Je savais qu'ils me suivaient, je savais qu'il ne fallait pas que je perde une seule seconde ! C'était mon unique chance de m'échapper. C'était ma seule façon de partir dignement ! Redoublant d'efforts, j'accélérai, la porte n'était plus qu'à quelques dizaines de mètres ! J'entendais une horde de garçons me courir après mais je ne me retournais pas. Je continuai à foncer droit devant, un peu plus sure de moi à chaque foulée.

-RATTRAPEZ LA ! IL FAUT PAS QU'ELLE RENTRE ! Hurla une voix qui m'était inconnue.

Je continuai de courir aussi vite que mes jambes me le permettaient, ignorant les garçons qui beuglaient derrière moi, me hurlant de m'arrêter. Alors que j'allais franchir l'entrée du labyrinthe, je me retournai pour voir si j'avais assez d'avance et vis une trentaine de garçon me foncer dessus, à quelques secondes de moi. Aussitôt que mon pied franchit la limite du labyrinthe et que je me retournai pour faire face au couloir, je fus stoppée net par un impact qui me fit tomber à terre.

-Mais qu'est-ce qu'elle fait ici ?! S'écria le garçon qui venait de me faire tomber.

C'était ce garçon qui était venu me voir la première nuit, celui qui m'avait trouvée d'après ce que j'avais compris. Minho. Il ne fallut que quelques secondes pour que tous les blocards forment un cercle autour de moi. Je sentis leur regard sur moi, et leur haine, leur curiosité, leur méfiance. C'était terminé, j'avais échoué. J'étais finie. J'avais échoué à cause d'un stupide regard en arrière et de ce fichu débile qui me bloquait l'entrée du labyrinthe. Je baissai les yeux, toujours par terre. Je laissai mes cheveux former un rideau protecteur autour de mon visage, je ne voulais voir personne. Mes yeux étaient rivés sur le sol, mon souffle court. Je sentis quelqu'un s'agenouiller à côté de moi. On me saisit violemment le bras en me tirant sèchement pour que je me lève. Je suivais le mouvement sans un mot. Je ne savais pas ce qui m'attendait, mais j'étais déjà sure que je n'allais pas apprécier.

La main qui me tenait serra plus fort mon bras, me faisait grincer les dents.

-Tu viens de signer ton arrêt de mort, abrutie. Cracha le garçon en me secouant.

Il était grand et baraqué, le visage déformé par la haine. Ses deux yeux verts me fusillaient du regard, son nez était gros et épaté, un peu déformé, sans doute cassé à de nombreuses reprises. Il faisait peur.

-Gally, lâche-la immédiatement, gronda Alby en s'approchant de nous.

-Vous avez tous vu, non ? Elle vient d'essayer de rentrer dans le labyrinthe ! Elle est avec eux ! C'est une violation claire de nos lois ! Elle est venue du labyrinthe, elle n'a pas sa place parmi nous ! Si elle veut y retourner, laissez-là y aller ! On ne peut pas lui faire confiance !

Une vague d'approbation se fit entendre de la part des garçons présents tandis qu'Alby me regardait, fulminant littéralement sur place.

-T'aurais pas du faire ça. Mettez là au trou.

Le silence se fit autour de moi. Gally qui me tenait toujours par le bras me traina à travers le Bloc. J'entendis quelqu'un nous suivre de près, je me retournai et vis Minho me regarder avec une lueur étrange dans le regard. Je détournai les yeux et me résignai à marcher au rythme rapide de Gally.

Nous arrivâmes près d'une forêt, et je vis une petite structure en bois qui dépassait de la terre de quelques dizaines de centimètres. Deux portes minuscules, pour deux trous. Deux cellules sans doute.

Gally ouvrit la première porte et me jeta sans plus de cérémonie dans le trou. C'était plus profond que je l'avais imaginé et je tombai lourdement à quatre pâtes. Il faisait sombre, le sol était couvert de terre battue et humide. J'avais chaud, mais j'étais sure que j'allais avoir très froid cette nuit.

Je me redressai et regardai vers la grille qui avait été refermée. Gally était parti, mais Minho était agenouillé et continuai à me dévisager. Je m'approchai de la grille lentement et m'accrochai aux barreaux, lui faisant face, scrutant son visage. Ses yeux noirs remuaient quelque chose en moi.

-Mais qu'est-ce qui t'a pris de t'enfuir ? Murmura-t-il en soupirant et en se passant la main dans les cheveux.

-Je préfère mourir dignement que de rester dans une cage. J'aurai pu m'échapper si tu n'avais pas été planté là.

-T'échapper ? Pour aller où ? Tu sais ce qu'il y a dehors ?

-Je connais mieux le labyrinthe que cet endroit débile !

