Petits êtres conflictuels.
En tant qu'animal, je n'ai pas de nom, juste une odeur pour m'identifier. Pour des raisons que j'ignore, mon espèce est traquée par des bêtes minuscules... Comment on les appelle, déjà... Des humanoïdes de chair, tels que les gnomes, les nains, les humains, les elfes, les demi-orcs, et bien d'autres...
La majorité d'entre eux nous tuent. Les très rares fois où je suis contente des humanoïdes, c'est quand ils nous laissent tranquille, toute la meute. Je crois que ce sont des rôdeurs, des druides, ou plus simplement, des êtres qui ne veulent pas d'un monde et d'une vie monocorde, uniforme, et à peine viable.
Notre meute rétrécit à cause de la chasse que les humanoïdes voient comme de la fierté. Nous perdons des enfants chaque fois que ceux-ci font un geste amical; la mort comme l'emprisonnement les attendent chaque fois qu'ils commettent cette "erreur". Je place ce mot avec précaution, parce que malgré nos consignes de prudence et la jugeote des petits, les bipèdes de chair et de sang trouvent le moyen de les embobiner.
Certains membres de notre groupe finissent par être amers et méfiants. Par bonne intention, d'autres jouent la carte du raisonnement contre la généralisation, mais devant la répétition massive des expériences catastrophiques, la bonne intention n'est rien.
Quand un des nôtres dit qu'il a la souvenir d'une expérience positive avec les petits êtres, celà passe soit pour de la chance, une jolie exception qui confirme la lourde règle, qui n'existe pas, ou qui n'est que mensonge pour diminuer la méfiance.
La meute ne connait pas encore l'extinction mais nous craignons toujours de mourir en morbide trophée de quiconque nous tue. Ce danger revient toujours; il nous lasse comme il nous met en colère, mais une chose est sûre, c'est que nous avons ras-le-bol de ces minus. La plupart des nôtres partent volontairement en guerre contre eux, attaquant une tribu au hasard, en ne cherchant plus à savoir qui est hostile ou non contre notre espèce.
Individuellement, chacun de nous décide s'il veut partir ou non. J'en fais partie parce que ma meute n'arrive pas à s'accorder sur ce qui est préférable, comme partir fusionner avec une autre meute, faire la guerre aux humanoïdes, coexister... L'attitude des bipèdes contamine l'unité spirituelle de la meute, ce qui explique mon départ pour essayer de vivre ailleurs avec d'autres congénères.
Je me souviens de mon éphémère bonheur dans une niche de montagne. C'est le lieu de naissance de mon bébé.
Ce bel évènement est en grande partie du passé; aujourd'hui, des monstres de petites tailles, moches, verts et en grand nombre, y habitent de force. Je dois mon sursis comme celui de mon bébé aux besoins inconnus de ces monstres. L'emprisonnement vaut mieux que la mort, parce que dans ce cas, je survis pour gagner une chance de fuir. Cependant, je n'envisage pas de faire ça toute ma vie. La tranquillité que je cherche se trouve peut-être loin d'ici, de ce volcan endormi.
Il y a ce tas de pierres trop régulier pour être naturel, et une terre plate au-dessus. Une tour. Je crois que les humanoïdes s'en servent pour dire à d'autres de ne pas approcher ou pour combattre. Pour moi, ce n'est qu'une prison. Je ne me remets pas encore de ce nid mal fait et incomfortable, comme de cette chose autour de mon cou qui n'est plus là. Une corde. Je me demande parfois si je dois mon absence de volonté de fuir à ces étoiles bizarres dans mes yeux.
Maintenant que j'y pense, l'apparition d'un groupe de quatre personnes coïncide avec la disparition des monstres laids de la tour. Quelle bonheur, mais après leur intervention, leur attitude à mon égard comme envers mon bébé ne fait pas la différence par rapport à mon expérience, comme cette bête et son lancement de feu contre moi. Je ne remercie pas ces quatre créatures pour leur attitude envers moi.
Aujourd'hui, ma décision est prise. Je quitte cette île. Je prends un énorme risque, mais je le dois, parce que sinon, mon bébé et moi risquons la mort et l'humiliation. En tant que mère, j'ai l'intention de vivre longtemps; un de mes cauchemars est de savoir ma petite fille triste. Je me rappelle de l'aider à vivre. L'éduquer. Chercher l'odeur d'une meute, loin des humanoïdes, me motive, parce que je ne veux pas que ma fille souffre des tourments dont j'ai de mauvais souvenirs.
