Voici le cinquième chapitre, comme promis !

*nouveau moment d'auto satisfaction chez l'auteur *

Comme déjà mentionné, je vais essayer de tenir un rythme régulier d'un chapitre par semaine pendant les vacances d'été, plus si j'ai le temps (car c'est bien de cela que je manque...) !

J'espère que cela vous plaira, les choses commencent à bouger et on rencontre de nouvelles personnes héhé ^^

Vos impressions sur Ielena ? Valerian ? L'histoire ?

Bonne lecture !

L'elfe, à votre service.


Un merci tout particulier à :

lilichoco

Aline

Aliete

Delplys

La Silvana

Nerv

et

Aschen

спасибо à vous toutes!


Chapitre cinq

Un simple bol d'air

Le regard de Morozna se fit plus mortel encore. Se sachant la proie des yeux de sa mère, la jeune femme ne bougea pas et n'émit aucune protestation. A l'évidence, une scène telle que celle-ci était presque obligatoire au vu de la soirée qu'ils venaient de vivre.

De son coté, Nikolaï laissait pianoter ses doigts sur un des buffets du salon Malfoy, une ride creusant son front. Le Grand Duc semblait réfléchir. Non pas à la colère de sa femme, après tout il avait l'habitude, mais à ce que cette soirée leur avait appris.

Finalement, Morozna Volonski explosa. Cela faisait trop longtemps qu'elle se retenait de donner son avis.

- Encore une fois il a fallu qu'elle se fasse remarquer ! cria-t-elle en russe, levant le bras au ciel.

Le visage d'ordinaire si agréable de la Duchesse venait de se transformer en celui d'une harpie déchaînée et Ielena sentit un frisson la gagner. S'il y avait bien une chose que la jeune femme détestait et évitait par-dessus tout, c'était les conflits. Toutefois, avec une mère comme la sienne, la chose était loin d'être rare.

- Le maître en personne, finit-elle de hurler. Cela ne nous amènera que des ennuis !

- Mère, je ne crois pas que…, commença la jeune femme en anglais.

- OH ! Cesse donc de vouloir te montrer intelligente en parlant cette stupide langue ! l'interrompit Morozna rouge de colère. Je ne le supporte plus !

Muette, Ielena entendit les cris de sa mère faire trembler les murs du salon. Merlin que cette femme avait une voix aiguë !

Mais ce qui énerva encore plus la Volonski était qu'elle savait pertinemment pourquoi sa mère s'emportait ainsi. Pourquoi fallait-il que celle-ci soit d'une nature si jalouse et insatisfaite ? Ce qui motivait sa colère était sans nul doute le fait que le mage noir l'ait snobée alors qu'il s'était attardé sur le cas de Ielena. Une grimace apparut sur le visage de cette dernière lorsqu'elle songea ainsi. Elle aurait largement préféré qu'il l'oublie et ne s'occupe pas d'elle ! Quand elle pensa au sorcier, l'image des deux immenses yeux rouges s'imprima sur sa rétine et un frisson d'angoisse mal retenue la parcourut de la tête aux pieds. Non vraiment, pourquoi sa mère était-elle aussi jalouse ? Il n'y avait vraiment pas de quoi.

- Mère, tenta-t-elle une nouvelle fois mais en russe. Je ne crois vraiment pas que le mage noir m'accorde autant d'intérêt.

A ces paroles, la fureur de sa mère se fit plus grande encore, et celle-ci se précipita sur elle.

- Comment oses-tu, petite vipère ? grinça-t-elle en lui saisissant le visage d'une main, jusqu'à lui faire mal. Te moques-tu de moi ou es-tu simplement trop stupide ? Tu sais pourtant ce qu'il en coûte de m'énerver ainsi !

Une douleur se diffusa dans la mâchoire de Ielena sous la prise de sa mère. Celle-ci lui enfonçait ses ongles dans la peau, et malgré les apparences délicates de Morozna, sa poigne n'avait rien d'inoffensive. D'un coup d'œil, elle vit sa mère saisir sa baguette et la pointer vers elle. Retenant malgré elle un gémissement craintif vis-à-vis de ce qui suivrait, Ielena se mordit la langue. Une Volonski ne montre jamais sa peur. Même en face de ses propres parents.

- CELA SUFFIT !

Le poing de Nikolaï venait de s'abattre sur le buffet, et tous les objets qui auparavant se trouvaient dessus volèrent plus loin. Ielena sentit la main de sa mère trembler autour de sa mâchoire. La seconde d'après, celle-ci la lâchait et s'éloignait, le visage plus déformé par la rage qu'auparavant. La duchesse semblait prête à mordre.

- Nous ne savons pas encore ce qui a motivé le maître à agir ainsi ! gronda-t-il. Donc cessez de hurler, femme insupportable !

Morozna afficha l'air le plus courroucé qu'il fut, mais ne pipa mot. Encore une fois, la peur qu'elle avait de son propre mari stoppa ses élans de fureur. Du coin de l'œil, Ielena vit son père se tourner vers elle, impassible.

