J'étais couchée. Je devais m'être évanouie à la bibliothèque. Allez, je n'avais pas une seconde à perdre, je devais me relever prestement si je voulais avoir une chance de finir mes différents devoirs avant demain. Hélas, mon corps ne répondait plus. Même lever une paupière était impossible. C'est alors que je sentis une étoffe étonnamment douce sous mes doigts. En fait, mon corps entier était parfaitement détendu, dans un bon lit moelleux. Lit ? Comment avais-je atterri dans un lit ? Et où étais-je ? Parce qu'à moins qu'il y ait un lit caché dans la bibliothèque, je pensais bien qu'on m'avait déplacée. Brillante déduction, me lançai-je d'un air ironique. Nouvelle tentative pour ouvrir les yeux : enfin, je pouvais voir ! Et je reconnus, après quelques secondes angoissantes, les murs de l'infirmerie. Le soleil inondait la pièce par les grandes fenêtres qui me faisaient face. Soleil ? Quoi ? Mais je m'étais évanouie le soir !

L'infirmière me vit réveillée et aussitôt elle vint vers moi, un énorme bloc de chocolat à la main. Elle allait m'étouffer avec ? Ou m'assommer ? Mais elle se mit à le casser à côté de moi en précisant qu'il fallait que je mange, que faire un régime ainsi, ce n'était pas la solution, qu'il y avait d'autres solutions pour maigrir qu'arrêter tout simplement de manger. Là, je me suis demandé si j'étais un boudin, parce que je n'avais jamais eu la sensation d'être grosse. J'étais ainsi et je m'acceptais plutôt bien. Mais avec un tel discours, comment le prendre ? Et puis, comment savait-elle que je n'avais pas mangé depuis deux jours ou presque ?

- Ce sont vos amis qui m'ont dit qu'ils ne vous avaient pas vue manger depuis trop longtemps, dit-elle soudain, comme si elle suivait le cours de mes pensées.
Puis elle me mit un gros carré de chocolat dans la main et me demanda de le manger. Encore un peu faible, je le fis néanmoins, car j'avais peur qu'elle ne me le fasse avaler de force avec son marteau si je ne le faisais pas. Mais un nouvel élément prenait place dans mon cerveau : mes amis ? Depuis quand j'avais des amis ? J'avais perdu le seul que j'avais jamais eu ici, par ma faute en plus. Sans attendre que je finisse le premier morceau de chocolat tant j'étais lente à mâcher, la jeune infirmière me fourra un nouveau bout dans la main et resta plantée là, pour être sûre que je le mange en entier. Je déglutis péniblement pour enfin avaler le premier morceau de chocolat, et l'infirmière m'encouragea à mettre le second dans ma bouche. Ce que je fis pour éviter qu'elle ne le fasse elle-même. Je sentis une douce chaleur se répandre dans mon corps, ainsi qu'une nouvelle énergie. Je retrouvai un minimum de concentration et en regardant dehors, je demandai :

- Excusez-moi, quel jour sommes-nous ?
- Mardi après-midi, me répondit-elle, laconique.

J'ouvris des yeux ronds. J'avais tout de même perdu connaissance durant presque une journée complète. Un peu perdue, je mangeai un troisième morceau de chocolat et l'infirmière parut satisfaite, car elle me déposa le reste sur ma table de chevet en me disant que si j'en voulais encore, je n'avais qu'à me servir. Puis elle me laissa là et repartit vers son bureau. Encore un peu fatiguée et sous le choc, je fermai les yeux à nouveau et me rendormis aussitôt.

- Tu crois qu'elle va bien ?
- J'avais eu raison de la suivre quand même.
- Je ne l'ai même pas vue du midi. Sûr, elle a sauté un repas.
- A cause de cet abruti en plus !
- Calme-toi Sirius, ça ne sert à rien de s'énerver.

