ne laisse personne choisir à ta place,
c.w
l'été
SON VRAI ÉTÉ commença donc à partir du moment où il se sentit libéré.
Il avait sa propre autonomie, bien que Charlie soit passé le voir deux fois en une semaine, mais Charlie ne se prenait pas pour son père ou quoi que ce soit, et passait seulement pour prendre de ses nouvelles, et surtout pour le convaincre de rejoindre Apos.
Jusque là, il avait testé de nombreuses méthodes, mais comme il ne pouvait rien lui dire à propos du fonctionnement de l'école, c'était assez difficile de lui donner envie de venir. Pourtant, la curiosité commençait à ronger Harry, et il se demandait s'il n'allait tout simplement pas y aller juste pour savoir enfin ce qui était si génial là-bas, à tel point que le roux lui en fasse les éloges chaque fois qu'ils se voyaient.
Sa maison commençait de plus en plus à ressembler à quelque chose. Il avait déjà un lit, un bureau et une grande bibliothèque où il empilait de plus en plus de choses au fur à mesure que le temps passait.
Dans sa cuisine, il avait maintenant une table et des chaises, et des appareils-électroménagers moldus, parce que c'était bien plus simple que d'utiliser la manière sorcière, que les plats étaient meilleurs et que ça l'occupait.
C'est vrai qu'il n'avait pas beaucoup de choses à faire à part lire ce qu'il avait trouvé dans ses coffres à Gringotts et essayer de trouver des meubles potables sur Traverse. Il avait bien tenté d'aller dans le Londres moldu pour ça, mais il ne savait pas comment les amener jusqu'à chez lui après.
Un matin, il tomba sur un vieux grimoire poussiéreux posé sur le comptoir du magasin. Il avait faillit passer à côté : il avait justement passé la nuit à nettoyer de fond en comble le rez-de-chaussée et à réorganiser les plantes en catégories (et encore, il y en avait qui n'étaient pas répertoriées dans le bouquin avec lequel il s'aidait, si bien qu'il y avait une catégorie composée d'un tiers des végétaux qui était en fait celle de : je ne sais pas ce que c'est).
Il se douta que c'était Charlie qui l'avait posé là, car il ne l'avait jamais vu auparavant, et qu'il s'en serait autrement souvenu.
Après avoir compris que c'était un livre de médicomagie, il l'ouvrit. Un bout de parchemin plié s'échappa d'une des pages, et il présuma que le mot écrit dessus venait de Charlie. Il disait que certains baumes l'intéresseraient sûrement.
Effectivement, après avoir parcouru une bonne centaine de pages décrivant comment faire tel ou tel baume, il découvrit un onguent qui pourrait lui rendre une vue meilleure. Une annotation en bas de la page jaunie disait que les effets seraient douloureux, et que c'était pourquoi cette recette n'était plus utilisée dans les hôpitaux.
DEVANT LUI se trouvait maintenant une boule de pâte grise à consistance visqueuse. (Et extrêmement puante.) Il se demandait si cela allait vraiment améliorer les choses ou seulement les rendre pires. Le bouquin disait qu'il fallait attendre que la lune soit levée, puis appliquer ensuite la pâte sur chaque œil.
Comme il faisait nuit depuis au moins cinq heures, il n'attendit pas plus, et sépara la boule en deux. Il les aplatit avec ses mains jusqu'à ce qu'elles forment des sortes de galettes aux bords irréguliers, puis les posa sur ses paupières fermées.
Il savait que cela allait faire mal, mais il ne pensait pas à ce mal là.
Ses yeux le brûlaient furieusement, comme si de l'acide traversait sa peau fine et la désintégrait pour ensuite faire de même avec tout son globe oculaire.
Il sentait tous les nerfs présents, chaque partie de son œil, tout, il était conscient de tout.
Les larmes commencèrent à couler en réaction, la pâte ayant absorbé toute l'humidité de ses yeux.
Il tâtonna pour trouver un mur : sa tête le tournait et il était maintenant aveugle. Il se laissa glisser contre la surface dure et froide, essayant de réprimer les sueurs froides qui le prenait.
