Bonjour !
ENFIN !
Je suis sur ce foutu chapitre depuis... Pffff un an et demi presque.
Et le désir de certains d'entre vous se réalise dans ce chapitre. Et ça... C'est bô.
Le chapitre suivant est déjà en cours d'écriture, en même temps que le prochain chapitre de Code Nivans !
Bonne lecture !
-Donc ? De quoi est-il question ? demandai-je, voyant que Chris ne disait rien.
-Je ne sais pas par où commencer, Piers, admit Chris.
-Par le début. Ce sera super, ricanai-je.
Ada ricana aussi, et Chris poussa un soupir, en se raclant encore bruyamment la gorge.
Après ma disparition, Chris revint sur son intention de renoncer. Il l'a fait, d'ailleurs. Mais il est revenu dans la course quand Ada lui a parlé de la résurrection de Neo-Umbrella, et de ma survie, accessoirement. Chris insista sur le fait qu'il a eu beaucoup de mal à écouter Ada, à cause de ce qui s'était passé l'année dernière, mais les bonnes nouvelles lui donnèrent une occasion de réviser son jugement. Ada eut une sorte de rire nerveux. Je n'avais que peu d'images, mais j'étais à peu près sûr qu'Ada nous avait bien fait monter au créneau à l'époque.
Ada déclara ensuite que, malgré ses dons d'espionne dont elle ne se vantait qu'implicitement, elle était impressionnée, mais surtout contrariée, par l'absence d'indices laissés par les membres de la Neo-Neo-Umbrella. Si Carla Radames avait elle-même revendiqué les actions de son organisation il y a un an, le nouveau chef, qui qu'il soit, faisait plus dans la discrétion salutaire.
Puis, ce fut à mon tour de faire mon récit. Je racontai en détails comment Jonah et Anna m'avaient trouvé sur une plage, ils avaient pris soin de moi, et, quelques jours plus tard, les jumeaux avaient eu la preuve, ou plutôt l'indice, comme quoi Neo-Umbrella les avait retrouvés. Je n'oubliai pas de mentionner qu'ils en faisaient eux-mêmes partie, et cela fit grimacer Chris.
-Est-ce pour ça que leur père a demandé à les faire suivre ? demandai-je à Ada.
-C'est l'une des raisons. Mais aussi parce que le commandant Muller soupçonne sa femme d'être la nouvelle tête pensante de Neo-Umbrella. Il pensait que les jumeaux allaient le mener à elle, sauf que son hypothèse concernant leur désertion est avérée. D'où mon contre ordre.
-Ça ne servait plus à rien de les suivre, compris-je.
-Oui. Enfin, c'est ce que je pensais avant de vous voir avec eux.
Alors que je m'apprêtais à poser une question à Ada, celle-ci toussota, et mon téléphone vibra dans ma poche. Je le regardai, et je vis un nouveau message.
"Ne parlez pas de mon avertissement au capitaine Redfield. Prenez ce message comme un faux numéro. "
Je collai négligemment mon téléphone sur mon oreille, en faisant comme elle m'avait dit. Je compris ce qu'elle voulait dire. Je ne devais faire confiance à personne. Mes mauvaises impressions, que j'avais eues plus tôt, me parurent de plus en plus concrètes. Etonnant, sachant que ces avertissements venaient d'une personne à qui je n'aurais sans doute jamais pensé faire confiance.
Je raccrochai mon téléphone, après avoir joué mon rôle, et Chris me jeta un regard curieux.
-Un faux numéro, expliquai-je, en espérant être convaincant.
-Ah. D'accord, acquiesça-t-il.
-Vous savez quelque chose sur la personne qui a essayé de me tirer dessus, tout à l'heure ?
-Eh bien oui, dit Ada. Comme je vous surveillais. C'était Sherry Birkin.
-Sherry ? répétai-je d'un ton horrifié. Pourquoi ?
