Avec mars, la neige disparut complètement du paysage et le prochain match de Quidditch n'allait pas tarder à se jouer. Avec la première victoire de Gryffondor, par un score de 210 à 30, ils avaient naturellement pris la tête du championnat. Mais les Serpentard n'étaient pas loin : menés par Rosier, un Serpentard à l'allure revêche et débordant de magie noire, ils avaient gagné leur deuxième match. Mais cette fois, c'était contre l'équipe de Poufsouffle que nous allions jouer et j'avais bon espoir que nous les battions à plate couture, grâce à James et à son équipe. D'ailleurs ce dernier n'était pas en reste, sortant à nouveau son Vif d'or de sa poche pour faire croire à un entraînement, mais en fait, il ne voulait qu'épater la galerie. Cependant, je compris vite qu'il ne voulait faire son intéressant que pour une personne : Lily Evans, la préfète Gryffondor qui m'avait sauvée de leurs griffes au début d'année. Les Maraudeurs le taquinaient souvent à ce sujet, d'ailleurs, et je ne pouvais m'empêcher de les imiter. Mais, juste avant ce match, une sortie à Pré-au-Lard était prévue.
- Tu y vas avec nous Marie ? me demanda Peter la veille de la sortie.
- Où ça ? l'interrogeai-je, soudain très gourde.
- A la sortie de Pré-au-Lard bien sûr, répliqua Remus avec un sourire.
- Oh, je ne sais pas. Je n'y suis allée qu'une fois, mais après, j'avais trop… enfin, trop de travail à faire. Il fallait que je fasse mes devoirs et que j'apprenne mes leçons. En plus, le fait que la Salle Commune soit vide m'aidait à me concentrer.
- Oui mais grâce à nous, tu n'as plus ce problème, se glorifia James.
- Allez viens, on va bien s'amuser ! Et puis, il faut que James évacue son angoisse, le taquina Sirius.
- Tss, je n'ai aucun problème d'angoisse, je sais parfaitement que nous allons gagner et que je vais leur mettre une pâtée ! Ce ne sont que des blaireaux sur des manches à balai, on ne craint rien !
Le lendemain, je me dirigeai donc vers le fameux village sorcier, en compagnie des Maraudeurs. Les filles avaient cessé de me jeter des regards assassins dès que j'étais avec eux, parce qu'elles voyaient bien que cela ne me faisait absolument rien. Mais je gardais ma baguette magique à portée de main partout où j'allais. De peur de recevoir un sortilège dans les couloirs… Ou dans les toilettes !
Enfin, nous arrivâmes à Pré-au-Lard. Le village, malgré la fraîcheur de la journée, était animé. Les passants, tous avec des capes de différentes couleurs, enfilaient les ruelles et se rendaient dans les différents magasins. Zonko, pour les farces et attrapes, était en majorité fréquenté par les étudiants de Poudlard. Honeydukes, la confiserie, regroupait les sorciers de tous âges adeptes des bonbons. Mais là où il y avait le plus de monde, c'était sans conteste les Trois Balais, le bar du village. Et c'est là-bas que nous nous dirigeâmes en premier. On va se réchauffer avec une bonne Bièraubeurre, avait soufflé James, en se réchauffant les mains comme il pouvait. Et nous avions tous acquiescé sans discuter.
En entrant dans la taverne, tenue par une jeune et fringante madame Rosmerta, une douce odeur de pâtisserie et de boisson chaude et parfumée envahit mes narines, tandis qu'une chaleur pénétrante se répandait dans mon corps. Je suivis les garçons jusqu'à une table autour de laquelle nous nous installâmes. Remus partit bien gentiment passer commande et il revint avec cinq chopes fumantes. Je bus ma première gorgée et un étrange sentiment de bien-être m'envahit, allant jusqu'à mes orteils qui se détendirent dans mes chaussures. Les soucis s'effacèrent et seul le fait que j'étais entourée d'amis et de félicité m'importait.
- Ha ha ! Marie est en train de nous lâcher ! Hey, reste avec nous ! me taquina Peter.
- Mais laisse-la se détendre un peu, répliqua Sirius.
