vous, les hommes, vous finissez toujours par emprunter le même chemin. Le même chemin qui fut foulé tant de fois.. […] personne ne pense commettre des erreurs dans ses actes.. alors que personne ne peut s'échapper du cycle où le karma engendre le karma, et où les tourments engendrent les tourments. Ce jardin est le lieu où toutes ces chaînes peuvent ses briser..
Hayao Miyazaki, Nausicaä et la vallée du vent
l'école
Le vent froid balayait le paysage sec et sans vie. En début septembre, les températures restaient habituellement chaudes, mais ils avaient déjà l'impression d'être au début de l'hiver. Les plus prévoyants avaient sur eux une veste, mais la plupart des adolescents réunis frottaient leurs bras dénudés par leurs t-shirts estivaux. Autour d'eux, tous les arbres étaient nus, dépourvus de feuilles, et la terre étaient craquelée et compacte sous les pieds de la trentaine de personnes présentes. Murdoc se trouvait parmi eux, un grand t-shirt noir coincé dans un jean de la même couleur. Ses cheveux étaient noués en un chignon assez lâche, et il croisait les bras sur son torse, dans une position d'attente et de mécontentement.
« C'est ici, mais il n'y a rien, » fit une voix, à côté de Murdoc. « C'est complètement vide, » rajouta-t-elle.
« Pardon ? » demanda-t-il en se retournant, confus.
Bien sur, il n'était pas idiot. Lui aussi avait remarqué qu'ils étaient au bon endroit, puisqu'ils stagnaient ici depuis une demi heure, l'air devenant de plus en plus froid alors que la journée avançait. Et il avait aussi remarqué que si ils restaient ici, c'est que personne ne leur avait ouvert la porte ou peu importe ce que c'était.
En se retournant, il fit face à une jeune femme à la peau aussi translucide que ses cheveux étaient blancs. Elle regarda le ciel bleu vif, sans nuages. Ça changeait de Londres. Les bourrasques glacées ne la faisait pas frémir d'un pouce, alors que Murdoc se crispait dès qu'une d'entre elles balayaient son corps, le transissant jusqu'aux os. Une autre fille qui lui ressemblait, plus loin, la regardait avec insistance. Elles n'étaient pas humaines, c'était une certitude.
« Ils ne voient pas la source, mais ils sont dessus. Ils cherchent quelque chose qui se trouve en face de leur nez. »
Il resta silencieux, attendant la suite.
« C'est plutôt simple, » fit-elle. « Il suffit de sentir où l'air est perturbé par la magie et nous serons où est le portail. »
Il renifla, pas convaincu.
« Je doute que tu puisse ressentir quoi que ce soit, cet endroit empeste la magie de partout. »
« Bien sur que ça sent la magie de partout, il y a un portail. C'est une source de magie à l'état pur que les sorciers ont essayé de canaliser avec des runes pour voyager. Il est alimenté depuis des siècles et des siècles d'énergie, il déborde de ça. »
« Je sais ce qu'est un portail, pas besoin de te donner la peine d'expliquer. Je dis juste que si tu veux sentir où est le portail, alors il faudrait que tu sois très bonne à sentir la magie dans l'air. » Il se tut. « Tu peux sentir la magie dans l'air, c'est ça ? » Elle hocha la tête. « Tu es une fille du Peuple de l'Air, pas vrai ? »
Elle lui tendit une main, en guise de présentation.
« Daffodil, héritière de la famille Pal, » se présenta-t-elle.
« Murdoc Exodus, » répondit-il en lui serrant la main en retour.
Elle lui fit la remarque qu'il ne devait pas connaître grand-chose de son peuple, mais que cela l'arrangeait assez, au final. Murdoc se promis d'envoyer une lettre à Luna pour lui en demander plus sur cette fameuse Daffodil héritière de la famille Pal. Et puis, Pal, c'était quand même un drôle de nom. Il se demanda quel était le réel nom de la mère de Luna. Il se doutait que Lovegood n'était ni celui de Xenophilius, ni celui de la fameuse mère, mais plutôt celui qu'ils avaient choisi lorsqu'ils avaient décidé de fonder une famille ensemble, perdant tous les avantages de leur peuples respectifs.