- Ce qui s'est passé ce soir ne doit en aucun cas être pris à la légère. Cependant, ajouta-t-il en fixant son épouse, mieux vaut ne faire aucune conclusion hâtive. Le maître n'est pas un sorcier ordinaire, il est le seul à savoir pourquoi il a agit ainsi face à Ielena. Alors ne laissez rien paraître. Les rumeurs vont déjà bon train à l'heure qu'il est, et je n'ai pas envie que cela empire.

Même si la chose lui parut difficile, la Duchesse finit par acquiescer. Visiblement la conversation était close, et Nikolaï n'admettrait aucune objection. Non sans jeter un dernier regard empli de haine à sa fille, elle sortit de la pièce la tête haute, le bruit de ses pas résonnant sur le parquet.

Ielena, de son coté, essayait de reprendre une respiration normale. Encore une fois, la colère de sa mère l'avait quelque peu effrayée. Contrairement à ce qu'on pouvait croire, Morozna Volonski n'était pas simplement une épouse un peu trop hystérique et avide de luxe. Elle savait fort bien faire usage de sa magie, et la mettre en colère rimait souvent avec douleur. Ielena le savait pertinemment. Un instant, la jeune femme pensa qu'elle avait bien de la chance d'avoir échappé à sa mère cette fois-ci.

Soudain, elle eut la désagréable sensation que quelqu'un l'observait. Lorsqu'elle se retourna, son père était à un mètre d'elle, le visage plus glacial que jamais. Pourtant, Ielena put lire dans ces yeux une indéchiffrable lueur. Comme si Nikolaï planifiait quelque chose au fond de lui-même.

- Je suis fier de toi, finit-il par dire.

Un instant, la jeune femme se trouva paralysée. Un étrange sentiment de crainte s'insinua en elle, et elle redouta très vite ce qui allait suivre.

- Merci, père, arriva-t-elle toutefois à murmurer en baissant les yeux.

Le regard du Grand Duc se fit plus perçant.

- Finalement, peut-être pourras-tu servir notre famille plus encore que ce que nous avions prévu…

Cette phrase sonna comme un gong aux oreilles de la jeune femme.

Muette, Ielena l'entendit sortir de la pièce, ses yeux toujours fermement fixés sur le sol. Elle resta longtemps ainsi, immobile dans sa robe de soirée. Il lui semblait qu'une pierre venait de lui tomber dans l'estomac, et elle ne pouvait bouger le moindre muscle. Silencieuse, elle entendait d'une oreille sourde les craquements secs du bois dans la cheminée. Plus rien autour d'elle ne troublait son immobilité et son mutisme.

C'est avec surprise qu'elle sentit bientôt ses yeux lui piquer, et se rendit compte avec stupeur qu'elle était prête à pleurer. Avec violence, Ielena se mordit l'intérieur des lèvres. Qu'importe qu'elle saigne ou qu'elle ait mal, elle ne pleurerait pas. Mais l'affreuse sensation que son destin s'était joué au moment même où le Lord avait posé ses yeux sur elle se glissa dans son esprit. Avec fermeté, cette idée s'imposa à elle. Aussitôt, elle vit le salon se mettre à tourner dangereusement autour d'elle. La panique pénétra son corps, coula dans ses veines avec agressivité et évidence.

Elle n'était plus rien qu'un objet que son père allait vendre au plus offrant ou au plus influant. Cela, elle le savait depuis des années, mais la réalité venait de s'imposer brusquement. Ielena eut le sentiment que leur venu en Angleterre signait la fin de cette liberté qu'elle avait cru pouvoir un jour toucher du doigt.

OoOoOoO

Les yeux bordeaux couraient sur les nombreuses couvertures tandis qu'un index glissait sur le bord de l'étagère, s'arrêtant lorsqu'un des ouvrages retenait l'attention. Malgré une heure passée à chercher dans la bibliothèque, l'investigation de Ielena n'avait toujours pas porté ses fruits. Face à cet échec, le visage de la jeune femme afficha une moue désapprobatrice et elle se laissa aller contre l'accoudoir d'un fauteuil. Comment allait-elle bien pouvoir trouver ce qu'elle cherchait dans cet océan de livres ? Elle n'avait toujours pas pu identifier le coin dédié aux enchantements. Son regard s'arrêta sur le dernier livre dont elle avait lu le nom. Vampires & créatures de la nuit, par Phyllida Jentremble.

Aussitôt, une nouvelle grimace insatisfaite s'afficha sur ses traits et elle laissa échapper un drôle de bruit, semblable à un sifflement agacé. Finissant de soupirer, la jeune femme se redressa et monta un des escaliers menant aux étagères de l'étage pour continuer sa recherche. De temps en temps, elle s'arrêtait, l'oreille attentive. Elle ne voulait pas que quelqu'un la surprenne ici. Surtout son père ou son frère.

Ce n'est que deux heures plus tard qu'elle trouva finalement le bon rayon et les livres pouvant potentiellement lui servir. A mesure que passaient les minutes, la jeune femme s'étonnait du nombre incroyable d'ouvrages que les Malfoy avaient à leur disposition. Elle n'était pas certaine que sa famille en ait autant.

