-« Tu vas t'ouvrir, espèce de saloperie de porte ? Ouvre-toi, par Azrahel ! Amycus Carrow, Professeur de cette école te l'ordonne ! ».
Assis à son bureau devant le dernier numéro du « Moniteur International du Potionniste », une tasse de thé fumante posée sur le bureau et tout à la lecture d'une étude comparative des techniques de préparation de la poudre de coquille senestre de bulime tronqué, Severus Rogue ne put s'empêcher de lever les yeux au ciel. Depuis le début de l'année scolaire, il ne s'était pas passé une journée sans qu'il ne se demande pourquoi le Seigneur des Ténèbres avait souhaité que les Carrows intègrent l'équipe enseignante de Poudlard. Certes ils étaient de fidèles mangemorts, mais oh combien incompétents ! Même sur la question de la discipline, ils ne lui étaient d'aucune aide. Les châtiments corporels qu'ils avaient réinstaurés, pour le grand plaisir de Rusard, n'avaient pas dissuadés les élèves, bien au contraire. Et l'Armée de Dumbledore leur donnait chaque jour plus de fil à retordre. A un point tel qu'il se demandait ce que ces satanés gamins avaient encore bien pu inventer.
La semaine précédente, un groupe d'élèves, de Gryffondor, il en était certain – avaient organisé un tournoi nocturne de catch pour les armures. Dans un infernal bruit de casseroles, Rusard et les Carrows avaient passé la nuit a essayé de stupéfixer les armures qui s'affrontaient dans les couloirs et le grand hall. Au matin, le lieu de passage de tous les élèves ressemblait à davantage à l'entrepôt d'un ferrailleur moldu qu'à un hall d'école tant les assauts avaient été féroces.
Pas le moins du monde pressé d'ouvrir aux Carrows, il se replongeât dans sa lecture avant qu'une autre voix ne lui fasse relever un sourcil. Ce n'était pas la voix caquetante d'Alecto mais celle, entrecoupée de sanglots, d'Irma Pince, la bibliothécaire. Puis le bruit d'une gifle assenée avec vigueur.
-« Lâchez-moi, sombre brute ! Je ne comprends pas ce qui c'est passé. Combien de fois faudra t'il que je vous le dise ? Par les caleçons de Merlin, je n'en sais rien, rien du tout ! »
Cette fois, s'en était trop pour Severus. Si ces deux crétins de Carrows commençaient à s'en prendre aux membres du corps enseignant, il allait devoir sévir. En deux pas il fut à la porte qu'il ouvrit brusquement. Les deux mangemorts encadraient la bibliothécaire qui semblait terrorisés.
-« Alecto ! Amycus ! Il suffit ! Qui vous a autorisé à vous en prendre à un membre l'équipe enseignante? Au cas où vous auriez oublié, c'est à moi que le Seigneur des Ténèbres à confié le poste de Directeur. Si des enseignants causent problème, c'est de mon ressort. Maintenant, disparaissez de ma vue ! ». Et il ponctua sa phrase d'un geste de la main sans aucune ambigüité.
Puis se tournant, vers la bibliothécaire, il lui fit signe d'entrer. Une fois la porte refermée, il ne se dirigea pas non pas vers son bureau mais vers la cheminée devant laquelle il fit apparaître d'un geste de sa baguette deux vieux fauteuils en cuir et une petite table chargé d'une théière fumante, deux tasses et une assiette de biscuits.
-« Asseyez-vous Irma et calmez vous. »
Il avait parlé d'une voix douce avant de se relever à moitié pour lui servir une tasse de thé.
-« A présent, dites-moi ce qui a causé la colère des Carrows ». Et ce disant, il observait attentivement la bibliothécaire tout en portant la tasse de thé à ses lèvres. La cause était évidente, même sans être un legilimens chevronné. Des livres, ses chers livres avaient disparus mais il n'en dit rien, la laissant expliquer ce qui s'était produit.
Il le savait, Irma Pince veillait sur les livres de la bibliothèque de Poudlard avec autant, voire plus de férocité qu'une femelle dragon n'en déployait pour protéger ses œufs. Mais visiblement quelqu'un, quelqu'un de très malin avait déjoué sa vigilance.
