20 septembre 2031

Ma petite Lucy aux cheveux noirs

Lucy. Un an. Un an déjà. Un an est passé. L'attente me mine tu sais. J'espère avoir bientôt de tes nouvelles. Es ce qu'au moins tu vas bien ?
Cela fait un an depuis ma première lettre. Une lettre restée sans réponse depuis trop longtemps déjà.
Je sais que tu as besoin de couper le cordon. Que tu as besoin de t'éloigner de cette famille qui t'étouffe. Notre famille si unie, si soudée, si parfaite, ne t'as jamais comprise.
Tu as toujours été Lucy aux yeux gris, Lucy la rêveuse, Lucy l'étrange. Toi tes cheveux noirs et tes yeux gris qui restaient désespérément fixés sur l'horizon. Tu n'étais qu'une ombre parmi tous ces visages si souriants, parmi ces têtes tellement rousses. Une ombre que personne n'appréhendait. Tu as toujours été si différente de nos cousins et cousines. Personne ne te comprenait sauf moi.

Pourquoi voulais-tu être si différente ? Pourquoi hein Lucy ? Alors que tout le monde enviait la famille Weasley tu la rejetais. Personne ne comprenait, ne voulait comprendre. J'ai toujours été là Lucy. On s'est toujours bien entendu. Tu te rappelles de quand on imaginait notre vie, notre monde sous notre vieux chêne loin des grands qui jouaient et criaient ? C'était il y a trop longtemps. Depuis combien de temps ne t'es-tu plus confiée à moi ?

Dis-moi Lucy tu te souviens ? Tu te rappelles de ta deuxième année à Poudlard ?

Tu avais attaqué ta deuxième année comme ta première. Tu te fondais dans le paysage et ne parlais à personne. Tu avais toujours été un peu sauvage. Tu te mettais à l'écart quand ce n'était pas les autres qui te rejetaient. Tu n'étais qu'une ombre qui hantait les couloirs de Poudlard. Pourquoi Lucy faisait tu cela ? Pourquoi petit à petit ternissais tu sous l'assaut des murmures et remarques ?

En grandissant tu avais commencé à faire attention à ce que disaient les gens sur toi. Tu n'aurais pas dû.
Tu as toujours été si belle Lucy. D'une beauté évanescente, sauvage, mystérieuse. Mais toujours si belle. Et pourtant petit à petit je te voyais te fissurer. Je m'en voulais de ne pas arriver à te sauver de toi, des gens, de notre famille.

Tu as toujours aimé écouter le bruit des vagues et regarder le monde.
« Elle était étrange Lucy à contempler le monde sans jamais vraiment y prendre part. » Cette phrase qui était dite autrefois avec amusement était devenue un reproche dans la bouche des adultes. Ce qui avait toujours été une évidence sonnait maintenant comme une tare dans la bouche des autres élèves.
Notre famille ne niait plus cette différence qui ne semblait pas vouloir passer avec l'âge. Avant les gens se disaient que ça te passerait. Que tu étais la petite dernière. Que tu cherchais ta place parmi ces personnalités affirmées. Mais maintenant ils ne pouvaient plus nier l'évidence. Tu n'étais pas flamboyante, brillante, marrante, sure de toi comme tes cousins et cousines.
Non tu étais : « différente, étrange, bizarre ». Combien de fois ai-je entendu nos cousins répéter ces qualificatifs en parlant de toi ?
Peut-être racontaient-ils dans leurs lettres adressées à leurs parents tes dernières bizarreries ? On n'avait jamais pu avoir de secret dans cette famille. Tout se disait. Tout se savait. Je sais bien que je faisais pareil.
Je racontais à ma mère les bêtises des uns et les réussites des autres mais jamais je ne parlais de toi. Je ne voulais pas te causer plus de tort que celui occasionné par mon silence.
Je m'étais promis de te protéger et pourtant je t'ai laissé seule face à tes démons. Avec ces ombres qui sifflaient sur ton passage tout leur fiel et leur incompréhension face à ta différence.

A force d'écouter le vent et ces sifflements tu avais commencé à te fondre dans le paysage pour te faire oublier. Pourquoi Lucy ?
Je t'ai vu te faner petit à petit. L'année passait doucement et toi tu disparaissais dans l'oubli cruel de toute une génération.
J'ai vu ton sourire disparaitre de ton beau visage. J'ai vu tes cheveux longs se raccourcir à chacun de tes coups de ciseau maladroit. Tes yeux gris se ternissaient et ne regardaient plus le monde comme autrefois. Et même si tu continuais à fixer l'horizon tu en étais venu à vouloir l'abimer sous tes regards scrutateurs. Tes regards n'avaient plus le gout des caresses. Et si tu continuais à ne pas voir les visages c'étaient par ce que tu craignais les sourires moqueurs que tu devinais maintenant dessus.

