Et voilà un nouveau chapitre ! :D

Bon... Je vous préviens d'avance, celui-ci n'est pas très positif. (Quoique les fangirls de Remus auront une petite surprise...)

Après je pense que si vous êtes arrivés jusque là vous commencez à savoir que la vie n'est pas rose dans cette fic ;)

Disclaimer : (...)

Bonne lecture ! :D


Inquiet d'avoir dépassé les bornes, Sirius se redressa et attendit un signe quelconque de la part de celui-ci, le visage sombre et les mains tremblantes. Après quelques secondes d'hésitation, Remus se laissa tomber péniblement sur son canapé à côté de Sirius, sans le regarder, et fixa la télévision d'un air absent.

Il avait rarement éprouvé avec autant de force la sensation d'avoir perdu une journée entière. Pourtant, il se sentait étrangement calme. Serein même. Comme si le temps s'était soudainement arrêté dans son petit appartement. Son esprit était vide de toute pensée, heureuse ou malheureuse.

« Je suis désolé. J'ai encore déconné. » finit par déclarer Sirius d'un ton grave.

Le cœur de Remus manqua un battement et il se tourna vers son meilleur ami, plongeant son regard dans le sien.

Ses yeux étaient beaux. Gris, lumineux et fiers à la fois. Ils sondaient le fond de votre âme avec une simplicité enfantine et, en un instant, vous laissaient interdit face à une telle présence. Pourtant, ce n'étaient pas leur beauté qui troublaient le plus Remus. C'était la douleur, comme un vent glacial, qui balayait le paysage dévasté de ses iris aux couleurs froides.

Si ses yeux étaient beaux c'est en partie qu'ils avaient la dureté des yeux de ceux qui serrent les dents pour tenir debout. De ceux que personne n'attendent le soir chez eux et qui n'ont plus de larmes à verser dans le silence. De ceux dont le visage distant dissimule une tornade de cris rugissant désespérément dans le vide. Mais il avait surtout les yeux de ceux qui ne savent pas qu'ils sont aimés, ou plutôt qui savent qu'ils ne le sont pas.

Remus se sentit irrésistiblement attiré par ce regard si triste. Il aurait voulu prendre Sirius dans ses bras et le bercer doucement, au rythme de son cœur. Lui dire que jamais il ne l'abandonnerait, qu'il serait toujours à ses côtés. Il n'avait pas à endurer seul toute cette souffrance : il pouvait se reposer sur lui, se décharger d'une part de sa peine. Il voulait le secouer, lui ordonner de pleurer, de crier jusqu'à ne plus pouvoir mais surtout lui ordonner de laisser sortir toutes ces émotions qui le rongeaient depuis trop longtemps déjà.

Doucement, il prit l'une des mains moites de Sirius et, sans le quitter du regard, il se pencha dans sa direction. Sirius ne fit aucun geste pour limiter la proximité entre les deux hommes et leurs fronts se touchèrent délicatement. Aussitôt, Remus glissa sa main gauche dans le cou de Sirius et s'agrippa aux cheveux de celui-ci.

Sans réfléchir aux conséquences de son acte, il captura les lèvres tremblantes de son meilleur ami qui ne se dégagea pas. Remus mordilla amicalement sa lèvre inférieure en un chaste baiser avant d'approfondir leur échange.

« Remus... » murmura Sirius d'une voix absente tandis que le sorcier rapprochait son corps du sien sur le canapé. « Remus, je... »

Remus poussa un grognement de plaisir avant de laisser ses mains parcourir le torse de son ami par dessus la chemise sombre de celui-ci. Il en avait envie. Vraiment envie.

Cependant, Sirius gémit d'un ton faible et aussitôt Remus se redressa pour le dévisager. Ses beaux yeux gris étaient devenus troubles et s'agitaient spasmodiquement dans leur orbite. Sa bouche se tordit et, la respiration haletante, il demanda de l'aide au sorcier abasourdi.