-Elle et Wesker Junior travaillent pour Neo-Umbrella, selon mon enquête. Mademoiselle Birkin était chargée de vous infliger une contre-mesure à l'antidote qu'Anna Muller vous a injecté, pour que vous craquiez en public pendant votre dîner de ce soir. Elle n'avais sans doute pas prévu que Jonah vous protège. Ça a fait qu'Anna a pu la blesser.
-Donc le rendez-vous de tout à l'heure…
-C'était pour vous ramener à votre état second, oui, me coupa poliment Ada.
-Plus j'entends parler de ce Jonah, et plus je l'apprécie, dit Chris avec un rire nerveux.
J'eus un rire jaune aussi, et Ada m'expliqua la suite de son plan. Je devais rester en sécurité avec Anna et Jonah pendant encore quelques jours, pendant qu'Ada et Chris enquêtent encore sur Neo-Umbrella et son potentiel meneur d'opérations. Ça me gênait un peu de rester sans rien faire, mais je me dis que je ne serais sans doute pas très utile dans mon état actuel. Nous redescendîmes tous les trois du bâtiment, qui était une sorte d'immeuble résidentiel, et je repartis pour aller chez Jonah.
Puis, je reçus un message, toujours du même numéro inconnu.
"Retrouvez-moi dans votre ruelle sombre dans vingt minutes. Il faut que je vous parle. "
Je fronçai les sourcils, et j'hésitai à enregistrer le numéro qui m'envoyait ce genre de messages. Mais non. Je pensais que si elle restait en inconnu, c'était pour rester anonyme, justement. Quelqu'un de mal intentionné pourrait remonter jusqu'à elle grâce à mon téléphone. Je fis donc volte-face, et je me dirigeai vers la ruelle torride, où m'attendait déjà la même silhouette encapuchonnée.
-Vous êtes rapide, notai-je.
-C'est comme ça que je reste en vie, répondit-elle d'un ton qui ne trahissait rien. En tous cas, je suis contente, bien qu'un peu surprise, que vous ayez décidé de m'écouter.
-Moi aussi, admis-je. Mais depuis que j'ai retrouvé Chris, j'ai l'impression que quelque chose cloche.
-Finement observé, lieutenant Nivans.
-Je ne vous exclus pas de mes théories, mais je veux quand même écouter ce que vous avez à me dire, ajoutai-je rapidement.
Ada poussa un soupir avant de débiter son récit.
Après ma disparition, suivant de peu celle de Derek Simmons et de Carla Radames, l'organisation Neo-Umbrella était sans représentant. C'est là qu'entre en jeu le docteur Caroline Muller, la mère de Jonah et Anna. Je connaissais déjà la partie du récit où Jacob Muller avait engagé Ada en espérant que Jonah et Anna la mène jusqu'à Caroline, et que, au final, elle avait changé de mission, qui devint de veiller sur moi. Je me souvins, en même temps, que Jonah m'avait dit que lui-même ne voyait que très rarement sa mère, qu'il la voyait toujours uniquement par Skype. Ce détail anodin prenait tout son sens, maintenant.
Puis, Ada en vint au vif du sujet. Ce qu'elle voulait me dire, et que Chris ne devait pas entendre. Ada pense que Caroline a des taupes dans le BSAA, qui faussent les rares pistes sur lesquelles Chris tombait un peu trop par hasard. Sans le savoir, Chris bossait pour Neo-Umbrella pendant les six derniers mois. Il y a deux semaines, Ada a réussi à attraper l'une des taupes, qui a subitement muté lorsque les questions d'Ada devenaient trop précises. C'est uniquement après ça qu'elle est entrée en contact avec Chris, et qu'il l'a engagée, après avoir eu des rumeurs sur le lien entre Jonah, Anna, Caroline et Neo-Umbrella, et quand elle avait affirmé que j'étais avec eux.