Dis-moi Lucy tu te souviens de tes cheveux roux ?

C'était il y a longtemps. Chaque jour tu n'en pouvais plus. A chaque nouveau mal-être qui te poinçonnait le cœur tu coupais un peu plus ta belle chevelure de feu. Un coup de ciseau maladroit chaque fois plus haut dans ta crinière. Mais un jour tu avais décidé d'arrêter de te faire du mal. Je ne sais pas ce qui t'as sauvé de cet abime de destruction. Je n'en ai aucune idée. Mais j'espère que j'y suis un peu pour quelque chose.
En tout cas un jour tu as enfin décidé d'accepter qui tu étais. Tu avais été si forte. Tu étais redevenu ma petite Lucy aux yeux gris qui regardait à nouveau le monde sans se soucier des autres.

Un matin en me levant je t'avais ainsi vu près du lac. Assise sur la berge les genoux contre ta poitrine, tu regardais le ciel se mirer dans le lac. A ce moment j'ai eu envie de te rejoindre, mais je n'ai pas osé. Je ne voulais pas briser ta nouvelle bulle, je me doutais qu'elle était encore fragile, en construction. Et je craignais de la voir s'évaporer si je te rejoignais.
En y regardant de plus près j'ai vu des ciseaux à côté de toi et ta baguette. J'ai eu peur. Peur que tu d'adonnes encore à ton rituel macabre. Peur que tu continues à te couper les cheveux à défaut d'effilocher ton âme. Soudain tu t'es levée, as jeté les ciseaux dans le lac. Tu t'es retournée vers le château et j'ai vu un sourire se dessiner sur ton visage. Ils m'avaient tellement manqué tes sourires mutins tu sais ? Et là dans un geste remarquablement fluide tu as pointé ta baguette sur toi.
Depuis combien de temps t'entrainais-tu sur ce sort Lucy ? Combien de recherche a tu faites pour arriver à cela ? Je n'ai jamais su. J'ai eu vraiment peur tu sais. Peur que tu commettes l'irréparable. Peur qu'on t'ait trop poussé à bout.
Mais non heureusement tu as juste pointé ta baguette sur tes cheveux roux de longueurs inégales.
Je ne m'étais même pas rendu compte que j'avais arrêté de respirer, avant que soulagé je prenne une immense bouffée d'air.
J'ai vu tes cheveux roux devenir noir. En une demi-seconde tu avais gommé le trait physique tellement caractéristique des Weasley.
Je te voyais au loin avec tes cheveux noirs maintenant de même longueur et tes traits à nouveau apaisés.
Je sentais malgré la distance que tu avais changée, que tu étais devenue un peu plus forte.

Dis-moi Lucy tu te souviens de tes cheveux noirs ?

J'avais toujours rêvé de cheveux roux quand j'étais petit. Je ne comprenais pas pourquoi Victoire, Roxanne, Fred et moi nous étions si différents. Nous étions les seuls à ne pas être roux. Plus grand j'avais savouré cette différence alors que toi tu étais condamné à porter ta chevelure rousse comme un fardeau. Mais maintenant tout était différent tu avais les cheveux noirs et tes yeux gris scintillaient à nouveau.
Je me souviens de ton sourire ce matin-là en réponse au mien. Tu avais passé l'entrée de la salle commune des Serdaigles. Vu l'heure matinale tu ne devais pas t'attendre à trouver quelqu'un là. Quand tu m'as reconnue tu as caché ton visage dans tes cheveux noirs. Tu n'aurais pas dû tu sais. Tu n'aurais pas dû te cacher devant moi. Depuis quand étions-nous devenus des inconnus ? Pourquoi ne m'as-tu rien dit avant ? J'aurai pu t'aider. La formule je l'aurai apprise pour toi et tes cheveux aurait était noirs bien plus vite. J'étais là tu sais. Prêt à t'aider à couper le cordon.
A défaut de t'avoir tendu la main pendant tout ce temps j'ai prononcé une seule petite phrase. Une phrase puis je suis retourné à ma contemplation de la neige. Une phrase qui a fait naitre sur ton visage ton deuxième sourire de la journée. Deux sourires, c'est plus que ce que j'avais observé en quelques mois. Et même si je ne l'ai pas vu ce sourire j'en ai senti la chaleur quand tu es venu coller ton épaule à la mienne pour regarder à travers la fenêtre les flocons tomber sur le parc.

- « Ça te va bien cette couleur Lucy. Tes cheveux sont aussi noirs que les ailes des corbeaux que tu aimes tant regarder l'hiver dans les champs. »

Ton cousin Louis le blondinet