Hey me voilà de retour avec mon ordi ressuscité !

Un grand merci à tous ceux qui me suivent ou qui me laisse une review : ça me motive et m'aide à vaincre mes crises existentielles de grosse maniaque... -_-

Ce chapitre est un peu plus long que les précédents, environ 300 mots de plus. Ca peut vous paraître ridicule mais pour moi c'est beaucoup x)

Je suis trop pressée de publier le chapitre 5 parce qu'il marquera un changement majeur dans l'histoire ! Il sera cependant plus court que les autres...

J'espère que celui-ci vous plaira en attendant ! ;)

Disclaimer : (...)

Bonne lecture ! :D

Maintenant qu'il était finalement vêtu décemment et qu'il avait habilement dissimulé la misère de son hygiène personnelle, Sirius se sentait un peu désœuvré : il ne comprenait pas pourquoi avoir fait autant d'efforts s'il avait la certitude de dormir seul ce soir. A quoi bon se faire beau si ce n'est pas pour séduire quelqu'un ? L'image d'un Remus rouge de honte, à moitié nu parmi ses draps émeraudes traversa brièvement son esprit mais il chassa cette vision d'un violent mouvement de tête avant de se redresser et de poser son réveil sur la table de chevet en bois sombre.

Putain ! Pourquoi fallait-il que ce soit moi qui ruine notre amitié ? Je ne méritais donc pas de finir ce qui me reste de vie sans emmerdes ? Je n'en peux plus…

Il contemplait silencieusement le décor que formait sa chambre dévasté lorsqu'un gargouillement de protestation se fit entendre. Son ventre le ramenait à des occupations plus pragmatiques en se manifestant énergiquement. Il avait faim. Très faim. Tellement faim qu'il se demandait même comment il avait pu être autant submergé par le flot impétueux de ses pensées, au point de ne pas s'en rendre compte. La sensation de faiblesse qui l'avait envahi un peu plus tôt prenait alors tout son sens. Il ne se souvenait plus du dernier repas convenable qu'il avait mangé car cela faisait déjà plusieurs mois qu'il se contentait exclusivement de grignoter des cochonneries entre deux verres d'alcool. Sirius s'aperçut alors que sa vie ne ressemblait plus à grand-chose : alcool, excès, parfum, drogue parfois, sexe, inconnues, gueule de bois… Comment font les personnes normales pour vivre correctement ? Sirius se sentait perdu maintenant. Seul aussi. Et l'unique remède qu'il connaissait à ces maux était un bon petit…

Sirius donna un coup de pied furieux dans le tas de livres qui gisait devant lui avant de se mordre l'intérieur des joues pour étouffer un cri de douleur. Pour la seconde fois de la journée, il massa vigoureusement ses orteils endoloris puis s'assit sur son matelas en soupirant de lassitude. Il devait se ressaisir. Il pouvait le faire. Il lui suffisait d'agir comme tout le monde. Cela ne devait pas être si difficile… Et sa première tâche était d'apaiser sa faim grandissante ! Cuisiner, voilà une mission réalisable qui l'occuperait. Un coup d'œil au réveil lui indiqua que l'heure tournait et qu'il n'avait toujours rien fait de sa journée…

Déjà 14h27, plus que 11h33 à tenir et ce stupide pari sera fini !

Sirius quitta la pièce sans un regard en arrière et dévala les escaliers vers la cuisine. Il s'arrêta un instant devant les rideaux miteux qui dissimulaient le portrait de sa chère mère. Son visage s'assombrit et il poussa un juron. Ce tableau. Ce maudit tableau. Il le haïssait, encore plus si c'était possible, que le reste de la maison. C'était la preuve ultime du dégoût et de la déception qu'il inspirait à sa défunte mère. Après avoir fait son habituel doigt d'honneur exutoire, il tourna les talons et se dirigea vers la porte de bois sombre de la salle à manger.

La vaste pièce était plongée dans une obscurité suffocante et Sirius prit le parti d'ouvrir les fenêtres dans l'espoir de laisser entrer un peu de lumière du jour et d'air frais. Les vestiges de son houleux petit-déjeuner trônaient lascivement sur la table comme un énième rappel de sa situation actuelle tandis qu'une pénible odeur de moisissure semblait provenir de la cuisine. Un rapide tour du côté de l'évier confirma le pronostic car un véritable écosystème de bactéries, de champignons et d'insectes avait trouvé sa place au milieu des innombrables plats et couverts maculés de traces de nourriture avariée. Sirius estima qu'il était nécessaire de rétablir un minimum d'ordre et de propreté avant même de se lancer dans un audacieux défi culinaire.

Devant l'ampleur de la tâche, Sirius poussa un soupir de découragement. Il se caressa pensivement la barbe de sa main gauche et sortit sa baguette de la poche arrière de son pantalon. Une fois encore, il décida de parer au plus urgent, c'est-à-dire de se procurer une assiette et une fourchette suffisamment propres pour pouvoir manger avec.