Au loin, quelqu'un cria quelque chose qui ressemblait à un : « Au nom de Morgana, arrêtez de bouger ! Seulement une heure qu'ils sont avec nous et j'en peux déjà plus ! »
Une jeune femme lui donna un coup derrière la tête et il se retourna le regard noir, alors qu'elle lui faisait une remarque, mécontente de ses cris.
Tous les deux réintégrèrent un groupe de quinze personnes. Ils étaient les étudiants de la génération précédente, et leur tâche avait été de les amener ici. Murdoc se trouvait dans son lit quand c'était arrivé.
On avait frappé à sa porte, et il s'était aussitôt levé, suspicieux. Plus personne ne se donnait la peine de frapper pour accéder à la boutique (puis à ses appartements), oh, ça non ! Irvin rentrait directement, Charlie transplanait malgré les sorts d'interdictions posés et Luna apparaissait mystérieusement dans son canapé quand elle en avait envie. C'était les seuls à être venus chez lui après que la réaction en chaîne – provenant de son tissage et de l'artefact qui servait sur les champs de bataille – soit arrivée. Bon, d'accord, il avait eut d'autres visiteurs, mais non, vraiment personne ne frappait pour entrer. Alors forcément, quand Bestiole se mit à japper en direction de la porte et que Ssiwa sortit de sa sieste pour essayer comprendre ce qu'il se passait, il était vraiment, mais vraiment méfiant.
Baguette à la main et serpent sur les épaules – ça effrayait toujours les inconnus, les serpents – il avait descendu pas à pas ses escaliers en essayant de ne pas faire craquer le parquet sous le poids de son corps.
« Mr Exodus ? »
Quelqu'un frappait à la porte de la boutique, tentant de se faire entendre pas son habitant (mais aussi par tout le voisinage, apparemment). La voix était féminine, mais tout de même assez grave. Elle avait continué encore quelques minutes avant d'arrêter.
« Y'a quelqu'un ? » Puis elle s'était mise à marmonner dans sa barbe, ne se doutant pas que le garçon qu'elle cherchait était juste derrière la porte. « Merde, pourquoi ça tombe toujours sur moi les petits merdeux qui se dégonflent au dernier moment, hein ? Ils auraient pas pu m'en filer un autre un peu plus débrouillard et un peu moins lâche. »
Perdant patiente, il avait ouvert la porte, pointant directement sa baguette sous la gorge de la jeune femme qui s'était alors figée sous la surprise.
« Oui, » avait-il dit très poliment. Il n'était pas un merdeux, et encore moins un lâche.
« Morgana, merci ! » avait-elle soufflé, une fois la surprise passée. « Un peu plus et le professeur Illis me dégommait. Tu es Murdoc Exodus, c'est ça ? »
« Ouais. »
« Bien, tu me sauves la vie, merci. Il nous reste une demi-heure, c'est parfait. Il faut juste que je te donne ça, et ça. Je suis Johanna, au fait. » Elle lui avait donné un bout de métal en forme de soleil stylisé, au bout d'une chaîne. Il avait toujours celle que Luna lui avait offerte, et s'était fait la réflexion que ça commençait à faire beaucoup de colliers. « Prends ça, et mets le. Bien, » avait-elle alors dit quand il l'avait mit autour de son cou. « Maintenant, prononce abscondo. »
« Abscondo ? » Il l'avait fait, à moitié rassuré, et le soleil s'était fondu dans sa peau, la chaîne avec.
« Tu n'as qu'à dire designare en mettant ta main dessus pour qu'il réapparaisse. »
Il avait essayé, croyant qu'il allait retrouver la chaîne et le pendentif matériellement, mais seule une marque sur son torse, à travers sa peau, était apparue, formant le petit soleil.