-« La 2ème section de la réserve spéciale. Les Carrows ont demandé à consulter les livres de la 2ème section, la réserve du Directeur. Nul ne peut la consulter sans son autorisation vous le savez mais ils m'ont quand même obligé à les conduites aux rayonnages où ils sont stockés. »
-« Et ? » fit Rogue.
-« Vidés. Les rayonnages ont été vidés de leur contenu. Le sortilège de protection est bien jeté sur les rayonnages, mais les livres ne sont plus là ». La bibliothécaire était en larmes.
En lui-même, Rogue ne put s'empêcher de se maudire. La réserve du Directeur contenait non seulement des ouvrages traitant de la magie la plus noire, mais aussi de nombreux ouvrages d'une grande rareté, et d'une importance encore plus grande sur le plan historique. En sa qualité de Directeur, il avait renouvelé les sorts de protection Mais, il s'en souvenait parfaitement à présent, sans contrôler la présence physique des ouvrages. Pourtant, ses fichus livres étaient bien présents sur leurs rayonnages, il les avait bien vu. Ou peut être semblaient-ils seulement être là.
Pour sur, quelqu'un de très malin avait du jeter un sortilège qui avait abusé ses sens. Et tout en pensant cela, il jeta un bref coup d'œil vers le portrait du Professeur Dumbledore qui, l'air de rien, regardait vers la fenêtre tout en sifflotant.
-« Tout cela n'a pas de sens »fit Rogue qui était parvenu à se redonner une contenance. « Descendons voir cela de plus près. Quelqu'un a dû vous jeter un sortilège de confusion et vous vous êtes trompé de rayonnage, ce n'est pas plus compliqué que çà. Je ne vous jette pas la pierre. Vous avez été simplement la victime d'un émule des frères Weasley, pas de quoi fouetter un chat pour autant.
Je vais descendre avec vous et nous allons vite tirer çà au clair. Et je peux vous garantir que le petit plaisantin qui est responsable de cette lamentable farce aura affaire aux Carrows ».
Dans le couloir, le calme ambiant n'était troublé que par un son qui attira immédiatement l'attention de Rogue. Le bruit d'un poney galopant de tableau en tableau. Et ce son pourtant anodin ne le rassurait pas le moins du monde car il signifiait que le Chevalier au Catogan se dépêchait de porter un message. Depuis le début de l'année scolaire, il avait mis un point d'honneur à aider toutes celles et ceux qui cherchaient à saper son autorité, et ce même s'ils n'étaient pas membres de l'ordre du Phénix.
Quelques instants plus tard, Rogue et la bibliothécaire traversaient en trombe la bibliothèque. Il y régnait le calme habituel. Quelques élèves, plus matinaux que leurs confrères, travaillaient dans un silence seulement troublé par le crissement des plumes sur le parchemin.
La réserve spéciale, close par une lourde porte de chêne patinée par les ans, se trouvait au fond de la bibliothèque, et toute personne qui souhaitait y accéder devait en référer à Irma Pince. Son bureau lui permettait d'en surveiller l'accès et si, par un fait exprès, elle ne se trouvait pas à son bureau, un sortilège de contrôle d'accès en limitait l'accès aux seuls membres du corps enseignant ou aux personnes porteuses d'une autorisation.
Une fois la porte refermée, Rogue se dirigea vers la travée de rayonnage qui abritait la 2ème section. Les étagères marquées d'un discret liseré doré étaient bel et bien vides. Derrière lui, Mme Pince était arrivée tenant un rouleau de parchemin à la main quelle avait pris en passant à son bureau.
-« La liste des livres de la 2ème section, Monsieur ».
Severus Rogue pris machinalement le parchemin des mains tremblantes de la bibliothécaire. Mais en lui-même, il savait déjà l'étendue des dégâts. Dans son esprit, les noms de livres se bousculaient :
« Les cinq parchemins du sang » de Wen-Ling-Tchao, un inestimable exemplaire de l'édition originale en arabe du « Nécronomicon » de Abdul al-Hazred, « Les plus noirs secrets de la magie », "Bawon Samedi - Incantations Majeures des Lwa", « Le Bréviaire D'Hewla », « Les Manuscrits d'Hyperborée », « Le Codex Atlantidae », … . La liste des ouvrages disparus défilait dans l'esprit de Rogue qui fulminait contre son imprévoyance et contre le petit malin qui avait sur profiter d'une faille dans les protections de la réserve spéciale.
