Le son de la houle calma la mauvaise humeur du brun. Ses doigts caressèrent les cordes de sa guitare avec une douceur infinie. Il n'y avait que deux choses au monde qui pouvaient apaiser Castiel : jouer de son instrument et se rendre dans la crique. Maintenant qu'il pouvait jouer de son instrument dans la crique, il se sentait revivre.
Aujourd'hui, le brun avait été plus intelligent. Dès la fin des cours, il s'était rendu chez lui pour apporter sa guitare à la plage et en avait profité pour nourrir Démon plus tôt que d'habitude. Ainsi, il pourrait rentrer aussi tard qu'il le souhaiterait.
Castiel inspira profondément l'air marin, et commença à pincer les cordes au rythme de Space Oddity. Il avait choisi cette musique pour la douceur de la mélodie, qui plairait certainement à la créature. Son genre musical habituel l'aurait certainement effrayé, et même si l'idée du visage apeuré de la sirène en découvrant la véritable nature de métalleux du brun l'avait fait sourire, il ne pouvait emmener sa guitare électrique sur la plage.
Accompagné par le son des vagues, Castiel jouait de son instrument et le bonheur le submergea une nouvelle fois. Aussi ridicule que cela pouvait être, il se sentait en parfaite communion avec la nature. Il s'accorda même le loisir de chanter. Il n'avait peut-être pas la voix de Bowie ou Debrah, mais il se débrouillait plutôt bien. Il n'avait jamais eu à avoir honte de son talent de chanteur, même si son ex-copine ne l'avait jamais laissé chanter les compositions qu'il lui écrivait. Peut-être que le manager l'aurait également remarqué s'il avait eu l'occasion de lui faire écouter sa voix. Peut-être. Mais avec des si, on referait le monde, n'est-ce pas ?
Sa musique lui avait toujours permis de s'isoler dans une bulle, éloigné du monde et de ses ressentiments, pourtant aujourd'hui, c'était différent. Il était déjà seul et attendait même quelqu'un. Castiel avait l'impression de redécouvrir le bonheur de partager sa passion avec d'autres. Comme les autres jours, il était impatient de la revoir, mais cette fois-ci, il espérait réellement lui faire plaisir. Ses doigts pinçaient les cordes de son instrument, suivis par sa voix au timbre légèrement cassé, il se sentait heureux mais pas entier. Il manquait quelque chose pour que l'instant soit parfait. Il manquait quelqu'un.
Un bruissement familier à sa gauche. Ce quelqu'un était arrivé, alors que le soleil était encore haut dans le ciel. Castiel tourna la tête pour l'admirer, tout en continuant de fredonner les paroles de Space Oddity. Elle était une nouvelle fois assise sur les rochers mais aujourd'hui, elle s'était placée plus en contrebas, de sorte à être plus proche de lui. La musique semblait être à son goût. Les yeux fermés pour apprécier pleinement la mélodie, un léger sourire au coin des lèvres, elle semblait au paradis. Son visage était complètement détendu. Castiel ne s'était jamais senti aussi bien. Il avait l'impression de la rendre heureuse grâce à sa musique, une chose qu'il n'avait jamais ressentie auparavant, même lorsqu'il jouait pour Debrah. Le temps semblait s'être arrêté pour quelques minutes. Comme toutes les autres fois, plus rien n'avait d'importance à part elle. La voix du brun s'éteignit, il s'accorda trois derniers accords et laissa la place au silence. Elle mit quelques secondes à ouvrir les yeux et lui fit le plus beau sourire qu'il n'est jamais vu.
— C'est ça, la musique. Tu as aimé ?
La réponse était évidente Elle hocha la tête successivement, de cet air toujours si enfantin et innocent. Bien entendu que ça lui avait plu. Il ne pouvait même pas imaginer à quel point elle avait apprécié. Pour cause, elle était même apparue plus tôt aujourd'hui.
— Peut-être que les légendes mentent pas alors.
Elle pointa du doigt le ciel et haussa un sourcil en une question muette. Aussi bizarre que cela lui paraissait, il comprit immédiatement.