Il ne sut jamais quand il lâcha prise, mais le lendemain il se réveilla les yeux boursouflés, secs et douloureux, comme s'il avait pleuré pendant une semaine sans s'arrêter. Le plus perturbant était qu'il n'y avait plus aucune trace de la pâte. La seule chose qui lui prouvait que c'était bien réel était qu'il voyait merveilleusement bien, et sans ses lunettes, car elles étaient posées sur la table devant lui.
La clochette du magasin tinta au rez-de-chaussée et Harry se releva avec difficulté. Maintenant qu'il était debout, il avait l'impression que quelqu'un lui martelait la tête indéfiniment, comme s'il avait trop bu la veille. Le brun tituba un peu avant de prendre les escaliers et de descendre vers la boutique à peu près ordonnée, et beaucoup plus propre qu'auparavant.
« Alors c'est ici que tu te caches ? » demanda avec amusement une voix qu'il connaissait. « J'ai entendu dire que la vieille boutique de botanique allait rouvrir, et que son propriétaire était un certain Murdoc Exodus. Je me suis dis qu'il ne pouvait pas y avoir deux Murdoc en ville, et me voilà. »
Irvin se tenait devant lui, un sourire éclairant ses yeux noisette, et faisant naître une fossette sur sa joue gauche.
Depuis qu'il était arrivé ici, plusieurs personnes avaient remarqué qu'il tentait de remettre sur pied la boutique, et venait lui demander ce qu'il comptait faire. Il s'était toujours présenté en tant que Murdoc, ne souhaitant pas se mélanger avec d'autres mensonges différents. Sous les conseils de Charlie, il gardait toujours les charmes d'illusion sur lui, pour que personne ne le reconnaisse, mais cela allait surtout du bon sens.
L'aîné remarqua soudainement les yeux boursouflés.
« Est-ce qu'il s'est passé quelque chose de mauvais ? » se risqua-t-il.
« Mis à part moi testant des recettes pour retrouver la vue ? » ironisa Harry, ou plutôt Murdoc. Il aimait se considérer comme étant Murdoc, et s'était dit qu'il ne serait Harry que lorsqu'il serait avec des personnes ne devant pas connaître sa seconde identité. Il pouvait ici citer ses amis de Poudlard, ainsi que ses professeurs (et surtout Dumbledore), et toutes les personnes qui pensaient qu'il était en Roumanie.
Irvin jeta un coup d'œil à ce qui l'entourait. « On peut dire qu'il te restes du travail. »
« Je ne comptais pas finir ça cet été, » répondit-il du tac-o-tac. « Je m'ennuie juste un peu. »
Il leva un sourcil septique. « Et c'est pour ça que tu cherches à te rendre aveugle par tous les moyens ? » Cela fit sourire Murdoc qui rétorqua aussitôt par un reniflement dédaigneux. « En tout cas, si tu t'ennuies autant que ça, il y a une soirée, ce soir, chez un pote. Je peux venir te chercher vers dix heures, ce soir ? »
Murdoc haussa les épaules. « Pourquoi pas ? »
Le punk lui sourit une nouvelle fois, vainqueur. Le cadet ne savait pas trop pourquoi il avait laissé suggérer qu'il serait là. Il aimait bien Irvin et son côté je-m'en-foutiste. Il faisait ce qu'il voulait, assumait son style, et s'amusait dès qu'il le pouvait. Il aurait aimé avoir une vie comme celle-là.
Irvin le quitta en lui promettant de venir le prendre de force ce soir, même s'il avait changé d'avis. Deux heures plus tard, Charlie se pointait chez lui, un objet rectangulaire emballé dans une enveloppe kraft entre ses mains. Il regarda longuement le jeune homme : quelque chose clochait, il n'était pas comme d'habitude.
« Murdoc, » chantonna-t-il finalement, laissant tomber l'idée de trouver ce qui avait changé sur l'adolescent. Murdoc remarqua que Charlie était toujours enthousiaste quand il lui parlait, et encore une fois, il lui faisait étalage de son bonheur en fredonnant à la place de parler correctement. « C'est ton anniversaire aujourd'hui, tu te rappelles ? »
« Mon anniversaire est déjà passé, » contredit-il immédiatement.