« Désolée, mais c'était obligatoire. Maintenant, prends tes affaires, et nous y allons. J'espère que tu n'as pas de sac à faire à la dernière minute car je risque de devoir te tuer, sinon. »
Il avait réduit ses malles prêtes à cet effet, mit ses deux animaux dans un sac disposé à cet effet, puis avait enfilé ses chaussures et déposé ses bagages dans la poche de son jean. Puis elle les avait fait transplaner, et il était maintenant ici avec un groupe d'anciens qui se battaient sur comment trouver un portail, et une fille qui venait d'arriver qui l'avait trouvé au premier coup d'œil. Il entendait toutes les menaces mentales de son serpent qui avait froid et qui était surtout enfermé dans une ménagerie magique rétrécie au fond d'une poche.
SOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPS
Il entendit Johanna demander à un grand gars baraqué s'ils avaient quelque chose de nouveau, mais apparemment non, car un dénommé Axel pensait avoir la solution et ne voulait pas qu'ils fassent autre chose que son idée. Cet Axel était très certainement un loup, car à en voir sa démarche et la façon dont il se tenait, Murdoc croyait voir Remus.
Puis tout se passa très vite. Quelqu'un avait déclenché quelque chose et la terre sembla trembler sous les pieds de tous les étudiants. Les plus vieux leur firent signe de se rassembler et ils se serrèrent tous les uns contre les autres, de peur de manquer le coche et de rester là, seul jusqu'à la prochaine rentrée.
Quand Murdoc chercha à détailler les personnes qui l'entourait, il n'eut pas de mal à différencier les vieux des nouveaux, mais cependant, tous les nouveaux semblaient avoir au moins une arme cachée sur eux. Ils avaient aussi tous l'air de savoir se défendre, et ça l'aurait déçu si cela avait été le contraire. Lui avait une lame dans sa Ranger droite et un Glock dans la ceinture de son jean. Cela était peu, mais il avait aussi du considérer le fait qu'il ne serait peut être pas accepté dans l'école s'il était armé. Mais voilà, encore une fois, il parvenait à voir les armes cachées sur les corps des autres élèves, et se demandait réellement où Charlie l'avait envoyé. (Il ne se rappelait d'ailleurs plus comment il avait signé les papiers, mais était presque certain que le roux l'avait incité alors qu'il était bourré à une des soirées d'Irvin, pour se venger du coup de Dumbledore. Ça lui apprendrait à boire, tiens !)
Il voyait très mal ses deux anciens meilleurs amis là dedans. Hermione ferait une syncope et Ron paniquerait jusqu'à s'enfuir en courant.
L'air crépita, le tirant de ses pensées, et il espéra que cela ne causerait pas de dommage à ses animaux – et ses plantes. Puis tout disparu à une vitesse fulgurante, et c'était comme si la planète avait tourné sous ses pieds, mais qu'il n'avait pas bougé de sa place, et que c'était le lieu qui était venu à lui, et pas l'inverse. C'était un sentiment bizarre, et il ne se serait pas senti moins bien s'il avait été traversé d'un éclair.
« Tu n'avais jamais été dans un portail avant, toi. » Quelqu'un avait parlé, mais ce n'était ni Johanna, ni Daffodil.
Celui qui se tenait debout devant lui venait d'être spectateur de son léger déséquilibre.
« Pourquoi les transports magiques sont-ils de pire en pire ? » gémit-il.
L'autre lui adressa un sourire amusé et passa une main dans ses cheveux presque auburn. Murdoc décida de lui faire la conversation, histoire d'avoir des informations sur l'école à laquelle il tentait tant bien que mal de parvenir.
« Laisse tomber, personne ne sait rien, et les plus vieux ne diront rien. C'est top secret. Je sais juste qu'il faut être un minimum puissant pour y entrer, ou avoir un don spécial à entraîner, et qu'il existe des professeurs pour tout et rien, ici. J'ai entendu mon grand frère un jour parler d'une professeure de ballet moldu. Je me demande qui peut bien choisir ce cours. »
Murdoc haussa les épaules.
« Ceux qui aiment danser ? J'ai entendu dire que si on était recalé on risquait de devenir moldu ? »
L'autre acquiesça distraitement, alors qu'ils étaient tous coincés dans une pièce sombre, les anciens à la recherche d'un moyen de sortie. L'œil qu'il avait hérité du mélange entre le sort et le venin de Ssiwa lui permettait de voir mieux dans le noir qu'habituellement, ce qui était relativement cool. Cela lui permettait aussi de détailler discrètement son interlocuteur.
