Bonjour !

Alors, comment vous dire... Voici un minuscule chapitre de transition. Je suis déjà en train de réfléchir au chapitre suivant, qui sera le début de la fin.

Cette histoire aura en effet dix chapitres, dans l'idéal. DOuze en comptant ce petit chapitre bonus, et un autre qui est déjà prévu.

Retour au gros chapitre dans le prochain, donc.

Bonne lecture ! Please ?

P.S. : pour ce chapitre, j'ai été grandement inspiré par un jeu, qui s'appelle Detention. Ce n'est pas vraiment un spoiler, juste une mécanique de fin de jeu. Vou devriez y jouer, c'est de la bonne horreur psychologique. Ou sinon, faites comme moi, regardez le gameplay de Cry x)


Lorsque j'ai ouvert les yeux, Jonah n'était plus là. J'étais seul dans l'appartement. J'ai essayé de l'appeler, mais personne ne répondit. Pareil quand j'essayai d'appeler Anna, Jake ou Sherry. J'étais bel et bien seul, c'était assez troublant.

J'ai fait les cent pas dans l'appartement, mais je ne trouvai bel et bien personne. Un appel téléphonique à chaque destinataire de mon répertoire ne me rassura pas plus, que des répondeurs.

Une fois passée la révélation, selon laquelle j'avais rarement été seul pendant toute ma vie, je suis sorti de l'appartement. Tout était sombre, et mes tentatives pour allumer la lumière dans l'escalier ont été vaines. On se serait cru dans une vieille caricature de film d'horreur. Ou alors cette bande dessinée française où un groupe d'enfants se réveille dans un monde post-apocalyptique où tout le monde a disparu.

Dans la rue, c'était pareil. C'était sombre comme une nuit sans lune, et tous les lampadaires étaient éteints. J'ai marché en ligne droite pendant ce qui m'a semblé être une éternité. Soudain, j'ai vu une silhouette au coin d'une rue, au loin, qui brillait comme un astre, dont la coupe de cheveux me rappela celle de Jonah. J'ai essayé d'accélérer pour aller vers elle, mais j'étais incapable d'aller plus vite que mon rythme de marche minimum. Je sentais que je me rapprochai de la silhouette, qui se tourna vers moi, avant d'aller plus loin dans la ruelle. Je la suivis, et le décor changea autour de moi.

Cette fois-ci, on était dans un gymnase. Un flash mémoriel plus tard, je reconnus le gymnase de l'école dans laquelle j'ai eu mon diplôme de fin d'études. En revanche, le stade était vide, et il y avait une personne assise sur une chaise, sur la scène surélevée, pâle comme un cadavre. Je suis monté à mon tour, pour me voir moi, assis sur la chaise, avec mon diplôme en main.

L'autre moi se leva, et se mit face à moi, avec une expression neutre. Sa peau était pâle, et ses yeux et ses cheveux étaient complètement blancs. Vraiment étrange.

-Aujourd'hui est un grand jour, me dit l'ombre, de ma voix humaine non déformée, à laquelle je m'étais complètement déshabitué. Notre avenir est devant nous. Mais sais-tu quel est notre plus grand regret ?

Son "nous" m'intrigua, de prime abord, mais en fin de compte, il était logique. Si c'était vraiment moi, dans mon souvenir étrange et lointain, c'était sensé. Je me surpris à sincèrement réfléchir à sa question, comme si c'était d'une importance primordiale. Puis, la réponse me vint, comme une évidence.

-Ma mère, dis-je. J'aurais aimé que ma mère soit là.

Mon ombre fit un sourire triste, et, après plusieurs clignements des yeux, ses iris prirent leur couleur noisette normale.

-Oui, maman, dit mon ombre d'un ton mélancolique. Avant aujourd'hui, nous ne nous étions pas vraiment rendus compte à quel point elle nous manquait. Et ce même manque était visible dans le regard de notre père, lorsqu'il est venu nous chercher sur l'estrade.

Je m'attendais à autre chose, mais il ne dit rien. C'est après une pause d'une bonne vingtaine de secondes qu'il ajouta.

-Tu es moi.