Charlie lui fit un clin d'œil. « Celui de Harry, oui, mais pas le tiens. » Murdoc soupira en levant les yeux au ciel, et le roux remarqua enfin la différence. « Tu as testé le remède ! Je n'étais pas sur que ça marcherait bien, parce que la recette a été interdite depuis un bout de temps, et on ne sait pas vraiment quels sont les effets. C'est merveilleux ! »
« Tu m'as donné cette chose en ne sachant pas très bien comment c'était supposé fonctionner ? »
Le Weasley prit un air coupable. « Il n'y a que le résultat qui compte, pas vrai ? » Il lui fit un autre clin d'œil. « Donc, ton anniversaire ! Ça signifie deux choses : un, tu vas pouvoir remplir les papiers d'inscription, et deux, on va sortir de trouver un cadeau ! » Il lui tendit l'enveloppe kraft. « Les papiers. »
Il lui tendit ensuite sa main droite et Murdoc glissa la sienne dedans. Étonnement, même après avoir transplané, Charlie ne la lui lâcha pas, et il le tira dans les rues chaudes d'une ville inconnue au plus jeune. Ils étaient sur une grande place ronde, avec, au milieu, une fontaine immense aux rebords envahis par les touristes et habitants locaux. Murdoc cru reconnaître l'espagnol comme étant la langue parlée autour de lui, mais il ne pouvait pas dire si c'était vrai. Au moins cela, expliquerait la chaleur assommante de l'endroit. Des vendeurs ambulants proposaient leurs marchandises aux touristes souriants.
Autour d'eux, se mélangeaient cafés, magasins de souvenirs, marchands de glace, et aux alentours, dans les rues abritées par de grands draps blancs reliés aux toits des hautes maisons, plusieurs magasins de vêtements juxtaposés à d'autres bars aux terrasses pleines.
« Où sommes-nous ? » demanda le brun.
« Espagne. » Au moins, il avait bien reconnu la langue.
Charlie, tenant toujours le garçon par la main, le traîna jusqu'à la fontaine et l'obligea à aller dedans. Immédiatement, le paysage se brouilla, et il eut l'impression que l'eau devenait de plus en plus profonde. Il se noya au moins trois fois avant de parvenir à nouveau jusqu'à la surface, où tout restait inchangé. Cependant, si on regardait attentivement, les cafés ou les boutiques étaient désormais des commerces sorciers qui vendaient des ingrédients de potion, ou encore des grimoires d'enchantement.
Ils sortirent de la fontaine secs comme s'ils n'avaient pas mis un seul pied dedans, et Charlie l'entraîna dans une animalerie qui ne ressemblait absolument pas à une animalerie comme il les connaissait. Déjà, aucun animal n'était enfermé, et ensuite, il n'était pas sur de connaître la moitié des noms des animaux/créatures présentes. Une portée de chatons roses duveteux était sur un grand coussin, et des hiboux hululaient sur les branches d'un immense arbre qui poussait au milieu de la pièce. C'était à peu près les seuls animaux normaux dans cette boutique.
« Ron m'a dit que tu étais un Siffleur ? » Murdoc fit rapidement le lien. Siffleur était comme être Parseltongue, pas vrai ? Il hocha la tête. « C'est plutôt mal vu en Angleterre, mais dans les autres pays, c'est vu comme un vrai don. Tu peux faire beaucoup de bien, avec cette magie. »
« Est-ce que tu es en train de me suggérer d'acheter un serpent ? » soupira le brun.
« Dani– »
« Dani ? »
« Le vendeur, Dani, a plusieurs beaux spécimens. Tu pourrais y jeter un coup d'œil ? »
Il haussa les épaules, pas convaincu. Il n'était pas sur de vouloir s'occuper d'un serpent en plus d'une chouette mal lunée. Hedwige n'avait pas l'autorisation de sortir avant deux heures du matin, et devait revenir avant quatre heures. Elle n'était pas vraiment passe-partout, et c'était pour cette raison qu'il lui imposait ces restrictions. Malheureusement, cela ne plaisait pas à la chouette qui considérait sûrement qu'elle avait le droit à plus de liberté que ça.
Murdoc s'approcha des serpents, au fond du magasin, et les dévisagea avec réserve. Tous étaient endormis, et seul un semblait le dévisager en retour. Au même moment, le vendeur, Dani, donc, un bel espagnol aux cheveux bruns et à la peau bronzée par le soleil qui semblait du même âge que Charlie sortit de l'arrière boutique et donna une accolade à l'anglais. Ils semblaient se connaître depuis un moment.