« Tout est permis, ici. Personne n'est là pour arrêter les bagarres. Bon évidemment, il faut éviter les meurtres et autres conneries comme ça. Apos se considère comme une grande famille, avec quelques disputes entre frères et sœurs, évidemment. Mais personne ne tues ses frères et sœurs, ou alors, tu es banni, ou tué à ton tour. Mais bon, je ne sais pas si c'est vrai, j'ai juste entendu ces histoires de mon frère et ses amis. Par contre, ce qui est sur c'est que en dehors de l'école, personne ne trahira jamais personne. Nous nous devons d'être tous unis devant les autres, ceux qui ne savent pas. Après tout, nous sommes dans un monde à part, maintenant. Nous sommes l'élite. »
Murdoc sourit intérieurement face au discours du garçon.
« Et puis, ce qui est bien, c'est que tu peux sortir de l'école quand tu veux, louper des cours si tu veux. Tu n'es pas pointé au début de chaque classe, du moment que tu sors diplômé, ça va très bien aux professeurs. »
Voilà pourquoi Charlie lui avait dit que c'était bien qu'il apprenne à travailler seul. Sans le savoir, il l'avait préparé à l'école, pour qu'il puisse se débrouiller dans ce nouveau monde de liberté inconnu pour lui avant cet été à rallonge.
« D'où tu viens ? » fit son interlocuteur.
« Angleterre. » Il ne voulait pas être plus précis.
L'autre eut un sourire moqueur.
« Un humain anglais, donc ? Dis, tu sais qu'il y aura des loups-garous et des vampires et tout un tas d'autres bestioles sanguinaires, n'est ce pas ? Tu n'as pas peur d'attraper leur maladie ? »
Et maintenant, c'était la partie de « du moment que tu te débarrasses de ces vieux clichés anglais ». Bien qu'il n'en ait pas vraiment eu, il avait découvert que tout un tas de mensonges et de racontars circulait partout en Angleterre, et que c'était du racisme à l'état pur.
« Je ne te parlerai pas si c'était le cas, » répondit le brun d'un ton posé.
De ce qu'il pouvait en distinguer dans l'obscurité qui les entourait, celui en face de lui avait des petites boucles serrées sur le haut du crâne. Ses yeux en amande se plissaient malicieusement et un petit sourire mesquin habitait ses lèvres. Il avait plus d'une caractéristique du vampire : sa peau était pâle – mais tout de même pas autant que celle de Daffodil – et il arrivait à la voir dans le noir. Lui aussi avait remarqué que son habilité à distinguer les choses avait remarquablement augmenté depuis qu'il s'était fait mordre par son serpent.
Il eut une petite moue boudeuse à la remarque de l'humain.
« De toute façon, ça n'était pas un secret. Tu ne m'as pas dit qui tu étais ? » Il avait l'air désormais plus intéressé par le garçon.
« Murdoc, » se présenta-t-il pour la seconde fois en peu de temps. Il se demanda ce qu'avaient les gens ici à se présenter une fois que la discussion était finie, et pas avant. Endroit de fous.
« Et je suis Archibald Knees. Mais appelle-moi Archie, ma mère fait juste partie d'une autre époque. »
Murdoc leva les yeux au ciel après cette blague de mauvais goût, qui n'en était pas vraiment une. Évidemment, que sa mère était d'une autre époque. Elle aurait pu avoir plusieurs centaines d'années, que ça aurait été normal.
Une main se plaça sur son épaule.
« Exodus, c'est toi ? »
Il grogna, peu heureux de la manière dont Daffodil, la jeune femme qu'il avait rencontré un peu plus tôt l'avait appelé.
« Juste Murdoc. »
« Oh, pardon si je ne veux pas t'appeler par un prénom qui semble être celui d'un meurtrier qui a vendu son âme au diable ! Exodus est bien plus poétique. »
Cette fois-ci, ce fut a Archibald de lever les yeux au ciel, face à la remarque de la blonde.
