Après un an d'absence, j'ai enfin eu le temps de me ré attaquer sérieusement à cette fiction.
Pour cette raison, j'ai modifié beaucoup de choses dans le fond. Aussi, si jamais vous avez lu le début, je vous conseille de relire les deux premiers chapitres qui ont subi de légères modif' ;) Rien de méchant, seuls quelques détails changent, mais des détails importants héhé !
Sinon, voilà le troisième chapitre, la suite arrive vite !
J'espère que cela vous plaira, et à très vite !
L'elfe, à votre service !
Chapitre trois :
Le manoir du Wiltshire
OoOoOoO
Lorsque la berline commença à ralentir puis s'arrêta tout à fait, Ielena sentit son cœur battre soudain à lui en rompre la poitrine. Ses deux sœurs étaient sagement assises sur des chaises, leurs grands yeux bleus ne quittant pas la silhouette de la jeune femme. Sous leurs airs calmes, Ella et Roksana semblaient sentir sa soudaine nervosité. Se tordant une nouvelle fois les mains, Ielena finit par pousser un soupir anxieux. La seule chose présente dans son esprit à cet instant était un doute affreux. A la manière d'un serpent qui déroule ses anneaux, il s'était infiltré en elle, s'était imposé avec évidence. Comment pouvait-elle rester sereine sans même savoir où ils étaient et quels étaient les projets de son père les concernant toutes trois. Ielena détestait ne pas pouvoir prévoir les choses. Elle n'aimait vraiment pas ça !
Un « crac » sec la fit sursauter brusquement alors qu'elle s'était arrêtée face à ses sœurs.
- Demoiselle, s'inclina Treska. Votre père m'a chargé de vous transmettre un message.
- Qui est… ? soupira la sorcière.
- « Le voyage se termine ici. Je vous attends hors de la voiture dans moins d'une minute. Tachez d'être aussi présentables que possible », récita l'elfe en clignant des paupières, imperturbable.
Ielena sentit le rouge lui monter aux joues sous l'indignation. Le sang cogna contre ses tempes lorsqu'elle songea aux horreurs qu'avait commis son père quelques jours plus tôt. Et comme ça, sans aucune honte, il osait leur demander de jouer aux parfaites petites sang-pur ?
Manquant de hurler de frustration, la jeune femme frappa le sol de son pied avec hargne. Quel dommage que son père ne croupisse pas au fond d'une cellule à l'heure actuelle ! Toutefois, elle ne pensa pas un seul instant à aller à l'encontre des ordres de Nikolaï. Elle savait qu'elle aurait inutilement risqué sa vie. La seule chose qu'elle pouvait bien faire était d'attendre dans l'ombre que quelqu'un ne règle un jour le compte de son père. Jusque là, elle devrait rester comme il voulait qu'elle soit : belle, froide, fière et docile. Du moins devait-elle le paraître car Ielena n'avait guère le tempérament calme de beaucoup de ces filles de noble naissance. Elle était obstinée, franche lorsqu'elle pouvait se le permettre, et d'une impertinence qui frôlait l'arrogance avec beaucoup de personnes. Toutefois, ce trait de caractère plaisait à son père car il attirait d'autant plus l'attention sur sa fille.
Par-dessus tout, son trait de caractère le plus marqué demeurait une fierté inébranlable. Une fierté pour ce sang qui était le sien. Si elle le savait contaminé depuis longtemps par la haine et la mort, Ielena restait une Volonski, et attachait beaucoup d'importance à son ascendance.
- Demoiselle…, la rappela Treska.
- Oui, oui ! Nous arrivons ! maugréa la jeune femme en se tournant vers ses sœurs.
En une seconde, Ella et Roksana avaient quitté leurs sièges et se tenaient très droites dans des robes vert sombre recouvertes d'une capeline tandis que leur soeur remettait un peu d'ordre dans les boucles blondes et redressait les chapeaux. Elle en fit de même avec sa propre tenue : lissa sa robe noire ceinturée à la taille et dépourvue du moindre faux pli, et piqua une énième épingle dans son grand chapeau d'ébène dont l'une des plumes de phénix pointait vers le ciel comme une flèche d'église.