Finalement, elle en vint à Jake et Sherry. Selon son enquête, ils ont fini par servir le nouveau boss de Neo par un concours de circonstances assez ironique : ils tenaient trop l'un à l'autre. Jake a reçu un avertissement concernant Sherry, et inversement. Je les plaignais un peu, pour le coup. Je supposai juste que tout se réglerait quand on aura épinglé la nouvelle tête de Neo.
-Il faut que vous soyez prudents avec les jumeaux, finit par me dire Ada. On ne sait pas à quel point leur mère a une influence sur eux.
-Et votre influence à vous, on en parle ? rétorquai-je avec une grimace. Je ne peux m'empêcher de penser que je ne devrais pas vous faire confiance, à vous non plus.
-Et vous auriez raison, confirma-t-elle. Même si les raisons pour lesquelles vous vous méfiez de moi sont mauvaises. Ce n'est pas de ma faute si le docteur Radames a été modifiée pour me ressembler. Tout ce que je vous demandais, c'était de m'écouter, et de ne faire confiance à personne.
-Je vois, dis-je en croisant les bras sur mon torse. Ça ne m'aide pas vraiment. Je suis censé faire quoi ?
-Ne changez rien. Soyez vous-même, je m'occupe du reste. Je suis aussi fatiguée que vous de ces affaires de virus. Peut-être même plus.
-Plus ? Je ne vois pas comment ça pourrait être possible.
-Ça va faire vingt longues années, en ce qui me concerne. Où étiez-vous, vous, en 1998 ?
-Vous marquez un point, grimaçai-je.
Ada rit légèrement, et je ne pus m'empêcher de ricaner aussi. Honnêtement, je n'avais aucune idée d'où j'étais en 1998, mais je savais l'âge que j'avais. Donc, s'il m'était arrivé quelque chose de traumatisant à ce moment-là, je pense que ça me serait revenu. Et puis… Même si ma mémoire me hurlait de ne pas faire confiance à cette femme, mon instinct, lui, me disait que, dans l'état actuel des choses, elle était sans doute l'allié le plus fiable que j'avais. Son argument était plutôt convaincant, il fallait l'avouer.
-Donc je rentre chez moi ? repris-je.
-Chez les jumeaux, oui, répondit Ada. On reste en contact.
Ada leva le bras, dans un geste que je ne compris pas tout de suite. Puis, un bruit sourd retentit dans la ruelle, et Ada s'éleva comme par magie, pour disparaître entre les deux bâtiments. J'avais bêtement levé la tête pour la regarder partir, et je tournai les talons pour aller vers le quartier voisin, où se trouvait mon domicile du moment.
J'ai gentiment frappé à la porte, et c'est Anna qui est venue m'ouvrir, évidemment, une arme à la main. Elle m'a fait signe d'entrer et de l'attendre sur le canapé. C'est ce que j'ai fait, alors qu'elle retournait dans la chambre pour s'occuper de Jonah sans doute.
Je jetai un œil à l'horloge, il était deux heures. Mon entrevue à onze heures avec Chris était à la fois tellement loin et tellement proche, et ça me rendait malade. Mes mauvaises impressions, plutôt, me rendaient malade. Sans oublier cette histoire avec Jonah, Anna, leur mère, Jake et Sherry. Je me sentais mal pour tout le monde. Sauf peut-être pour la mère des jumeaux, si elle était vraiment derrière tout ça.
-Alors Piers ? Comment ça va ?
Je me retournai brutalement en entendant la voix de Jonah derrière moi. Il était debout dans le couloir, avec un haut tout neuf, et avant que mon cerveau ne réagisse, je m'étais déjà levé d'un bond pour aller le câliner.
-Aïe ! Tout doux grand fou ! dit-il d'un ton mi-amusé mi-douloureux.
-Oh, pardon, dis-je en le relâchant tout de suite. Tu es sûr que tu devrais te lever ?
-La blessure était superficielle, dit Anna en sortant de la chambre. Raconte-nous plutôt comment s'est passé ton rendez-vous.