« Tu vas voir si ça va être poétique quand je placerai un charme de bannissement sur toi ! » répliqua Murdoc. Ce n'était pas de sa faute s'il avait sorti un prénom au hasard lors de sa rencontre avec Irvin, et encore moins si ça ne plaisait pas à la blonde.
Le charme de bannissement l'empêcherai alors de prononcer son nom de famille, et le remplacerait systématiquement par son prénom où toute autre appellation dès qu'elle essaierait de le dire.
« Parce que tu penses être capable de placer un charme de bannissement sur moi ? Ne te surestime pas trop. Un novice comme toi ne serait jamais assez rapide pour quelqu'un comme moi, Exodus. »
« Eh bien dans ce cas là, j'imagine que tu seras Daff. Je parie que tu adores déjà ce surnom ! »
« Oh, je t'en prie, Daff est tellement non original. Tu pourrais faire mieux ! »
Archibald s'interposa entre les deux qui commençaient à avoir une discussion de plus en plus puérile. Les plus vieux avaient trouvé la solution pour sortir du petit espace où ils étaient malencontreusement enfermés. Ils avaient tous pointé leur baguette vers un pan de la roche, et des éclairs violets sortirent de leurs baguettes en même temps, après que le signal eut été donné par un type qui semblait être un loup-garou. Sa mâchoire carrée, ses gros sourcils et sa manière de se tenir en plus de la magie qui débordait de lui, comme indomptable, le catégorisait clairement comme un lycanthrope.
À la seconde où les éclairs touchèrent la roche, celle-ci éclata en mille morceaux, et seuls les plus rapides eurent le temps de dresser un bouclier pour éviter d'être blessés par les débris. Ils se trouvaient au milieu d'arbres plus grand les uns que les autres. Murdoc avait l'impression de se retrouver dans la forêt de son ancienne école, quoique plus arborisée et moins sombre.
« Non mais je rêve, » entendit-il dire. « Ils nous ont fait arriver là-dedans alors que l'année dernière, on était directement dans le hall des sous-sols ! Les anciens n'avaient pas eu à faire tout un trajet pour trouver Illis ! »
« Oui mais l'année dernière il y avait le loup qui avait pété un plomb, tu te rappelles ? Personne ne savait où il était et les directeurs ne voulaient pas risquer de nous faire tuer par un fou furieux. Et c'était les anciens qui avaient dû le récupérer et le ramener à Magda. Elle était folle furieuse et le loup avait fini avec la salope de méta, tu sais, Arietta ? »
« Oh, putain, oui ! Il était ressorti que deux semaines plus tard et il n'a plus jamais fait d'écart depuis ! »
Une petite voix osa interrompre les plus vieux qui avaient pris, tout en discutant, un chemin inconnu aux nouveaux.
« Qui sont Magda et Arietta ? Et est-ce qu'il y en a beaucoup, d'incidents de ce genre ? »
Ils rigolèrent face à la petite brune, cachée derrière une mèche rebelle.
« Magda est l'un de nos directeurs. Arietta est une prof de métamorphose qui enseigne aux niveaux trois, j'espère pour vous que vous ne l'aurez jamais, et oui, il y a beaucoup d'histoires comme ça à raconter, » avait répondu Johanna. « Comme celle de la vampette qui a déchiqueté une humaine alors que ce n'était que notre deuxième semaine de cours. La pauvre, elle a été éjectée de l'école et n'avait plus aucun souvenir de ce qu'était la magie. Ensuite, les siens se sont chargée d'elle et l'ont abattue quatre jours après qu'elle ait mis un pied dans le monde des sans-pouvoirs. »
La brune retint un cri d'horreur.
« Ils l'ont tué ? »
« Bien sur, » répondit Archibald, avec une touche de sarcasme dans la voix. « On ne laisse pas un des nôtres nuire à notre réputation ainsi. Soit on est un vampire digne, soit on meurt. C'est la règle ! »
Encore une fois, elle retint sa respiration, horrifiée par ses propos.
