J'ai, voici quelques jours, longuement conversé avec notre Ministre à propos des nécessaires mesures à prendre au plus vite pour préserver notre communauté, notre sang dans toute sa pureté. Je ne veux pas, je ne peux pas vivre entouré de sang-de-bourbe et de traitres à leur sang amoureux des moldus, c'est au-delà de mes forces. Ce propos de M. Lucius Malfoy confirme combien la nouvelle politique du Ministère est urgente et doit être menée avec la plus grande fermeté.

-« Qui a donc commis cet article ? » fit Augusta Londubat tout finissant l'article en une de la Gazette des sorciers. Sur sa tête, le vautour empaillé de son chapeau semblait frémir à l'unisson de la fureur de sa propriétaire. « Rita Skeeter ! Cette vieille harpie ne touchera t'elle donc jamais le fond de l'ignominie ? ». Et d'un geste rageur, la vieille dame transforma le journal en une boule de papier qui fila droit dans la cheminée.

-« Ce torchon n'est même pas bon à servir de litière pour les veracrasses ! »

A des kilomètres de là, les tranquilles et verdoyantes collines des environs d'Otry Sainte Chaspoule venaient d'être la scène d'une lutte brève mais violente. Appuyé à la barrière vermoulue qui clôturait son jardin, Xenophilius Lovegood ne parvenait pas à retenir les tremblements nerveux qui le secouaient.

A peine cinq minutes auparavant, c'était le matin d'une journée paisible qui s'annonçait. Le vent qui avait soufflé toute la nuit avait enfin débarrassé le ciel de ses nuages et le soleil matinal illuminait la campagne. Indifférent à tout cela, Xenophilius Lovegood était en plein travail devant sa presse qui tournait à plein régime pour imprimer le dernier numéro du Chicaneur quand il s'était interrompu, en proie au brusque sentiment d'une catastrophe imminente, comme si des personnes mal intentionnées étaient à proximité, prêtes à l'attaquer.

Tout d'abord, il n'y avait pas prêté attention. Il savait que tôt ou tard, la liberté de ton qu'il voulait garder aurait des conséquences. Mais pour l'heure, il expédiait par portoloin à ses nombreux abonnés hors du Royaume-Uni la nouvelle édiction du Chicaneur au fur et à mesure que les exemplaires sortaient de la presse. Depuis des semaines, depuis en fait qu'il avait pris fait et cause pour la résistance à Voldemort, il était conscient des dangers auxquels il s'exposait, auxquels il exposait aussi Luna qui, il le savait, était l'une des animatrices de la révolte qui grondait à Poudlard. Et il avait multiplié les précautions, s'efforçant de se prémunir contre ce qu'il savait être inéluctable. Aussi, ne s'était-il pas arrêté pour autant. La vérité ne souffrait pas de retard et il avait continué son travail, prenant dans une caisse un exemplaire du Chicaneur pour l'attacher à un portoloin à l'instant où il commençait d'émettre une lueur bleutée, signe de son départ imminent.

Mais du coin de l'œil, il avait vu deux silhouettes encapuchonnées de noir se faufiler dans le jardin tandis que les sortilèges d'alarme se déclenchaient brusquement, lui confirmant que les intrus n'étaient pas animés de bonnes intentions. Il avait à peine eu le temps de se retourner que la porte d'entrée s'était ouverte brusquement, mais c'est la trop grande précipitation des deux intrus qui l'avait sauvé. Dans leur hâte de neutraliser un opposant au nouveau régime, ils s'étaient gênés mutuellement, lui laissant juste le temps de s'emparer de deux portoloins qui commençaient à briller d'une lueur bleutée, signe de leur départ imminent.

Le premier mangemort avait reçu de plein fouet les deux portoloins à l' instant où ceux-ci s'activaient et avait disparu dans un hurlement de terreur. A présent, il devait être coincé quelque part dans un va et vient sans fin entre l'Ile de Sainte Hélène et Hong-Kong. Le second mangemort avait par contre été plus difficile à neutraliser. Xenophilius Lovegood n'avait jamais été un guerrier et s'est la chance plus que son aptitude au combat qui l'avait sauvé.

En quelques secondes, il avait dû battre en retraite tout en parant tant bien que mal les sortilèges que lui jetait le mangemort. Profitant que son adversaire était temporairement aveuglé par un sortilège qui avait temporairement changé une pile de vieux papiers en une nuée de feuilles mortes soulevées par une brusque bourrasque, il avait ouvert brusquement la petite porte ouvrant sur le jardin pour prendre la fuite. Il avait l'habitude de se baisser pour franchir cette porte dont le linteau, plus bas que les autres, rappelait qu'au temps de la 1ère Guerre des Gobelins, Gornak le Borgne et son clan en avaient fait leur repère. Mais le mangemort n'avait pas eu ce réflexe et s'était assommé contre la lourde poutre de bois.

Revenant sur ses pas, Xénophilius avait relevé le capuchon de son adversaire inconscient.

-« Malloy ! Alors, lui c'est bien le dernier que j'aurais imaginé rejoindre les rangs des mangemorts ! ». Fit-il tout en hochant la tête d'un air consterné. Puis il sorti sa baguette pour la braquer sur le visage du mangemort toujours inconscient avant de murmurer « Oubliettes ». De retour dans la pièce dévastée, il prit dans la caisse de portoloins un vieux tube de dentifrice, synonyme de voyage lointain pour le mangemort.