L'ombre disparut, et la silhouette lumineuse réapparut près de l'entrée du gymnase. Je me remis à la suivre, et, alors que j'ouvrais la porte pour sortir, le décor changea de nouveau. Je reconnus sans mal le hall d'entrée du QG du BSAA. La lumière entra dans l'ascenseur, et je crus même la voir me tenir la porte, alors qu'elle se fermait. Je montai dans la cabine, et en un clin d'œil, je me suis retrouvé dans le bureau de Chris. Evidemment, il était vide, mais ce n'était pas Chris qui était assis à sa place. C'était mon ombre.

-Nous avons eu la chance d'être intégré dans le BSAA à peine trois ans après notre diplôme, commença-t-il. Intégré à l'équipe du capitaine Redfield, nous avons effectué des missions sans faillir, tout en gardant un bon équilibre de vie. Quel est la seule chose qui n'allait pas à cette époque ?

-Mon père est mort, dis-je presque sans réfléchir.

Plus cet étrange interrogatoire avançait, plus je retrouvais des images claires.

-Oui. La mort de notre père fut un choc terrible, qui a causé notre suspension dans notre travail. Notre travail, qui était devenu toute notre vie. Mettre sa vie en parenthèse est un traumatisme que personne ne devrait subir, surtout pas à cet âge-là.

Les vêtements de mon ombre prirent de la couleur. Je reconnus mon premier uniforme du BSAA. Puis, là encore, après une courte pause.

-Tu es moi.

L'ombre disparut, et la lumière réapparut. Je la suivis de nouveau, sortant du bureau, et je traversai un long couloir large, comme pour y faire passer un train. Je franchis une nouvelle porte après ce qui me sembla être une éternité.

Cette fois-ci, je frissonnai lorsque je reconnus l'endroit où j'étais. C'était le bâtiment, en Edonie, où Chris avait perdu la mémoire, après un choc à la tête. Il y avait même encore les cadavres de mon ancienne équipe, que j'avais dû tuer moi-même après que Chris soit tombé dans les pommes. Sans doute l'un des combats les plus ardus de ma vie, tant physiquement que mentalement.

Mon ombre, quant à elle, marchait entre les cadavres, comme perdue dans ses pensées – même si je n'avais aucune idée de si elle en avait, elle me semblait plutôt agir par instinct.

-Ici même, notre vie a pris un tournant tragique, commença-t-elle. Nous avons tous été dupés par cette femme qui se faisait appeler Ada Wong, et nous avons beaucoup perdu ce jour là. Parmi toutes les déceptions que nous avons eues, quelle a été la plus irraisonnée ?

De tout ce que j'ai regretté ce jour-là ? En voilà une question plus dure que les précédentes. Je ne sus trop pour quoi je me suis senti coupable, à l'époque. Entre la perte de mon équipe, l'égarement de Chris, la disparition de Carla, et…

-Je n'ai pas pu avouer à Chris ce que je ressentais, admis-je à haute voix.

L'ombre s'arrêta juste devant moi, et je me perdis dans mon propre regard.

-Nous nous étions juré de tout lui avouer, commença-t-elle, mais Carla Radames en a décidé autrement. Pendant que nous aidions Chris à recoller les morceaux de sa vie, nous n'avons malheureusement pas vraiment pu faire de même pour la nôtre. Nous n'avons été nous-mêmes que lorsque lui l'est redevenu.

Ce fut au tour de "ma" peau et de "mes" cheveux de reprendre leur couleur. Cette fois-ci, je vis clairement l'ombre d'un sourire, sincère, cette fois-ci, se dessiner sur le visage que je connaissais si bien auparavant.

-Tu es moi.

Mon ombre disparut de nouveau, et la lumière réapparut, près de la sortie improvisée que j'avais empruntée avec Chris, il y a une éternité. Je la suivis encore, sentant grandir en moi comme une curiosité morbide quant à ce qui se passerait à la fin de ce conte surnaturel.

Quelques portes et quelques couloirs plus tard, je fus à un endroit que j'attendais, autant que je redoutais. La base sous-marine. Là où ma première vie s'était terminée.

Mon ombre, de plus en plus claire, arriva par la porte opposée, et se planta devant le sas de sauvetage. Je la rejoignis, et j'y trouvais du sang vert gluant sur la vitre. Un rapide coup d'œil à ma droite me permit de voir qu'il y en avait aussi sur la manivelle. La précision de ce souvenir était… déroutante.