Après quelques minutes de recherches dans l'odorant amoncèlement de couverts, il dégagea une fourchette en argent dont les dents étaient toutes étrangement tordues vers l'arrière. D'un coup de baguette, il fit disparaitre les taches verdâtres qui la maculaient et une rapide inspection du vaisselier lui fournit une assiette de porcelaine blanche - enfin, plutôt jaune maintenant – légèrement fêlée sur le bord. Il posa le tout sur la table à manger dont il avait préalablement nettoyé un coin.

Cette table… De combien de repas de famille raté a-t-elle été témoin ? Combien de repas en silence ? Combien d'engueulades ? Sûrement plus que je ne l'aurais souhaité…

Sirius laissa courir ses longs doigts fins le long des rainures du meuble, goutant au contact rassurant du bois brut en silence. Il l'effleura du bout de ses lèvres, inspirant l'odeur du passé comme pour se replonger dans ses souvenirs d'enfance. Sa respiration ralentit petit à petit tandis que ses muscles se détendaient progressivement et il reposa sa tête sur la surface inégale de la grande table à manger, envahi par une soudaine vague de mélancolie.

Ne pouvions-nous donc pas être une famille comme les autres ?

A cette pensée amère, le cœur de Sirius se serra douloureusement. Il ferma brusquement les poings avant de se redresser d'un mouvement. Sans réfléchir, il se dirigea de nouveau vers la cuisine pour fouiller les placards à la recherche d'un aliment comestible dans l'espoir de se changer les idées.

Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas fait les courses et Sirius dû se contenter d'une boite de maïs qui trainait dans le garde-manger, accompagné de cornichons à la Russe. Si le vinaigre lui brûla l'estomac, il tenta d'apaiser la douleur en buvant une grande quantité d'eau fraiche. Il aurait pu sortir pour s'acheter de quoi manger mais il n'avait pas le cœur à affronter le froid et la lumière du jour. Avec un pincement au cœur, Sirius se rendit compte que l'atmosphère oppressante de la vieille demeure lui collait à la peau. L'odeur de moisi des tentures, la chaleur moite et le silence pesant des tableaux vides, Sirius fit une grimace en se remémorant le tableau de sa chère mère, le hantaient au quotidien. Il avait la terrible sensation de vivre, seul, au milieu des morts.

Un frisson parcouru l'échine de Sirius qui se leva pour aller déposer ses couverts dans l'évier. Une vague de culpabilité l'envahit lorsqu'il contempla le tas de vaisselle qui n'avait toujours pas bougé. Il haussa les épaules avant de tourner les talons il finirait bien par s'en occuper.

Sirius s'installa tranquillement dans le grand salon. D'un coup de baguette, il chassa les araignées de l'âtre de la cheminée avant d'allumer un grand feu. Il n'avait pas froid pourtant il ne pouvait empêcher de petits tremblements d'agiter ses membres. Un rapide coup d'œil à la grande horloge lui appris qu'il était déjà 15h44. Après avoir attrapé au hasard un vieil album photos qui trainait sur la table basse pour passer le temps, il se recroquevilla dans un fauteuil, repliant ses longues jambes contre son torse. Une fois confortablement installé, il reporta son attention sur le livre à la belle couverture vermillon. Il poussa alors un petit soupir amusé.

Comme si je n'étais pas encore assez nostalgique…

Pensif, Sirius caressa un instant les lettres gravés en or, redessinant les contours du titre avec douceur : LES FABULEUSES CHRONIQUES DES MARAUDEURS, tome 7. Avec un petit sourire triste, il ouvrit l'album sur une page au hasard. C'était une photo animée de James adossé à un mur de pierres brutes, les cheveux toujours en bataille, qui jouait avec son éternel vif d'or. Une jeune femme rousse traversa l'image d'un bord à l'autre et Sirius sourit lorsqu'il aperçut James suivre du regard les mouvements de Lily Evans, dissimulant à peine ses sentiments plus qu'évidents pour la sorcière.

L'odeur des parchemins neufs, le brouhaha des élèves, les lueurs des chandelles de la Grande Salle, les ombres des armures, le regard perçant de Mcgonagall lorsqu'elle le menaçait, toutes ces souvenirs envahirent Sirius. Celui-ci se sentit transporté une fois de plus dans l'enceinte chaleureuse du château qui les avait accueillis pendant sept merveilleuses années et c'est avec émotion qu'il tourna quelques pages supplémentaires. Il s'arrêta sur une nouvelle photo et se contempla un instant en plus jeune, et peut-être plus insouciant, poursuivant James dans la neige pour lui ébouriffer les cheveux avec l'aide de Peter dont le nez avait pris une belle couleur rouge à cause du froid. Il lui sembla un instant entendre leurs cris de joie résonner autour de lui mais, lorsqu'il redressa la tête d'un mouvement brusque pour tendre l'oreille quelques instants, seuls les crépitements du feu du 12, square Grimaurd brisèrent l'épais silence qui l'entourait.

