Le refuge qu'offrait l'île battue par les flots et les vents était une solution bien tentante. Mais Harry savait que cela ne faisait que retarder l'inéluctable. Tôt ou tard les mangemorts le retrouveraient. Tôt ou tard, il devrait mourir ou bien tuer Voldemort. La prophétie que le Professeur Trewlaney avait faite bien des années auparavant était toujours présente à son esprit : « Aucun ne peut survivre tant que l'autre survit ».

-« Je vais faire un tour, il faut que je réfléchisse un peu à ce que nous allons faire. Le grand air devrait me faire du bien » fit Harry tandis qu'Hermione attrapait sa veste pour l'accompagner. A moitié avachi sur un banc, Ron, lui, le regard fixé sur la cheminée, ne disait rien. Depuis plusieurs jours déjà, ils avaient remarqué son humeur taciturne quand venait son tour de garder le médaillon de Serpentard. Pour l'heure, tout ce que désirait Harry, c'est pouvoir réfléchir l'esprit tranquille, sans être gêné par les réflexions perpétuelles de son ami. Et pour cela, rien de mieux que de marcher sur la grève.

Tandis qu'ils marchaient sur la grève, le visage fouetté par le vent chargés d'embruns, Harry ressassait en lui la liste des lieux susceptibles de receler les horcruxes, l'ultime secret de Lord Voldemort. Pour l'heure, il pensait surtout à éviter à tout prix les lieux magiques tant le souvenir de la vitesse avec laquelle Turfin et Rowles les avaient retrouvés au milieu des moldus était encore vif. S'il ne leur avait fallu que quelques dizaines de minutes au milieu des moldus, qu'en serait-il dans les parages de la moindre communauté magique. Ils avaient frôlé la catastrophe dans ce snack sordide et Harry n'était nullement pressé de recommencer l'expérience.

Les horcruxes, il en était persuadé, étaient liés à des lieux qui présentaient une importance aux yeux de Voldemort. Une importance symbolique, peut être, mais en tout cas une importance. Et la clé de tout çà se trouvait à Londres. Il fallait refaire le chemin qu'avait suivi Tom Jedusor avant qu'il ne découvre qu'il était un sorcier, visiter en un curieux pèlerinage les lieux où il avait pu passer, et peut être vivre des évènements qui avaient déterminé ou influencé sa future personnalité.

Plongé qu'il était dans sa réflexion, Harry n'avait pas prêté attention à Hermione qui s'était éloigné vers le rivage pour marcher, les yeux rivés sur le sable encore humide de la marée descendante, comme à la recherche d'un improbable indice. Après quelques instants, elle fit signe à Harry de le rejoindre.

-« Regarde, ces traces, çà fait deux jours que je les cherchais, tout en redoutant de les trouver » fit Hermione visiblement en proie à la plus grande des inquiétudes, tout en montrant toute une série d'empreintes qui ressemblaient étrangement aux traces laissées par un cheval.

-« Et bien quoi, tu as peur des chevaux maintenant » fit Harry qui ne voyait pas où elle voulait en venir.

-« Harry » fit elle d'un air exaspéré. « Nous sommes sur une île. Et tu as vu aussi bien que moi qu'il n'y a pas ne serait-ce que l'ombre d'un cheval sauvage. Non, c'est la présence d'un Each Uisge que je redoutais. J'ai entendu clairement des bruits de sabots sur la grève il y a deux nuits de çà. Rappelle-toi, il y a eu cette brume qui s'est levée en quelques minutes seulement. Je t'en ai même parlé quand tu es venu me remplacer.

Sur le coup, Harry avait pensé qu'elle avait rêvé, ou bien cru avoir entendu des chevaux, trompée par les bruits de la nuit, trompée par la brume. Mais au cours de son tour de garde, lui aussi avait entendu ces bruits de sabots qui résonnaient dans le calme de la nuit, non pas étouffés par la brume mais au contraire incroyablement amplifiés. Mais même s'il entendait le ton pressant d'Hermione, il refusait de se laisser envahir par la panique. L'Each Uisge était rarissime, ce ne pouvait être qu'un kelpie qui était venu troubler la quiétude de leur île, et il formula son hypothèse à voix haute.