-Ici-même, notre vie s'est arrêtée, déclara mon ombre. Nous avons sacrifié ce qui nous restait d'humanité pour sauver la seule personne qui, d'après nous, devait sortir vivante de cet enfer.

-Oui, opinai-je. Ce souvenir est parmi mes plus clairs, maintenant.

-Si c'était à refaire, le referions-nous ?

J'avoue que cette question était plus compliquée que les précédentes. D'un côté, j'avais suivi mon cœur, mais cela avait fait beaucoup de peine à Chris. Lui infliger ça était horrible et égoïste. Mais à l'époque, j'étais sûr d'être condamné, et je ne voulais pas qu'il meure en essayant de me sauver. Au final, lequel de nous deux était le plus égoïste ?

-Je ne sais pas, admis-je. Sa survie est ma priorité, mais je ne veux plus le faire souffrir de la sorte.

Mon ombre leva un sourcil. Apparemment, elle ne s'était pas attendue à cette réponse. Et plus l'ombre me ressemblait, et plus cela devenait irréaliste.

-Je pense que je vais faire ce que lui veut. Ses désirs sont les miens, parce que je l'aime, continuai-je.

Ce fut au tour de mon ombre d'opiner. Il tendit la main vers moi, et la posa sur mon épaule droite. Je remarquai à ce moment-là que mon bras était normal.

-L'amour est un sentiment puissant, Piers, dit ma propre voix. Et pur. Mais il peut également mener à prendre des décisions drastiques. N'oublie jamais qui tu es, et ce pour quoi tu vis.

-Ce pour quoi je vis ?

Au lieu de me répondre, l'autre moi enleva sa main de mon épaule, qui devint plus lourde. Mon bras est redevenu monstrueux, et j'ai senti ma peau se flétrir sur la moitié de mon côté droit. Mon ombre me fit ensuite un sourire triste.

-Tu n'es plus moi.

J'ouvris la bouche pour dire quelque chose, mais aucun son ne sortit. Le décor se mit à trembler, à s'effondrer. Comme dans mes souvenirs. Le temps que je regarde autour de moi pour trouver une issue, mon ombre avait déjà disparu. J'essayai de bouger, mais ce n'était pas évident. Chaque pas que je faisais m'enfonçait dans le sol, métaphoriquement, tellement je me sentais lourd, d'un seul coup. Parce que concrètement, j'avançais de quelques centimètres à chaque pas, n'étant pas sûr d'où je devais aller.

Comme auparavant, il y avait une lumière aveuglante qui émanait d'une porte qui semblait irréelle. J'essayais de m'y diriger, mais j'étais toujours aussi lent, alourdi par ma mutation. J'avais enfin l'impression d'avancer, mais la lumière me semblait encore tellement lointaine.

Autour de moi, tout continuait à s'effondrer, et j'esquivai tant bien que mal les morceaux de la structure sous-marine, qui menaçaient au mieux de me clouer, au sol au pire de me tuer. Ou le contraire, je n'étais pas sûr.

Sauf que c'est ce qui finit par arriver. Une énorme poutre de métal tomba droit devant moi, me bloquant le passage, et le temps que je vacille en avant, une seconde tomba et transperça mon abdomen. J'avais envie de hurler, par réflexe car je ne ressentais rien. Mais encore une fois, aucun son ne sortit. J'étais bel et bien cloué au sol, incapable de penser clairement à quoi que ce soit.

En regardant devant moi, je revis mon ombre, toujours égale à l'image que j'avais de moi avant mon accident, mais avec elle se trouvait une femme. Elle avait de longs cheveux blonds, une robe chinoise violet foncé et des bottes à talons violet clair. Elle embrassa mon ombre sur le front, en lui chuchotant quelque chose, mais je n'entendais pas ce qu'elle disait. Mon ombre disparut, et la femme se tourna vers moi, m'approchant comme au ralenti. Je n'avais aucun souvenir d'elle, mais j'avais l'impression de la connaître. Elle s'est accroupie devant moi, et je voyais son visage de près. Il me semblait encore plus familier.

-Bientôt, mon agneau, murmura-t-elle en me caressant le haut du crâne. Bientôt tu vas te réveiller.

Elle posa sa main sous mon menton, et commença à me soulever. Je sentais la poutre en métal me déchirer les entrailles, et cette fois ci, je réussis à hurler.

Un hurlement qui réveilla en sursaut la personne sur qui je m'étais assoupi.