Les voix me parvenaient dans mon demi-sommeil mais je les reconnaissais entre mille pour les avoir écoutés durant toutes les vacances et pour avoir ri avec eux. C'étaient les Maraudeurs bien sûr. Pourquoi, je n'en savais rien bien sûr, mais de savoir qu'ils étaient là pour moi m'emplit de joie. A moins que je ne fasse que rêver. Auquel cas, lorsque j'ouvrirais les yeux, il n'y aurait personne autour de moi. Je me risquai à ouvrir un œil.

- Chut, je crois qu'elle se réveille.

Ils étaient bien là, tous les quatre autour de mon lit, l'air inquiet. Inquiet ? Pour moi ? Non, ce n'était pas possible. Remus me sourit et me demanda :

- Ça va Marie ? On s'est inquiétés tu sais.
- Inquiétés ? répétai-je incrédule.
- Par Merlin, elle a perdu ses capacités mentales ! Marie ! Cite-moi la différence entre un Veracrasse et toi ?
- Quoi ?
- On l'a perdu ! plaisanta James avec de grands cris.

Bien sûr, cela alerta Madame Pomfresh qui vint voir, qui poussa d'aussi grands cris, et voulut les chasser sous prétexte que sa patiente (donc moi) était fatiguée et avait besoin de repos. Heureusement, ils surent se montrer persuasifs, promettant de ne pas rester longtemps et de bien sûr faire moins de bruit.

- Bien. Mais vous la laissez dormir rapidement !
- Oui oui Madame ! lança Peter avec un sourire enjôleur sur le visage.

Ils ricanèrent de leur bonne blague et je ne pus m'empêcher de les suivre. J'avais l'impression d'avoir un poids en moins dans ma poitrine et je ne pouvais que les en féliciter. Alors pourquoi faisaient-ils cela, je n'en avais pas la moindre idée, mais un peu de ma tristesse s'envola avec les rires qui nous secouaient tous. James reprit les paroles de l'infirmière et l'imita tellement bien qu'on était tous écroulés de rire. Quand enfin nous retrouvâmes un peu de sérieux, Peter en remit une couche et il n'en fallait pas plus pour voir l'infirmière rappliquer en quatrième vitesse, en leur hurlant de partir. Ils prirent la poudre de Cheminette et je me retrouvai à nouveau seule. Mais cette fois, j'avais beaucoup moins de mélancolie lorsque je m'endormis.

Avec les repas forcés de madame Pomfresh, je repris vite du tonus et pus sortir de l'infirmerie le jeudi. Les cours reprirent pour moi, mais j'avais l'esprit un peu plus clair et je réussis à suivre un peu mieux ce que me disaient les professeurs. John était toujours dans mes pensées et tout ce qui s'était passé aussi, mais comme un mauvais rêve dont j'ouvrais les yeux lentement. Le professeur McGonagall, que j'avais aussi le jeudi matin, me demanda de rester après les cours.

- Mademoiselle Vasseur, j'ai eu vent de votre malaise et de votre séjour à l'infirmerie. J'aimerais juste vous dire que si vous avez un souci, vous pouvez tout à fait m'en parler.
- Merci professeur. Mais là, ça va.
- Vous êtes sûre ?
- Oui, tout à fait sûre.
- Bien. Je ne vous retiens pas plus longtemps. Allez manger, et ne faite pas semblant cette fois.

Je lui assurai et me hâtai de rejoindre la Grande Salle. En arrivant, j'eus la surprise de voir James sortir à ce moment-là. Un sourire éclaira son visage et il me lança :

- Ah, te voilà toi ! Un peu plus et on allait tous partir à ta recherche !
- Mais pourquoi ? lui demandai-je candidement en entrant dans la Grande Salle.
- Bah parce qu'on ne voulait pas que tu fasses un autre malaise, répliqua Peter au moment où je m'assis au milieu des Maraudeurs, sous les regards assassins des autres filles.
- J'ai été retenue par McGonagall, c'est tout.

Tandis que je parlais, Remus entreprit de remplir mon assiette, sous l'œil de plus en plus noir des filles Gryffondor. Je n'osais pas me retourner de peur de voir que c'était pareil dans les autres maisons.

- Merci, mais je peux me débrouiller seule… et…
- Oui, on a bien vu que tu pouvais te débrouiller seule ! Allez, fais pas d'histoires !

