9 décembre 2036

Ma petite Lucy qui rêve les yeux ouverts

Cela fait maintenant sept ans que je t'envoie des lettres. Sept ans que j'espère avoir de tes nouvelles.
Cela fait maintenant neuf ans que tu as quittais Poudlard. Neuf ans que tu t'es isolée du monde.
Cela fait maintenant onze ans que j'ai quittais Poudlard. Onze ans que je parcoure le globe.
Le temps passe tellement vite Lucy. S'en ai effarant quand on y pense-tu ne trouves pas ?

Je n'ai pas vu le temps passer. Quand je regarde derrière moi je vois ma vie défiler et je réalise alors tout ce que j'ai traversé. Je pense que toi aussi tu as fait ce constat, le temps passe à toute allure.
Et pourtant autrefois la vie nous paraissait passer tellement lentement.
C'était avant qu'on manque de temps. Avant qu'on fasse trop de chose. Mais malgré tout je n'ai jamais autant profité de la vie que depuis cette nuit-là. Cette nuit où on a fait cette promesse qui me fait maintenant espérer. Espérer avoir bientôt de tes nouvelles.

On se reverra bientôt je n'en doute pas. Et alors on pourra enfin tout se raconter. Parler du temps qui passe et des souvenirs doux-amers. On se contera nos voyages extraordinaires et on décortiquera tes écrits. Je visiterai enfin ta maison et son étrange passerelle qui se jette dans le vide.
Dix ans Lucy. Dix ans souviens toi tu m'avais promis.

Dis-moi Lucy tu te souviens ? Tu te souviens de ta septième année ?

Tu te rappelles Lucy de cette nuit ? Cette nuit magique où notre aventure de toute une vie a réellement commencée.
C'était l'été. Nous étions partis en vacances pour la première fois. Tu venais de finir Poudlard. Enfin tu étais libre et tes ailes te démangeaient. Tu avais soif de liberté, de nouveauté et comme toi j'aspirai à découvrir de nouveaux horizons. J'avais presque fini mes études et je n'en pouvais plus de rester cloitrer chez mes parents. Toi tu rêvais de voir autre chose que le monde étriquait dans lequel tu vivais.
On avait alors décidé de partir pour la première fois. Une fois l'argent mis soigneusement de côté on avait choisi notre destination. Cela avait été tellement difficile. On voulait voir tellement de pays. Les noms défilaient devant nos yeux alors que nous regardions les cartes. Où aller ? Trop de choix et trop peu de temps. Si on s'était écouté on aurait fait le tour du monde.

Tu te souviens de l'excitation du voyage ? De cette envie de partir à tout prix qui nous brulaient les ailes. De cette soif de découvrir le monde qui nous tenaillaient. On voulait partir et enfin on allait réaliser ce rêve d'enfant. Voir du pays et mettre le plus de distance entre nous et nos proches.
Mais avant de partir il fallait choisir la destination.

Notre choix c'était porté sur l'Orient. Destination exotique par excellence. Là-bas on était sûre de découvrir un monde nouveau.
L'Orient et ses mystères, l'Orient et ses pays tellement différents de l'Occident. Mais où aller en Asie ?
Tant d'endroits, tant de choses à visiter et si peu de temps. Où aller ?
Au Japon pour grimper en haut du Mont Fuji et se baigner dans les sources chaudes d'Okinawa ? Ou bien naviguer entre les iles de la baie d'Along au Vietnam. Et puis il y avait l'Inde et ses odeurs épicés qui se mêlaient aux paysages éclairés par un soleil de plomb. Et puis comment oublier la Chine, cet immense pays qui recouvrait une grande partie du continent Asiatique.
C'est toi qui avait tranché et nous avaient embarqué pour une aventure hors du temps.

Dis-moi Lucy tu te souviens de la fête de Duanwu ?

En Chine durant l'été sur tous les grands fleuves de cet immense pays des courses de bateaux-dragons avaient lieu dans le but de célébrer la mort de Qu Yuan.
En te renseignant auprès de locaux nous avions pu en apprendre plus sur la vie de cet homme. Qu Yuan était un poète et homme d'état qui avait vécu au IIIe siècle av. J.-C.