J'ai regardé Anna arriver, et une fois qu'elle fut au salon, elle et moi nous sommes assis sur le canapé. Jonah est resté debout, sa blessure au dos encore dans un état précaire. Je leur ai raconté tout ce que j'avais appris de Chris, puis d'Ada. Ils semblèrent seulement à moitié étonnés de l'implication d'Ada. Il y avait un fichier ultra confidentiel la concernant dans les vieilles archives d'Umbrella, qu'Anna avait hacké quand elle avait dix-huit ans - je sentais la petite fierté sous-jacente quand elle parlait de ça. Apparemment, Ada avait un sacré cursus d'agent à plusieurs facettes depuis Raccoon City, travaillant souvent à la fois pour Umbrella, pour les Services Secrets Internationaux et un troisième employeur dont personne ne connaissait l'identité. Là, maintenant, j'avais encore plus de raisons de me méfier d'elle. Mais ma mauvaise impression concernant Chris était plus forte. Jonah aussi a décidé de se fier à elle, à la grande incompréhension d'Anna.
-Tu connais aussi bien que moi sa réputation, dit-elle. Pourquoi on lui ferait confiance ?
-Justement parce qu'on la connait, répondit Jonah. Les cas dans lesquels elle a agi ont tous été réglés. Dans quel sens, peu importe, ajouta-t-il alors que j'ouvrais la bouche. Si on peut bosser avec elle, je peux faire en sorte qu'elle aille dans notre sens.
-Elle se méfie de vous, aussi, me rappelai-je. Elle sera sur ses gardes.
-Comme toi au début, me dit Jonah. Personne ne résiste à mes charmes.
Jonah me fit un beau sourire, qui me fit un peu rosir je l'avoue, et Anna ricana. Je réussis à toussoter avant de reprendre la discussion sérieuse. Aussi sérieusement que possible.
Ensuite, j'ai mentionné l'implication plus que probable de Jake et Sherry. Cela sembla attrister Jonah, et sérieusement surprendre Anna, avant que je n'explique la théorie d'Ada, comme quoi le nouveau chef de Neo-Umbrella les tenait d'une manière ou d'une autre. Jonah voulait en apprendre plus, pour les aider, mais j'étais d'accord avec Anna, sur ce point. On n'avait littéralement aucun moyen de savoir ce qui justifiait leur changement de camp, et on les sauverait de toute façon en chopant le chef de Neo-Umbrella.
J'ai hésité à leur dire que leur mère était le principal suspect, selon Ada, mais, là encore, ils ne semblèrent pas surpris. Jonah sembla plutôt dégoûté, et Anna dépitée.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demandai-je, voyant qu'ils ne disaient rien.
-Je ne m'y attendais qu'à moitié, dit Jonah d'un ton inhabituellement plat. Etant donné que c'est ma mère, je l'avais diagnostiquée il y a un moment mais… J'espérais me tromper.
-Calculatrice, pragmatique et opportuniste, ajouta Anna. Elle devait avoir la main mise sur pas mal d'employés de Neo-Umbrella avant même la mort de Derek Simmons et Carla Radames. Elle savait ce qui allait se passer.
-Je suis désolé, dis-je sans vraiment m'en rendre compte.
-Tu n'as pas à l'être, me dit Anna. On fera ce qu'il faudra faire.
J'allais penser que le fait que quelqu'un ait à affronter sa propre famille me rendait malade mais… Au final, je me suis vraiment senti malade. J'ai tapé une accélération jusqu'à la salle de bains, entendant Jonah dire mon nom alors que je partais, et j'ai vomi un bon coup dans les chiottes. En plusieurs fois. Et il y avait du sang mélangé au vomi. Du sang et une sorte de substance grisâtre, un peu comme mon bras avant mon vaccin. J'ai toussé encore un petit peu, avant que les jumeaux me rejoignent dans la salle de bains.
-Piers ? Qu'est-ce qui se passe ? demanda Anna.