-C'est un miracle que t'aie survécu la première nuit, s'écria-t-il, pourquoi tu voudrais y retourner ?! T'as des envies de suicide ?!

Je le fixai du regard quelques instants avant de répondre sérieusement :

-Il n'y a rien pour moi ici. Vous me l'avez bien fait comprendre.

Il resta bouche bée, ne sachant pas quoi répondre. Pour la énième fois, sa main passa dans sa chevelure noire et il baissa les yeux. Puis il se redressa, m'adressant un dernier coup d'œil et partit d'un pas rapide et tendu. Je le regardai s'éloigner et quelque chose en moi tiqua. Un sentiment fort me pris à la gorge et me serra le cœur. Comme si le voir s'éloigner de moi était douloureux. Le malaise dura un instant, puis il repartit comme il était arrivé. Je secouai la tête, chassant ce sentiment de mon esprit.

Je m'assis dans un coin de ma « cellule », les genoux repliés, ma tête posée sur eux. Qui savait pour combien de temps j'en avais à rester là, à moisir.

Minho regardait Gally la trainer comme une poupée de chiffon, sa poigne laisserait sans doute un bleu sur son bras. Il ne supportait pas de voir ça, mais se retint de faire tout commentaire. Lui-même ne comprenait pas trop. Qu'est-ce qui lui était passé par la tête ? Qui voudrait retourner dans le labyrinthe de son plein gré, surtout après y avoir déjà passé une nuit ? Rien que l'idée même le fit frissonner de peur. Même s'il était un coureur, c'était ce qu'il redoutait le plus : rester coincer dans ce fichu labyrinthe avec les monstres qui le hantait la nuit.

Il la jeta sans plus de précaution dans le trou et referma la grille en bois derrière lui. Il repartit sans un mot tandis que Minho resta et observa la jeune fille. Ses longs cheveux étaient emmêlés et cascadaient le long de son dos. Elle était frêle, mais rapide. Elle se leva et se tourna vers lui, croisant son regard. Il la détailla sans un mot, elle se tenait droite malgré l'humiliation de Gally, ses yeux étaient à la fois calmes et calculateurs, sombres et méfiants comme si elle était un animal sauvage. Elle n'avait pas peur, mais elle restait sur ses gardes. Puis quelques secondes passèrent, et elle s'approcha encore de lui, prenant les barreaux entre ses mains fines et blessées. Ses yeux gris comme l'orage étaient stupéfiants, contrastant avec ses cheveux bruns et sa peau pâle. La couleur lui rappela quelque chose, comme…comme s'ils étaient familiers…Comme s'ils appartenaient à un souvenir. Cette pensée fit réfléchir Minho, son esprit s'agitant. Est-ce qu'il l'avait connue ? Peut être qu'il l'avait déjà vue ? Mais plus il y pensait, plus les souvenirs se dérobaient, laissant un vide impossible à remplir.

Peu importait, la seule chose qui le dérangeait c'était ses actions. Mais qu'est-ce qu'il lui était passé par la tête à vouloir retourner volontairement dans le labyrinthe !

-Mais qu'est-ce qui t'a pris de t'enfuir ?

-Je préfère mourir dignement que de rester dans une cage. J'aurai pu m'échapper si tu n'avais pas été planté là.

-T'échapper ? Pour aller où ? Tu sais ce qu'il y a dehors ?

Son calme était déstabilisant. Elle préférait mourir des abominations du labyrinthe plutôt que de rester ici ? Mais qu'est-ce que les garçons lui avaient fait pour qu'elle réagisse comme ça ?

-Je connais mieux le labyrinthe que cet endroit débile !

-C'est un miracle que t'aie survécu la première nuit, s'écria-t-il, pourquoi tu voudrais y retourner ?! T'as des envies de suicide ?!

Elle ne réagit pas vraiment. La mettre face à sa mort potentielle ne déclenchait aucune réaction en elle, et c'était ça qui le rendait fou. Est-ce qu'elle se fichait de vivre ou de mourir à ce point ? Etais-ce possible d'être si indifférent face à la douleur ou à la mort ? Visiblement, elle n'avait pas peur alors qu'il était terrorisé rien qu'à l'idée de croiser un griffeur. Il lui fallut quelques instants pour se rendre compte que ce n'était qu'une part du sentiment qu'il ressentait. En fait, il avait peur pour elle. Si elle ne s'inquiétait pas de sa survie, lui s'en inquiétait sans comprendre pourquoi.

Ses yeux gris cherchèrent les siens, vides de toute émotion. Elle dissimulait ses sentiments, et elle le faisait vraiment bien. Elle parla d'une voix détachée :

-Il n'y a rien pour moi ici. Vous me l'avez bien fait comprendre.

