J'ai beau plaisanter, mon cœur bat la chamade.
C'est pas passé loin !
Shura semble inconscient. Sa tête a roulé au creux du cou de Mattéo qui le tient serré comme s'il s'attendait à ce qu'on le lui arrache. Je me demande ce que diraient nos compagnons à voir le Cancer à la réputation de psychopathe s'accrocher à notre cabri comme un tout petit à son doudou. J'ouvre la bouche pour le chambrer mais le cœur n'y est pas. À la place, je dis :
— Suivons-les.
Les tubercules sur pattes nous attendent d'un air frétillant. Y a pas : y sont choux, ces petits ! Ils sautillent autour de nous et nous guident jusqu'à un arbre plus large et plus gros que les autres. Je me rends compte qu'il s'agit de plusieurs troncs qui se sont entrelacés jusqu'à former une véritable forteresse.
Par ici, par ici ! On soigne Celui qui Protège ! Et ses amis !
Je jette un œil à Shura. Celui qui Protège, hein ? C'est tellement lui !
— Que disent-ils ? bougonne Mattéo.
Il doit commencer à trouver notre espagnol lourd à porter. Shura a beau être mince et bâti tout en longueur, il a le corps d'un chevalier. Que du muscle ! Je fronce les sourcils. Il est si pâle en comparaison avec l'italien. Je n'aime pas ça.
— Ils nous emmènent chez eux. Je pense que nous sommes arrivés.
Je l'observe. Sa mâchoire se crispe et je me sens obligé de préciser :
— Essaie de bien te tenir…
— Oh ça va, la Prima Donna !
Ah ouais ! À ce point-là, Matt' ?
Il cille soudain et me jette un regard penaud.
— Désolé, Aph ! J'ai envie de casser quelque chose.
Ses yeux tombent sur Shura et il le serre encore un peu plus. Comme s'il pouvait lui transmettre un peu de sa force, le protéger. Il n'a jamais eu besoin qu'on prenne soin de lui, notre Capricorne.
Il y a eu juste cette unique nuit, cette terrible nuit…
Celle qui a scellé notre amitié et notre destin.
Sa main gauche est en sang et, l'espace d'un instant, je le revois à tout juste dix ans, immobile dans l'entrée de mon temple. Il venait de porter un coup fatal à Aioros et de faire son rapport au Pope. Il est des images, des souvenirs que l'on ne peut oublier…
Sa pommette tuméfiée là où l'Autre l'avait frappé pour ne pas avoir ramené la tête du traitre, le rouge sur sa cape et qui le recouvrait à moitié. Son bras couleur carmin… qui laissait s'écouler en gouttes ce sang qui lui a tant coûté. Qui nous a tant couté à tous…
Je l'ai rejoint en quelques pas et… ses yeux…
Athéna ! Ses yeux !
Derrière lui, Matt' suivait d'un pas hésitant.
— Viens.
Juste un mot. Une invitation.
Ça a suffi. Son regard a perdu cette terrible vacuité et s'est empli de larmes. Il s'est écroulé.
Nous l'avons rattrapé.
Après, la vie a repris son cours. Je sais qu'il n'a jamais oublié. Qu'il n'a rien oublié.
Nous sommes restés amis. Et plus encore.
La mort d'Aioros nous a soudés avec le plus dur acier.
Une sculpture tordue, un peu malsaine, torturée… mais solide.
Inséparable.
— Allons-y, grommelle Mattéo.
Son ton bourru me ramène à la réalité et nous suivons le petit peuple des tubercules. L'intérieur de leur forteresse végétale est étonnant. Des passerelles et des échelles relient de petites huttes suspendues aux troncs. Nos hôtes nous font monter dans une nacelle qu'ils hissent jusqu'à une maisonnette plus grande que les autres, plus solidement bâtie.
Ici, vivent Ceux qui Protègent ! Venir et dormir. Nous veillons pendant que Celui qui Protège se repose.
— Merci.
Je pousse le Cancer vers l'entrée, protégée d'une tenture d'herbes tressées que je tiens soulevée pour le laisser passer. Ma main ne quitte pas son bras, je sens ses muscles se nouer.