Silencieuse, elle chercha plus précisément ce qui l'intéressait, le cœur battant. Si elle ne trouvait rien ici, il lui faudrait trouver une autre façon de faire. Soudain, elle aperçut finalement un livre qui attira son attention. L'esprit : Sortilèges et enchantements, par Joan C. Limpide. Tous ses sens en alerte, Ielena le sortit du rayon et l'ouvrit. Après quelques secondes passées à le feuilleter, elle y dénicha un chapitre sur la mémoire. Oui, ce livre allait lui servir.

Arrêtant là sa recherche, elle le ferma d'un coup sec, le cacha dans les plis de sa robe et sortit de la pièce. Le couloir était silencieux, la maisonnée entière paraissait dormir. Une seconde, elle croisa les doigts pour que Belvina ne se doute de rien, et surtout qu'elle ne s'aperçoive pas quel livre manquait. Après tout, comment pourrait-elle s'en rendre compte ? La pièce contenait des milliers d'ouvrages.

OoOoOoO

Silencieuse comme une ombre, Ielena se tenait dans l'obscurité de la pièce. Avec patience, elle veillait sur les deux petits corps endormis de ses sœurs. Ella et Roksana dormaient à poings fermés, côte à côte dans ce qui pouvait sembler une tentative de protection. Serrées l'une contre l'autre, leurs souffles calmes se répondant à intervalles réguliers, les deux petites Volonski étaient bien loin d'imaginer ce que projetait de faire leur aînée.

Le visage de marbre, celle-ci ne bougeait pas de son haut siège. Imperturbable comme une statue elle tentait de percevoir un semblant de cauchemar sur les traits des deux fillettes. Car ce que redoutait la jeune femme fut qu'elles repensent au massacre de leurs domestiques. Jusqu'à présent, aucune des deux n'avaient présenté un véritable traumatisme, mais Ielena savait pertinemment qu'elles n'avaient rien oublié. Chaque soir elle passait plusieurs minutes à les rassurer, les cajoler pour qu'elles ne pleurent plus. Dans leurs yeux bleus, elle voyait encore une peur difficilement maîtrisable.

Ielena voulait qu'elles oublient cet événement là. Qu'elles ne s'en souviennent jamais. Peu lui importait de souffrir, car si en échange Ella et Roksana pouvaient garder leurs sourires et leurs innocences candides, la jeune femme était prête à tout donner.

Lorsqu'ils voyageaient encore pour l'Angleterre, elle avait eu tout le temps de songer à ce qu'elle allait faire. Elle savait que la chose serait loin d'être simple et gagnée d'avance, surtout pour elle. A l'instant même où les deux fillettes avaient vu le majordome tomber, Ielena avait prévu d'agir. Elle effacerait la mémoire de ses sœurs.

Un soupir échappa à Ielena. Elle aurait voulu le faire de suite. Ne pas attendre et que les choses ne soient pas aussi compliquées. Mais elle n'avait pas pu. Elle n'avait pas su le faire. A cette pensée, la jeune russe fronça les sourcils et se mordit les lèvres.

Ce qui agaçait par-dessus tout la sorcière était son inutilité dans ce genre de situation. Car malgré ce qu'elle était, malgré sa famille, son rang, son sang, et même malgré la fascination qu'elle provoquait chez de nombreuses personnes, Ielena Nikolaïevna Volonski n'était pas la plus douée des sorcières de son âge. Du moins elle ne l'était pas car cette chance ne lui avait pas été donnée. Pourquoi lui aurait-elle été donnée, alors que son avenir était déjà tracé ? Pourquoi diable son père aurait-il pris la peine de l'envoyer dans une école digne de ce nom, alors qu'on n'attendait pas d'elle des prouesses magiques ?

Ielena ne savait pas lancer un sort d'oubliettes, elle ne l'avait jamais appris. Alors comment aurait-elle pu effacer immédiatement la mémoire de ses sœurs sans risquer de laisser plus de séquelles que de bénéfices ?

Désarmée face à sa propre faiblesse, la jeune femme se releva pour s'approcher de la fenêtre. Elle était inutile. Elle ne pouvait même pas alléger l'esprit de ses sœurs. Encore une fois, elle maudit Nikolaï et le reste de sa famille de l'avoir envoyée là où elle avait fait sa scolarité.

Lorsque enfin minuit sonnèrent, Ielena quitta la chambre de ses sœurs et s'assit sur le tapis faisant face à sa cheminée. Elle se détestait d'être aussi peu savante en magie. Tout ce qu'elle savait relevait du basique, et les seuls sorts d'un niveau à peu près élevé qu'elle connaissait, elle les avait appris seule, grâce à ses livres.

Ruminant toujours, elle se saisit de celui volé à la bibliothèque Malfoy. Distraitement, elle observa la couverture plutôt classique de l'ouvrage. Dessus figurait une simple représentation d'œil, qui lui rappela celle d'un ancien livre de divination.

Immobile et seulement accompagnée des craquements provenant de la cheminée, Ielena hésita un instant. Elle n'était vraiment pas certaine de trouver quelque chose d'intéressant là-dedans. Et pourtant, c'était sa seule chance de pouvoir aider ses sœurs. Après une énième réflexion, elle ouvrit le livre.

OoOoOoO

- Ielena.

A l'entente de son nom, la jeune femme sursauta si fort qu'elle manqua d'échapper le livre. Aussitôt, elle dirigea son regard vers la porte close de sa chambre et son cœur jusqu'à présent calme s'emballa.