-Des restes, dit Jonah en analysant ce que je venais de lâcher. Le virus était sans doute encore en activité. Il a été assimilé à ton organisme, ajouta-t-il à mon intention.
-Est-ce que c'est grave ? s'enquit Anna.
-Non. Ça aurait été plus grave si c'était resté. Les vomissements sont un réflexe défensif, c'est bien connu.
Anna opina, et moi je regardai la substance que j'avais recrachée d'un air plus concentré que je ne devrais. Je ne sus trop pourquoi, mais je ne pouvais pas m'en empêcher. J'étais comme fasciné. D'ailleurs, Anna a fini par me voir faire, et m'a tiré en arrière pour que je redresse le regard, car elle trouvait craignos que je sois en admiration comme ça.
-Donc euh on fait quoi ? finis-je par demander alors que nous retournions au salon.
-Ada a suggéré que tu restes tranquille non ? me rappela Jonah. On n'a qu'à attendre qu'elle nous tienne au jus.
-Tu comptes rester sans rien faire pendant qu'une femme qui inspire la méfiance au monde entier fait notre boulot ? protesta Anna.
-Tu as une meilleure idée, peut-être ?
Anna regarda Jonah, puis me regarda, puis regarda de nouveau Jonah avant de grommeler et d'aller s'enfermer dans sa chambre. Lorsque je demandais à Jonah ce qui se passait, il m'expliqua qu'elle était toujours contrariée quand elle ne savait pas quoi faire, et qu'il ne valait mieux pas la déranger avant qu'elle-même ne revienne nous parler, avec un nouveau plan. Donc nous sommes juste allés nous asseoir dans le salon.
Après quelques passionnantes minutes, pendant lesquelles Jonah et moi avons regardé, sans trop y faire attention en ce qui me concerne, un documentaire sur les dauphins, mon téléphone sonna, alors que Jonah allait faire un commentaire – je devinai à sa mine fanfaronne que ce serait sans doute quelque chose d'idiot, mais bref.
-Allô ? dis-je prudemment en décrochant.
-Sa… Salut Piers.
Lorsque je reconnus la voix de Sherry, j'eus une sorte de pet de cerveau. Surtout qu'elle avait un ton triste qui aurait fait chialer n'importe quelle guimauve regardant des films d'amour.
-Est-ce que tu vas bien ? lui demandai-je plutôt.
-Oui, je vais bien. Et Jake aussi. Mais je tenais à m'excuser. On a essayé de vous le dire, mais…
-C'est bon. Nous sommes au courant.
Sherry ne répondit rien. Au début, je pensais qu'elle n'avait pas bien entendu, ou qu'elle ne savait pas quoi répondre, mais non. Au bout de trois interminables secondes, je l'ai entendue pleurer. Et ça me fendit le cœur. Avec mon ouïe développée, j'ai même entendu quelqu'un se rapprocher d'elle. Je devinai qu'il s'agissait sans doute de Jake.
-Comment peut-on vous aider ? demandai-je, un peu triste moi aussi.
-Je ne sais pas trop, admit piteusement Sherry entre deux sanglots. Il a promis que… si on ne faisait pas ce qu'il disait… il nous tuerait.
-Il ? répétai-je. C'était un homme qui vous donnait des ordres ?
Alors que Sherry allait répondre, j'entendis le téléphone passer d'une main à une autre. Ils devaient être vraiment très proches parce que j'entendais encore Sherry renifler alors que Jake reprenait la parole. Le ton triste dans sa voix s'entendait moins que celui de Sherry, mais j'avais une bonne oreille.
-C'était un homme, ouais. Il ne s'est pas présenté, évidemment. On sait juste que celui qui désobéit sera puni par la mort de l'autre.
-Jake, je suis désolé.
-Pourquoi ?
-Vous êtes dans cette situation à cause de moi, et de ce foutu virus dans mon corps. Mais je vous promets que je ferai tout pour vous sortir de là.