Lorsqu'elle ouvrit la porte pour quitter la douce chaleur de la berline, ses parents l'attendaient déjà devant. Les yeux de Morozna couraient autour d'elle avec une moue désapprobatrice. Visiblement, elle ne se plaisait pas ici. Posant son pied sur le marchepied de la voiture, Ielena sentit soudain quelqu'un saisir sa main avec fermeté pour l'aider à descendre. Si le contact l'avait aussitôt faite se crisper, le regard qu'elle rencontra en se tournant vers le malotru enflamma ses yeux d'une colère sans borne.
- Lâche la main de ma fille, Bolgarov ! claqua la voix de Nikolaï avec férocité.
Un instant, le sorcier ne bougea pas, ses yeux bleus détaillant sans le moindre scrupule le visage de Ielena, un sourire sournois collé aux lèvres. La jeune femme manqua de lui sauter à la gorge, aveuglée par l'indignation et la fureur. Courroucée, elle dégagea violemment sa main de celle du mangemort et descendit dignement du marchepied, la tête haute et l'air méprisant. Comme elle pouvait détester cet homme ! Tout en lui la faisait hurler intérieurement et elle avait grand mal à ne pas lui crier qu'il ne fallait pas oublier qui elle était.
Non sans adresser un regard venimeux aux trois hommes de son père, Ielena finit par avancer jusqu'à ses parents avec ses sœurs.
Ils se tenaient au bout de l'allée qu'avaient parcouru les fiacres, devant un monumental escalier assombri par les années. En haut de la volée de marche, Ielena aperçut avec plus de distinction une imposante façade austère à l'allure cependant luxueuse. Après réflexion, ce manoir n'avait rien d'une vieille veuve fortunée. Il avait le profil menaçant d'une gueule de loup et la jeune femme jugea une seconde qu'elle risquait d'y passer des moments fort peu agréables.
- Nous sommes ici dans la demeure d'un des favoris du maître, révéla Nikolaï en se tournant vers elle. Son nom est Abraxas Malfoy et j'ose espérer que votre comportement n'entachera en rien le nom des Volonski. Car c'est là que nous vivrons, finit-il de dire.
Morozna, comme outrée, renifla de dédain et ses lèvres se tordirent en une affreuse grimace.
- Cet ordre vient du maître lui-même. Aussi, je vous prierais de ne pas vous plaindre, très chère amie, susurra immédiatement le Grand-duc. Lorsque le maître ordonne, vous obéissez, suis-je clair ?
Ielena aperçut l'espace d'une seconde sa mère trembler. Depuis longtemps, et malgré la haine qu'elle lui vouait, elle savait très bien la peur que son père inspirait à Morozna. Après tout, elle n'était rien d'autre que son épouse. Sa folle épouse devant subir ses colères et sa démence. Pourtant, Ielena ne la plaignait pas, car sa mère était presque aussi fourbe et meurtrière que son époux.
- Est-ce également à lui que l'on doit ces conditions de voyages ? laissa toutefois échapper la Duchesse.
- A lui, mais également à moi. Et c'était de loin la meilleure solution afin d'échapper à la vigilance des Aurors russes, britanniques mais aussi européens. Le transplanage aurait été difficile avec elles, expliqua-t-il en désignant ses deux plus jeunes filles, d'autant que cette pratique est surveillée, et encore plus lorsqu'on traverse une frontière. Passer de la Russie à l'Angleterre en transplanant ? Vous n'y pensiez pas ? Nous aurions eu le temps de nous faire attraper une demi-douzaine de fois. Quant à la poudre de cheminette, n'en parlons pas.
Morozna demeura silencieuse, le cheminement de sa pensée se lisant sur son visage. Après une seconde, elle finit par hausser véhément des épaules et chassa avec impatience une mouche invisible avec sa main.
Toutefois, Nikolaï n'attendait guère l'assentiment de sa femme. Après un dernier regard vers ses hommes, il s'avançait à présent vers l'escalier menant au manoir, sans même attendre le reste de sa famille.
Ce que craignait Ielena à cet instant fut qu'une dispute éclate entre les époux. Si cela ne la regardait pas outre mesure, elle savait pertinemment qu'énervés, ses parents finissaient toujours par retourner leur colère contre elle et ses sœurs. Aussi, oubliant une nouvelle fois la haine qu'elle vouait à sa mère, elle se tourna vers elle.
