Yeah ! J'ai enfin fini un défi avant les derniers jours ! Champomy ! Prochaine étape, ne pas hésiter pendant deux semaines avant de l'envoyer pour in fine ne rien y changer !

Bonne lecture !


Je saute de buisson en buisson sans un bruit et me dissimule dans les ténèbres naissantes. C'est une nuit sombre et calme qui s'annonce là. Je les vois qui s'enfoncent plus profondément dans la forêt. Ils sont quatre, avec deux chevaux. Je retiens un grognement et n'émets qu'un feulement. Par chance, ils ne semble pas s'en rendre compte. Déterminée à ne pas les laisser échapper à ma vue, je les suis en me faufilant entre les ombres dansantes. Chaque pas qui les éloigne de mon chez-moi me soulage un peu plus. Pour autant, je ne les lâche pas. C'est qu'ils sont perfides.

Lorsque les premières lueurs de la Lune se profilent sur le contour des feuilles et que des tâches argentées apparaissent progressivement sur le sol, les ténèbres sont presque complètes et je sens bien à leurs mouvements qu'ils ne sont pas tranquilles. Celui qui porte le grand bâton avec une flamme qui danse au bout n'arrête pas de se retourner. Lui je n'en ai pas peur. Il me suffirait d'un coup de patte pour le tuer. Mais l'autre est inquiétant. Celui qui ne sent rien, celui qui a un regard froid, lui il est dangereux. Je vois bien que ses yeux percent la nuit et me cherchent. Mais ici je suis chez moi.

Je sais que ce sont des créatures dangereuses et indignes de confiance et d'intérêt mais je ne peux m'empêcher de continuer à les suivre alors même que je sais que mon chez moi est hors de danger. Ils sont trop loin désormais. Mais, sans doute par curiosité, je ne reviens pas sur mes pas. Surtout qu'ils s'apprêtent à rentrer sur le territoire de Girss. Ce n'est sans doute pas une très bonne idée pour eux. D'ailleurs il semble qu'ils sentent que quelque chose ne tourne pas rond et s'arrêtent. J'entends leurs voix percer à travers la nuit. C'est amusant de les entendre parler. Ils croient être les seuls à se comprendre.

- Théo, je te dis qu'on est suivis.

- Oh ça va, tu vas pas en faire un plat non plus. Au pire qu'est-ce que ce sera ? Quelques brigands ? T'auras qu'à leur foutre le feu et voilà, on n'en parle plus.

- C'est pas des brigands. Ou alors ils sont vraiment discrets. Ni Shin ni moi n'avons pu les voir. Mais on sent quelque chose.

- Et allez, c'est parti pour le bal des paranoïaques. Et tu veux que ce soit quoi alors ? Des fantômes ? Je m'en occupe. Des loups ? Une boule de feu et c'est fini. Des gosses ? C'est ceux de Shin, pas de quoi avoir peur. Des araignées ? J'pense que le bras de Grunlek a un petit creux. Et pourquoi pas des tigres à dent de sapin !

Et pourquoi pas, en effet. Dans le feuillage des arbres, je vois briller des yeux. Il semblerait que Girss et sa meute soient déjà là.

- Déconne pas avec ça, on serait bien dans la merde.

- C'est qu'une légende Bob. Pas de quoi avoir peur.

Je sens la cime des arbres frémir, et ils le remarquent aussi. Sans doute prennent-ils ça pour un coup de vent car cela ne les alarme pas. J'entends Girss se glisser à mes côtés et laisser quelques sons s'évader de sa gorge. Fyarn… dit-il. Je sais tout ce qu'il veut dire avec ça, tout ce qu'il me reproche aussi. Je lui signifie d'un coup de patte de se calmer. Je ne pense pas que ceux-là soient dangereux, et ce n'est pas le temps des vieilles querelles d'enfant. Il y rechigne mais accepte et baisse la tête. Je sais bien que ce n'est que mon âge et ses marques qui le forcent à me respecter. Je reporte mon attention sur les créatures qui errent dans notre forêt. Ils semblent s'être mis d'accord, après de longues minutes à discuter avec véhémence, sur le chemin à prendre. Je les suis. Encore. Je sens les yeux des autres membres de la meute de Girss me suivre. Certains me voient pour la première fois. Je le sens à leurs regards inquisiteurs sur les tâches qui ornent toute ma fourrure. Des fois j'oublie que cela fait déjà plusieurs années que je me suis retranchée à l'entrée des ruines. Justement pour ne plus oublier. J'oublie trop ces temps-ci. Aujourd'hui je ne peux plus dire d'où viennent les ruines que je garde, ni d'où nous venons. Pourtant je sais que ce n'est pas un savoir qui m'a toujours été inconnu.

J'aime bien les écouter parler de nous. Je me déplace de branche en branche, m'amusant quelque fois à faire un peu de bruit pour les faire réagir. Au fur et à mesure que j'avance avec eux, j'apprends à découvrir un peu ceux qu'ils sont. Ils sont touchants. Tout aussi ignorants, sinon plus, que moi, mais touchants tout de même. Lorsque ils approchent de l'orée de la forêt, seul Girss et une de mes filles, Tildia, me suivent encore. J'entends avec amusement leurs soupirs se relâcher.

- Tu vois Bob, j'te l'avais bien dit, y avait rien à craindre. Surtout pas avec tes histoires de tigre à dent de sapin. C'est purement ridicule. Juste une légende à la con pour effrayer les gosses.

C'est vrai. Je ne suis sans doute plus qu'une légende qui garde une légende plus ancienne et oubliée encore. Mais toute légende que je suis, je ne puis m'empêcher de vouloir être une légende un poil malicieuse. Je descends silencieusement.

Les créatures ne remarquent rien, trop concentrées sur la plaine dégagée qui s'étend juste un peu plus loin, alors je me rapproche doucement jusqu'à être à portée de saut. Et je ferme les yeux. Dans un éclair, Girss et Tildia sautent à mes côtés, tout recroquevillés. A côté de moi, ils semblent n'être que des enfants. Nous n'avons pas besoin de rugir pour qu'ils se retournent et nous voient. Je me régale de leur visage effaré. Surprise. Ils se mettent à reculer en trébuchant. A part celui enrobé dans du métal, qui tire une longue branche argentée. Nous les contemplons quelques secondes puis disparaissons dans les ombres de la forêt. J'espère qu'ils reviendront un jour.

En attendant, les tigres à dents de sapin continuent de garder les légendes.