« Je... Je ne me sens pas bien... » gémit-il une fois de plus pitoyablement, « Le monde tourne... »

Remus sentit le désir quitter totalement son corps en une fraction de seconde et il se leva d'un bond à la recherche d'une solution. Il allongea Sirius de tout son long sur le canapé et essuya la sueur qui perlait sur son front. Les paroles confuses de celui-ci lui serraient le cœur et il lutta un instant pour que la panique ne le submerge pas.

Remus se souvint alors de la longue nuit qu'il avait passée à calmer les crises de manque de Sirius au 12 square Grimaud et il se dirigea d'un pas rapide vers sa cuisine aux placards tristement vides.

Il n'avait jamais été un grand buveur ou fumeur, considérant que sa santé était déjà suffisamment précaire pour qu'il joue avec, et ses derniers grands excès datait d'environ quinze ans auparavant lorsqu'il accompagnait Sirius dans sa petite «promenade de santé» du vendredi soir. Il ne possédait donc lui-même pas de réserve importante en alcool et n'en avait jamais ressenti le besoin irrépressible. Pourtant, il regrettait pour la première fois de sa vie de ne pas disposer d'une petite bouteille d'alcool afin de faire face à ce genre de situation. Il se souvint alors qu'assister à une crise de manque d'un ami d'enfance pris de convulsions et de nausées ne faisait pas partie du quotidien de beaucoup de sorciers.

Après avoir fouillé désespérément ses placards à la recherche d'un fond de whisky ou de rhum, il finit par se souvenir des trois petites bières qui traînaient dans un coin de son frigidaire depuis plusieurs mois déjà et il s'en empara rapidement avant de retourner au chevet de Sirius.

Celui-ci avait maintenant les yeux clos et murmurait des paroles incompréhensibles en secouant doucement la tête de droite à gauche. Il eut un sursaut lorsque Remus posa sa main tiède sur son front brûlant et il souleva péniblement les paupières.

Remus lui tendit la première bière après l'avoir décapsulée d'un coup de baguette et Sirius la saisit maladroitement, renversant un peu de boisson sur le tissu jaune du canapé. Remus l'observa vider la bouteille à grandes gorgées tandis qu'un filet de bière et de salive dégoulinait le long de son menton pour se perdre dans sa barbe.

Après quelques minutes de déglutition sonore, Sirius tendit la bouteille vide à Remus et lui fit signe de lui passer la suivante. Remus s'exécuta en silence mais dévisagea son ami avec peine, le cœur serré.

Il n'avait plus rien du jeune homme vif et souriant qu'il connaissait depuis si longtemps. Sirius n'était plus que l'ombre de lui-même, brisé par les événements et laissé pour mort dans une société qui abandonne les marginaux à leur sort. Remus en avait fait les frais lui aussi mais depuis quand la lueur malsaine de la douce folie avait-elle remplacé la chaleureuse flamme de la loyauté dans son regard ?

Peter, si tu savais le mal que tu as fait...

Sirius eut un hoquet et Remus l'aida à se redresser avant de lui tapoter amicalement le dos pour qu'il retrouve sa respiration. Le sorcier croassa un remerciement avant de prendre sa tête dans ses mains. Il agrippa ses propres cheveux et les tira sans ménagement sous le regard horrifié de Remus.

« Je suis désolé... Je... » commença à marmonner Sirius, la voix chargée d'un colère que Remus savait dirigée contre lui-même, « Je me... je me déteste... tellement... »

Il sentit sa vision se brouiller devant le spectacle pitoyable de son meilleur ami recroquevillé ainsi sur son canapé, les mains tremblantes de rage tandis qu'il essayait de ne pas sombrer dans un tourbillon de dégoût, de souffrance et de désespoir.