- Mère ? Allons-y, voulez-vous ? Il commence à faire froid, ajouta la jeune femme qui connaissait bien trop sa mère pour savoir que c'était là une raison toute trouvée afin de la faire avancer.
Le nez plissé de mécontentement, Morozna ne se tourna pas une seconde vers sa fille et commença la montée des marches.
Jamais de toute sa vie Ielena s'était sentie si désemparée. Derrière le masque imperturbable qu'était son visage, une infinité de questions se bousculait à lui en donner mal au crâne. Tandis qu'elle rejoignait ses parents sur le perron de la noble demeure, ses sœurs fermement accrochées à ses jupes, la jeune femme leva un instant le visage vers la façade noir. Tout était si différent et pourtant si semblable au palais de St Pétersbourg. Un paradoxe qui ne faisait que la conforter dans son malaise. Elle n'aimait pas cet endroit. Il lui paraissait malveillant, comme le théâtre des pires atrocités que les humains puissent commettre. Au-dessus d'elle, les sinistres moulures du toit et des encadrement lui semblaient milles corbeaux perchés, épiant ses faits et gestes. Et pourtant, Ielena savait que si l'instant avait été différent, si tout avait été différent, ce manoir lui aurait paru bien agencé et formidablement luxueux. Il l'était. Mais ce coté là de l'édifice se cachait bien loin, sous une indéchiffrable atmosphère austère.
Les pensées peu heureuses de la jeune femme disparurent au moment même où la porte s'ouvrit pour laisser passage à une sorcière. L'arrivante marchait vers eux, descendant les dix marches du perron, droite comme un i.
Un instant, Ielena songea qu'elle allait devoir supporter une copie de sa mère et grimaça intérieurement. Que ne donnerait-elle pas pour connaître des sorciers aux comportements différents de ceux de ses parents.
Arrivée devant eux, la nouvelle venue arrêta sa progression et salua d'un signe de tête polie le couple Volonski. Elle était menue et semblait aussi fragile qu'une flamme dans la tempête. Toutefois, si son corps et sa petite taille lui donnaient cet aspect-là, son visage n'avait rien de vulnérable. Le long cou blanc que le temps commençait à marquer soutenait un petit visage carré, au front et au menton à peine esquissés. De même, la bouche et le nez étaient relativement discrets, comme s'ils n'avaient pas eu assez de place pour s'installer. Quant aux yeux, ils étaient grands, les paupières lourdes. C'était autour d'eux que le temps avait le plus fait son office. De nombreuses rides parsemaient la peau à la manière de petites rigoles. Cette étrange disproportion du visage donnait à cette femme un charme singulier mais également une drôle de ressemblance avec une chouette.
Ce que Ielena préféra tout de même détailler fut son expression. L'inconnue avait les lèvres naturellement pincées, comme si quelque chose l'incommodait en permanence, et ses yeux qu'elle plissait comme pour voir plus loin étaient attentifs, scrutateurs. Bleu clair, ils semblaient détailler toute chose avec insistance.
Mais en réalité, Ielena ne lui trouva pas la même antipathie que sa mère. Elle semblait peut-être moins invivable. Mais la jeune femme se garda bien de la trouver de suite gentille, elle avait appris depuis longtemps qu'il valait mieux ne jamais se fier à sa première impression.
- Nikolaï, bienvenu en Angleterre.
En même temps qu'elle disait cela, la sorcière s'inclina furtivement. Sa voix avait un petit quelque chose de chaleureux qui tinta aux oreilles de Ielena comme un semblant d'espoir. C'était assez étrange pour la jeune femme de penser ainsi et pourtant, elle prit le risque tandis que son père engageait la conversation. L'anglais de Nikolaï n'était pas parfait et Ielena se prêta une demie seconde à sourire.
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Lorsqu'elle pénétra à l'intérieur du hall, Ielena leva les yeux vers le plafond, très haut, dont les arcades de bois sombres s'étiraient de tous cotés. L'endroit était très calme, presque plus intimidant que ce qu'elle pensait. Le bruit de ses bottines étouffé par l'épais tapis maure rouge, elle et ses sœurs étaient toujours silencieuses. Avançant précautionneusement, elles détaillaient leur nouvel environnement.
