Le crissement du sable sous ses pieds nus le détendit immédiatement. Une nouvelle mauvaise journée était passée, mais ce n'était plus pour cette raison qu'il se rendait à la crique maudite. Cela faisait trois jours, depuis cette étrange vision, qu'il se rendait chaque soir à la plage, espérant revoir cette fille tout droit sortie d'un rêve. Mais elle ne s'était plus montrée depuis et Castiel commençait à croire qu'il était simplement devenu fou. Il n'avait parlé de la fille à personne, pas même à Lysandre, de peur qu'on le croit bon à interner et de toute façon, personne ne l'aurait cru. Il n'était même pas certains de ce qu'il avait vu.

Comme une habitude qu'il avait rapidement prise, il s'assit près du rivage, laissant l'eau recouvrir ses pieds par intermittence. Il laissa le temps s'écouler, observa le soleil descendre à l'horizon, la mer devenir de plus en plus calme au fil des minutes qui passaient. Il réfléchissait à sa propre vie en attendant une nouvelle apparition divine. Il nota le contraste particulier entre la couleur de son teeshirt et celle des grains de sable qui se faufilaient entre les plis. Dans un éclair de lucidité, il réalisa à quel point son style vestimentaire était fade et sans saveur. Il ressemblait à tout sauf à un futur rockeur avec son polo unit et sa veste en daim. Il avait besoin de changement. Peut-être que s'habiller différemment l'aiderait à sortir de sa dépression passagère ? Castiel soupira longuement en se rendant compte de sa stupidité. Comme si un nouveau look pouvait lui faire oublier Debrah. Pour qui il se prenait ? Un émo en manque d'amour mal dans sa peau ? Il soupira une nouvelle fois. C'était exactement ce qu'il était. Pire encore, il était un émo accroché à la vision chimérique d'une sirène. Il était pathétique. Cet endroit le rendait pathétique. Il décida brusquement de quitter les lieux et de ne plus jamais y revenir. Il ne devait plus se mentir à lui-même, cette créature n'avait jamais existé et ne réapparaîtrait pas. Il ne faisait que perdre son temps.

Castiel se leva, plus décidé que jamais, rassembla ses affaires couvertes de sable et se tourna vers la sortie de la crique, avant de se figer sur place. Un léger bruissement à sa gauche avait attiré son attention. Il s'essuya les yeux, se pinça le bras pour s'assurer qu'il n'était pas dans un rêve mais rien, c'était bien réel. Sa vision était de retour. De nouveau assise sur les rochers qui surplombaient la mer, elle l'observait d'un regard tranquille, attendant une quelconque réaction de sa part, mais Castiel ne put rien faire d'autre que l'observer d'un œil fasciné. Il était bouche bée, complètement stupéfait par la créature qui lui faisait face, car il s'agissait bel et bien d'une créature. Il n'avait pas rêvé. Son buste était celui d'une magnifique jeune fille aux longs cheveux blonds ondulés par l'eau salée mais ses jambes avaient été remplacées par une longue queue d'écailles vertes, balayant paresseusement l'eau de la pointe de sa nageoire. Elle semblait l'étudier tout autant que lui et le brun n'en revenait toujours pas. Il avait face à lui une sirène, une véritable sirène en chair et en os !

Elle était d'une beauté époustouflante. Ses longs cheveux blonds tombaient en cascade sur ses hanches, découvrant son torse nu qui ne semblait pas la gêner le moins du monde. Ses grands yeux bleu océan aux cils fournis le scrutaient jusqu'aux tréfonds de son âme et fixèrent les prunelles grises du brun, comme attendant un geste de sa part. Celui-ci se rendit compte qu'ils s'observaient depuis un bon moment et que la situation était certainement gênante. Il ouvrit la bouche dans l'intention de parler mais la referma aussitôt. Comment s'adressait-on à une sirène ? Castiel n'avait jamais été doué pour débuter les discussions mais la jeune fille semblait bien décidée à rester muette. Ils ne pouvaient tout simplement pas se regarder dans le blanc des yeux pendant des heures, il devait engager la conversation, n'est-ce pas ? Il prit son courage à deux mains, se racla la gorge et déclara d'une voix fébrile :

— Bonjour ?

Il pesta intérieurement contre lui-même et la faiblesse de ses paroles. Cette voix tremblotante ne lui ressemblait pas. Il était face à une créature mythique bon-sang ! C'était peut-être la première rencontre entre le monde sous-marin et le monde des humains ! Il devait se reprendre rapidement. Il attendit quelques secondes une réponse de la jeune fille mais rien ne vint. Elle se contentait de l'observer d'un air enfantin parfaitement adorable. Elle semblait intriguée par sa voix, tandis que le vent jouait dans ses cheveux, faisant voler quelques mèches de sa coiffure compliquée, faite de nattes et de fleurs sous-marines que le brun ne connaissait pas. Il tenta une seconde approche, plus assurée :

— Je m'appelle Castiel, et toi ? s'exclama-t-il en s'approchant des rochers, tout en lui tendant une main avenante.

La sirène eut un brusque mouvement de recul. Elle regarda sa main d'un œil méfiant et ne répondait toujours pas.

— Je te veux pas de mal, t'inquiète pas … continua le brun en s'avançant de nouveau vers la créature.

Celle-ci prit peur et plongea aussitôt dans l'eau. Castiel pesta de nouveau contre sa bêtise. Il s'approcha du rivage, priant pour qu'elle ne se soit pas définitivement enfuie. Il plaida des excuses :

— T'en vas pas, excuse-moi !

Seul le son des vagues lui répondit et ses épaules s'affaissèrent. Il n'était définitivement bon à rien.

— Reviens s'il te plait … murmura-t-il.

Il soupira longuement, désespéré, et ne remarqua pas immédiatement la petite tête blonde sortant de l'eau. On ne pouvait voir que le haut de son crâne, ainsi que ses yeux. Castiel aurait voulu exploser de joie mais ça n'aurait fait que faire fuir la jeune fille. A la place, il s'accroupit sur le sable, les pieds encore sur la rive, afin de ne pas l'effrayer.

— Approche. Je vais rien te faire, promis.

Le brun avait l'impression d'apprivoiser un animal apeuré. Il avait agi exactement de la même façon lorsqu'il avait vu Démon pour la première fois à la SPA. La sirène sortit un peu plus sa tête de l'eau, découvrant ses épaules maintenant recouvertes d'écailles de la même couleur que sa queue. Il put également apercevoir des branchies sur son cou. Elle s'approcha prudemment. La créature avait beau être méfiante, elle semblait tout aussi intriguée par cette rencontre que le jeune homme. Ce dernier osa mettre un pied dans l'eau, puis deux. Ils étaient maintenant bien plus près l'un de l'autre, ils ne leur suffisaient que de tendre le bras pour se toucher.

— Tu as un prénom ? tenta Castiel d'une voix plus douce.

La jeune fille ne répondait toujours pas, obnubilée par la main du garçon qui s'approchait dangereusement d'elle. Elle se risqua à tendre le bras à son tour. Une main palmée sortit de l'eau, son bras était dorénavant recouvert d'écailles vertes. Ils semblaient être enfermés dans une bulle, ne se préoccupant de rien à part de leurs deux mains à quelques centimètres l'une de l'autre. Elles se rapprochaient à une lenteur insoutenable. Castiel avança finalement la sienne plus rapidement. Leurs doigts s'effleurèrent en un contact bref et la créature plongea dans l'eau aussitôt. Elle disparut dans les profondeurs de la mer, et Castiel, loin d'être déçu, se releva, un immense sourire aux lèvres.

Elle reviendrait.