Le serpent siffla agressivement, et cela fit sourire Murdoc. « Je sais que tu essaies juste de me faire peur. »
Le serpent, intrigué, se redressa. Il était d'une belle couleur bleue électrique. Une rayure noire le traversait dans la longueur. Néanmoins, ses extrémités et le dessous de son corps étaient rouges/orangées.
« Tu es un humain mais tu parles notre langue. D'autres m'avaient raconté des histoires sur les Siffleurs, mais je n'en avais jamais vu avant toi. Qui es-tu ? »
« Murdoc. Comment dois-je t'appeler ? »
« Les serpents n'ont pas de nom, mais cet homme à pour coutume de m'appeler Ssiwa. » C'était un prénom féminin, décida Murdoc. « Nous, sommes présentés, tu es mon Maître, à présent. »
« Comment ça, ton Maître ? » protesta-t-il. « Tu ne peux pas décider toute seule si je suis ton Maître ou non. »
« Quand un Siffleur se présente à un reptile, il devient immédiatement son Maître. C'est sa responsabilité. »
« Charlie ! » appela Murdoc. Il était en pleine discussion avec son ami, en espagnol, et il ne comprenait pas un mot de ce qu'ils disaient (ce qui devait sûrement être le but). Les deux aînés se stoppèrent donc et se tournèrent vers lui. « Elle dit que je suis son maître parce que je me suis présenté à elle ! »
Sans qu'il n'y fasse vraiment attention, le serpent s'était enroulé autour de son bras pour monter jusqu'à son épaule.
« Je ne sais même pas à quelle espèce elle appartient, je ne peux pas juste la prendre comme ça ! »
Dani prit la parole, dans un anglais parfait (maintenant il avait la confirmation que les deux ne voulaient pas qu'il entende leur conversation). « C'est un serpent corail, version magique. »
Charlie compléta avec un inquiétant : « La légende dit que tu ne peux pas faire cent pas après avoir été empoisonné par ce ser- Quoi ? » se coupa-t-il. « Pourquoi tu fais cette tête ? »
Murdoc, les yeux ronds, sentait la peur l'envahir. Il sentit son corps se paralyser, puis des bras l'entourer pour le mettre par terre. Dans un état catatonique, il se laissa faire. Des sueurs froides le faisaient de temps en temps frissonner brutalement.
« Est-ce que tu veux t'allonger ? » entendit-il à un moment, mais il ne répondit rien, alors il resta dans sa position, même si elle était inconfortable et que le sol était dur. Il n'avait plus trop conscience de où il était, ou du temps qui passait.
À un autre moment, il sentit une main passer dans ses cheveux et commencer à lui massez la nuque, dans le but de le détendre, mais cela ne marcha pas vraiment parce que il resta immobile à fixer le vide.
Deux heures plus tard, il comprit enfin où il était et ce qu'il se passait. Il amorça un mouvement, le premier en deux heures, et Charlie sauta presque de joie. « Revenu ? » demanda-t-il. Murdoc grogna quelque chose d'incompréhensible. « Magnifique. Je pense qu'on va rentrer immédiatement. »
Soutenant le jeune homme qui était maintenant une poupée de chiffon, il paya le serpent et la pierre chauffante sur laquelle elle se prélassait en attendant que son Maître reprenne ses esprits. (Pendant qu'il était par terre et en sueur tentant de combattre le venin, elle avait essayé de lui préciser que c'était juste pour qu'il soit immunisé, mais il ne l'avait pas entendue.)
Une fois dans le canapé que Charlie venait juste de transfigurer, Murdoc ouvrit les yeux. Ils les avaient fermé pour ne plus les ouvrir pendant le voyage, parce que ça tanguait trop pour lui, et que même s'il n'avait pas mangé pour le petit-déjeuner, il avait peur de rendre son dernier repas qui remontait à la veille.
Le roux approcha instantanément sa tête de la sienne, regardant attentivement son œil droit. « C'est violet. »
« Quoi qui est violet ? »
« Ton œil. »
« Mon œil ? »
Depuis qu'il avait emménagé sur Traverse, il avait changé la couleur de ses yeux en un bleu assez clair avec la formule oculos caeruleo tinxit. C'était donc normal qu'ils ne soient pas verts, mais le violet ne faisait pas non plus partie de ses plans. Charlie conjura un miroir pour qu'il puisse regarder ça par lui même.