« Mais c'est horrible ! »
« C'est la règle, » répéta un vampire plus âgé, regardant Archibald approbativement.
SOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPS
Après avoir passé plus de deux heures à essayer de s'extirper de la forêt, les élèves arrivèrent dans une sorte de village. Ou plutôt, un petit quartier. L'architecture variait d'une maisonnette à l'autre, mais on retrouvait un esprit chaud dedans. Les maisons étaient le plus souvent en glaise rouge ou orangée, et les fenêtres n'avaient pas de vitres, elles étaient ouvertes sur l'extérieur. De même, les portes d'entrées étaient en fait juste une arche qui donnait directement sur une pièce de vie.
Elles étaient très petite, mais s'entassaient les unes sur les autres, au point que les élèves ne voyaient que ça.
« Ce sont les maisons de qui ? » demanda un nouvel élève, curieux.
« Ici ? C'est le quartier des loups. Enfin, pas vraiment, mais quand ils s'installent, ils le font en meute, alors au fur et à mesure des années c'est devenu le coin des loups. Mais les maisons sont réservées aux professeurs et aux dernières années. Nous, on dort dans les souterrains. »
« Des souterrains ? Mais il y a assez de place ici pour tout le monde ! »
« Quand une maison est attribuée à un dernier année, ça devient sa maison pour toujours. À vrai dire, le plus souvent, ils emménagent dans la maison d'un mort récent, et doivent trier les affaires, renvoyer des choses à la famille du décédé et ainsi de suite. Sauf pour les vampires. Les vampires s'installent dans les maisons de leur parents, voire famille, parce que les bons vampires ont du mal à mourir. »
Murdoc pensa alors que Charlie avait sûrement sa maison par ici, et qu'il serait curieux de voir ce qu'il y avait accumulé.
Puis quand ils eurent finalement traversé des quartiers aux styles architecturaux les plus invraisemblables (il y avait même un coin steampunk, où les élèves avaient construit eux même leurs bicoques aux toits rocambolesques), ils arrivèrent finalement sur une grande place pavé qui semblait regrouper monstre de gens. Une animation constante prenait de l'ampleur sur différents stand où des personnes vendaient des choses, plus particulièrement sur un étalage où une queue de formait, de plus en plus longue, si bien que cela attira l'attention d'un blondinet chétif.
« Qu'est ce qu'il se passe, ici ? »
Les plus vieux répondirent immédiatement à la question. Ils semblaient loucher sur certaines boutiques, ayant hâte de larguer le troupeau de nouveaux aux professeurs pour rejoindre les autres sur cette grande place.
« Ceux qui ont besoin d'argent vendent leurs marchandises ici. Là-bas, c'est le stand d'Edward. Il est là tous les deux mois, et apparemment, il fait les meilleures baguettes. Du coup, tout le monde se jette dessus, et c'est chaque fois la même chose. »
« Je peux aller voir, » demanda alors le blondinet, surexcité.
Johanna lança un regard à un de ses camarades et acquiesça. « Je le connais bien, il acceptera de nous faire passer devant tout le monde. »
Et le groupe observa la fille emmener le garçon vers le stand, et doubler toute la queue. Cinq minutes plus tard, tel un enfant qui venait d'avoir un nouveau jouet, il l'agitait devant les autres. La moitié le regardait avec jalousie, l'autre moitié s'en foutait pas mal. Et les plus vieux étaient hilares.
Il essaya un sort simple, mais rien ne se passa.
« Pourquoi ça na marche pas ? »
Le rire chez les autres doubla, et finalement, celui qui semblait être l'ami de Johanna se dévoua.
« La prochaine fois évite d'acheter sans tester. Toujours se méfier, c'est la première leçon que tu apprendras ici. »
Ça lui rappelait quelqu'un, ça. Vigilance Constante.
