuis la première année. Elles m'avaient qualifiée de folle de l'avoir laissé partir mais elles me remerciaient car maintenant, elles allaient pouvoir tenter leur chance. Après s'être bien moquées de moi, elles étaient reparties, me laissant encore plus seule et plus dans mon chagrin. Je n'avais pas bougé de la journée et la nuit était bien entamée lorsque j'entendis mon ventre gargouiller. J'attendis encore un peu pour être sur que les filles étaient endormies, qu'elle me laissent tranquille, puis je descendis dans la Salle Commune. Il y avait sûrement des bonbons ou des gâteaux qui traînaient, ça ferait l'affaire. De toute façon, je n'avais aucune envie de dormir, j'étais toujours sous le choc. Cela faisait trop d'un coup à encaisser.

- Tu ne trouves pas le sommeil ?

La voix me fit sursauter. Je me pensais seule, aussi je n'avais même pas vérifié qu'il y avait quelqu'un aussi debout à cette heure de la nuit. Je mâchai le bonbon que j'avais trouvé en acquiesçant. C'était Peter qui était là. Pourquoi, je n'en savais rien. Mais il s'assit près de moi et poursuivit :

- Moi aussi j'ai du mal à dormir. Surtout quand Sirius se met à ronfler !

Je souris timidement à sa remarque, mais une boule obstruait ma gorge, aussi je ne pus rien dire. Il parut comprendre, car il fit la conversation :

- Pff, demain, la reprise des cours. En plus, on commence par deux heures de Botanique nous, mais tu verras qu'en sixième année, c'est beaucoup, beaucoup plus dur que ce que vous faites là !

Je hochai la tête, mais mes pensées étaient clairement ailleurs en ce moment. Il parut le voir, car il arrêta de jacter. Il demanda simplement :

- Tu penses à lui ?
- Oui, chuchotai-je.
- Après ce qu'il t'a fait.
- Surtout après… ça. Je ne… m'étais… doutée de rien.

Hélas, de revivre ça en pensée eut raison de moi et de nouvelles larmes arrivèrent à flot. Peter marmonna, apparemment mal à l'aise de voir une fille pleurer, mais je ne pouvais pas m'arrêter. Il partit en courant. Je ne pouvais pas lui en vouloir, après tout, c'était un garçon. Je restai là, adossée à mon fauteuil à pleurer dans l'obscurité de la Salle Commune, lorsque deux personnes arrivèrent en chuchotant. C'était Peter qui revenait avec Remus. Ce dernier s'agenouilla devant moi et me prit les mains tout simplement. Il chercha mon regard et je m'y accrochai, comme à une bouée de sauvetage. Mes sanglots se calmèrent d'eux-mêmes, pourtant Remus n'avait strictement rien dit. Un simple geste, un simple regard avait suffit à me calmer. Je respirai bruyamment tandis que Peter s'extasiait :

- Wah ! J'ai vraiment bien fait d'aller te chercher Remus, tu sais y faire avec les filles !
- Chut ! lui intima-t-il avant de poursuivre plus doucement, comment te sens-tu Marie ?
- Je… Je ne sais pas… trop, lui répondit-je maladroitement entre deux sanglots.
- Arrête de te faire du mal pour rien. Il n'en vaut pas la peine vu comment il te traite. Pense à autre chose et va de l'avant. Mais pour le moment, tu devrais monter te coucher et dormir. Vraiment. Tu as une tête à faire peur !

J'écoutai les conseils de Remus et me levai comme un automate vers mon dortoir. En arrivant dans mon lit silencieusement, j'essayai de faire le vide dans mon esprit. Et je pus enfin sombrer dans le sommeil.

Au matin, il me semblait que je venais tout juste de fermer les yeux. Telle une somnambule, j'allai faire un brin de toilette avant de partir en cours. Je ne passai même pas par la case petit-déjeuner, j'avais le ventre noué. Les cours passèrent, aussi longs que d'habitude, sauf que maintenant, je n'arrivais plus à entendre ou à comprendre ce que disaient les professeurs. Toute la matinée ils baratinèrent leurs cours, mais absolument aucune information n'entra dans mon cerveau. Je ne voyais que lui, lui et sa chérie qui se bécotaient entre les cours, qui s'échangeaient des regards doux pendant, et qui riaient avant de se faire reprendre par les enseignants. Mais rien ne semblait ébranler leur bonheur. Le bonheur des uns faisait le malheur des autres. Le mien en l'occurrence.

Après une matinée de cours à ruminer, je sautai un nouveau repas et allai directement à la bibliothèque pour finir le devoir de Métamorphose à rendre cet après-midi et que je n'avais pas fini pendant les vacances. Je devais avoir l'air d'un zombie mais qu'importe : l'extérieur reflétait souvent l'intérieur. J'avais mal à l'âme, eh bien mon corps souffrait aussi. Mon ventre protestait mais je l'ignorais, tout comme j'ignorais les sourires des élèves qui étaient sûrement au courant pour l'histoire entre John et moi. Impossible d''avoir un secret dans cette école ! Mais peu importe. Il fut l'heure de se rendre dans ce cours pour me ramasser une nouvelle mauvaise note. Je fus l'une des premières en cours, ainsi je pris une place tout devant pour ne plus avoir mon ancien camarade devant les yeux. Hélas, ma stratégie ne fut pas payante car comme je ne voyais pas, j'imaginais pas mal de trucs ! Et l'imagination n'ayant aucune limite, cela me fit encore plus souffrir qu'avant et bien sûr, le cours ne s'inscrivait pas par magie sur mon parchemin. Ce que me fit remarquer McGonagall en passant dans les rangs. Elle me donna même un devoir supplémentaire à faire : je devais décrire avec précision la méthode pour changer un chat en pantoufle pour la semaine prochaine. Deux rouleaux de parchemin ! Ce que je ne savais pas du tout ! De plus en plus malheureuse, je rangeai mes affaires en vitesse et filai au prochain cours où cette fois, je ne refis pas l'erreur de me mettre devant. Le temps passa comme dans un rêve et enfin, il fut l'heure d'aller manger.

J'entrai dans la Grande Salle et me laissai choir sur un banc. La nourriture devant les yeux me narguait, mais je n'arrivais pas à en avaler une bouchée. Furieuse contre moi-même, je me relevai aussitôt et quittai la joie des élèves d'avoir fini une nouvelle journée de cours, pour ne pas entendre leurs rires et leurs conversations. J'étais au fond du gouffre, mais personne ne s'en souciait, ils continuaient leur vie. Lasse, je me rendis à nouveau à la bibliothèque : j'avais toujours des devoirs à faire pour demain ! Je sortis mes affaires lentement. Je n'avais plus de force. La tête me tournait. Je ne comprenais pas pourquoi. Je devais pourtant travailler… Je devais…

Un garçon aux cheveux sombres s'approcha de moi, l'air inquiet. Puis ce fut le trou noir…