Ce n'était pas vraiment violet, c'était surtout très foncé. La seule question était : comment allait-il se fondre dans la masse avec des yeux vairons, dont un violet ?
Il posa ses paumes de main sur ses yeux et murmura le contre-sort qui rendrait à ses yeux leur couleur verte devant un Charlie curieux. Il ne savait pas que le garçon pouvait utiliser sa magie sans sa baguette.
Malheureusement, seul le bleu redevint vert. Murdoc grogna et redonna la couleur bleue à son œil.
« Je pense que le venin à agit avec le sort et la pâte, » se risqua le roux. « Et je pense que c'est définitif. »
Murdoc fit une grimace. « Ça ne va pas partir ? »
« Repose-toi juste, ne t'en fais pas à propos de ça. »
À partir de seize heures, il parvint à se lever sans avoir les gens tremblantes. Pendant le long laps de temps entre le moment où Charlie l'avait déposé sur le canapé et entre le moment où il put enfin se lever, il s'était aventuré à mettre un pied à terre, il avait eu le temps de lire deux bouquins, de dire au revoir au Weasley qui devait donner de ses nouvelles à Dumbledore, d'avaler un rapide déjeuné préparé par Liki, de se renseigner sur les effets des potions de croissances et mettre au point un planning pour Ssiwa qui l'avait embêté tout du long en lui parlant de tout et de rien (mais surtout de rien).
À seize heures trente, il était devant un chaudron bouillonnant remplit d'un liquide transparent qui l'était pas de l'eau mais cette fameuse potion de croissance.
Elle n'était autorisée que pour les enfants ayant des troubles de la croissance, et donnée sous ordonnance chez les médecins. Mais lui avait décidé de la faire par lui même, et de choisir les doses comme il le voulait. Il avait toujours voulu être grand, toutefois, à cause des Dursley, de sa sous-nutrition et des enfermements répétitifs dans le placard sous l'escalier, il n'avait jamais atteint la taille moyenne d'un enfant, puis d'un adolescent.
La potion était assez simple à faire, et, une clope à la main, il la prépara en à peine un quart d'heure. Il se souvint quelques minutes plus tard en avoir déjà brassé une en seconde année à Poudlard, mais que son chaudron avait explosé juste après.
En même temps que son chaudron faisait des bulles sur le feu, il s'affairait à la cuisine, coupant en morceaux une dizaine de fruits. Maintenant qu'il pouvait manger ce qu'il voulait quand il le voulait, il ne se dérangeait pas pour le faire. Depuis trois jours, il avait une incontestable envie de fruits frais, et ce, à toutes les heures de la journée.
Une fois la potion finie, il la sépara dans une vingtaine de petites fioles en verre qu'il déposa ensuite sur le plan de travail de la cuisine.
Il avala sa première dose, et ne ressentit rien de particulier, à part le goût amer du produit qui lui arracha une grimace et un haut-le-cœur.
Peut-être était-ce une mauvaise idée d'avaler le liquide en sachant qu'un peu plus tôt, son œil avait déjà mal réagit avec le venin de son serpent ? Le brun espéra que cela ne ferait pas plus de dégâts sur son corps, comme un troisième bras ou un onzième doigt de pied.
C'ÉTAIT une fête comme jamais Harry n'en avait connu (ni Murdoc, mais ce n'était pas étonnant). Un rassemblement de personnes toutes plus différentes les unes que les autres, des bières et autres alcools forts circulants dans la pièce, des cigarettes se passant de doigts en doigts, à moins que ça ne soit de l'herbe à l'intérieur.
Irvin était venu le chercher, comme il lui avait dit, et bien qu'un peu réticent au début, maintenant, l'alcool faisait son effet et coulait dans son sang, le rendant comme un bienheureux, avec cette envie de sourire béatement, gaiement, chaleureusement.
Quelqu'un lui fit un signe au loin, il crut reconnaître Nina. Il se leva, tituba jusqu'à elle, poussa un petit rire quand il trébucha sur un corps par terre et qu'elle le rattrapa.