« Écoute, Sirius, ne... » commença Remus d'une voix calme, « Je suis avec toi. Tu es quelqu'un de bien, souviens-t-en. »

Le sorcier saisit avec beaucoup de douceur l'un des deux poignets de Sirius et essaya de le convaincre d'arrêter de se faire mal mais celui-ci ne semblait pas faire attention à lui et tentait maintenant de se lacérer les joues de ses propres ongles.

« Je me hais... Je ne le mérite pas... Je suis si... »

« Tu es mon meilleur ami, Sirius. »

Remus le força à se redresser pour lui faire face et il aperçut alors les yeux rougies de larmes de son ami dont le visage entier était déformé par la souffrance. Il resta un instant immobile, choqué par cette vision, et Sirius en profita pour se dégager d'un mouvement brusque de son étreinte.

« Tu ne comprends pas... je suis un monstre ! Une... une erreur... Ma mère avait raison, je... » s'écria Sirius, la voix brisée. « Je ne mérite pas de vivre... »

Le souffle coupé par l'émotion, Remus observa le sorcier dévasté, la bouche entrouverte par la stupeur tandis que des larmes coulaient doucement le long de ses joues. Il comprenait. Il savait même. Il savait ce que c'était d'être un monstre. De ne pas être désiré. D'être renié par ses propres parents. De n'avoir personne. Personne sur qui compter.

Et quand il pensait que tout était perdu, il avait alors rencontré trois jeunes sorciers. Trois amis. Les meilleurs qu'il aurait pu espérer. Il ne s'était jamais senti aussi aimé que par Peter, James et Sirius. Ils l'avaient accepté comme il était et lui avaient donné une raison de vivre. Vivre pour être heureux.


Le monde de Sirius n'était plus que néant. Le sol tremblait sous ses pieds et il n'avait plus rien à quoi se raccrocher. Ses yeux et son nez coulaient abondamment mais il ne sentait plus rien que ce vide monstrueux, cet abîme dans son cœur qui aspirait toute pensée positive et le laissant errer seul dans le noir de sa conscience.

Pourquoi...

Il n'en pouvait plus. Il n'en voulait plus. Le souffle court, il haletait désespérément tandis que son cœur palpitait douloureusement dans sa poitrine.

Je suis seul...

Ses mains s'agitaient d'elles-même, essayant d'arracher la souffrance à son corps. Seul la douleur cuisante qu'il ressentait lorsqu'il se faisait mal lui permettait de garder pied et de ne pas sombrer définitivement dans la folie. Le goût du sang ne tarda pas à envahir sa bouche alors qu'il s'était mordu la lèvre avec violence et il sentit un semblant de calme l'envahir.

Je n'en peux plus...

Soudain, deux bras puissants l'enveloppèrent de leur étreinte et il entendit la voix grave et paisible de Remus s'élevait. S'accrochant à celle-ci comme à une bouée lancée dans la tornade, Sirius se laissa bercer par cette douce mélodie qui n'échouait jamais à le détendre.

« Respire... bien...pose-toi... »

L'un après l'autre, ses muscles se relâchaient tout doucement et il s'allongea tranquillement contre Remus qui continuait de lui parler même si Sirius ne parvenait pas à associer le sens aux mots qu'il percevait à travers le brouillard de son esprit.

« Sirius... suis là... toi... Dors...»

Il sentit ses paupières se fermer d'elles-mêmes et il laissa le sommeil réparateur qui ne manquait jamais de suivre ses crises l'emporter au loin, dans le pays merveilleux du repos sans rêves ni cauchemars.

« Sirius...aime... »


Alors ? Que dire ? x)

Et oui Remus sait faire le premier pas aussi de temps en temps ! ;)

Dans le prochain chapitre, notre cher loup-garou reviendra sur le baiser qu'il a volé et les implications de son acte. Comme d'hab', n'hésitez pas à m'encouragez avec de petites reviews... :)

En parallèle de l'écriture du prochain chapitre, pour vous faire patienter, je publierai les chapitres suivants de Congès Maladie que je pense finir en 8 partie.

A la prochaine ! :)