C'est avec un soupir mélancolique qu'il se replongea alors dans ses souvenirs. Il feuilleta de nouveau quelques pages sans un bruit lorsqu'une photo lui arracha un grand sourire amusé. En effet, il pouvait admirer en direct la technique unique de vol de Remus dont les mains crispées sur le manche du balai et les sourcils froncés trahissaient l'anxiété grandissante. Son écharpe lui fouettait le visage rougi par l'effort désespéré qu'il fournissait pour ne pas tomber tandis qu'il essayait de suivre tant bien que mal le rythme de James qui supervisait l'aventure. Son ami n'avait jamais été à l'aise dès que ses pieds quittaient la terre ferme mais, suite à un pari perdu contre James, il avait dû réaliser un certain nombre de figures imposées sur le terrain de Quidditch dont une vrille particulièrement mémorable. Lorsque James l'avait finalement autorisé à se poser, Remus s'était écroulé par terre et avait affirmé que jamais plus on ne le prendrait à parier avec James, le souffle encore coupé par l'émotion. Ils avaient ris jusqu'à avoir des crampes aux abdos ce jour-là tandis qu'ils profitaient du retour du printemps pour s'amuser dans l'immense parc du château.

La poitrine serrée par la nostalgie, Sirius caressa machinalement sa barbe d'une main tremblante tandis qu'il sombrait peu à peu dans un tourbillon douloureux de souvenirs. Il laissa reposer sa tête quelques minutes sur le dossier de son fauteuil, les yeux clos. Plongé dans ses pensées, il n'entendit pas l'horloge sonner sept coups.

Lorsqu'il se redressa finalement, une photo glissa de l'album et tomba au sol. Il se pencha difficilement pour la ramasser, luttant contre une désagréable sensation de vertige. Son cœur fit un bond lorsqu'il reconnut la photo que Lily avait prise des Maraudeurs lors de leur soirée pour fêter les résultats des ASPICs. Ce soir-là, ils avaient organisé un strip poker particulièrement arrosé et s'étaient tous endormis pêle-mêle sur le sol du petit appartement de Peter. Celui-ci s'étant révélé être un très bon joueur de poker, il était en effet un terriblement bon bluffer, avait réussi à garder sa chemise jusqu'au bout. Par contre, son pantalon avait rejoint le tas des vêtements perdus avec l'ensemble des vêtements de Remus qui ne parvenait définitivement pas à mentir de manière convaincante. Lorsque James lui avait offert de garder son caleçon en échange d'une nouvelle séance de vol celui-ci s'était empressé de se déshabiller, jugeant certainement qu'il ne survivrait pas à une seule vrille de plus. Sirius, lui ne s'en était pas trop mal sorti : par pur provocation, il avait décidé de garder sa cravate le plus longtemps possible et celle-ci était sur la photo son dernier vêtement si l'on ne comptait pas son boxer noir. Cependant, l'un des souvenirs mémorables de cette soirée était sans aucun doute les petites licornes qui gambadaient sur celui de James tandis qu'il ronflait allègrement au milieu des bouteilles vides.

Sirius glissa la photo dans l'album avant de le fermer. Lorsqu'il voulut le reposer sur la table basse, il le laissa sans faire exprès tomber et il n'eut pas le courage de le ramasser. Sa bouche était pâteuse et il ne se sentait pas bien maintenant qu'il revenait difficilement à la réalité. Peter. Le gentil et discret Peter. Il les avait trahis. James était mort. Lily aussi. Il ne les reverrait plus. En une nuit, une seule, il avait tout perdu.

Pourquoi… Pourquoi moi… Je ne peux pas… Je… Je ne peux plus vivre… Ils me manquent… Trop…

Sirius avait la terrible impression d'étouffer, de suffoquer tandis qu'il inspirait désespérément de grandes bouffées d'air. Au bord de l'évanouissement, il se leva en tremblant et tituba en direction de la cuisine, la respiration haletante. Il sentit son cœur s'accélérait au fur et à mesure qu'il perdait le contrôle de son corps. Un grognement sourd échappa de sa gorge asséchée et il agrippa fermement le devant de sa chemise de sa main droite dans l'espoir de s'agripper ainsi à la réalité.

Son esprit était étonnamment vide, dépourvu de toute pensée, totalement ravagé par un profond sentiment d'abandon. Sirius était tenté de s'allonger par terre et de rester immobile sur le tapis rongé par les mites en attendant de rejoindre ses amis. Il n'avait plus aucun désir, plus aucune volonté. Ou plutôt si. La volonté d'oublier. De se laisser aller. De tout abandonner. Il ne voulait plus continuer à vivre comme ça. Il ne pouvait plus. Le seul appel qui le faisait avancer c'était la soif. Une terrible et obsédante soif qui le poussait à se mouvoir. A chercher de quoi apaiser temporairement son corps, mais aussi son cœur.

S'il… s'il vous… plaît...

Et voilà, une fois de plus je n'ai pas tenu mon objectif de finir le pari en un chapitre, trop d'idées qui viennent en même temps...

Comment avez-vous trouvé Remus sur son balai ? A chaque fois que je relis ce passage je souris comme une idiote... x)

J'attends avec impatience toutes vos réactions !

On se retrouve la prochaine fois avec un petit chapitre vraiment central dans l'histoire...