A l'évidence, les anglais aimaient moins le luxe tapageur et les dorures que ce qu'on pouvait voir en russie. Ce qui n'était en réalité pas pour déplaire à Ielena, mais il fallait reconnaître que toutes ces couleurs sombres et ces tapisseries à effigie de serpents lui donnaient la chair de poule.
Plus loin, ses parents étaient en grande conversation avec la propriétaire des lieux. Au cours de leur échange, Ielena avait pu entendre son nom, Belvina Malfoy. Elle était l'épouse d'Abraxas. Depuis leur arrivée, la sorcière ne leur accordait que peu de regards, plus occupée à échanger quelques mondanités avec Nikolaï et sa femme. A dire vrai, Ielena ne s'en inquiétait pas outre mesure. Tout ce qu'elle souhaitait à présent était de se poser quelque part et de ne plus en bouger. Elle était fatiguée et las.
Une vingtaine de minutes plus tard, Ielena pinça les lèvres et regarda par la haute fenêtre de la chambre mise à sa disposition. D'ici elle apercevait un très vaste parc, bien en accord avec l'image qu'elle avait des terres anglaises. La lande se découpait jusqu'à l'horizon en de nombreuses collines parfois boisées, et l'herbe haute se balançait sous la brise. Plus proche d'elle et du manoir, un grand parc bien agencé s'épanouissait sous le ciel nuageux. Elle apercevait sans peine les haies taillées, les arbustes aux formes animales et les statues qui peuplaient le jardin.
- Cette chambre était celle de ma fille, avant qu'elle ne se marie…
Silencieuse, Ielena se tourna vers la maîtresse de maison. La silhouette de cette dernière se découpait dans l'encadrement de la porte d'entrée, impassible. C'était bien la première phrase complète que Belvina lui adressait à elle seule. Jusqu'à présent elle avait toujours parlé à ses parents ou de façon plus impersonnelle.
Sans paraître étonnée, la jeune femme laissa un sourire planer une seconde sur son visage.
- Je vous remercie de me laisser l'habiter, Madame.
Face à cette réponse courtoise, Mrs. Malfoy ne put s'empêcher de laisser échapper un rire sec. La jeune Volonski agissait avec presque plus de distance que ses parents, toute droite et froide dans sa robe noire. Mais ce qui la faisait sourire plus encore était la façon qu'elle avait de s'exprimer, claire et savamment posée, dans un anglais irréprochable où chantonnait un délicieux accent russe. Il était certes discret mais pourtant présent, et Belvina reconnut qu'il avait de quoi plaire. De plus, cette jeune sorcière lui semblait tout droit sortie d'un passé lointain, avec ses manières si raffinées mais pourtant si entourées de protocole et de bienséance.
- Je suis désolée de ce manque de politesse mais je ne me suis pas encore présentée, s'amusa la sorcière. Mon nom est Belvina Malfoy. Mon mari et mon fils ne sont pas là pour vous accueillir, mais nous ne tarderont pas à les voir.
Tandis qu'elle parlait, Belvina s'approchait de la jeune russe, près de la fenêtre. C'était là le seul puit de lumière car la chambre demeurait sombre, dépourvue de chandelle allumée. Sitôt qu'elle fut éclairée, Ielena aperçut le léger sourire qui ornait les lèvres fines de son interlocutrice. Il n'avait rien de malveillant, au contraire elle le trouva plutôt sincère. Chose que la jeune femme n'avait pas l'habitude de voir chez une connaissance de ses parents…
- Enchantée Madame. Je suis Ielena Nikolaïevna Volonski, annonça-t-elle avec un poli signe de tête.
Aussitôt, Belvina gloussa, le visage plus rayonnant qu'auparavant.
- Y a-t-il quelque chose de drôle, Madame, interrogea Ielena à la fois surprise et vexée.
Elle craint un instant que son anglais n'ait été mauvais.