— Du calme…
Après avoir piétiné un moment, les tubercules nous quittent et nous nous retrouvons enfin seuls.
Il n'y a qu'un lit dans la pièce unique mais il est suffisamment grand pour nous trois. Matt' y dépose Shura avant de rouler des épaules.
— 'tain ! Il pèse son poids, le cabri.
Il se tourne à moitié vers moi. J'ai trouvé une caissette avec des couvertures et une autre avec des bandages et des onguents. L'impression que nous ne sommes pas les seuls protecteurs à être passés par-là me dérange.
— Je fais quoi ?
Le ton bourru du Cancer me ramène à notre blessé.
— Déshabille-le. Toi aussi et tiens-lui chaud.
— Cosa ?
— Tu m'as bien entendu ! À poil, mon ami ! Vos vêtements sont trempés et nous ne voulons pas que Shura meure bêtement d'hypothermie, n'est-ce pas ?
Mattéo me fusille du regard mais obtempère avec une mauvaise grâce ostensible. Je mentirais si je prétendais ne pas avoir profité du spectacle. D'ailleurs, j'enlève moi-même ma chemise. Je déteste la sensation du tissu glacé qui me colle à la peau ! Je tombe le bas par la même occasion avant de rejoindre mes deux méditerranéens sur le matelas. La tunique de Shura gît au sol et le Cancer s'escrime à lui retirer son pantalon en essayant de ne pas lui faire mal.
Cette vision a quelque chose d'à la fois touchant et d'érotique. Finalement, le pantalon est envoyé valdinguer sur le sol et un italien tout nu reste agenouillé entre des jambes – tout aussi nues – catalanes. Je toussote et Matt s'écarte vivement. Il remonte un genou pour cacher sa nudité. Avec son regard qui part en biais pour ne pas rencontrer le mien et la rougeur qui court sur ses joues, on reconnaîtrait bien mal le tueur sanguinaire que tout le monde voit en lui.
Oh ! Bien sûr, Matt' est un tueur sanguinaire mais, dans l'intimité, il se dévoile bien plus qu'il ne le pense. Le gamin maladroit de onze ans qui étreignait farouchement son ami blessé au plus profond de son âme n'est pas entièrement mort.
C'est cette petite touche d'humanité que je me refuse de voir disparaître !
J'ignore la raison pour laquelle les dieux nous ont propulsés dans ce monde mais je veux croire qu'on nous offre une nouvelle chance !
Que nous pouvons être sauvés !
Je repousse les mèches ébènes qui se sont collées au visage de notre blessé et explore son crâne. Là ! Pas loin de sa tempe droite, je trouve une belle bosse et une estafilade. Les bords de la plaie ne saignent plus mais ça explique les difficultés à se mouvoir de mon hidalgo !
Bon sang ! S'il était conscient, il mériterait que je le retourne sur mes genoux pour une fessée dont il se souviendrait ! À condition qu'il ne m'ait pas assommé d'abord, évidemment. Et je sais pourquoi il ne m'a rien dit.
Matt' était en danger.
Celui qui Protège, hein ?
L'envie de m'en prendre à ses petites fesses virginales me déserte. Je me contente de lui effleurer la joue en une caresse. Les marques autour de sa gorge, de ses bras et de ses jambes m'inquiètent. Violacées, elles saignent là où les algues voraces ont réussi à percer tissu et peau.
Un tubercule entre sans s'annoncer. Matt en glapit presque. Je sens son envie de tuer enfler. Je lui souffle « Suffit ! » avec toute l'autorité dont je suis capable. Il me flétrit du regard mais se contente de rabattre une couverture sur lui et le corps de Shura. La petite créature nous apporte de l'eau d'une pureté qui m'étonne dans cette mangrove.
Grande Mère nous protège et nous nourrit ! m'explique-t-il avec une simplicité déconcertante.
Je suis capable de comprendre toute vie végétale – avec ou sans cosmos, heureusement – et j'avoue que ces êtres primitifs et fragiles mais étonnamment sophistiqués me fascinent. Il repart après que j'aie réussi laborieusement à lui expliquer de ne plus entrer sans s'annoncer.