Une nouvelle fois, des coups retentirent contre le bois de la porte.

- Ielena, répéta Valerian.

Il avait une voix amusée, comme si en même temps il souriait.

Lorsqu'elle se remit de sa surprise, Ielena perçut la peur commencer à glisser en elle comme le plus horrible des poisons. Depuis deux jours que cette maudite soirée s'était déroulée, elle attendait, nerveuse, que son frère vienne enfin la voir. Jusqu'à présent il avait été occupé par ses affaires, mais la discussion qu'ils avaient tacitement remise à plus tard ne pouvait être oubliée si facilement.

De coin de l'œil, Ielena regarda l'heure. Une heure du matin. Etait-ce bien une heure pour venir lui parler ?

- Ielena, ouvre cette porte avant que je ne la fasse éclater, veux-tu ? s'amusa le Volonski. Je sais que tu ne dors pas.

Paniquée, car elle le savait bien capable de faire ça, la jeune femme débout en un clin d'œil regarda frénétiquement autour d'elle, Tout était à sa place. Sauf le livre qu'elle tenait entre les mains. Ses méninges fonctionnant à tout va, elle se précipita vers le baldaquin et cacha le livre entre le matelas la tête de lit. Remettant hâtivement les draps en place, elle sentit une vive panique s'introduire dans son corps. Contre sa poitrine, son cœur battait à toute allure.

Prenant une grande inspiration, elle essaya de calmer son rythme cardiaque et serra ses mains l'une contre l'autre pour s'arrêter de trembler. Non, son frère ne ferait rien. Il était précisément son frère après tout. C'est ce qu'avait dit Leda.

- J'arrive.

Ce fut le seul mot qu'elle put articuler, tentant en même temps d'apaiser son frère. Il semblait bel et bien sur le point de mettre ses menaces à exécution.

OoOoOoO

Dehors, le hululement d'une chouette brisa le silence pesant qui planait sur le parc. Dans son fauteuil face au feu, Ielena n'esquissa pas le moindre geste, son regard obstinément braqué sur les flammes qui léchaient avec délectation une bûche incandescente. Si son visage avait la froideur d'un vent de novembre en Russie, son corps – lui – faisait tout pour la sommer de fuir immédiatement. Valerian quant à lui, ne bougeait pas non plus. Il avait pris place dans le fauteuil jumeau de celui de sa sœur, et se contentait de la regarder. Les jambes croisées et sa tête reposant sur son poing, il affichait un incompréhensible sourire mauvais.

Le silence entre les deux enfants Volonski était ainsi depuis que Ielena avait ouvert à son frère. Aucun des deux ne paraissait vouloir le rompre. La scène avait quelque chose d'étrange, à la fois irréel et lugubre.

- Tu ne sembles pas vraiment contente de me voir, Ielena.

La jeune femme lança un regard venimeux à Valerian, tiraillée entre l'envie de hurler et celle de partir à toute jambe. Aussitôt, celui-ci éclata de rire. Il semblait évident qu'il aimait particulièrement énerver sa sœur.

Lorsque enfin il eut repris son calme, son regard électrique se fixa de nouveau sur elle, sérieux cette fois-ci. Lentement, il se leva et s'approcha d'elle. Il y avait dans sa démarche quelque chose de dangereux, comme un prédateur traquerait une proie.

- Trois ans sans te voir, quelle torture cela a été, susurra-t-il en s'arrêtant près d'elle.

Les doigts blancs de Valerian saisirent une des lourdes boucles brunes. Un frisson de pur dégoût parcourut Ielena et la jeune femme ferma les yeux, furieuse et terrifiée à la fois. Son frère continua son manège, caressant la masse de cheveux noirs, lorsque soudain sa main élut domicile sur son cou.

- Douce sœur, tu n'as même pas daigné m'envoyer de lettres, s'amusa-t-il.

Cédant peu à peu à la panique que lui inspirait son frère, Ielena sentit sa main caresser allègrement la peau de son cou et de sa mâchoire. Pourquoi Merlin ? Pourquoi fallait-il que Valerian revienne dans sa vie, plus fou encore qu'avant ?

- Arrête ça, grinça-t-elle en anglais.

La main de son frère se stoppa, mais elle aperçut le sourire dangereux qui étira les lèvres du jeune homme.

- Allons, ne me dis pas que tu as peur de moi ? lui murmura-t-il à l'oreille.

Elle détestait cette façon qu'il avait de parler, cette manière qu'il avait de prononcer son prénom. Il semblait en rire, s'en délecter comme d'un nectar incroyablement rare. Il jouait avec les mots, les laissait traîner, comme si cela pouvait terroriser plus encore ses interlocuteurs. Et cela marchait si bien. Ielena en avait la nausée.

- Te me fais horreur, lâcha-t-elle, le visage empli de dégoût.

La main de Valerian se retira brusquement, et la seconde d'après, Ielena se retrouva jetée au sol. Son poignet qui avait amorti le choc lui fit immédiatement mal, mais elle n'eut pas le temps d'y penser. Son frère venait de la saisir par les cheveux et lui souleva violemment la tête. Il sembla à la jeune femme qu'il lui arrachait le crâne et un cri de douleur fusa d'entre ses lèvres.

