29 octobre 2035
Ma petite Lucy qui voit le monde
« J'avais dix-sept et à nouveau tout me paraissait possible. » Encore maintenant cette phrase me hante Lucy. Cette phrase résonne en moi. Elle prend source dans mon âme avant de vibrer dans tout mon être.
J'ai changé Lucy. Tellement changé que je me demande si tu me reconnaitras en me voyant. Je ne suis plus le même. Je te prie de me croire et de ne pas rire à ces mots qui doivent te paraitre bien prétentieux.
Mais c'est vrai j'ai changé. Je n'ai plus besoin de tout ce qui me paraissais nécessaire autrefois. J'ai changé mon mode de vie, j'ai réalisé ce qui étais vraiment essentiel pour moi. Je me suis recentré, je me suis ouvert au monde. Je sais que cette phrase ne veut rien dire, que c'est antinomique. Mais la réalité est là. J'ai enfin trouvé ma place dans cet écosystème complexe.
Je vois enfin le monde comme toi Lucy. Je prends ce qu'il me donne sans en réclamer plus. Je l'admire chaque jour un peu plus. Je prends simplement le temps, le temps de vivre, le temps d'être.
« J'avais dix-sept et à nouveau tout me paraissait possible. »
Quand je regarde tout le chemin que j'ai parcouru depuis ce jour-là mon cœur se gonfle de fierté. Oui tout est possible. J'ai réussi Lucy.
Je suis ethnologue. J'ai réalisé mon rêve et bien plus encore.
Aujourd'hui je m'envole pour le Colorado. Cela va me changer du climat humide de l'Amazonie.
Mais l'aventure m'appelle. Je suis excité à l'idée de découvrir de nouveaux endroits.
Rends-toi compte Lucy je pars explorer le Parc National de Mesa Verde. On m'a proposé un travail de paléoethnologue là-bas pour quelque temps. Cela sera plus facile pour toi de me joindre. Je pense que les hiboux trouveront plus facilement Cliff Palace. Imagine la plus grande habitation creusée dans un versant de plateau d'Amérique du Nord. Je suis sûre qu'en fermant les yeux tu peux les imaginer ces habitations creusées dans la roche qui se nichent sous une immense corniche de grès. Imagine la vie des indiens Anasazis dans ce pueblo immense.
Quand tu auras envie de le voir en vrai rejoins moi, je t'attendrai là-bas. Les pieds dans la boue, les mains dans les débris rocheux, je serai là-bas à tenter de comprendre comment vivaient ces hommes et femmes là-bas dans le Colorado il y a de cela des siècles. Rejoins moi Lucy et ensemble réécrivons l'histoire oubliée de l'Amérique. Une Amérique où sorciers et moldus vivaient en harmonie. Une Amérique riche de ces peuples et ces cultures différentes. Je t'attends Lucy pour remonter le temps à la recherche d'un bonheur oublié.
Dis-moi Lucy tu te souviens ? Tu te souviens de ta sixième année ?
Je n'étais plus là à tes côtés. Tu étais partie seule pour Poudlard. C'était la première fois.
Ce jour-là en te voyant jeter un dernier coup d'œil par la vitre du train qui s'élançait sur les rails j'ai senti mon cœur se serrer. J'avais envie de partir avec toi. Je ne voulais pas te laisser à nouveau seule. J'étais venu pour te dire au revoir. Je n'avais rien dit aux autres. C'était notre petit secret. Un moment qui nous appartenait à nous seuls.
Quand tu m'avais chuchoté à l'oreille alors que tu étais nichée dans le creux de mes bras que tu avais peur j'ai eu envie de te serrer à te briser les os, à me fondre en toi pour que tu emportes une part de moi à Poudlard. Quand j'ai vu tes yeux briller de tes larmes retenues j'ai senti mon cœur se briser. Et lorsque tu as murmuré plus pour toi que pour moi que tu ne voulais pas y aller je n'ai plus eu envie de te laisser partir.
J'aurai tout fait pour te garder auprès de moi. Mais nous n'avions pas le choix il te restait encore deux ans loin de moi avant qu'on parte enfin réaliser nos rêves. Je t'ai attendu deux ans Lucy. Deux ans où je suis resté chez moi emmuré dans mon silence, attendant ton retour pour qu'on parte enfin loin, très loin.