Le garçon s'était fait avoir et ruminait silencieusement dans son coin, pendant que ceux qui auparavant le jalousaient se moquaient maintenant de lui, alors que cela aurait très bien pu tomber sur eux. Les plus vieux aussi ricanaient en le regardant du coin de l'œil, mais c'était plus comme une blague entre que de la méchanceté. Le garçon allait sûrement devenir la risée de leur promotion si cela continuait ainsi. Murdoc s'en fichait un peu. Tout le monde apprenait de ses erreurs, et le garçon ne serait pas le premier à se tromper ainsi. Au moins, il serait le premier à comprendre qu'il ne fallait se fier qu'à soit même. Les autres se feraient avoir plus tard, dans d'autres circonstances.
Ils entrèrent tous dans un grand bâtiment qui semblaient être un temple maya (mais Murdoc n'était pas sur, il n'était pas vraiment un expert). Les murs étaient en pierre grise, et des tissus colorés étaient accrochés sur ces derniers. Des fresques qui racontaient des aventures inconnues de tous se dessinaient sur les murs, dansaient jusqu'au plafond dans des formes sculptées par l'ancien peuple. Tout les bâtiments ici semblaient désaccordés les uns par rapport aux autres, mais formaient un accord parfait qui donnait un aspect féerique à l'ensemble.
Un professeur les attendait de pied ferme à l'intérieur de ce bâtiment. Quand il vit arriver le groupe, il regarda sa montre et eut un regard approbateur qui fit soupirer de soulagement les étudiants qui avaient un court instant semblé tendus.
« Vous êtes les premiers, félicitations, je n'en attendais pas moins de vous tous. Vous pouvez disposer. Les nouveaux, je veux votre nom et celui de votre accompagnateur sur cette feuille, vous pourrez ensuite trouver votre chambre. »
« Elles ne nous sont pas attribuées ? » chuchota Archibald à Murdoc ce qui lui valut un coup d'œil désapprobateur du professeur. Il se tut immédiatement.
Le professeur était un vampire, et associant les paroles de Johanna plus tôt dans la journée à la situation présente, il comprit qu'il était le professeur Illis qui l'aurait « dégommée ». En effet, il semblait strict. Aucune expression ne traversait son visage. Il faisait aussi parti des personnes intemporelles, à qui on ne pouvait donner aucun âge. Bien sur, il devait être très vieux, si il était un vampire, mais il ne pouvait pas dire si son visage et son corps avait l'apparence d'un homme de quarante ans ou de soixante ans. Ses habits étaient classes sans qu'il n'ait l'air pompeux ou autre. Vraiment, il était hors du temps.
« Le dîner est à 21 heures dans le réfectoire. Vous n'êtes pas obligé d'y assister, » précisa-t-il.
Sur un parchemin, chacun leur tour, les élèves notèrent en une liste leur noms (bien qu'ils soient pour la moitié faux) et le nom de leur compagnon de voyage. Murdoc ne connaissait pas le nom de famille de Johanna, alors il marqua juste son prénom.
« Nous sommes à Apos, les gars ! Maintenant, il ne nous reste plus qu'à trouver une chambre ! » déclama Archie.
Et entraînant non seulement avec lui Murdoc et Daffodil, mais aussi un certain Jude Leighton, vampire de son état, et un autre se faisant appeler Skipp – celui-ci était humain – ils empruntèrent le grand escalier qui menait aux souterrains de l'école.
Maintenant, Murdoc faisait vraiment parti d'Apos. Il venait de réaliser qu'il n'y avait plus de marche arrière à faire. Il venait sûrement de faire la plus grosse bêtise de sa vie, mais une bêtise qu'il ne regretterait pas. Et avec une dernière pensée pour son ancien directeur, il entama sa descente.
SOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPSOAPS
Une dizaine de jours plus tard, le train s'arrêta dans l'habituel crissement qui rendait sourd un peu plus les élèves chaque année. Les passagers en descendirent, heureux et soulagés d'être enfin arrivés à destination. Leurs cris joyeux emplissaient l'air froid de ce début de septembre.
Pourtant, tout le monde n'était pas aux anges comme la bonne humeur ambiante le laissait entendre. Les seuls adultes présents semblaient préoccupés, tout comme un groupe d'adolescents aux visages reconnaissables entre mille. Ils regardaient tous autour d'eux à la recherche de quelqu'un. Une femme qui avait les cheveux tirés en un chignon strict s'approcha d'eux pour leur adresser quelques mots, et finalement, les adolescents se dispersèrent.