- Ne redis jamais cela, siffla-t-il furieusement en approchant son visage du sien. Tu sembles avoir oublié ce dont je suis capable, ces trois dernières années ! ajouta-t-il en anglais.

Incapable de parler, Ielena ne broncha pas, se mordant férocement les lèvres. Après trois ans de paix, elle allait devoir subir la folie de son frère. Encore une fois, elle savait que personne ne serait là pour l'empêcher.

- Qu'importe si mon maître s'intéresse à toi ! Qu'importe si père décide de te donner à lui ! Je te jure que je serais toujours là, à hanter chacun des pas que tu feras, menaça-t-il d'un murmure qu'elle fut la seule à entendre.

Elle sentit la main de son frère parcourir son cou une nouvelle fois. Il y avait dans ses gestes tout ce qu'un frère n'aurait jamais dû infliger à sa propre sœur. Et dans ses yeux bleus, Ielena y lisait ce qu'elle n'aurait jamais voulu voir.

D'un geste brusque, il la relâcha et quitta la pièce en claquant la porte.

Immobile, couchée sur le parquet froid de sa chambre, Ielena ne bougea pas. Pour la seconde fois depuis deux jours, elle sentit son cœur hurler des larmes de rage et manqua d'éclater en sanglot. Au prix d'un immense effort, elle parvint à contenir ses pleurs et se leva, chancelante.

Quand elle tomba enfin sur son lit, moralement éteinte, elle plongea son visage dans l'oreiller le plus proche et hurla. Son cri d'épouvante ne sortit jamais de la pièce, étouffé dans l'épaisseur du coussin.

OoOoOoO

D'une main distraite, Ielena remit en place son très large chapeau blanc sur lequel moussaient de fastueuses plumes d'autruches noires. Vêtue d'une toilette aux teintes noires et blanches confectionnée sur le modèle des années 1900, la jeune femme lissa les pans de sa jupe et ajusta la veste aux épaulettes froncées.

- Vous avez vraiment un style vestimentaire admirable, laissa échapper Belvina en considérant longuement la silhouette de la jeune femme. Je ne suis même pas certaine que Mrs. Guipure puisse rivaliser !

Ielena lui répondit d'un sourire à peine esquissé. L'altercation avec son frère la hantait toujours, alors qu'une semaine entière s'était écoulée. Depuis, elle était de plus en plus distante et sortait rarement de sa chambre.

- Mais elle aura sans doute de quoi vous charmer ! Sa boutique regorge de merveilles !

Laissant Mrs Malfoy débiter son flot intarissable de paroles, la jeune femme se tourna vers ses sœurs. Les deux petites Volonski patientaient sagement à coté de la cheminée dans leurs petites robes blanches, leurs boucles blondes parfaitement disciplinées sous leurs chapeaux à rubans.

- …mais êtes-vous certaine de vouloir y aller seule ? Vous ne connaissez pas les lieux après tout, jugea bon d'ajouter Belvina.

- Ne vous inquiétez pas, Mrs Malfoy. Je saurais trouver mon chemin. Et cela fait trop longtemps que mes sœurs et moi sommes enfermées ici, répondit Ielena en se tournant vers la maîtresse de maison.

- Tout de même ! Si je n'avais pas cette invitation chez Mrs. Black, je vous aurais accompagnées, marmonna celle-ci avec une moue déçue.

Lui accordant un semblant de sourire, Ielena préféra arrêter la conversation ici.

En ce samedi d'avril, elle allait enfin pouvoir sortir de l'atmosphère pesante du manoir Malfoy, et surtout, trouver ce qu'elle cherchait depuis son arrivée ici. Le livre déniché dans la bibliothèque ne lui avait été d'aucune utilité en réalité ! Il n'avait fait que la conforter dans l'idée qu'elle s'était déjà faite. Effacer la mémoire de ses sœurs ne serait pas une chose aisée car l'évènement datait déjà de plus d'une semaine. Entre temps, Ella et Roksana avaient eu le temps de voir d'autres choses. Il fallait que Ielena trouve un sort permettant d'effacer un souvenir précis, et non pas les derniers présents dans la mémoire des fillettes.

La seule solution qu'elle avait trouvé pour accéder aux livres traitant ce sujet était d'aller à Londres. Dès le premier jour en Angleterre, Belvina lui avait parlé du Chemin de Traverse. Grâce à elle, Ielena savait comment s'y rendre, et surtout quelles boutiques seraient susceptibles d'avoir ce qu'elle recherchait. Mais pour Ielena, sortir seule du manoir Malfoy n'était pas si facile. Son père surveillait de près ses agissements. Il ne voulait en aucun cas qu'ils se fassent remarquer, même si leur entrée en Angleterre n'avait pas vraiment alerté le gouvernement britannique. Après tout, ce n'était pas une surprise. La Russie n'était pas bien vu du reste de l'Europe occidentale à cette époque, alors qu'une famille de St Pétersbourg fuit son propre pays n'était en rien étonnant. De plus, Ielena doutait que les Aurors britanniques aient eu vent de leur arrivée au vu des moyens de transports qu'ils avaient employé pour venir. Nikolaï n'avait rien laissé au hasard.