« Voilà le débauché ! » s'exclama-t-elle, dans le même état que lui, mais bien plus consciente de ce qu'elle faisait. Une bouteille fut tendue vers eux, elle la saisit, but deux gorgées avec une grimace, la passa à Murdoc et il but deux gorgées en faisant une mimique dégoûtée. Il n'aimait pas le goût de la boisson et le faisait bien comprendre. Par contre, il aimait l'état dans lequel ça le mettait, et c'était bien pour ça qu'il continuait à l'avaler.
Ses yeux lui semblaient un peu lourds, remarqua-t-il avec un sourire, tandis que Nina critiquait ses cheveux qui étaient dans un état épouvantable.
Quelqu'un arriva vers eux.
« Maquillage, » cria-t-il presque. « Il faut se maquiller ! »
« Mais je suis maquillée, » protesta Nina qui, abordant un smokey eyes noir, ne comprenait pas l'autre.
« Il faut des paillettes, plus de paillettes. » Effectivement, la plupart des gens ici abordaient pas mal de paillettes dans leurs cheveux, sur leurs joues, ou sur leurs torses quand ils n'avaient pas d'habits. L'homme hoqueta, puis passa une main sur son visage, étalant le mascara qu'il portait, le marquant de deux tâches noires sous les yeux. Il avait au moins autant bu que les deux autres.
Il s'approcha de Nina, un eye-liner à la main, mais elle le repoussa avec des gestes peu précis. « Lui, fait le sur lui, ruine sa tête, pas la mienne. »
Murdoc ne se rendit compte que trop tard qu'il s'était laissé faire, et qu'il avait maintenant du fard à paupière mauve faisant ressortir ses deux iris différents, des paillettes sur ses joues, disposées de manière à montrer des pommettes hautes. (Il ne les avait jamais aimées, celles là, elles lui faisaient penser à celles de Malfoy, ou celles de Lestrange, au choix.)
Il ne remarqua pas non plus Nina qui sortit son appareil photo et qui immortalisa ce moment.
Nina l'entraîna dans une pièce où étaient installés en rond cinq ou six personnes. Ils leur firent de la place, et, toujours en titubant, Murdoc s'installa entre son amie et un homme blond d'une vingtaine d'années aussi.
Il s'intégra à la conversation rapidement, bien qu'elle n'est pas vraiment de but.
À un moment donné, il ne savait pas combien de temps s'était écoulé depuis qu'il s'était installé en tailleur dans ce cercle, Nina lui tendit ce qui ressemblait à un joint. Sans trop hésiter, en tout cas moins que s'il n'avait pas bu, il tira dessus.
La fumée lui brûla la gorge, bien plus qu'avec une cigarette, et il se retint de tousser.
Le joint repassa plusieurs fois par lui. Il commença à avoir mal au cœur, mais cela ne l'empêcha pas d'aspirer une nouvelle fois dans le tube d'herbe.
Les effets le submergèrent peu à peu. Il entendit Nina se moquer un peu du fait qu'il était parti très loin et assez vite, mais ne commenta pas, dans un état second, et effectivement, lointain.
MURDOC SE sentit secoué, et immédiatement, un mal de crâne commença à le ravager.
Il était sous une couverture fine, sur un matelas moelleux. Quelque chose d'humain touchait sa jambe droite, de même que son épaule gauche.
« Lève-toi ! » entendit-il. « Nom de Dieu, je ne te laisserai plus jamais seul la nuit, si tu me fais des coups comme ça ! » Murdoc grogna, ne voulant pas ouvrir ses paupières, sous peine d'être inondé par le soleil. « Écoute-moi bien, H. » Le fait d'entendre sa réelle initiale le réveilla plus rapidement qu'une baffe.
« Charlie ? » demanda-t-il, toujours les yeux fermés.
« Effectivement. Lève-toi, jeune homme. Je n'ai rien contre ces petites fêtes, sauf lorsque ton directeur veut te voir. »
« Par directeur, tu veux dire ? »
« Oui. Maintenant. »
Il ouvrit d'abord un œil, puis deux, et tous les souvenirs lui revinrent en tête, sauf ceux qui expliquaient pourquoi il était nu, dans un lit, entouré d'une fille et d'un garçon, la première la tête posée sur son épaule et le deuxième une de ses jambes entourant la sienne. Le garçon était celui à côté de qui il s'était assis quand Nina l'avait traîné dans le groupe, et la fille lui était complètement inconnue.
