Shura ! Figlio di putana !
L'enfoiré, il tient tête à l'affreux qui me traque depuis que je me suis réveillé comme s'il faisait ça tous les jours. Aphrodite recule face aux tentacules qui s'agitent devant lui et jure. Dire que môssieur me reproche régulièrement de me montrer trop vulgaire !
Mais pour le moment, je n'ai pas le cœur de le chambrer. Je me sens trop désespéré pour ça. La main gauche de ce crétin d'espagnol est en sang, des filets carmins coulent le long de sa tempe.
Lorsqu'il met genou en terre, je sens mon cœur s'arrêter. C'qu'il est magnifique, ce crétin obsédé par son honneur ! Ouais, il est beau comme un dieu, malgré ses blessures. Sombre, droit, aussi tranchant que son Excalibur !
C'qu'il est dans la merde, aussi !
Quand la saloperie s'élance à l'assaut, je peux juste hurler à m'en arracher la gorge. Je me fous pas mal des espèces de télétubbies qui l'encouragent depuis leurs branches. Il va se faire tuer sous mes yeux !
— Shu !
Il disparaît dans l'eau de la mangrove. Non !
Non !
Shura !
Pas toi !
Je n'ai pas besoin de regarder Aphrodite pour savoir qu'il a hurlé en stéréo avec moi et qu'il s'élance. Y a pas à dire, on est synchrones !
Je ne réfléchis pas et je plonge. L'eau me pique les yeux et le goût du sang vient se déposer sur mes lèvres. J'aperçois le corps du bestiau : il bouge plus.
Crevé.
Bordel, Shu ! T'as réussi ! Je sais pas comment mais tu l'as tué, ce con !
Quelques instants, une fierté dingue m'envahit. Ce type est un botteur de culs tigrés et c'est mon pote ! Je déchante vite : quelques instants plus tard, j'aperçois Shura. J'accroche ses yeux l'espace d'un moment. Juste le temps de voir la conscience s'estomper de son regard.
Je nage avec l'énergie du désespoir. Les algues s'enroulent autour de lui, l'attirent vers le fond.
Oh ! Non ! Pas de ça ! Tu vas pas crever aussi facilement, mon vieux !
Aph' est meilleur nageur que moi, il atteint notre cabri avant moi. Sans hésiter, il l'embrasse. Ben mon colon ! Il perd pas de temps ! Puis, je me rends compte qu'il partage un peu de son air avec Shura.
Ouaip ! Bien vu !
Je tire sur les algues, me déchire les paumes. Merde, c'est quoi ces machins ?
Saloperies !
Shura laisse un frisson l'ébranler. Ses mains s'ouvrent. Merde ! On est en train de le perdre ! Un objet coule entre ses doigts. Je le rattrape. Un bébé couteau ! Il a dû perdre sa maman en cour de route.
Il fera l'affaire. Je cisaille les algues, me dégage avant qu'elles ne s'enroulent autour de mes membres pour me prendre au piège à mon tour. Le sang rugit dans mes oreilles, des tâches noires envahissent ma vision.
Puis, enfin, Aphrodite termine de dégager notre Capricorne. Nous le remontons à deux. Je termine à l'aveugle, persuadé que je vais clamser avant d'atteindre la surface. J'émerge à l'air libre que j'avale goulument. 'Dite m'imite de son côté. Entre nous, Shura est un poids mort. Je me rends soudain compte qu'il ne respire plus !
Non !
Nonnonnonnonnonnonnonnonnonnonnon ! Pas ça ! Pas lui ! Par pitié !
La terreur et l'adrénaline qui m'envahissent à la pensée qu'il pourrait mourir dans mes bras me donnent la force de nager vers les racines. Le péon m'aide à le tracter. Il réussit à grimper et, de son perchoir, m'aide à le hisser au sec.
Le temps de les rejoindre, Aphrodite a déjà commencé à presser l'abdomen de Shura. Et... ça suffit ! Il rejette la tête en arrière comme l'eau remonte. J'empoigne son bras et le tire sur le côté. Le soutient tandis qu'il libère ses bronches et ses poumons. Dingue, les litres qu'il a avalés ! Sous mes doigts, il est glacé, des frissons le parcourent.
— Crétin ! je murmure.
Il me répond d'un drôle de soupir un peu haché. Aph' s'est agenouillé à nos côtés, il détaches les mèches noires collées à sa peau glacée.
— Ne nous refais plus jamais ça ! ajoute-t-il en un souffle.
Shura est trop occupé à reprendre son souffle et à trembler de froid pour nous répondre. Ouais... Une noyade a ce genre d'effets.
Les nabots à tête de bulbe descendent de leur perchoir et babillent autour de nous. Je me tends mais Aphrodite n'a pas l'air de s'en faire. L'un de nos nouveaux admirateurs s'approche et tapote la main de notre hidalgo. Shura entrouvre les yeux, trop épuisé pour parler. À côté de moi, le Poisson rigole doucement.
— Tu as ton fan club, Shu ! Ces petits bonhommes sont prêts à t'aduler comme un dieu !
Je ne peux m'empêcher de l'interrompre :
— Parce que tu comprends, ce qu'ils baragouinent, toi maintenant ?
Aph' hausse les épaules.
— Ils sont d'origines végétales. Alors oui.
Ah... Ouais, j'oubliais presque ses pouvoirs flippants de roi des ronces...
— Et ils nous invitent chez eux ! Si c'est pas charmant ! Sacré Shu ! T'es un vrai tombeur.
Shura ne répond pas, il a laissé retomber ses paupières et ses cils forment des ombres veloutées sur ses pommettes à l'arête presque coupante. Il est dans les choux mais au moins, il respire. Je le redresse un peu avant de le soulever. Façon princesse en détresse, heureusement qu'il n'en sera pas conscient.
— OK... On y va ?
C'est pas que je leur fais une confiance aveugle, aux nains de jardins, mais ils ont l'air content que Shu ait dégommé la sale bête. Comme dirait l'autre : l'ennemi de mon ennemi...
Kaléa-chan : Mais non, on va pas le laisser crever !
Mattéo, c'est le nom que je visualise pour DM... J'ai beaucoup de mal avec le plus classique Angelo. Merci pour ta review ! :)
Hemere : si j'arrive à faire un dessin satisfaisant de la bestiole, promis, je la posterai ! ^-^
Shu... Il se retrouve face à Camus, c'est vrai mais il fait tout pour ne pas le blesser et... J'en reviens toujours pas de la manière dont Surt le tue ! T_T
Avec un peu de chance, tu finiras par apprécier ma version du trio ? ^^
Glacefraicheur : Argh ! Le coup de bambou ! Il est ennuyeux, mon ptit Shu ?
Pour les détails sur ce monde, vous en savez autant que moi, les filles.