On s'écrivait presque tous les jours. Nous noircissions des pages et des pages de mots. Nous nous mettions à nue. Les mots glissaient tellement plus facilement sur le papier. C'était tellement plus simple de se livrer. Tu me racontais Poudlard. Tu me détaillais chaque brin d'herbe du parc que tu avais observé, chaque oiseau dans le ciel, les milles et unes facéties du calamar et la vie secrète des plantes à l'orée du bois.
Je te racontais mes journées moroses à la chaumière aux coquillages. Je me plaignais de mes parents qui ne me comprenait pas, de nos cousins qui avaient déjà tous leurs vies, et des journées qui passaient trop lentement.
Le temps passait trop lentement. Mais heureusement tes lettres et mes cours par correspondance étaient là pour combler quelque peu mon emploi du temps.
Dis-moi Lucy tu te souviens de la deuxième lettre que tu m'avais envoyée ?
C'était une lettre sans doute écrite à la va vite entre deux cours. Elle était toute chiffonnée et énormément tachée. Sans doute trop empressée de me répondre tu avais écrit au dos d'une de tes notes de cours une réponse enfiévrée à ma lettre.
Tu m'avais tellement soutenue dans cette épreuve. Cette lettre avait été l'élément déclencheur des études qui avaient changé toute ma vie.
Quelques mots sur un papier, beaucoup de points d'exclamations, avaient fait naitre en moi une nouvelle ardeur.
Tu avais acquiescé à un projet qui n'était qu'une idée lancée en l'air avec tellement d'enthousiasme que j'avais alors remué ciel et terre pour y arriver.
Oui j'allais continuer mes études. Et ce au nez de mes parents qui refusaient de financer une carrière qui pour eux n'était qu'un hobby.
J'avais alors commencé à leurs mentir. Je leur faisais croire que je cherchais encore ma voie. Qu'ils avaient raison que je ne pouvais pas devenir ethnologue. Cela me faisait mal Lucy tu sais de leur cacher un pan entier de ma vie.
Ils pensaient réellement que j'avais tourné la page de ce rêve d'enfant. Que maintenant j'étais devenu enfin quelqu'un de responsable qui avait un travail alimentaire en attendant de trouver mieux. Ils m'hébergeaient pour me permettre d'économiser mon loyer en vue de m'installer plus vite une fois que j'aurai enfin passé le cap de l'adulescence.
Mais ils se trompaient. Je les trompais. Je leur présentais qu'un seul de mes deux visages. Je les leurrais avec le masque que je m'étais forgé.
Dis-moi Lucy tu te souviens que la tempête est toujours suivie du beau temps ?
C'est une de tes phrases. Tu sortais toujours de belles phrases là où j'allais à l'essentiel. « La tempête est toujours suivie du beau temps ».
Je ne sais pas si c'est toujours le cas, mais en tout cas j'avais envie d'y croire. J'espérai qu'un jour je pourrai enfin tout dire à mes parents. Qu'ils découvriront enfin le vrai Louis.
Sans toi, sans tes nombreuses lettres, j'aurai coulé cette année-là. Tu m'aidais tellement. Je te parlais pendant des heures de mes cours sans que tu me stoppes. Tu lisais avec plaisir mes notes de cours et devoirs. Tu étais fascinée par mes travaux. Je réalisais mon rêve Lucy. Je suivais des études d'ethnologue. Cela m'avait toujours paru inimaginable. Mais grâce à toi tout paraissait possible.
Ensemble on se prouvait que nos rêves étaient à portés de main.
Tu m'envoyais tes poèmes et autres histoires fantastiques. J'étais vraiment stupéfait par l'habilité que tu avais de fixer en quelques mots l'essence même de ce qui nous entourait. Tu étais douée Lucy. Le feu qui t'habitait nous transportait en quelques lignes dans ton monde. Je voyais enfin clairement l'univers à travers tes yeux.
En attendant de montrer à mes parents qui j'étais réellement, je partageais avec toi chaque petite avancée qui me menait chaque jour un peu plus proche de l'Amazonie et ses mystères.
Ton cousin Louis qui découvre le monde