-« Ou bien un kelpie ? Je pense que tu t'affoles pour rien. On va rentrer maintenant. J'ai pris ma décision. Il faut explorer tous les endroits ou il a pu passer à un moment de sa jeunesse. » Mais Hermione ne l'avait pas suivi et s'était éloignée pour explorer la grève tout en marmonnant quelque chose qui ressemblait à « Comprendra donc jamais rien. Les kelpies, c'est dans les rivières. Hagrid et Rogue nous l'ont pourtant bien expliqué ». Après un instant, elle s'accroupit pour retourner un amas d'algues avec un morceau de bois déposé par les flots sur la grève.

Il fallait savoir gérer les priorités et Harry avait laissé Hermione à ses hypothétiques recherches pour se diriger vers la maisonnette qu'ils occupaient. Il n'avait fait que quelques pas lorsqu'un cri strident d'Hermione lui fit lever les yeux au ciel. En lui-même, il n'aurait pas été surpris qu'Hermione ai trouvé des œufs fraichement pondus de ronflak cornu. Mais le ton pressant de ses appels le fit se retourner et revenir vers elle.

A présent, elle s'était redressée et observait quelque chose à ses pieds avec un mélange de dégout et de terreur. Arrivé à ses côtés, Harry découvrit ce qui semblait tant effrayer Hermione : un morceau de viande sanguinolente ressemblant vaguement à une éponge. Après un instant il risqua un « Et ? »

-« Un morceau de foie. C'est un morceau de foie ! Merlin ! Quelqu'un d'autre que nous est venu sur cette île et l'each uisge l'a noyé et dévoré ! »

Et la vue de ce lambeau de chair semblait, si la chose était possible, faire paniquer Hermione qui était à présent au bord de l'hystérie.

-« Oui. Mais ton truc, çà ressemble aussi pas mal à une éponge. Bon maintenant, ton histoire de canasson, ou de Merlin sait quoi, çà suffit ! » Dit-il d'un ton brusque. « On rentre, on remballe tout et on bouge. Ah, j'oubliais, pense à reprendre l'horcruxe à Ron. A chaque fois c'est de pire en pire. Quand il doit le garder, il ne tarde pas à devenir aussi aimable et sociable qu'un scrout à pétard ».

Arrivé à quelques dizaines de mètres de leur abri un bruit de sabot dans les galets les fit s'arrêter net. Une petite butte de terre leur coupait la vue mais il ne leur fallut que quelques secondes pour comprendre ce qui se passait car ils entendaient la voie de Ron qui appelait doucement le cheval.

-« Vite, si il s'amuse à monter dessus, Ron est perdu, cette sale bête va le noyer ». Et en disant cela, Hermione se mit à courir comme une folle, vite suivi par Harry qui commençait à se laisser submerger par un indicible sentiment d'urgence. Et en quelques enjambées, ils franchirent la butte pour découvrir Ron qui faisait face à un magnifique cheval noir. Curieusement, semblant venu de nulle part, le mystérieux cheval portait un harnais richement orné.

-« Non, Ron ! Fait gaffe ! Recule ! Vite ! » Le ton d'Hermione était plus qu'impératif, mais pourtant Ron n'y prêtait pas la moindre attention, avançant la main pour flatter ce magnifique cheval venu ne nulle part.

-« Tiens mon beau, la miss-je-sais-tout ne veut pas que je m'approche de toi » fit Ron au magnifique cheval noir qui lui faisait face tout en s'approchant encore plus près, ne montrant aucun signe de crainte et répondant à ses caresses par des petits coups de tête, comme pour l'inviter à s'approcher de plus près encore.

