Le vent dans ses cheveux, le crissement du sable sous ses pieds, l'odeur caractéristique qui emplissait ses narines, toutes ces sensations étaient dorénavant les seules sources de joie du néo-roux. Il ne ressentait cela nulle part ailleurs, ce bonheur irréel dans cet endroit isolé du monde. Il se sentait à l'abri, entouré de ce cocon de pierre froide et grisâtre. Quelquefois, il relevait le paradoxe et puis il balayait l'idée dans un coin de sa tête. L'endroit pouvait paraître froid, austère et morose pour le reste de la ville. Mais le ciel était différent ici. Et surtout, il y avait Calypso.

Cela faisait maintenant deux semaines qu'il se rendait chaque soir dans la crique. Deux semaines qu'il l'avait rencontré. Deux semaines qu'elle avait littéralement changé sa vie. Il n'avait jamais été si obsédé par quelque chose. Il pensait constamment à elle, au point d'en oublier Debrah ou même ses amis, qu'il trouvait maintenant bien fade. Ils étaient communs et inintéressant à côté de sa belle sirène. C'était à se demander s'il leur avait adressé la parole pendant la semaine. Il avait commencé à manquer la plupart de ses cours de fin d'après-midi. Ses amis avaient d'abord tenté de le raisonner mais Castiel les avait rapidement remis à leur place. Il n'acceptait plus aucune remarque de qui que ce soit et encore moins d'eux. Il avait même décidé de se désinscrire du club de musique, pour se rendre plus tôt à la crique. Il ne ressentait plus aucun plaisir à jouer avec les élèves du lycée et le club n'était plus qu'une perte de temps.

Alors il était là, sur cette plage, sous le soleil de quatre heure, son éternel guitare sur les genoux. Elle venait de plus en plus tôt elle aussi, pour écouter ses histoires et ses anecdotes. Elle le laissait raconter sa vie lorsqu'il en avait besoin. Quand il ne pouvait s'empêcher de critiquer la perfection à toute épreuve de Lysandre, ou lorsque Rosalya se montrait une nouvelle fois trop envahissante. Bien entendu, Castiel se rendait compte de sa propre hypocrisie, mais Calypso ne le jugeait pas. Elle ne le jugeait jamais. Elle se contentait de l'écouter calmement, de lui caresser les cheveux, puis de lui demander une nouvelle chanson lorsqu'il avait terminé. Il n'y avait aucun regard déçu, ou même d'accord avec ce qu'il disait, mais constamment cet air compréhensif. Elle l'apaisait comme personne auparavant.

Ils semblaient avoir installé une routine. Castiel se plaignait, puis Calypso lui demandait de jouer Space Oddity et lorsque la chanson était terminée, le roux devait raconter une histoire. Ça pouvait être n'importe quel sujet, elle semblait toujours aussi passionnée par ce qu'il racontait. Alors il parlait de tout et de rien. Du monde des Hommes, des mythes et particulièrement celui des sirènes, de film qu'il appréciait et même, quelquefois d'étoile. Il avait rapidement compris que c'était les histoires qu'elle préférait, alors le roux s'était beaucoup renseigné sur l'astronomie, et elle le regardait de plus en plus différemment. Presque comme Debrah au début de leur histoire.

Cependant, la sirène restait muette et c'était un sacré handicap pour qu'à son tour, il puisse en apprendre sur son monde. Il lui arrivait de poser des questions, mais la jeune fille ne pouvait répondre qu'en haussant les épaules ou en secouant la tête. Des réponses assez vagues en soit. Alors il avait rapidement laissé tomber sa soif de détails et se contentait de quelques indices. Le roux n'avait pas à se plaindre. Calypso était là pour lui et s'était tout ce qui comptait finalement. Il avait enfin trouvé quelqu'un qui le rende vraiment heureux, quelqu'un qui lui fasse oublier le reste du monde, qui lui permette de se sentir important, différent, aimé. Mais comme à chaque fois, un grain de poussière vint détraquer la machine.

Ce n'était pourtant pas une journée si différente. Il avait joué un air de guitare, la sirène semblait heureuse, la mer était calme, l'instant était parfait. Et puis la poussière s'était immiscée dans l'engrenage, sous la forme d'un simple gâteau au chocolat. Il n'aurait jamais dû lui tendre ce biscuit, mais comment aurait-il pu savoir ? Ils étaient alors restés dans cette position pendant de longues secondes, lui bras le tendu et douloureux et elle, la tristesse et le chagrin peint sur son visage. C'était la dernière chose qu'il avait vu dans ses yeux, avant qu'elle ne disparaisse dans les fonds marins. Sans aucune explication, sans aucun adieu, sans qu'il ne sache jamais pourquoi, elle l'avait abandonné. Une semaine qu'elle n'était pas revenue et Castiel avait perdu espoir de la revoir un jour.

Dans un geste aussi puéril qu'exaspéré, il avait jeté tout le paquet de Prince dans la mer ce soir-là.