Il se frotta les yeux et découvrit ensuite la sensation de s'étaler du mascara dans les yeux : déplaisant.
« Je sais pas où sont mes habits, » marmonna-t-il l'intention de Charlie, tout en parcourant attentivement la pièce des yeux.
Des verres, à semi-vides, dans lesquels flottaient des mégots, des gens endormis à même le sol, peu habillés, du vomi au pied d'une table, tout semblait chaotique.
Charlie le secoua une nouvelle fois. « Je t'ai déjà couvert hier soir en disant que tu avais eu une dure journée en aidant les dragonniers et que tu dormais, alors tu dois absolument être là ce matin. » Il ramassa un t-shirt par terre tandis que Murdoc repérait son caleçon au bout du lit, et l'enfilait. « Pas le temps de trouver ton jeans, on y va comme ça. »
Il le prit par le bras et essaya de le lever. « Je veux pas marcher, » se plaignit-il, assit sur le lit, les pieds dans le vide. « Je veux rester ici et dormir. »
« Oh le pauvre bébé, » ironisa le roux, pressé de quitter l'endroit insalubre. D'un mouvement de bras, il le mit sur son épaule.
« Je vais vomir, » se plaignit-il encore une fois. « Ton épaule rentre dans mon ventre. » Charlie leva les yeux au ciel, et le fit monter sur son dos. Murdoc entoura ses jambes autour de sa taille, et ses bras autour de son cou. « On va d'abord rentrer chez toi, tu vas prendre une douche et te débarrasser de cette crasse, t'habiller correctement, mettre des lentilles moldues vertes, et ensuite on ira là-bas. »
Pendant qu'il disait cela, il traversa la pièce principale, encore plus en désordre que le reste des lieux.
« Murdoc ! » appela la voix bien connue de Irvin, allongé de tout son long sur le canapé, une clope au bec, comme à son habitude. « Tu t'en vas déjà ? » Son éternel sourire moqueur le mit de plus mauvaise humeur qu'il ne l'était déjà.
Il ne lui adressa qu'une mise boudeuse à laquelle le roux-rose répondit par un ricanement. Charlie l'emmena dehors, et il sentit l'air frais de la matinée londonienne sur ses cuisses dénudées. Il frissonna.
Comme prévu, le roux le porta jusqu'à son magasin, qui n'était qu'à une dizaine de minute à pied.
Il prit une douche très chaude dans laquelle il voulut rester plus de cinq minutes, mais ce fut impossible car Charlie l'en tira presque de force. Il s'habilla ensuite avec des vêtements propres et sobres : un grand t-shirt gris, un blue-jeans et une paire de Converse usées.
« Au moins, je n'ai pas besoin de t'apprendre à fermer ton esprit, c'est inné. » Le brun ne releva pas, et grogna simplement.
Puis le Weasley lui appliqua des lentilles moldues fidèle à son ancienne couleur de yeux d'un mouvement pratique de baguette.
Murdoc s'installe sur une chaise, les genoux sous le menton. L'aîné lui ordonna de manger quelque chose, mais il contra une nouvelle fois ses dires : « Pas faim. » Il mangea finalement le bol de fruits coupés de la veille, trouvés dans le frigo, que Charlie posa devant lui. Il avala aussi une fiole de potion de croissance.
Le transplanage jusqu'à Grimmauld Place n'arrangea pas le monstrueux tapage interne, dans son crâne, qui lui donna l'immense envie de suicider maintenant. Il ouvrit la porte de l'ancienne maison de son parrain, qui lui maintenant lui appartenait, et évita le parapluie vengeur.
En face de lui, se trouvait Hermione, son chat dans les bras, qu'elle lâcha immédiatement pour se ruer dans ses bras. Il lui fallut l'aide de Charlie qui lui posa une main dans le dos pour ne pas qu'il tombe par terre en la réceptionnant.
« Est ce que c'est un suçon ? » demanda-t-elle sans tarder, en lorgnant sur la tâche qui assombrissait sa peau.
Il posa une main dans son cou, instinctivement. « Peut-être ? » Cela faisait partie d'un des épisodes desquels il ne se souvenait de rien.
Voyant qu'il ne dirait rien de plus, elle laissa tomber.