- Oh non chère amie, non ! Pardonnez-moi, s'excusa Mrs. Malfoy en posant sa main sur le bras de la jeune femme. C'est simplement que votre accent est tout bonnement divin, et quand vous prononcez votre nom c'est encore plus agréable à entendre. De plus, j'aime cette coutume qu'on les russes à avoir un deuxième prénom. Cela sonne si bien aux oreilles, non ?
Le sourire calme de Belvina la laissa un instant surprise, mais elle finit par sourire également. D'une certaine manière cela l'étonnait car Mrs. Malfoy commençait doucement à lui plaire. C'était à la fois rassurant que de penser qu'elle puisse être de bonne compagnie, mais aussi troublant car Ielena ne se sentait pas du tout à l'aise dans cette nouvelle demeure. Cependant, le visage sincère de la sorcière l'incita à continuer cette conversation.
- Je vous remercie. En réalité nous n'avons pas de deuxième prénom. C'est simplement un patronyme, précisa-t-elle face à l'incompréhension de Belvina. Pour moi et mes sœurs, le Nikolaïevna signifie tout bonnement fille de Nikolaï.
- Je vois… Mon mari me reproche souvent mon naturel curieux, mais j'espère que vous pourrez me parler un peu plus de votre pays, confia-t-elle avant de partir dans un grand rire sec. Cela m'intéresserait beaucoup !
Avec plaisir, Madame. J'espère également que vous pourrez me faire découvrir la façon de faire britannique, ajouta Ielena. Je n'en connais que la langue et la géographie grâce à quelques cartes trouvées ci et là.
Les deux sourcils de Belvina se haussèrent à cette phrase.
- Vraiment ? Dans ce cas ce sera avec joie ! Mais venez, je vais vous faire visiter le manoir !
Un instant, Ielena s'amusa de l'énergie que dégageait cette femme, qui d'apparence pourtant semblait si fragile. Avec un hochement de tête, elle suivit la maîtresse des lieux.
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Accompagnées de ses deux sœurs qu'elle était allée cherchée dans la chambre voisine, elle déambula une partie de l'après-midi avec Belvina dans le gigantesque manoir. Elle avait appris au cours de leur conversation que sa mère s'était enfermée dans ses appartements, quant à son père, il avait quitté le manoir juste après leur arrivée.
« Pour s'occuper d'affaires très urgentes… qui ne peuvent attendre ! » lui avait dit Mrs. Malefoy. Malgré ses paroles énigmatiques, Ielena était de loin une jeune femme stupide. Elle avait pertinemment compris que son père était retourné auprès de son maître, le Lord noir. Après tout, n'étaient-ils pas tous venus en Angleterre pour cela ?
Tout en lui donnant quantité de détails sur les portraits qui habillaient les murs, Mrs. Malfoy interrogeait la jeune femme sur leur palais de St Pétersbourg ainsi que sur les autres demeures Volonski.
- Nous n'habitons que très rarement les autres palais, nota Ielena tout en dévisageant le portrait d'un jeune homme brun à l'allure de lion. Mère les trouve trop petits… Et elle préfère habiter St Pétersbourg. Elle dit que la société y est plus fréquentable que n'importe où en Russie.
Belvina hocha la tête, imperturbable.
- Votre mère… elle n'avait pas du tout envie de venir en Angleterre, je me trompe ? lâcha-t-elle soudain comme si de rien n'était.
Son ton était léger mais laissait planer derrière lui une étrange impression. Comme une plaisanterie acerbe. Face à cela, Ielena se tourna vers Belvina, interrogative.
- Cela se voit-il tant ?
- Ah ma jeune amie, sachez que j'ai toujours su observer les gens, rit-elle en levant son index, un sourie amusé aux lèvres. Et votre mère ne s'en cache pas vraiment. De plus, elle ne m'a adressé pour tout et pour tout que quelques mots depuis votre arrivée.
- Cela je n'en suis pas surprise…
S'arrêtant, Belvina dévisagea la jeune femme avec étonnement.
- Vraiment ? Pour quelle raison ?
- Mère ne parle pas bien l'anglais, voilà tout, même si elle le comprend très bien, avoua Ielena en haussant véhément les épaules. Et elle déteste qu'on lui fasse remarquer ses lacunes.