Il n'y avait pas une seconde à perdre et ce fut Harry qui fut le plus rapide pour éloigner Ron d'un « Repello » tandis que l'each uisge se sentant démasquée faisait face à Hermione. Au fil des secondes, la créature ressemblait de moins en moins à un cheval pour se transformer en une créature qui semblait issue de l'improbable croisement entre un sombral et un calamar géant. Maigre à faire peur, l'each uisge se rapprochait à présent d'Hermione qui, baguette brandie, se préparait à parer l'attaque qui allait venir. EN quelques secondes, la créature fut sur Hermione qui ne pu éviter les tentacules de la créature qu'en se jetant au sol. Heureusement, Harry veillait au grain et d'une geste de sa baguette souleva une nuée de galet pour les précipiter sur la créature qui fut contrainte de reculer, puis de finalement plonger dans les vagues pour se protéger de la morsure des galets.

Derrière lui, Ron resta un instant silencieux avant se précipiter pour relever Hermione.

-« Je te demande pardon. Je ne sais pas ce qui m'a pris ». Tout en la serrant dans ses bras un peu plus fort que de coutume, il jeta un regard interrogatif à Harry, l'air de dire : et maintenant, on fait quoi ?

Dans le ressac, la créature se débattait toujours contre la nuée de galets qui continuaient à la prendre pour cible. Mais tout cela n'allait pas durer. Le sortilège qu'il avait jeté ne durerait pas éternellement, Harry en était conscient. Et l'each uisge risquait de les attaquer sous peu avec une rage démultipliée.

-« On remballe tout et on dégage au plus vite. Parce que j'ai comme dans l'idée que dans un instant, cela risque de devenir dangereux. »

En quelques instants, Hermione avait regroupé leurs affaires dans son sac d'un « Rembaltoufissa » tandis que Ron était resté avec Harry afin de parer à toute attaque de la créature qui, pour l'heure, se débattait dans un amas d'algues que Ron avait fait apparaitre afin de la retarder un peu plus.

Baguette en main, Ron passa son autre main dans le col de son pull pour attraper la chaine qui retenait l'horcruxe. Après avoir regardé le médaillon d'argent avec un air d'intense dégout, il le donna à Harry.

-« C'est de pire en pire à chaque fois. Vivement qu'on en ai fini avec ce truc. Je ne sais pas toi, mais moi cela me, comment dire ? Oui, çà me vide de toute pensée positive, de toute objectivité. On me dirait que cela contient du sang de détraqueur que çà ne me surprendrait pas plus que çà. » Puis s'éloignant de quelques pas de Harry pour surveiller de plus près l'each uisge.

-« Nos sortilèges ne vont pas durer éternellement, je pense. Alors c'est quoi ton idée ? »

-« Le suivre à la trace. Trouver tous les endroits où il a pu passer dans sa jeunesse. Fouiller autant que possible. Mais pour çà, il nous faut plus d'informations. On va aller à Londres. Les services sociaux qui gèrent les orphelinats doivent bien avoir gardé un dossier sur Tom Elvis Jedusor. »

Ron ne put qu'approuver avant d'ajouter : « Au milieu des moldus, on risque pas de vite avoir la police aux fesses ? N'oublie pas ce que nous a dit Hermione a propos de leur enquête sur la disparition de ses parents ».

-« Non, je n'oublie pas. Mais je n'oublie pas non plus les mangemorts. On va transplaner vers les anciens docks. Il y a plein d'endroits qui sont dans le plus complet des abandons. Pour reprendre une expression de mon Oncle, c'est un endroit tout sauf fréquentable. On devrait être tranquille et de là, on pourra agir. De toute façon, on va mettre en application l'adage numéro du Professeur Maugrey : vigilance constante. On a la cape d'invisibilité qui fera l'affaire pour deux. Pour le troisième, on utilisera des petits trucs de métamorphose parce que notre réserve de Polynectar n'est pas illimitée. Je préfère la préserver autant que possible. J'ai comme dans l'idée qu'elle nous sera plus qu'utile avant la fin ».

Dès qu'Hermione les eut rejoints, ils transplanèrent. Après l'habituelle sensation d'oppression, ils découvrirent le lieu qu'Harry avait choisi pour destination. Une place encombrée de gravas et détritus au milieu de vieux immeubles de briques délabrés.