« Est ce que tu sais pourquoi Dumbledore veux me voir ? »
« Il veut juste contrôler si tout va bien, je pense. Tu t'amuses, là-bas ? Tu as appris des choses sur les dragons ? Je sais qu'ils sont dangereux mais ils sont si intéressants ! » Il lança une œillade suppliante à Charlie, toujours derrière lui. « J'ai même entendu dire qu'il y avait un dragon qui pouvait ralentir le temps, tu te rends compte ? C'est merveilleux ! »
« Hermione, et si tu laissais Harry aller voir le Directeur ? » aida finalement le roux. « Il a justement aidé une bonne partie de la nuit un petit à éclore, et je pense qu'à l'heure actuelle, il aimerait être au fond de son lit. »
« Oh, oui… » fit-elle, déçue. « Je pensais que tu allais rester la journée, mais c'est vrai que tu as l'air fatigué. Tu pourrais revenir au autre jour, non ? » Il hocha la tête. « Super ! »
LE JOUR SE couchait une nouvelle fois sur Traverse. L'air se refroidissait, mais restait tout de même étouffant, comme lors de chaque été à Londres. Le tonnerre viendrait bientôt, si l'on en jugeait au nombre de jours passés sans une goutte pluie, dans la moiteur de l'air.
Son amie le lui avait assuré au début de la journée, et elle avait eu raison : le directeur n'était venu qu'une dizaine de minutes pour s'assurer qu'il ne veuille pas retourner à Privet Drive maintenant qu'il avait « goûté aux joies du vrai travail », comme lui avait dit le vieil homme à la barbe blanche. S'il avait su la vérité, il l'aurait renvoyé directement chez son oncle et sa tante, sans même l'autorisation de mettre un pied en dehors de la maison.
Il bailla, allongé paresseusement sur le canapé du premier étage de sa maison.
Irvin avait débarqué dans l'après-midi, et lui avait demandé avec un clin d'œil suggestif comment s'était déroulé la soirée de son côté. Quand il lui avait raconté qu'il s'était réveillé entre deux personnes, le plus vieux avait rigolé, et lui avait ensuite expliqué comment s'était vraiment passée sa nuit.
Il avait, à un moment donné, eu un coup de sommeil, et avait commencé à s'endormir sur son voisin blond, qui lui même s'était très vite endormi sur son épaule.
Nina les avait montés à l'étage, là où il y avait les chambres, et les avait déposés dans le lit où se trouvait déjà la fille en sous-vêtements. Le blond s'était endormi comme une masse sur le matelas tandis que d'après les dires d'une des amies de Nina, qui était dans la pièce à ce moment, lui avait tenu à se déshabiller en entier car une chaleur épouvantable l'habitait à ce moment.
Charlie l'avait seulement déposé chez lui et était reparti ensuite, manquant de peu d'entendre l'anecdote plutôt drôle, bien que mortifiante pour Murdoc.
Il nourrit son serpent qui était resté toute la journée sur sa pierre chauffante. D'après ce qu'il voyait, Ssiwa n'était pas très sauvage. Pourtant, elle lui avait assuré qu'elle pouvait chasser d'elle même. Elle était cependant trop fainéante pour se bouger et sortir de son cocon de confort.
C'était encore une journée de folie qui se terminait, et celle-ci résumait bien la suite de son été. Être en compagnie d'Irvin et de Nina qui n'en faisait qu'à leur tête l'entraînait toujours dans des situations incroyables où il se retrouvait à faire quelque chose soit d'illicite, soit de dangereux, soit d'improbable. Charlie, lui, même s'il était censé être celui qui était responsable de lui, n'en faisait pas plus et le laissait se faire ses propres expériences.
Épuisé, il s'endormit en réfléchissant à ce que sa vie était maintenant : un joyeux bordel.
Merci pour toutes vos petites reviews, gentilles et mignonnes et aww- je meurs à chaque fois !
Pour Babylon, je sais pas non plus si Charlie/Harry va mener à quelque chose, mais pour l'instant il découvre les joies de la liberté ! Au départ je voulais pas vraiment écrire d'histoire d'amour ou quoi, mais si jamais vous voulez le voir avec quelqu'un, et si cette idée ressort beaucoup, bin, pourquoi pas ?
Prochain chapitre : le retour d'un de ses amis/connaissances dans sa vie, après, il faut deviner qui !