Soudain, il s'arrêta avec l'étrange impression que quelqu'un l'observait avec insistance. Après un instant, il se retourna. De l'autre côté de l'allée, il n'avait pas réalisé que les Professeurs McGonnagal et Chourave conversaient à voix basse et l'observaient à présent.
-« Un problème, Monsieur le Directeur ? » fit la Directrice de Gryffondor avec un ton chargé d'ironie. Et Rogue pouvait sentir qu'en elle-même, elle se réjouissait de ce nouveau caillou dans la chaussure du Directeur.
-« Oui, Minerva. Nous avons un problème. Il semblerait qu'un petit plaisantin ait profité d'une faille dans les sortilèges de protections de la réserve spéciale pour dévaliser la deuxième section. Lors de ma prise de fonction, selon toute vraisemblance les livres avaient déjà disparu. Peut être des choses bizarres se sont elles produites pendant votre intérim ? Il serait regrettable que je doive informer le Ministère que la sécurité de Poudlard a connu des lacunes.
Le Professeur McGonnagal ne dit rien mais regarda intensément Rogue. Dans ses yeux se lisait le meurtre mais aussi et surtout le plus intense mépris.
-« Mon Cher Severus » La froideur de son ton démentant la familiarité du propos « Après que vous eussiez assassiné le Professeur Dumbledore, vous ne pouvez pas imaginer les heures, les jours que nous avons vécu. Le Conseil d'Administration a eu fort à faire quant aux mesures de protections à prendre dans cette situation dramatique. Les choix à faire à-propos de la direction même ont été pesés et soupesés. Cela a pris plusieurs heures, le temps de prendre les bonnes décisions face à un évènement, disons-le, inédit dans l'histoire de Poudlard. Il y a fort à parier que, pour reprendre votre expression, un petit plaisantin n'ai profité de ces heures troublées pour faire son marché dans la réserve du Directeur. Mais je pense que votre équipe saura vous apporter une aide précieuse et résoudre ce mystère dans les plus brefs délais. » Fit-elle avec un grand sourire. « Maintenant, avec votre permission, …. ». Mais elle n'attendit pas le moindre signe d'acquiescement du Directeur pour sortir de la réserve.
Une fois sortie de la bibliothèque, Minerva Mc Gonnagal et Pomona Chourave se regardèrent un bref instant, le sourire aux lèvres, avant de dire à l'unisson « cinquante points pour Gryffondor ». Tandis qu'elles se dirigeaient vers les serres et traversaient le hall d'entrée, le bruit des rubis s'entassant dans le sablier de Gryffondor résonnait dans la quiétude matinale.
En elle-même, Minerva McGonnagal n'était pas mécontente de la façon dont s'était déroulé le plan du Professeur Dumbledore. Comme celui-ci l'avait bien pressenti, Hermione Granger avait vite deviné qu'il avait jeté lui-même les sorts de protections sur les ouvrages de la 2ème section de la réserve spéciale et que sa mort les avait annulé. Initialement, sa tâche en tant que directrice-adjointe était, avec le reste de l'équipe enseignante, de retarder le plus possible les décisions du conseil d'administration afin de laisser le temps d'agir aux membres l'Armée de Dumbledore et de l'Ordre du Phénix. Mais dans les faits, elle n'avait eu à tergiverser que pendant moins d'une journée.
Dès le lendemain soir de la mort du Professeur Dumbledore, alors qu'elle se trouvait dans son bureau en compagnie des autres directeurs des maisons et de Hagrid, un bruit de vitre volant en éclat avait attiré son attention. Sous le regard inquiet de ses collègues, elle s'était levée pour jeter un coup d'œil par la fenêtre. Et la vue d'une longue théorie de livres traversant les airs depuis la bibliothèque jusqu'à la fenêtre du dortoir des filles de 6ème année de la tour de Gryffondor lui avait redonné du beaume au cœur. Une fois de plus, Hermione avait fait honneur aux espoirs que le Professeur Dumbledore, et avec lui Minerva Mc Gonnagal, avait mis en elle.