Minho était fou de rage. Qui lui avait fait comprendre une telle chose ? Que s'était-il passait alors qu'il courrait dans le labyrinthe ! Qu'est-ce qu'ils avaient fait pour rendre la compagnie des griffeurs plus désirable que la leur ?

Il fallait qu'il parle à Alby. Il fallait qu'il sache, il ne pouvait pas la laisser comme ça. Qu'est-ce qu'ils allaient faire d'elle ?

Il passa la main dans ses cheveux avant de lui jeter un dernier regard et de partir d'un pas décidé jusqu'à la salle du conseil où il était certain que les gardiens étaient réunis. Il avait deux mots à dire à ces abrutis.

Il ouvrit la porte sans plus de cérémonie, et tous se tournèrent vers lui :

-Qu'est-ce que vous lui avez dit ? Fulmina-t-il en se plantant devant Alby et Gally.

-Calme toi Minho, ordonna Alby avec une pointe d'agacement.

-NON ! Je me calmerai pas tant qu'on m'aura pas dit ce qu'il s'est passé ! Qu'est-ce que vous lui avez fait pour qu'elle préfère se suicider dans le labyrinthe plutôt que de rester ici ?! Hurla-t-il en faisant les cents pas sous le regard interloqué des autres garçons présents.

-Tu nous fait quoi là Minho ? Tu fais tout ça parce que c'est une fille ? Se moqua Gally avec un rictus moqueur.

Minho s'arrêta devant lui et s'approcha, menaçant en plantant ses yeux dans les siens :

-Ecoutes moi espèce de débile, cette fille est arrivée par le Labyrinthe, elle a eu un début encore plus difficile que nous tous ! Elle avait besoin d'un endroit où elle se sentirait en sécurité ! Vous l'avez traitée comme si elle était un monstre ! Elle a plus de mérite que beaucoup d'entre nous, elle a plus de mérite que moi, et elle a beaucoup plus de mérite que toi, Gally. Tout ce que vous avez fait c'est l'attacher comme un animal en cage et lui poser des questions auxquelles elle n'a pas de réponses !

Il s'écarta de Gally et jeta un regard à la ronde, s'arrêtant sur chacun des blocards présents :

-Enfin regardez-vous ! On est sensés s'entraider ici ! Vous n'avez pas honte de ce que vous lui avez fait subir ?! Vous l'avez abandonnée. Elle était aussi perdue que chacun d'entre nous, peut être même plus !

Minho s'arrêta de tourner en rond quelques instants pour secouer la tête et lança un regard à Alby :

-Vous avez merdé.

Le silence dura quelques minutes pendant lesquelles Minho espérait sincèrement que chacun d'eux réfléchissait profondément. Alby reprit la parole :

-Alors qu'est-ce que tu suggères ?

-Je suggère, Capitaine Alby, qu'on commence enfin à la traiter comme l'une des nôtres et qu'on la guide ! Pas qu'on la mette à l'écart.

-Elle a voulu aller dans le labyrinthe ! Intervint Gally en levant les mains au ciel.

Minho se tourna vers lui, fortement agacé :

-SUPER ! Elle a voulu y retourner, et alors ?

-C'est notre règle numéro un Minho !

-Génial ! Quelqu'un lui a expliqué ça ?! Est-ce que l'un d'entre vous à pris le temps de lui dire au moins où elle était ?!

Les questions étaient rhétoriques, Minho le savait pertinemment. Personne ne lui avait expliqué ce qu'il se passait. Gally en revanche se trouva complètement hébété. Son argument était complètement invalide.

-En y réfléchissant, commença calmement Newt qui était resté silencieux jusque là, on n'a pas été juste avec elle.

-Newt ! S'indigna Gally en voyant qu'il commençait à perdre le support de ses amis.

-C'est vrai Gally, c'est probablement pas de sa faute si elle a été balancée dans le labyrinthe. Elle se souvient de rien, tout comme nous. Et si elle a fui aujourd'hui, c'est parce qu'on ne lui a donné aucune raison de rester. Le labyrinthe doit être l'endroit le plus familier pour elle, on l'a pas exactement accueillie comme il le faut.

Minho soupira, satisfait d'avoir enfin l'appui d'un des gardiens. Newt était connu pour réfléchir et il était le premier à avouer ses torts s'il en avait. Cet aveu vint calmer la colère du coureur qui commençait à désespérer.

-Alors on fait quoi ? Questionna Zart timidement en se tournant vers Alby, bientôt imité par les autres garçons présents.

-On la laisse au trou pour cette nuit. Demain matin on fera un rassemblement et on décidera de quoi faire. Réfléchissez-y pendant la nuit.