Le vent dans ses cheveux l'apaisait. Castiel se concentra quelques instants sur le silence de l'endroit, inspirant profondément cette odeur caractéristique qui avait le don de le calmer. Cela faisait quelques jours qu'il n'était pas revenu dans la crique. Il ne voulait pas s'y rendre chaque soir, au risque que ces instants de plénitude ne deviennent trop habituels. Le brun voulait faire de cette crique son jardin secret, un endroit où il se rendrait lorsqu'il ne pourrait plus supporter sa vie morne et sans saveur. Une bouffée d'oxygène qui lui permettrait de tenir bon quelques jours de plus. Or aujourd'hui avait été une journée particulièrement insoutenable. La directrice avait encore envoyé son chienchien Nathaniel pour le rappeler à l'ordre lorsqu'il avait séché ses cours de la matinée, et cet espèce de traître avait osé lui adresser la parole. Sans vraiment réfléchir, ils avaient fini par se battre au milieu de la cour tels les enfants qu'ils étaient. Castiel avait écopé d'une heure de retenue et d'un regard déçu de son meilleur ami.

La journée n'avait finalement pas été si différente des autres mais il s'agissait du jour de trop. Il ne supportait plus l'air faussement niais du délégué, l'hypocrisie ambiante du lycée, la stupidité de leur directrice et par-dessus tout, les reproches de Lysandre qui ne comprenait rien à rien. Le brun s'allongea sur le sable chaud de la crique, se fichant complètement des grains s'infiltrant dans ses cheveux et ses vêtements. Il passa ses mains sur son visage, exténué. Il était simplement fatigué de sa vie, de sa propre hypocrisie. Lysandre ne pouvait pas comprendre s'il ne lui expliquait pas, mais il n'y avait rien à faire. Castiel restait dans ce silence buté depuis qu'elle était partie, depuis qu'elle l'avait laissé tomber pour sa soi-disant prometteuse carrière. Ce n'était finalement pas la faute de Nathaniel, ni de la directrice et encore moins celle de Lysandre. C'était celle de Debrah qui l'avait abandonné du jour au lendemain alors qu'ils avaient mis tellement de temps à construire leur bonheur. Il avait été heureux avec elle, plus heureux qu'avec n'importe quelle autre fille. Ensemble, ils avaient monté un groupe, elle et sa voix d'ange, lui et ses doigts de fée. Ils s'étaient promis l'éternité. Ils devaient faire carrière ensemble ou rien, mais cette promesse avait rapidement été oubliée lorsque la célébrité lui avait tendue les bras. Elle avait arrêté ses études et quitté le lycée avec seulement un sourire désolé, après avoir tenté de le tromper avec cet enfoiré de délégué bien entendu.

Le brun envoya une poignée de sable au loin d'un geste brutal avant de se rasseoir. Il ne voulait pas y repenser mais c'était plus fort que lui. La seule personne qui comptait réellement à ses yeux avait quitté sa vie, elle l'avait abandonné, prétextant que leur relation ne survivrait pas à la distance. Foutaise. Il aurait déplacé des montagnes, dépensé des millions pour la revoir. Ce n'était pas lui le problème, c'était elle. Elle n'en avait plus eu rien à faire de lui à partir du moment où le futur de sa carrière avait été assurée. Castiel retomba lourdement, faisant voler des grains de sables autour de lui. Il savait au fond, qu'il n'avait pas le droit de lui en vouloir. N'importe qui aurait réagi de la même façon. Ce producteur ne voulait qu'elle, elle ne pouvait pas refuser cette offre inespérée pour un garçon avec qui elle n'était pas sûre de passer sa vie. Elle avait été lucide, quand lui n'était qu'un gamin qui s'apitoyait sur son sort, jaloux de la réussite de sa copine.

Il relativisa en se rappelant que cette histoire lui avait permis de se rendre compte de l'hypocrisie du délégué principal, un garçon qu'il avait jadis appelé « ami ». Nathaniel arborait constamment cet air sérieux, presque naïf qui trompait tout le monde sur sa véritable nature de pervers. Il avait tenté de l'embrasser dans la salle des délégués alors que Debrah ne semblait absolument pas consentante. Ou peut-être un peu. Castiel lança une nouvelle poignée de sable en se rappelant le regard de Debrah lorsqu'il les avait surpris tous les deux. Il ne savait pas quoi penser de cette scène, n'en avait parlé à personne. Son ex-copine était partie depuis une semaine et Castiel restait dans ce silence buté tandis que son meilleur ami essayait tant bien que mal de lui soutirer des informations. Mais il n'y avait rien à faire. Il ne voulait parler avec personne. Il avait simplement envie d'être triste et de s'apitoyer sur son sort.

Le brun se redressa et épousseta son tee-shirt noir rempli de grains de sable. Il essuya ensuite son œil droit qui commençait à devenir trop humide pour observer la mer, tout à fait calme ce soir. Il inspira profondément, se délectant de l'odeur de sable mouillé, d'algues et de coquillages qui lui rappelait les vacances d'été qui approchaient à grand pas. Il n'avait pas encore décidé s'il se rendrait à la plage ou non. Iris lui avait proposé il y avait quelques jours d'y aller ensemble mais Castiel n'était pas d'humeur à sortir entre amis. Il avait développé une espèce de méfiance envers tous ses proches, ne sachant plus qui croire ou non, qui serait capable de le trahir comme Nathaniel avait pu le faire.

Plongé dans ses pensées, le brun ne remarqua pas immédiatement qu'il n'était plus seul. Alors qu'il observait le coucher de soleil à l'horizon, il se sentit épié. Castiel détestait formellement être dérangé, encore plus lorsqu'il était censé se trouver seul. Il tourna la tête vers la source de son ennui et son sang ne fit qu'un tour. Il y avait bien quelqu'un qui l'observait, assis là-haut sur les rochers. Une jeune fille ravissante, magnifique. Magique. Leurs yeux se croisèrent et elle plongea aussitôt dans l'eau. Le brun mit quelques secondes à réagir, abasourdi. Ce n'était ni la blondeur irréelle de ses cheveux, ni le sublime bleu océan de ses yeux, ni la blancheur particulière de sa peau qui l'avait stupéfait. C'était ce qui lui tenait place de jambe. Il était sûr et certain d'avoir vu une queue de sirène. Une véritable queue de sirène !

Castiel se releva, toujours estomaqué. Il courut dans l'eau et plongea à son tour. Il y resta aussi longtemps que ses poumons le lui permettaient, à la recherche de sa vision, mais rien. Elle avait tout simplement disparu. Il remonta à la surface et prit une grande goulée d'air frais. Il ne pouvait y croire, ses yeux lui jouaient des tours, c'était certain. De retour sur la plage, il tenta de trouver une explication plausible à ce qu'il venait de voir. Il devait être particulièrement fatigué pour imaginer des choses pareilles. Il regarda l'heure sur son téléphone et se rendit compte qu'il était temps de nourrir Démon. Accordant un dernier coup d'œil à la mer qui lui faisait face, Castiel décida de rentrer chez lui, les vêtements trempés et la tête pleine de question.

En quittant le rivage des yeux, il ne put voir une petite tête blonde émerger de l'eau, l'observer quitter la crique et le suivre du regard jusqu'à ce qu'il soit trop loin pour être visible.