- Je vois… une femme très fière, votre mère. Tout comme votre père. Et votre frère…, laissa échapper Belvina en continuant son chemin dans le couloir.
Aussitôt, Ielena sentit son sang se glacer dans ses veines. Chacun de ses vaisseaux semblaient s'être mués en de petits lacs gelés juste sous sa peau. Depuis qu'elle discutait avec Belvina, elle en était presque arrivée à oublier son frère. A présent, le visage et le sourire de Valerian s'imprimèrent sur sa rétine, comme pour la rappeler à l'ordre.
D'un point de vu extérieur, rien ne semblait la tracasser. Ielena avançait aux cotés de Belvina tandis que les deux fillettes gambadaient un peu en avant. Mais à l'intérieur, c'était une tout autre histoire.
Depuis qu'il était parti pour l'Angleterre, Valerian n'était pour Ielena qu'une menace inoffensive qu'elle avait fini par presque oublier… même son père lui semblait à présent plus effrayant. Mais maintenant… Ielena eut du mal à prendre une nouvelle inspiration. Le fait que son frère réapparaisse dans sa vie la pétrifiait d'avance. Comment allait-elle pouvoir l'éviter à présent qu'elle vivait dans le même pays ? Non, elle ne pouvait même pas imaginer la suite sans avoir la nausée.
- Ielena ? Allez-vous bien ?
La voix de Mrs. Malfoy la tira brusquement de ses craintes, et la jeune femme en sursauta si fort qu'elle s'arrêta au beau milieu du couloir. Devant elle, Belvina affichait un air tout à fait surpris. Quelle drôle de réaction venait d'avoir la Volonski !
- Pardonnez-moi, je pensais à tout autre chose…, avoua-t-elle.
Elle n'osa même pas regarder son interlocutrice tant l'angoisse venait de la saisir tout entière. Son teint d'ordinaire pâle était à présent plus blanc que l'ivoire et même ses lèvres rouges avaient perdu des couleurs.
- Par Merlin, on dirait que vous avez vu la mort elle-même ! s'exclama Belvina en s'approchant, inquiète.
« Si elle savait…, songea amèrement Ielena. Elle n'est vraiment pas loin de la vérité ! » Néanmoins, elle préféra éviter que la sorcière se doute de quelque chose… Cela ne regardait personne, encore moins des proches de sa famille.
Avec l'assurance qu'on lui connaissait, elle adressa un sourire navré à Mrs. Malfoy.
- Je suis désolée, je viens seulement de me rappeler un détail peu amusant. Ce n'est rien, assura-t-elle d'un ton qu'elle voulait léger.
Peu convaincue mais toutefois assez délicate pour ne pas l'interroger plus, Belvina hocha la tête et l'invita à continuer leur route.
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- Ah, voilà bien la pièce que j'aime le plus !
Elles venaient d'arriver au détour d'un grand couloir, face à une grande porte aux poignées à la forme de deux serpents dont les bouches étaient grandes ouvertes. Une fois encore, Ielena songea que cette décoration reptilienne ne lui plaisait pas beaucoup. Elle avait une sainte horreur des serpents ! Du moins, elle le pensait…en réalité, elle n'avait jamais eu l'occasion d'en voir un réel.
Belvina elle, semblait encore plus souriante. De sa vie, jamais Ielena n'avait vu un tel sourire chez une connaissance de ses parents… il n'était en rien immense, mais bien assez grand toutefois pour la surprendre.
Sans faire attention à l'attention que la jeune femme lui portait, Mrs. Malfoy ouvrit la porte dans un léger grincement qui tira une grimace à Ella et Roksana. Les deux fillettes avaient retrouvé un semblant de sourire depuis leur arrivée au manoir, surtout depuis leur rencontre avec Belvina, mais leur aînée était toujours aussi soucieuse quant à leur état. Pourtant, ses interrogations trouvèrent un semblant de réponse quand elle entra dans la nouvelle pièce à la suite de son hôtesse.
C'était une très grande bibliothèque. Des milliers d'ouvrages s'alignaient sur des étagères de près de cinq mètres de haut répartis sur deux niveaux, et auxquelles on accédait par des escaliers en colimaçon et des échelles. A fond de la pièce s'encadrait une immense fenêtre aux lourds rideaux bleus, et plusieurs gros fauteuils d'apparence confortable avaient été disposés devant la grande cheminée pour l'instant éteinte.