Afin de pouvoir se rendre à Londres, Ielena avait misé sans aucune vergogne sur le personnage qu'elle s'était forgée avec les années. Un personnes pas tout à fait fictif en réalité, mais cela, personne n'était sensé le savoir. Lorsque son père lui avait demandé pourquoi elle désirait se rendre là-bas, elle avait prétexté une furieuse envie d'acheter de nouvelles robes ainsi que quelques chapeaux. Même si elle avait vu Nikolaï hésiter, il avait finalement accepté avec froideur. Il était bien connu que les femmes Volonski avaient une passion folle pour les toilettes neuves. Sa femme en était une preuve toute trouvée !

En songeant à sa mère enfermée dans ses appartements depuis quelques jours, Ielena claqua sa langue sur son palet, irritée. Morozna ne décolérait pas depuis la soirée chez les Lestranges, et de nombreuses disputes avaient éclaté entre les époux Volonski à ce sujet. Trois jours plus tôt, les cris s'étaient fait plus hystériques encore et Morozna avait quitté son mari aussi furibonde et échevelée qu'une goule. Depuis, elle n'avait pas quitté sa chambre.

Secouant la tête pour oublier sa mère, Ielena s'avança vers la cheminée. Elle jeta une poignée de poudre à l'intérieur, et l'instant d'après, le foyer devint vert émeraude. Même si elle n'aimait pas vraiment ce moyen de transport, c'était sa seule façon de se rendre à Londres avec ses sœurs. Elle ne pouvait transplaner là-bas car elle n'y était jamais allée, de plus le transplanage d'escorte n'était valable qu'à deux. Elle n'aurait dans tous les cas pas pu emmener Roksana et Ella en même temps.

- Allons-y, fit-elle en entrant dans l'âtre.

Ses deux sœurs entrèrent à sa suite et se collèrent à elle, leurs petits bras entourant fermement ses jambes. Elles non plus n'aimaient guère l'utilisation de la poudre de cheminette. Surtout qu'elles voyageaient à trois. Pour ne pas bouleverser le voyage, les deux fillettes s'accrochèrent fermement à Ielena.

- Mrs. Malfoy, nous rentrerons dans quelques heures.

Celle-ci hocha la tête et accorda un petit signe de la main aux enfants. Prenant une nouvelle poignée de poudre dans sa main, Ielena prononça haut et fort :

- Le chaudron baveur !

Elle jeta la poudre à ses pieds, et dans une grande flamme verte, elle et ses sœurs quittèrent le manoir.

OoOoOoO

Inspectant une seconde leur nouvel environnement, Ielena sortit de la cheminée, les fillettes toujours accrochées à ses jupes. Tout en époussetant sa tenue ainsi que celle de ses sœurs, elle laissa ses yeux courir dans la salle enfumée du pub. C'était un endroit plutôt sombre où étaient disposées une dizaine de table. Le bar était encastré dans une arcade un peu plus loin et une épaisse fumée tournoyait au plafond. Cet après-midi là, la salle ne comptait qu'une dizaine de sorciers ainsi que le barman, un sorcier bien battis, relativement jeune et chauve dont le crâne semblait aussi luisant qu'une noix.

Face à l'arrivée de cette très élégante sorcière inconnue, celui-ci s'avança justement.

- Bienvenue au Chaudron Baveur mademoiselle, salua-t-il. Je suis Tom et si je peux vous être utile d'une quelconque manière, dites le moi.

Le sourire était franc, les manières quelques peu abruptes mais polies. D'un sourire à peine visible, Ielena le remercia.

- Je cherche l'entrée du Chemin de Traverse.

- Suivez-moi, je vais vous y conduire !

Après un hochement de tête silencieux, elle le suivit et quitta la pièce sans un regard en arrière, ses sœurs sur les talons.

Une minute plus tard, la jeune femme sortit sa baguette et tapota sur le mur qui lui faisait face, exactement comme Tom le lui avait indiqué. A ses cotés, Ella et Roksana détaillaient avec méfiance les poubelles et autres immondices qui se trouvaient autour d'elles. Ce n'était certes pas au goût des fillettes qui plissèrent le nez face à l'odeur. Toutefois leur inspection s'arrêta net lorsqu'elles virent le mur face à elles s'effacer brutalement pour laisser place à une grande arcade de briques. Devant elles apparut aussitôt une immense rue pavée tortueuse qui semblait ne jamais s'arrêter. De chaque coté de la large allée se dressait un enchevêtrement d'échoppes bigarrées, et une foule impressionnante se mouvait au milieu de ce vaste ensemble.

Les yeux éblouis devant l'aspect du lieu, Ella tira légèrement sur la jupe de sa sœur.

- Lena, c'est là, le Chemin de Traverse ? demanda-t-elle sans bouger, la bouche ronde d'émerveillement.

- Oui mon ange. Tu aimes ? sourit Ielena en caressant sa joue rebondie.

Vivement, elle et Roksana hochèrent la tête, des sourires candides brillant sur leurs visages. Jamais elles n'avaient vu ça. Tout était brillant, coloré et bruyant. Il flottait dans l'air une bonne odeur de citrouille et de cuir récemment travaillé.