— Oui, cette musique parle de voyage dans l'espace. C'est un peu plus compliqué mais … littéralement ça parle de ça.
La jeune fille hocha la tête pour indiquer qu'elle avait compris. En vérité, Space Oddity exprimait également les ravages de l'addiction et peut-être même la solitude des astronautes, mais le brun se garda de lui expliquer. Elle semblait tellement heureuse et insouciante qu'il ne voulait pas l'ennuyer avec des préoccupations humaines. De son côté, elle lui souriait toujours mais semblait attendre quelque chose d'autre. Ses grands yeux observaient encore l'instrument du brun.
— Tu veux que je joue autre chose ?
Une fois de plus, elle hocha énergiquement la tête, subitement très excité. Elle claqua ses deux mains en un grand sourire ravi que lui rendit le jeune homme. Il mit quelques secondes à chercher une musique pouvant lui plaire, et décida de jouer un classique britannique. Il jugea la mélodie douce et entraînante de Mr. Brightside parfaite pour la sirène, et les paroles ô combien révélatrice. Ils passèrent le reste de la soirée ainsi. Castiel qui jouait de son instrument et la créature qui s'en délectait. Le brun jongla entre Hotel California, The MasterPlan, Dream On ou encore Scar Tissue. Elle les avait toutes appréciées mais il avait bien compris que Space Oddity avait été sa favorite. La jeune fille lui avait même demandé de la rejouer et l'avait écouté une fois de plus les yeux fermés. Ils semblaient en parfaite communion et le brun était heureux comme jamais. Il avait trouvé quelqu'un pour l'écouter lui et seulement lui. Sa façon de le regarder était différente dorénavant, comme si elle avait découvert quelque chose de plus en lui, qui la faisait d'autant plus rester à ses côtés. Il trouvait d'ailleurs extraordinaire la confiance qu'il avait si vite accordé à la jeune fille, lui qui était continuellement distant et acariâtre, même avec ses plus proches amis. Peut-être un peu plus depuis quelques jours d'ailleurs … mais ils ne pourraient lui en vouloir longtemps. Lysandre et Rosalya n'étaient pas rancunier. Et puis, ils devaient bien se douter qu'il ne pensait pas un mot de ce qu'il avait pu dire un peu plus tôt dans la journée, n'est-ce-pas ?
N'est-ce-pas ?
Le clapotis de l'eau le sortit de ses pensées. Il réalisa qu'il avait arrêté de jouer depuis quelques secondes, et la sirène lui avait fait comprendre son impatience en claquant sa nageoire sur la surface de l'eau. Il se tourna vers la créature en marmonnant des excuses, et celle-ci changea sa moue légèrement agacée en un grand sourire radieux. Ils se regardèrent droit dans les yeux durant un court instant, jusqu'à ce que la jeune fille décide de changer de siège. Aidée de ses deux bras, elle se hissa sur le dernier rocher les séparant. Ils étaient maintenant aussi proche que leur permettait la mer. Castiel avait enfin compris pourquoi la sirène était constamment perché sur les rochers : elle avait besoin de garder un lien avec son élément, et la rive n'était pas assez profonde pour sa nageoire. Les rayons du soleil couchant se reflétaient sur ses écailles, créant un sublime dégradé le long de sa queue. Dieu qu'elle était belle.
Castiel ouvrit la bouche, pour la refermer aussitôt. Ils étaient plus proche que jamais, et il avait peur de dire quoi que ce soit pouvant l'effrayer. Il semblait avoir gagné sa confiance, et ce grâce à sa musique. Il ne pouvait gâcher ses efforts aussi rapidement. Soudainement, elle se pencha vers lui, non pas pour le toucher comme il l'avait d'abord pensé mais pour dessiner sur le sable. Ses longs doigts fins esquissèrent une forme abstraite. Son bras tremblait légèrement car elle était trop haute pour pouvoir dessiner aisément. En y réfléchissant, Castiel réalisa qu'il s'agissait d'un C, puis d'un A. Elle écrivait de manière hésitante, comme l'aurait fait un enfant. Elle s'arrêta après le S, les sourcils froncés par la réflexion puis elle leva les yeux vers le brun. Il comprit finalement ce qu'elle essayait de faire.