- Mon mari et mon fils détestent cette pièce, soupira Belvina en laissant distraitement son doigt glisser sur le dossier d'un fauteuil.
Ielena laissa ses yeux sombres courir le long des étagères et flâna quelques minutes devant celles qui étaient les plus proches d'elle. Il y avait toutes sortes de livres : de l'énorme et très ancien exemplaire et celui plus léger et fin que sans doute la famille avait acquis récemment. Mais pour Ielena, c'était un véritable régal, car elle avait toujours développé une grande passion pour les livres. Les loisirs qui ses parents lui autorisaient étaient rares et la lecture avait su attirer son attention. Ainsi, sans que ses parents s'en doutent, elle avait eu l'occasion de lire toutes sortes d'ouvrages : du roman sorcier classique à ceux à l'eau de rose (elle ne les appréciait pas particulièrement…), en passant par des livres plus théoriques. Ses parents n'en savaient rien…Elle préférait les tenir aussi éloignés que possible de ce qui lui plaisait.
- C'est un endroit incroyable, avoua Ielena. Je comprends aisément pourquoi vous l'aimez autant !
- Aimez-vous lire ? Si c'est le cas, n'hésitez pas et venez aussi souvent que vous voudrez. Cette pièce vous est ouverte, sourit Belvina.
Elle semblait ravie d'avoir trouver en la jeune Volonski une lectrice intéressée et souriait comme une enfant.
- Je vous remercie.
Si chanceuse, Ielena songea aussitôt à tenter plus encore le destin. Elle avait quelque chose de très important à chercher ici, et elle espérait de tout cœur le trouver. Belvina ne se douterait de rien, et elle sentait que Mrs. Malfoy avait déjà confiance en elle. Car cette dernière ne se doutait pas que Ielena, elle aussi, sous ses airs calmes et dociles cachait une savante observatrice. Grâce à cela, la jeune russe avait toujours su tirer parti des gens qu'elle côtoyait dans l'entourage de ses parents. Du moins les plus abordables.
- Pourrais-je en emprunter ? demanda-t-elle donc, adoptant un ton détaché.
- Evidemment.
Belvina, trop occupée à raconter une histoire à Ella et Roksana, ne vit pas le sourire froid et déterminé qui se forma sur les lèvres appétissantes de Ielena, dans l'ombre des étagères.
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Le soleil venait de se coucher lorsque Nikolaï réapparut, son manteau de fourrure volant derrière lui sous les bourrasques froides. Les yeux du Grand-duc brillaient intensément, et pourtant son visage demeurait fermé, malveillant, lorsqu'il entra dans le grand salon des Malfoy. A son arrivée, Belvina et les quatre Volonski levèrent la tête, surprises d'une telle entrée.
- Nous sommes attendus, déclara-t-il seulement, avant de repartir d'un pas impérieux vers ses appartements.
Belvina et Ielena s'entre-regardèrent. Un message était arrivé dans l'après-midi pour leur annoncer que leur présence était requise à une soirée chez les Lestranges. Une soirée de sang purs, où Belvina ne doutait pas que le Lord noir se trouverait aussi… Lorsqu'elle en avait parlé à Ielena, celle-ci avait senti son corps se glacer d'horreur. Elle avait toujours mis un point d'honneur à ne pas se mêler aux affaires et aux opinions de ses parents. Ce qu'elle avait tenté de fuir ces dernières années venaient brusquement de la rattraper, et la jeune femme le savait : elle n'avait pas son mot à dire. Elle n'avait pas le choix.
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Ils étaient tous dans le salon. Nikolaï, imperturbable se tenait devant le manteau de la cheminée ; son épouse retouchait une nouvelle fois la coiffure de ses lourdes boucles blondes, admirant son teint sans une once de modestie ; Belvina regardait de nouveau la grande horloge, dont le lourd pendule émettait un bruit sourd. Tous attendaient l'heure précise à laquelle le portoloin les emmènerait à destination, ce même portoloin qui reposait au centre de la pièce, sur la table basse. C'était une dague d'argent finement ouvragée, dont le manche incrusté de pierres vertes avait la forme d'une tête d'aigle courbée vers l'intérieur.