- Encore une fois, c'est super bon, déclara Remus.
- On va les exploser, c'est moi qui vous le dis ! s'écria James qui n'avait pas suivi la conversation.
- C'est qui qu'on explose ? demanda Peter en fronçant les sourcils.
- Pff, les Poufsouffle ! Mais suis la conversation un peu !
- Mais détends-toi James, profites un peu de l'instant, lui répondis-je d'une voix pâteuse tandis que je finissais mon verre.
- Tu en veux un autre ? me demanda galamment Peter.
- Non merci, je crois que ça ira pour cette fois.
- Et voilà ! Il demande à la fille du groupe, mais les autres, rien à faire, blagua James en regardant son verre vide.
- Tu es assez grand pour aller te le chercher, répliqua Peter, plein d'humour.
S'en suivit une discussion plus qu'animée, entrecoupée d'éclats de rire. Comment ma vie avait-elle pu passer de misérable à géniale ? Par Merlin, c'était si bien d'être entourée, choyée et acceptée comme j'étais. Une véritable bénédiction, car les Maraudeurs faisaient véritablement preuve de tolérance. La preuve avec le petit problème de fourrure de Remus, comme ils l'appelaient. Puis, Peter se leva, expliquant qu'il avait une lettre à faire envoyer à la Poste par long courrier. Il sortit de la taverne après avoir laissé quelques Mornilles sur la table pour payer sa boisson. Puis, Remus déclara soudainement :
- Faut que je passe chez Honeydukes, j'aimerais voir un truc. Euh, James, tu peux m'accompagner ?
- Bah, on est bien ici pourquoi on… ah oui, c'est de… enfin, oui je vois, oui je t'accompagne, dit-il maladroitement en se levant.
- Et moi, je ne peux pas vous accompagner ? demanda Sirius, en paniquant presque.
- On sera assez de deux. Et puis, c'est une euh… surprise ! Reste donc avec Marie, profitez de… enfin de la journée quoi.
Puis ils sortirent rapidement en ricanant tandis que Sirius s'enfonça dans un silence pesant. Je n'avais rien compris à ce qui venait de se passer, mais qu'importe : j'étais toujours avec un Maraudeur, le plus mignon en plus, je n'allais certainement pas chercher plus loin. Au contraire, je me sentais parfaitement en confiance et en sécurité. Il faisait bien chaud et le bourdonnement des conversations des élèves regroupés en masse était un fond sonore agréable. Mais Sirius s'éclaircit la gorge et demanda maladroitement :
- Euh… Tu as envie de sortir ? Enfin, d'aller voir un peu plus Pré-au-Lard quoi. Comme tu n'y es allée qu'une fois… enfin, je me suis dis que… peut-être, enfin si ça te plaît… que je te fasse visiter. Tu peux dire non hein !
- Ça me ferait très plaisir, lui répondis-je dans un souffle, le rouge aux joues.
Après avoir payés nos consommations, nous sortîmes dans le froid de mars. Puis, comme un vrai guide, il me fit parcourir le village, en commentant chaque magasin à sa façon. Au fur et à mesure de son discours, il se détendit et put plaisanter de plus en plus avec moi.
- Là, tu vois, c'est Zonko, la boutique de farces et attrapes. Ce magasin est sans conteste mon favori, puisque c'est ici qu'on trouve les meilleures farces ! Rien de tel pour faire hurler Rusard ! Et comme tu le sais, c'est notre occupation favorite !
Je ris de bon cœur lorsqu'il se mit à faire une imitation du concierge en train de les courser dans les couloirs du château. Nous passâmes devant la Poste, mais nous n'y avons pas croisé Peter. Puis ce fut le tour de la confiserie.
- Honeydukes ! Si tu aime avoir des caries, c'est sûr, il faut aller ici. Mon bonbon préféré est le Chat Noir, qui noircit la langue et les dents de celui qui l'avale ! Enfin, je n'aime pas le manger, mais en faire cadeau aux autres bien sûr !
- Bien sûr, répétai-je en riant.
- Tu aimes bien les bonbons ?
- Euh… bah oui, comme tout le monde je crois, répondis-je en souriant.