Jake eut un rire étrange, que je placerais entre un rire nerveux, un rire outré, un rire creux et un rire hystérique. Je ne pensais pas que je pourrais sentir autant d'émotions contradictoires chez lui, honnêtement. Et surtout pas en même temps.
-T'es adorable, Nivans, mais tu te trompes. Premièrement, ce n'est pas de ta faute, et deuxièmement, ce n'est pas ton rôle de sauver tout le monde.
-Non. Je veux juste sauver ceux qui méritent de l'être. Je vous dois bien ça, à Sherry et toi.
-Ouais, bon. Tu peux me passer un des cousins, si y en a un dans le coin ?
-Ok.
Je tendis le téléphone à Jonah, qui le prit d'un air curieux. Je voulais écouter la conversation, en étant à peu près sûr que je pourrais entendre ce que Jake disait au téléphone en écoutant bien, mais à la place, je me suis concentré sur les dauphins. Les morceaux que j'entendais se limitaient à Jonah qui disait une série de "oui" et de "non". Voilà qui limitait sérieusement mon analyse. J'en vins même à me demander s'ils ne le faisaient pas exprès, pour une raison inconnue.
Au bout de quelques minutes, Jonah me rendit mon téléphone, et se remit à fixer l'écran de la télévision, avec les dauphins qui dansaient. Je le regardai, puis il me regarda aussi, comme s'il sentait mon regard sur lui – ce qui était sans doute le cas. Il me fit un sourire, et regarda de nouveau l'écran.
-Est-ce que tu savais que les dauphins sont l'espèce animale où l'homosexualité est la plus courante, avec les bonobos ? dit-il en s'esclaffant.
-Euh d'accord ? dis-je d'un ton amusé. Pourquoi cette anecdote ?
-Je pense qu'on ne devrait jamais dire non à un peu de culture.
-Et pourquoi je sens un double sens ?
-Parce que je suis gay et que vous êtes parano ? pouffa-t-il.
-Oui, dis-je après une fausse réflexion. Oui, ça se tient.
-Evidemment que ça se tient. Je suis médecin, me dit-il avec un beau sourire.
-Tiens, y avait longtemps, ricanai-je.
Jonah et moi eûmes un rire entendu, puis le silence se réinstalla, alors que nous regardions encore les dauphins. Puis, l'émission a changé, on est passés aux guépards. Je ne sus trop pourquoi, je trouvais ça assez fascinant, de voir ces matous courir à je ne sais plus trop combien de kilomètres heure. Et lorsque je regardai Jonah, je compris pourquoi.
Inconsciemment, je repensais à ce qui s'était passé le soir précédent. Je le regrettai, sans le regretter, car je n'étais pas sûr de mes sentiments envers Chris. Enfin, je pensais en être sûr, mais maintenant je n'étais plus sûr de rien de ce qui datait d'avant mon coma. Tout ce donc j'étais sûr, ça concernait les jumeaux. Je leur faisais confiance, et puis… Après m'être inquiété réellement aujourd'hui, je me suis rendu compte à quel point je tenais à Jonah. Et plus j'y réfléchissais, et plus j'avais du mal à y penser. Bien entendu, je n'arrivais pas à penser à autre chose. Ce serait trop facile.
-Piers ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Je me tournai vers lui. Il s'était rapproché, le coude sur le dossier et son genoux touchant presque le mien, et il avait une moue inquiète sur le visage. J'ai reculé, comme un vieux réflexe défensif inexplicable, et alors que j'ouvrais la bouche pour lui répondre, Anna claqua la porte au fond du couloir. Cela me fit franchement sursauter, en plus de me démolir les tympans, et elle déboula dans le salon, son téléphone à la main.
-Papa vient de m'appeler, déclara-t-elle en s'asseyant sur le dossier du canapé, juste derrière moi. Maman a été vue dans le centre ville de Los Angeles il y a moins d'une heure.
-Quoi ? dis-je, surpris.
-Qu'est-ce qu'elle faisait ? demanda Jonah.