Je pris ma fourchette et entrepris de manger mon assiette pleine à ras bord. Apparemment soulagés que je ne fasse pas plus de chichis, ils firent de même avec leur repas en reprenant leur conversation.

- Je crois que je n'arriverai jamais à apprendre tous les ingrédients indispensables dans la potion du Rictus.
- Peter, je t'ai déjà dit cent fois que si tu avais un problème, tu n'avais qu'à nous demander, lui répondit calmement Remus.
- Et puis, tu pourrais en faire pour la donner à Sirius ! taquina James.
- Je ne t'ai pas sonné, faux frère !
- Oh arrête, tu n'as pas décoché un sourire depuis cinq jours au moins !
- Tu as l'art de dire n'importe quoi James. Tu ne m'as tout simplement pas vu, répondit Sirius en faisant semblant de se vexer.

J'avais l'impression de vivre un rêve. Ils étaient là, à rire, se taquiner, comme des gosses. Mais j'avais l'impression d'exister à leurs yeux. Je remerciai Merlin silencieusement pour ce revirement inattendu. Lorsqu'ils se turent pour manger convenablement, je pris mon courage à deux mains pour enfin poser la question qui me brûlait les lèvres depuis si longtemps :

- Pourquoi vous êtes venus me voir à l'infirmerie ?

James ouvrit des yeux ronds, Sirius recracha tout se qu'il avait dans la bouche, Peter perdit son sourire niais et Remus soupira. Ce fut d'ailleurs lui qui me répondit d'un ton un peu cinglant :

- C'est ce que font les amis entre eux je crois.
- Euh oui, sûrement… euh… mais nous sommes amis ?
- T'as d'autres questions débiles comme ça Vasseur, ou pas ? me coupa Sirius d'un ton hargneux.

Je fermai la bouche et vis que les filles autour écoutaient notre conversation avec intérêt. Voyant que je me sentais mal à l'aise, James poursuivit :

- Tu sais, on n'aurait pas passé nos vacances avec toi si tu n'étais pas un minimum intéressante. Et puis, tu ne baves pas devant nous comme toutes les autres demoiselles.

Cela eut le don de faire réagir les filles autour de nous qui se concentrèrent à nouveau sur leur assiette. Par contre, Sirius déclara d'un ton bourru :

- A la base, on voulait juste t'embêter, passer une soirée avec toi après notre… mésaventure. Mais plus on passait de temps avec toi, et plus on t'a découverte. Et tu es quelqu'un de vraiment… euh… sympa. Donc on a passé encore plus de temps avec toi et voilà … Et quand il y a eu l'embrouille avec l'autre abruti de première, eh bien, on a bien vu que tu étais mal. Donc on voulait être là pour toi. On s'est… oui disons-le, on s'est inquiétés pour toi. Et à juste titre on dirait ! Je t'ai suivie lundi soir parce que tu avais fait un aller-retour express dans la Grande Salle.
- C'est donc toi que j'ai vu à la bibliothèque juste avant de m'évanouir ?
- Euh… ouais.

Il paraissait gêné d'avoir parlé aussi longtemps gentiment et sans vanne. J'en étais bouleversée. Je sentis une larme de bonheur sur ma joue et les garçons lancèrent des "non" soupirants. Puis Remus, qui était à côté de moi, passa un bras derrière mon dos pour me frotter gentiment, comme quand on console un enfant.

- Merci. Enfin, désolée de pleurer, mais merci pour tout ce que vous faites et vos paroles gentilles. C'est la première fois… que… enfin qu'on… qu'on s'intéresse à moi aussi intensément et ça me fait tout drôle. Et puis, je suis passée du malheur avec l'histoire de John et là, au bonheur avec vous, ce n'est pas toujours évident.

Ils hochèrent la tête et m'assurèrent qu'ils comprenaient. Après ces élans de tendresse et d'amitié, la folie contagieuse des Maraudeurs repris le dessus et le repas se finit dans les rires et les blagues de plus en plus glauques.