La blonde qui observait la scène de loin ne les entendait pas mais comprit tout de suite de quoi retournait la situation. Avec un petit sourire, elle regardait la panique qui s'installait peu à peu chez les adultes, au fur et à mesure qu'ils comprenaient que leur héros national était manquant à l'appel, qu'il n'avait sûrement jamais pris le train et qu'il ne s'était jamais rendu non plus sur le quai de la gare.
Quand elle vit un roux aux cheveux mi-long arriver en transplanant aux côté des adultes qui s'agitaient, elle se retourna vers le chemin qui menait à ses chevaux ailés préférés. Maintenant que Charlie était arrivé, la situation était entre de bonnes mains. C'était un menteur incroyable, capable de faire croire la chose la plus ridicule à la personne la plus sage. Il bernait tout le monde sans remords, et sans le savoir, Murdoc était l'une des personnes qui connaissait toute la vérité, sans qu'elle ne soit corrompue comme il le faisait à chaque fois. L'inverse aussi était vrai. Charlie savait tout de Murdoc.
Elle monta dans la carriole et le Sombral la guida jusqu'à l'école, qui au loin, éclairé de milliers de bougies, surplombait le lac noir et se reflétait à sa surface. Cependant, alors qu'elle remerciait la créature pour son voyage et qu'elle s'apprêtait à rentrer dans le hall, une voix l'arrêta.
« Luna, attend ! Tu n'aurais pas vu Harry ? »
Elle fit comme si elle n'avait pas entendu. Après tout, elle n'avait vu que Murdoc, cet été.
Du côté du rouquin qui était censé avoir été le protecteur du Sauveur pendant l'été, tout s'agitait. Il avait l'impression d'être pris dans une tornade de panique. Dumbledore tentait de s'infiltrer dans son esprit avec des assauts mentaux qu'il essayait de contrer le plus naturellement possible. Il n'avait pas besoin de savoir qu'il les repoussait volontairement. En même temps, il le questionnait à propos du brun.
« Vous l'avez bien emmené sur le quai, comme il était prévu ? »
Charlie répondait par des petits coups de têtes affirmatifs.
« Je n'ai pas pu rester plus de deux minutes, des collègues avaient du mal avec une dragonne que je gère habituellement, » précisa-t-il.
« Mais Harry ? »
« Nous avons traversé le mur tous les deux, puis quand il a repéré ses amis, je l'ai laissé. C'est la dernière fois que je l'ai vu et il me semblait être plus qu'en sécurité. Ensuite, vous m'avez passé le message qu'il n'était jamais arrivé à Poudlard ? Comment est ce possible ? Vous pensez qu'il s'est fait enlevé ? »
Ron, à côté, trépignait.
« Tu veux dire qu'il a passé l'été avec toi dans la réserve ? Je croyais que personne n'avait le droit d'y entrer, même nous n'avons jamais eu le droit d'y mettre un pied ! »
« La question n'est pas là, Ron, et c'est bien pour ça que tu n'étais pas au courant de la situation, » dit Hermione, qui tout de suite se fit couper.
« Tu étais au courant ? »
Elle balaya l'air de sa main comme réponse.
« Harry pourrait s'être fait prendre par les Mangemorts, et toi, tout ce qui t'intéresse ce sont les dragons ! Tu ne penses qu'à les voir ! » fit-elle hystérique.
« Les enfants, calmez-vous. » La voix de la raison avait parlé : le directeur le plus aimé de tous les temps depuis les fondateurs. « Il se peut aussi que votre camarade ait juste voulu sécher quelques cours. Nous le retrouverons bientôt. Vous savez ce qu'est l'adolescence, n'est ce pas ? »
Il eut un petit rictus bienveillant, peut-être censé réconforter les deux amis les plus proches du Survivant.
« En attendant, nous dirons à vos camarades qu'il a contracté la dragoncelle, et qu'il est à St Mangouste pour quelques temps. C'est une maladie qui se guérit très aléatoirement dans le temps, personne ne s'inquiétera de son absence. »