-On ne sait pas trop. Mais elle avait une armée de scientifiques avec elle, et ils sont entrés dans un bâtiment abandonné de la légion étrangère, dans les vieux quartiers de Hollywood.
-Un détail important ?
-Ils escortaient quelqu'un, couvert par une sorte de bâche. Aucun des informateurs de notre père ne sait qui ça peut être, ils n'avaient pas le bon angle pour voir son visage. En tous cas, il ou elle boitait, et était toujours à moins d'un mètre des grosses têtes, comme s'ils le ou la protégeaient, ou qu'ils l'empêchaient de se casser la figure.
-Que fait-on, alors ? m'enquis-je.
-Jonah et moi on doit y aller. Voir ce que notre chère mère complote de l'autre côté du pays. Toi tu fais ce que tu veux, mais je suggère…
-Je viens avec vous, la coupai-je. Je ne vais pas vous laisser partir risquer votre vie pour moi.
-On ne risque pas notre vie, premièrement, dit Anna d'un ton dur mais avec un sourire en coin. Et deuxièmement, ce n'est pas pour toi qu'on le fait, mais pour tout le monde.
-Et il se trouve que tu fais partie de tout le monde, donc bon, pouffa Jonah.
-Merci frangin.
Jonah souffla un baiser à Anna, qui eut un rire gêné. Moi je ne pus m'empêcher de sourire bêtement. Anna accepta que je vienne avec eux, sachant que si Ada avait du nouveau elle me le dirait – je me demandais comment elle avait eu mon numéro, sur le coup, mais au final je ne jugeai pas ça important – voire même qu'elle pourrait nous rejoindre à Los Angeles si besoin. Jonah me proposa d'appeler Chris pour le tenir au courant, mais je tentai de lui expliquer objectivement que ce n'était pas la peine. Surtout si, comme Ada le pensait, il était manipulé lui aussi par Neo-Umbrella. Au final, il était presque cinq heures, et nous partirions dans trois heures.
-Pourquoi pas avant ? demandai-je.
-Je n'ai pas envie de me prendre les embouteillages dans le nez, si ti veux, m'expliqua Anna. En plus, Jonah attend une visite salutaire vers dix-huit heures.
-Ah ? dis-je en tournant la tête vers celui-ci.
-J'ai demandé à Jake et Sherry de venir. Je vais analyser les appels et les messages venant de leur commanditaire, pour faire un profil psy rudimentaire.
Je ne pus m'empêcher d'opiner, et Anna repartit dans sa chambre, non sans m'avoir un bisou sur la joue. Je sentis mes joues s'enflammer un peu, mais je décidai de ne pas trop y faire attention. Car de l'autre côté du canapé, je me sentais un peu observé, aussi. Un rapide regard vers la gauche me confirma que c'était le cas.
-Alors ? me lança-t-il.
-Alors quoi ?
-Qu'est-ce que tu allais dire avant qu'Anna n'arrive ? Qu'est-ce qui te travaille ?
Je repassai mon discours précédent en boucle trois ou quatre fois dans ma tête, avant de cracher le morceau. Mes doutes sur mes souvenirs, mes mauvaises impressions, et ce que je pensais que Jonah et Anna, dans les grandes lignes. Je butai un peu sur mes mots en disant à Jonah que je l'aimais beaucoup, mais lui, ça sembla lui plaire.
-Moi aussi je t'aime beaucoup, Piers, me dit-il avec un grand sourire.
-Non, tu n'as pas compris.
Je me suis mis à regarder mes mains, poser ses mes genoux. Jonah était assez près pour que mes oreilles acérées captent son changement de respiration, même si je ne savais pas ce qu'il voulait dire. J'ai osé le regarder, il avait les yeux grands ouverts, un sourcil haussé et une expression un peu perdue sur le visage, la tête légèrement penchée sur le côté.
-Je ne suis pas sûr de te suivre, admit Jonah.