Les trois sœurs, non sans laisser leurs yeux dévorer ce nouvel environnement s'engagèrent dans la rue bourdonnante de conversations et de rires. Certes, elles passaient difficilement inaperçues et nombreux furent les sorciers à se retourner sur leur passage. Il y avait dans leur groupe quelque chose d'intensément raffiné, et elles paraissaient flotter au milieu de la foule qui se bousculait sans ménagement. L'aînée, habillée avec plus d'élégance que la plupart des sorcières de la foule avait un allure qui étonnait, et les deux fillettes qui l'accompagnaient étaient les choses les plus adorables qu'on ait pu voir ce jour-là. De nombreuses sorcières s'arrêtèrent devant leurs bouilles rayonnantes et leurs visages poupins.

Après être passées par Gringotts où la famille avait un coffre depuis peu, les filles Volonski commencèrent véritablement leur déambulation dans la rue. Roksana et Ella s'émerveillaient à chaque nouvelle boutique, et passèrent de nombreuses minutes à rire devant une cage de Boursoufs. Ielena veillait sur elle, attentive, mais une véritable lueur de douceur dans les yeux. Elle aimait les voir si enjouées, si heureuses. Dans ces moments-là, rien ne semblait pouvoir les atteindre. D'un point de vu extérieur, Ielena ressemblait à une mère accompagnée de ses fillettes, et parfois certains passants pouvaient apercevoir sur son beau visage une expression douce et aimante qui ne laissait guère indifférent.

OoOoOoO

Le carillon résonna une nouvelle fois à l'entrée de la boutique. Ielena, sans même y prêter attention monta quelques marches et atteignit les rayons des ouvrages théoriques de sortilèges et d'enchantements. En sillonnant l'allée, elle laissait ses yeux vagabonder à droite et à gauche, cherchant avidement ceux ayant un rapport avec la mémoire.

Soudain, un coup à son épaule la fit sursauter. Perdue dans ses pensées, elle avait percuté quelqu'un.

- Je suis vraiment navré, s'excusa immédiatement une voix masculine.

- Ce n'est rien, assura la jeune femme en se tournant.

Son regard rencontra celui d'un jeune homme à l'apparence quelque peu fatiguée. Sous ses yeux d'une indescriptible couleur d'or s'élargissaient de belles cernes violettes. Sans savoir réellement si c'était pour le rassurer ou tout simplement car ses yeux avaient une couleur exceptionnelle, Ielena lui accorda un sourire discret et continua son chemin.

Quelques minutes plus tard, Ielena laissa un jeune vendeur la quitter quelques instants pour lui ramener les livres qu'elle demandait. Sur le bras de la jeune femme se trouvaient déjà trois autres manuscrits, dont certains paraissaient bien anciens. Incapable de trouver ce qu'elle cherchait exactement, Ielena avait décidé de voir ce que la boutique proposait dans la section livres étrangers. Par bonheur, le rayon russe lui avait offert un ouvrage consacré aux mystères de l'esprit.

Même si elle lisait parfaitement l'anglais, la jeune femme savait qu'il lui serait encore plus difficile de réussir un sort si elle apprenait la pratique dans une autre langue que le russe. Mais préférant mettre toutes les chances de son coté, elle avait tout de même choisi deux autres ouvrages en anglais. Peut-être pourrait-elle regrouper les informations trouvées dans tous ces livres.

- … ose un peu répéter, Potter ?

Cet éclat de voix attira aussitôt l'attention de Ielena. Il était surprenant qu'on parle aussi fort dans une librairie. Regardant autour d'elle, la jeune femme vit que l'endroit ne comptait que très peu de clients, elle était même la seule dans la section des enchantements. Jetant un regard là où le vendeur avait disparu, Ielena sentit sa curiosité prendre le dessus. Discrètement, elle s'avança vers l'origine des éclats de voix.

Quelques rayons plus loin, au bas de six marches en bois, la librairie offrait un espace plus dégagé où étaient disposés les nouveautés et deux canapés. Derrière se trouvaient la caisse ainsi que la sortie. Non loin, dans un coin arrangé à l'usage des enfants, elle avait laissé ses sœurs. Celles-ci semblaient elles aussi interloquées par ce qui se passait sous leurs yeux et avaient même arrêté leur lecture.

Au centre de la pièce, six sorciers se faisaient face. D'un coté, Ielena aperçut cinq personnes dont une jeune femme, et de l'autre se tenait un homme qu'elle reconnut immédiatement pour l'avoir rencontré à la soirée des Lestranges.