- Alors viens, on va aller en acheter !
- C'est que… je n'ai pas beaucoup d'argent, mes parents ne sont pas très riches tu sais…
- C'est moi qui paye !
- Oh non non, tu ne peux pas !
- Bien sûr que si je peux ! C'est encore moi qui décide de ce que je fais de mon argent.
Il entra dans la boutique sans attendre ma réponse et je le suivis en soupirant. Il était têtu comme une mule quand il le voulait. Je commençais à bien le connaître. Mais bien vite, mes réflexions se perdirent tant j'étais entourée de couleurs flashy, d'odeurs toutes différentes les unes des autres et par-dessus tout, de sucre ! Sirius était près d'une boîte contenant des dizaines de petites boules de couleurs que je reconnus comme des Dragées Surprises de Bertie Crochue.
- Ha non, tu ne me feras pas avaler ça, plaisantai-je.
- Oh allez, un petit paquet qu'on se partage ! Ce sera drôle de savoir sur quel goût on tombe !
Finalement, il réussit à me convaincre. Je préférais ça à sa blague de la langue noire, aussi je le tins prudemment éloigné du coin de la boutique où les Chats Noirs étaient entreposés. Il paya comme il l'avait dit et nous sortîmes du magasin avec le paquet de Dragées. Il m'en donna une à l'allure douteuse et me demanda quel goût j'avais eu.
- Au cassis ! Hum, il était bien bon !
- Mince, je croyais t'avoir refilé un gout de poubelle !
- Méchant ! Non, tu ne regarde pas ! Allez donne-m'en un, mais sans regarder ! Triche pas, lui dis-je en essayant de lui cacher les yeux. Il rigola sous mes assauts désespérés et me présenta un nouveau bonbon que je mis dans ma bouche.
- Hum, chewing-gum !
- Ha, encore loupé ! Moi qui croyais que c'était goût épinard !
- Tu ne devrais pas regarder ! Allez, à toi maintenant !
Il en prit un puis le recracha presque aussi sec. Je hurlai de rire devant sa mine déconfite et lui demandai ce qu'il avait eu comme goût.
- Œil de scarabée !
- Comment tu sais quel goût ça a ?
- Parce que j'ai commis l'erreur de parier avec Potter et le gage, c'était d'en manger !
- Beurk, mais c'est affreux !
Il rigola et je ne savais pas trop s'il me disait la vérité ou non, mais je finis par rire avec lui. Nos pas nous avaient menés vers la Cabane Hurlante. Je la voyais d'un autre œil désormais. C'était ici que tout avait commencé. Je la fixai et Sirius semblait avoir les mêmes pensées car il déclara :
- La fameuse Cabane… Peuplée de fantômes paraît-il. Tu crois quoi toi ?
- Des esprits malins sûrement. Mais peut-être que si on leur tendait la main, ils ne seraient pas si différents de nous…
Mes paroles parurent le toucher, car il me regarda gravement, comme s'il me redécouvrait. Je sentis la chaleur me monter au visage et je reportai mon attention sur la Cabane pour éviter son regard scrutateur. N'y tenant plus, je soufflai :
- Quoi ? Qu'est-ce que j'ai dit ?
- Une belle phrase…
- Je… enfin… tout le monde…
- Non, au contraire. Certains n'aurait pas ta tolérance et ta gentillesse.
- Je… Sirius…
L'entendre dire ceci fit battre mon cœur plus vite dans ma poitrine. Je me sentais frissonner, aussi je resserrai ma cape autour de moi pour me tenir chaud. Mais je savais au fond de moi que ce n'était pas le froid qui me faisait trembler. C'était la proximité avec lui. Celui qui hantait mes pensées depuis que j'avais onze ans. Celui qui, malgré sa maladresse et ses grands airs, avait un cœur en or et une loyauté sans faille. Nos yeux s'accrochèrent. Il était à quelques centimètres de moi, je pouvais presque sentir son souffle s'emmêler au mien. Puis…
- Tss, ça se bécote dans un coin tranquille les tourtereaux ?
Je me retournais vivement lorsque la voix me parvint. Cette voix !
John !
