J'ai froid. Je n'ai jamais eu aussi froid. J'ai du mal à respirer.

Et je brûle !

Paradoxalement, je suis en feu.

J'essaie d'ouvrir les yeux. Ma gorge me paraît trop étroite pour laisser passer l'air. Mon torse me tue.

Une main passe dans mes cheveux, les décollent de mon front.

C'est pas la mienne.

Pas la mienne !

Je ne sais pas où je suis !

Pourquoi c'est si dur d'ouvrir les yeux ou de, simplement, faire entrer un peu d'air dans mes poumons ?

— Shhh… Tout va bien Shu. Tu es en sécurité. Repose-toi.

Cette voix, je la connais.

Je suis incapable de mettre un nom dessus mais elle me rappelle… je ne sais pas… Le souvenir m'échappe.

Tout ce que je sais : je suis en sécurité avec son propriétaire.

Je m'enfonce…

Lorsque je reviens à moi, mon crâne menace toujours d'exploser mais, au moins, je parviens à ouvrir les yeux.

— Comment te sens-tu ?

Cette fois, je reconnais la voix d'Aphrodite. J'essaie de tourner la tête vers lui. Je voudrais répondre mais ma gorge me trahit et se serre. Je tousse et ça me déchire le torse. Le matelas bouge sous mon dos – nous sommes dans un lit – et quelqu'un me redresse, me cale contre une épaule tandis qu'un bras entoure ma taille. Que ?

Un menton pointu vient se loger au creux de ma nuque.

— J'aime pas bien comment il respire, Aph' !

Mattéo.

C'est lui qui me serre contre lui.

Je me rends compte avec gène que nous sommes nus et il semble en forme de bon matin. Son érection frotte contre ma hanche lorsque je frissonne et il siffle, agacé.

— Tu peux te tenir tranquille deux secondes, mon vieux ? Tu m'aides pas, là !

Aphrodite soupire ostensiblement.

— Quoi ? se défend le Cancer. T'as jamais eu la trique du matin ? C'est bon, Shu ! J'vais pas te violer, non plus ! J'en peux rien, moi ! C'est là… c'est là, quoi !

Du coup, je n'ose plus bouger. De toute façon, j'en serais bien incapable. 'Dite porte à mes lèvres une coupe d'eau fraiche que j'avale avec reconnaissance. Je laisse ma tête retomber contre l'épaule de mon ami.

Pourquoi suis-je aussi fatigué ?

J'essaie de lever les mains mais la douleur éclate dans mes bras, dans tout mon corps. Je n'ai jamais rien ressenti de pareil : même lorsque je suis mort la première fois ! Je me raidis et un cri étranglé m'échappe, m'arrache la gorge.

Oh ! Athéna !

Deux mains fraiches se posent sur mes joues, me forcent à plonger dans des yeux clairs, si clairs.

— Concentre-toi sur moi, Shu' ! m'ordonne Aphrodite. Sur nous ! Ne pense à rien d'autre, ne bouge pas !

Peu à peu, la douleur s'apaise et s'estompe. Contre ma hanche, l'érection matinale de Matt' a disparu. Il ne reste plus que ses bras qui me maintiennent contre son torse, ses jambes qui s'entremêlent aux miennes. Le Poisson disparait un instant de mon champ de vision mais il revient avant que je ne puisse songer à protester. Il porte à nouveau à ma bouche la coupelle d'eau.

La douleur dans ma gorge s'apaise enfin.

Le regard azur se durcit.

— Tu te rappelles des algues ? demande-t-il.

Je cligne des yeux : une fois. Il n'y a que ça qui ne soit pas trop douloureux.

— Très bien ! Eh bien, il semblerait qu'elles soient vénéneuses. C'est comme ça qu'elles attirent leurs proies au fond de la mangrove. Tu n'as pas mon immunité aux poisons ni celle de Milo.

Ah… Mince. Je vais mourir, alors ?

— La bonne nouvelle, c'est que ton corps lutte en essayant de brûler les toxines avec de la fièvre. La mauvaise : nous ne savons pas si tu vas y survivre même si nos petits amis tubercules nous fournissent de quoi te soigner.

Je remarque qu'il respire vite, deux tâches rouges apparaissent sur ses joues. Que… Aphrodite est en colère ?

— Alors écoute-moi bien, espèce de crétin à corne ! La prochaine fois que tu as envie de te la jouer héros solitaire…

Oui… Il est furieux. Un peu dépassé, je l'écoute déballer dix mots à la seconde sans répliquer. De toute façon, je ne saurais pas quoi lui répondre. Et je suis trop fatigué pour penser à une réplique. Des doigts calleux se posent sur ma joue et tournent ma tête.

Matt' me regarde avec un sérieux inattendu puis :

— Ce qu'il essaie de te dire, c'est que tu nous as foutu une trouille d'enfer, amico. Recommence plus !


Hemere : Le mystère des Protecteurs va être aborder.
Mais en attendant, je les laisse un peu récupérer. Shura s'est fait empoisonner, il a une commotion cérébrale, etc... Et sans cosmos pour évacuer... Ben faut le faire à l'ancienne : prendre le temps et croiser les doigts pour survivre. ^^