Silencieuse, Ielena fixait le poignard. Son visage baigné par la lumière de la cheminée était clôt, impossible à cerner. Elle semblait à la fois désintéressée et en colère. Assise sur un canapé noir, elle patientait.
A chaque seconde qui passait, à chaque tic de l'horloge, la jeune femme sentait son cœur se comprimer d'avantage dans sa poitrine. Celle-ci se soulevait à intervalles réguliers sous la tension qu'elle essayait de dissimuler. En réalité, elle appréhendait cette soirée. En quelques heures, elle allait apercevoir le mage noir le plus craint de l'époque et retrouver son frère. Quelle ironie quand elle songeait qu'une semaine plus tôt, elle se plaignait de la monotonie de son quotidien. Ielena resserra sa prise sur la mante bleu sombre qui la recouvrait. Elle voulut fuir, s'enfermer dans la chambre de ses sœurs et transplaner avec elles loin de tout cela. Dans un endroit où personne ne les retrouverait jamais.
En pensant à cela, Ielena songea à Ella et Roksana qui dormaient dans leurs chambres. Inconscientes de ce que leur aînée allait devoir vivre, elles n'avaient fait aucune histoire pour se coucher et s'étaient endormies avec pour derniers souvenirs les doux baisers de Ielena.
Il y eut un énième balancement du pendule, et finalement les aiguilles de l'horloge indiquèrent l'heure exacte.
- C'est l'heure, avertit Belvina en posant son doigt sur la dague.
Les trois Volonski imitèrent son geste. Ielena eut à peine le temps de penser à ses sœurs et de grimacer que quelques secondes plus tard, ils disparurent tous.
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Le large capuchon bordé de zibeline rabattu sur sa tête, Ielena sentit ses lèvres se tordre de mécontentement. Ils venaient d'atterrir sur une allée de pavés noirs entourée de très hautes haies bien taillées qu'elle trouva d'office plus menaçantes que décoratives. Son inspection fut pourtant bien vite stoppée dans son élan par Nikolaï, qui d'un signe de tête lui fit clairement savoir qu'elle devait avancer.
En effet, elle n'avait pas vu que sa mère et Belvina s'étaient déjà engagées dans l'allée et avançaient vers l'entrée d'une haute bâtisse construite sur plusieurs étages. Sur le perron, quatre elfes de maisons en piètre état accueillaient les visiteurs, et derrière eux s'ouvraient une porte d'entrée semblable à la bouche d'un dragon. Ielena frissonna. De là où elle était, elle percevait la lueur orange qui miroitait à l'entrée. A l'évidence, il y avait du monde dans cette maison. Elle entendait déjà des bribes de conversation et des rires plus forcés qu'hilares.
- Je compte sur toi pour impressionner mes amis, lui glissa sèchement son père lorsqu'ils arrivèrent en haut des marches.
Aussitôt, Ielena sentit un frisson remonter son échine. Merlin qu'elle pouvait le détester, lui et ses allusions. Elle ne servait vraiment qu'à çà ! Se montrer et marquer les esprits. Que pouvait-on bien retenir d'elle ? Ce n'était certes pas une prodigieuse intelligence ou d'incroyables capacités d'analyses ! L'impression de n'être qu'une vulgaire parure un peu trop brillante qu'on balade de salons en salons la faisait hurler de rage. Elle aurait voulu arracher à son père son air suffisant et lui faire remarquer qu'avant tout, elle était une sorcière et qu'elle avait dans la tête plus que du vent.
Ielena n'avait pas l'intention d'impressionner tous ces mangemorts de la manière qu'imaginait son père. Bien au contraire. Les lèvres pincées, elle adopta le visage le plus dédaigneux qu'on puisse voir et entra dans la demeure. Elle les maudissait tous, ces sorciers qui allaient bientôt faire partis de leur cercle de connaissance. Tous, sans exception.
Les reviews sont plus que bienvenues, et surtout, très appréciées de l'auteur ^O^ Merci d'avance ;)