-Pour quelqu'un de si fort en psychologie, tu es lent. Tu suis, là ?
-Je ne vois pas…
Jonah se coupa, et fronça les sourcils, alors que je me sentais de plus en plus embarrassé. Cela dura une bonne, très longue minute, avant que son expression ne fonde en quelque chose que je n'arrivais pas vraiment à lire. Ça m'a un peu inquiété, sur le coup. Mais Jonah m'a pris la main, et je l'ai regardé, dans ses beaux yeux bleu ciel.
-Ça me flatte, Piers. Vraiment.
-Mais ? dis-je avec un peu d'appréhension.
-Hm… Mais rien. Viens par là.
Jonah posa ma main sur son épaule, et il se rapprocha de moi pour me prendre dans ses bras. Je plaçai mon autre main au niveau de sa taille, alors que lui posait une main sur mes omoplates et une autre dans le bas de mon dos. Il se recula un peu pour me regarder dans les yeux, nous étions nez à nez. Puis il posa ses lèvres sur les miennes, toujours en me serrant contre lui. Cette fois ci, je sentais clairement que son cœur avait accéléré. Tout comme le mien, d'ailleurs. Autant dire que mes conclusions d'hier soir étaient bonnes pour la poubelle.
-Pourquoi ce revirement ? me demanda gentiment Jonah, en me gardant contre lui.
-Je suis désolé, Jonah. Tu dois penser que je ne sais pas ce que je veux.
-Je peux le comprendre, ne t'en fais pas.
J'avais ma tête dans son cou, et il me caressait négligemment les cheveux du bout des doigts. J'étais bercé par le son de son sang qui circulait dans son cou, et j'ai un peu extrapolé en me disant que si j'étais un vampire, je n'aurais sans doute pas pu résister. Cette pensée me fit ricaner, et lorsque Jonah me demanda ce qui me faisait sourire, je lui ai expliqué, et il a ricané aussi.
-En tous cas, si tu as envie de me manger, maintenant, je vais devoir réviser mon jugement pour ce qui est de ton côté prédateur, dit Jonah d'un ton amusé.
-Je n'envisagerai jamais de te faire du mal, Jonah, dis-je en fronçant les sourcils.
-Ah bon ? Moi j'aimerais bien que tu me mordes.
Je me suis reculé d'un seul coup, comme piqué au vif, mais je vis à l'expression joueuse de Jonah qu'il plaisantait. Ou du moins, ça y ressemblait, d'où j'étais. Maintenant que je savais qu'il avait tendance à faire en sorte que les gens aillent dans son sens, je me dis que c'est seulement lui qui veut que je pense ça. Avec mon esprit faible et malléable de personne amnésique.
Mais d'un autre côté, je n'avais pas envie de lui faire ce plaisir.
-On verra quand on sera couchés, hein ? lui dis-je en gratouillant la barbiche en dessous de son menton.
Jonah se figea, puis me fit un beau sourire.
-Ok, grand fou. Et après, ce sera mon tour.
-Très bien. J'ai hâte.
-Probablement pas autant que moi.
Jonah et moi nous sommes regardés dans le blanc de l'œil pendant un moment qui m'a paru interminable, et il me fit un demi-sourire. Un sourire plein d'une émotion que je ne sus trop m'expliquer pour le coup. Enfin, avant qu'il ne parle de nouveau.
-Je crois que je t'aime aussi, Piers. Mais on en reparlera une fois qu'on saura ce que ma mère fabrique à Los Angeles, d'accord ?
-D'accord.
Aucun de nous deux n'a ajouté quelque chose, et Jonah se rapprocha négligemment de moi pour passer son bras derrière mes épaules, au niveau du dossier du canapé. Comme instinctivement, je posai ma tête sur son épaule, et, du coin de l'œil, je vis le grand sourire qui remontait tellement que j'avais l'impression qu'il blessait ses joues.
Et sans m'en rendre compte, je me suis assoupi.