J'espère que j'ai réussi à me faire comprendre, de sous les couvertures, Mattéo me foudroie du regard en serrant Shura contre lui. Je m'accroupis à nouveau à leurs côtés.
— J'ai besoin d'examiner son bras.
Je m'exprime calmement, sans hausser le ton. Mon Cancer est un chat sauvage. La colère ne provoquera qu'une réaction de violence défensive chez lui. Il bougonne un moment avant de repousser la couverture. Je n'aime pas la respiration sifflante du Capricorne. Je ne peux rien y faire pour le moment, alors à la place, je m'occupe de nettoyer et de panser ses blessures avant de m'occuper de celles de Matt'. Ce dernier me rend la politesse, apaisé, et nous nous glissons de chaque côté de Shura pour le réchauffer.
Le souvenir de cette nuit treize ans plus tôt s'estompe peu à peu.
Aujourd'hui, nous étreignons à nouveau notre ami blessé mais l'espoir a remplacé le désespoir.
Hello les amis !
Ma production dans les fanfics va baisser dans les prochains mois. L'envie d'écrire et la confiance me sont revenues grâce à Saint Seiya et aux Goldies. Et je ne saurai jamais vous remercier assez pour tous vos commentaires, c'est grâce à vous que j'ai repris assez confiance à moi pour me remettre "sérieusement" à l'écriture.
De nouvelles deadlines sont tombées et je me sens à nouveau capable de les gérer. Donc voilà... ma production ficesque va diminuer (parce que je n'ai ni elfe de maison, si retourneur de temps et que je ne vis pas de ma plume... dommage : c'est clair !)
J'en profite pour vous laisser l'adresse de mon blog : Étincelle de rêves pour garder le contact si l'envie folle vous vient de vérifier ce que je fais et réclamer la suite des chapitres ! :D Ou découvrir mes univers (avec ou sans yaoi...).
Soul of Mayhem est un projet auquel je tiens et, surtout, le fandom est ma petite évasion à moi, j'en ai besoin je m'en rends compte à présent (il m'aura quand même fallu six ans avant d'y revenir. ^^; Bref, je ne lâche rien et continue d'écrire. Mais plus lentement !
Saharu-chan : Ben oui ! C'est un cadeau pour toi ! DM était censé apparaître dans l'arc 2 et il ne devait pas y avoir d'arc 3 de prévu... Enfin, si mais pas celui-ci ! ^^ Je vais pouvoir torturer ces trois-là, je commence à prendre goût à eux. Surtout Shura, je l'avoue ! Mais les deux autres sont funs à écrire. Le chapitre 4 est un chapitre feel good et le prochain devrait l'être aussi (je crois) mais je ne promets rien pour les suivants.
Par contre, Shu hyper sanguin ? Il essaie surtout de tenir sur ses jambes et réalise que la fuite n'est pas une option. Mais oui, il est prêt à tout pour protéger ses deux amis !
Pour les bestioles, heu... ben, elles me viennent au gré de mon inspiration... Sinon, dans un de mes romans (non publié à ce jour (et shonen ai)), j'ai des monstroplantes lubriques. Je dis ça, hein ? ^vvv^
J'espère que la suite va continuer à te plaire ! :)
Glacefraicheur : M'enfin tant de haine pour ce pauvre DM ! :D
Bah, les télétubbies, c'était comme ça en passant... Maintenant, ce n'est pas un grand lecteur mais je suis sûre que tu le trouveras incollable sur l'Enfer de Dante, par exemple ! Tu n'arrives pas à visualiser les tubercules ou le tigre lamproie ?
Hemere : Ah non ! Mes ptits tubercules ne ressemblent pas aux télétubbies et j'avoue avoir une très mauvaise connaissance de Pokemon et Digimon. Sinon pour mieux visualiser : tape tubercule dans google images ? Tu les imagines avec deux yeux, une bouche, bras et jambes et une tige verte avec une feuille sur la tête et c'est bon...
Pour le threesome... C'est très possible ! Je ne sais pas encore comment ça va tourner ! ^^;
Yuna : Bienvenue sur Soul of Mayhem ! :) Je suis contente que mon trio te plaise. Je ne sais pas si les chapitres suivants continueront d'être très marrants, seulement...
A bientôt !