On était donc parti visiter l'empire du milieu pour assister aux courses de ces immenses bateaux en forme de dragons qui défiaient le fleuve. C'était impressionnant de voir ses rameurs tenter de dompter les flots à bord de ces fragiles esquives.
Au bord du fleuve, au milieu de la foule qui encourageait dans une langue inconnue les hommes qui s'écharnaient sur leurs rames je m'étais senti minuscule. J'avais alors pris conscience de notre fragilité face à la nature.

Après les courses on avait dégusté des zòngzi, ces étranges gâteaux de riz gluant de forme triangulaire qui étaient enveloppés dans des feuilles de bambou. Et alors qu'on mangeait nos pâtisseries on s'était approchés d'un conteur pour écouter l'histoire de la mort de Qu Yuan.
De désespoir, cet homme consciencieux s'était jeté dans le fleuve de peur que les habitants de la Chine lui tienne rigueur d'une erreur qu'il avait commise dans son travail. Afin de récupérer son corps les habitants avaient jetés aux poissons du riz gluant enveloppés dans des feuilles de bambou ou de roseau dans l'espoir qu'ils laissent le corps intact.
Une fois l'histoire entendue j'avais regardé d'un regard neuf le zòngzi que j'étais entrain de dévorer.

La journée c'était achevée et avec elle une parenthèse dans notre vie chaotique. Heureux, apaisés nous avions alors entrepris de découvrir une nouvelle fête traditionnelle de ce continent enchanteur. La bougeotte nous avait contaminés et ce n'est qu'après quelques années à arpenter le globe qu'on pourra à nouveau poser nos valises.
Et c'est ainsi qu'en octobre de la même année alors que je venais de disparaitre depuis quelques mois sans crier gare que je t'avais rejoint sur le continent Asiatique pour qu'on puisse reprendre ensemble notre périple.

Dis-moi Lucy tu te souviens de Holi ?

Cette fois-ci c'est en Inde que nos pieds nous ont portés. Tu ne m'avais pas posé de questions quant à mon absence. Tu n'avais pas cherché à en parler. On c'était juste contenté de vivre l'instant présent. Peut-être espérais-tu que cela n'avait été qu'un moment d'égarement. Qu'enfin j'étais revenu pour qu'on continu notre voyage ensemble. Mais ça n'avait pas été le cas. Cette nuit n'était qu'une parenthèse dans mon voyage initiatique.

Tu te rappelles Lucy de cette nuit magique ?
Holi la fête des lumières. Un des plus beaux souvenirs de ma vie et sans nul doute la plus belle nuit de mon existence.
Alors que le soleil se couchait la foule s'était pressée dans les rues. Les ruelles déversaient sans arrêt un nombre infini d'hommes, de femmes, d'enfants qui se pressaient le long de chaque bras du fleuve.
C'était une foule dense et compacte qui se pressait vers le Gange. Les bougies jetaient des ombres rougeoyantes sur les visages et faisaient étinceler les habits aux couleurs éclatantes.
Les gens riaient, s'apostrophaient dans un grand élan de joie pendant que la ville résonnait de cris et d'une certaine joie de vivre.

C'était tellement beau Lucy de voir tous ces gens avec leurs bougies. C'était magnifique de voir le fleuve éclairer de toutes ces lumières.
Holi la fête des lumières portait bien son nom. Avec notre bougie pressée sur le cœur on se mêlaient aux gens tout en se laissant porter par leur enthousiasme. Soudain tout paraissait possible. C'est comme si durant cette nuit tous nos vœux aller se réaliser.
J'avais l'impression que peu importait ce que j'entreprendrai la chance me sourira toujours. Cette nuit-là j'avais envie de croire, d'espérer en mes rêves.
Ma main dans la tienne et ma bougie pressait sur le cœur je fis le vœu de toujours aller au bout de mes rêves. Et tandis que je voyais la petite lumière que j'avais allumée danser sur les flots je sentis mon cœur s'apaiser.
Je ne sais pas quel vœu tu as fait Lucy mais en tout cas je me souviens de notre promesse. Une promesse faite autour d'une grande bougie qu'on lança sur le fleuve durant une nuit magique en Inde.
Dans dix ans on se retrouvera en Inde pour la fête d'Holi. Et là-bas on fera le point sur notre vie. On refera de nouveaux vœux.
Dans dix ans on revivra cette nuit pleine d'espoir qui nous avaient poussé à nous affranchir de notre passé pour aller au-delà de nos rêves.

Ton cousin Louis qui espère de tout son coeur