— Castiel ? C'est ce que t'essayes d'écrire ?
Elle hocha la tête, les lèvres pincées par la gêne. Le brun ria devant l'air honteux de la jeune fille puis prit sa main dans la sienne. Elle eut d'abord un mouvement de recul, avant de réaliser que Castiel l'aidait à terminer son prénom. Elle observa attentivement leurs deux mains décrire des arabesques dans le sable et sourit lorsque le brun eut fini. Celui-ci resta quelques instant interdit devant son nom écrit en lettre capitale. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi elle avait tenté de l'écrire, mais elle lui prouvait au moins qu'elle s'en était souvenu.
— Et toi alors ? Vas-y, écris ton nom.
Elle le regarda de côté avec un nouveau sourire gêné. Il réalisa qu'elle n'avait peut-être pas de prénom tout simplement.
— Tu … n'en as pas ?
Elle secoua négativement la tête et Castiel se sentit tout à fait stupide. Il avait pourtant réussi à la comprendre d'un regard jusqu'à maintenant.
— Tu veux peut-être que je t'en trouve un ?
Elle parut soudainement très excitée et le brun n'eut pas besoin d'une réponse pour comprendre. Il fut fasciné devant son visage si expressif.
— Ok alors … Il faut un truc en rapport avec la mer. Mais pas trop cliché on est d'accord.
Elle lui répondit par l'affirmative, mimant un air tout à fait sérieux.
— Surtout pas Siréna donc.
La jeune fille se contenta de hausser un sourcil devant le manque d'imagination du brun.
— Ok, déclara-t-il en s'allongeant sur le sable, le dieu des mers romains est Neptune. Alors on pourrait prendre un truc comme … Népa ?
Elle secoua la tête.
— Sky, pour tes yeux.
Elle ne répondit que par une moue insatisfaite.
— Barbie ?
La blonde lui lança une poignée de sable dans les cheveux avec un regard espiègle, et le brun fut surpris qu'elle comprenne la référence. Pour une raison obscure, il décida de ne pas le relever.
— Je sais pas … Atlante ? C'est les habitants d'une citée engloutis vachement connu chez les Hommes.
La créature secoua la tête négativement une énième fois. Castiel perdit patience. Il n'avait jamais eu beaucoup d'imagination, il devait en plus faire appel à sa culture général pour lui trouver un nom décent, et elle ne semblait rien accepter. Il soupira longuement en observant les nuances de rose et d'orange dans le ciel.
— Ou Calypso tient. C'est une déesse de la mer aussi si je dis pas de connerie.
Un immense sourire apparut soudainement sur le joli visage de la sirène. Elle sembla soudainement très excitée et tenta une nouvelle fois d'écrire quelque chose sur le sable, juste en dessous du nom de Castiel. Elle esquissa un C, puis un A et se releva, on ne peut plus heureuse. La lumière ne se fit pas immédiatement dans l'esprit du brun.
— Ca … comme … Ah ! s'exclama-t-il après quelques instants, ne me dis pas que tu es contente parce que ce nom commence comme le mien.
Elle hocha la tête avec toujours cette bouille enfantine et le brun ne put s'empêcher de rire devant sa bêtise.
— Ok Caly. Tu as officiellement un nom d'humaine. Heureuse ?
La dénommée Calypso frappa des mains, un sourire jusqu'aux oreilles. Elle semblait au comble de la joie. Une réaction incompréhensible pour le jeune homme qui ne voyait là qu'un simple nom, dénué de signification, mais il ne pourrait pas comprendre. Il ne le pourrait jamais. Et tandis qu'il lui apprenait à écrire correctement son nouveau patronyme, la sirène le regardait vraiment pour la première fois.
Il lui avait donné un prénom.