Severus Rogue était le genre de personne que la mère de Ielena haïssait par-dessus tout. Il fallait bien avouer que le jeune homme semblait peu décider à prendre soin de sa personne et de son physique. Morozna avait d'ailleurs glissé à sa fille qu'au naturel, il n'était déjà pas bien gâté. Très grand, il avait un corps assez mince qu'il cachait sous de larges robes sombres et amples qui volaient derrière lui, lui donnant l'air d'une chauve souris. Ses cheveux tombaient sur ses épaules, noirs mais peu entretenus. Ielena avait tout de même été surprise par ses grands yeux, d'un noir si profond qu'ils avaient quelque chose d'étonnant. Aucune étincelle n'y brillait, comme si aucun espoir ne l'habitait. Le teint quelque peu cireux, Rogue n'avait rien d'extraordinaire. Pourtant, lors de leur rencontre, Ielena avait cru voir en lui quelqu'un d'important aux connaissances sans doute larges. En accord avec son physique, le sorcier avait été relativement froid avec elle. En réalité, il l'était avec tous. Il l'avait simplement salué et échangé quelques phrases polies. Il faisait parti du groupe dans lequel évoluait Valerian. Cet étrange groupe de jeunes mangemorts très proches du mage noir.

Sortant doucement de derrière l'étagère qui la cachait, Ielena s'attarda sur le visage de Rogue. Contrairement à ce qu'elle connaissait de lui, ce jour-là, un rictus de haine se lisait sur ses traits. Il paraissait hors de lui. Face à lui, les quatre hommes donnaient la même impression. Quant à la jeune femme, elle tentait de calmer le jeu, mais sans succès.

- Arrêtez ça tout de suite ! intima cette dernière en retenant le bras d'un de ses compagnons.

- Mais il a osé te traiter de …, s'insurgea celui-ci.

- Sir Potter à la rescousse, quelle belle preuve d'héroïsme ! cingla Rogue, un sourire mauvais découvrant ses dents.

Le dit Potter lui renvoya un regard noir de haine.

- Retire ce que tu as dit tout de suite Servilus ! menaça un autre sorcier du groupe.

Le rictus de Rogue s'accentua, mais Ielena vit clairement une lueur de colère passer au travers de ses yeux à l'entente du surnom. Le mangemort donnait l'impression qu'il allait se jeter à la gorge du sorcier.

D'un geste vif, il sortit sa baguette de sa cape et la pointa sur le groupe.

- Retire immédiatement ça, Black, grogna-t-il.

Ses lèvres étaient agitées d'un tic de colère. Mais face à sa menace, les quatre autres sortir leurs baguettes. Et le silence un instant pesant fut soudain brisé par un gémissement terrifié. Ielena sursauta immédiatement et ses yeux se posèrent sur Roksana. La fillette tremblait de tout son corps, ses yeux agrandis de terreur fixant les baguettes. Son exclamation avait aussitôt attiré l'attention des six autres sorciers. Le regard de Rogue se tourna ensuite vers Ielena, qu'il venait d'apercevoir de l'autre coté de la pièce.

A l'instant même où il posa ses yeux sur la Volonski, son expression se figea. Son rictus disparut et ses sourcils se froncèrent. Sans doute son changement d'attitude attira l'attention des autres sorciers, car ils fixèrent à leur tour ce qui semblait l'avoir calmé.

Les bras croisés devant elle, Ielena ne leur accorda aucun regard. Un drôle de sourire amusé planait sur ses lèvres rouges et ses yeux fixés dans ceux de Rogue paraissaient rieurs.

- Severus Rogue, sourit-elle.

Ielena avait une jolie façon de prononcer son prénom, accentuant les « e » en leur donnant une sonorité presque proche d'un « i ».

- Je ne savais pas que vous aimiez en plus effrayer les enfants…

Un éclat de malice brilla dans les yeux de la Volonski. Sans sourciller, elle le vit lentement baisser sa baguette. Il n'avait prononcé un mot depuis qu'il l'avait aperçu, mais sur son visage elle lisait le mécontentement et également un drôle sentiment. Etait-ce de la honte ? Comme si le fait qu'elle l'ait vu aussi furieux n'ait brisé le tableau froid qu'elle s'était faite de lui.

- Demoiselle, salua-t-il en serrant les dents.

A l'évidence, il aurait tout donné pour croiser quelqu'un d'autre qu'elle ce jour-là et cette simple salutation paraissait avoir été difficile à prononcer. Totalement insensible aux regards surpris que les six autres sorciers lui accordaient, la jeune femme descendit les quelques marches et alla jusqu'à Rogue.

Pince sans rire, elle lui accorda un sourire moqueur.

Soudain, Roksana qui tremblait toujours se jeta dans ses jambes, des larmes brillant dans ses yeux bleus.

- Calme-toi mon ange, murmura Ielena en russe tout en s'agenouillant devant elle. N'ai pas peur, je suis là.

Evidemment ! Les baguettes l'avaient terrorisée, lui rappelant la scène de St Pétersbourg. Comment aurait-il pu en être autrement ? Patiente, Ielena l'entoura de ses bras et caressa les boucles blondes.

- Je suis vraiment désolée pour ce qui vient de se passer…

Ielena sursauta et releva la tête. Devant elle, la sorcière paraissait mal à l'aise. Rousse, ses cheveux semblaient une véritable crinière de feu et la Volonski fut également frappée par l'éclat incroyable qui brillait dans ses beaux yeux vert. Leur couleur émeraude semblait la plus pure qu'il fut.

Sans détacher Roksana de ses jupes, Ielena se releva et lui accorda un doux sourire.

- Ce n'est rien, fit-elle en reprenant l'anglais.

Derrière la sorcière rousse se tenaient ses quatre compagnons. Ils semblaient à la fois gênés mais aussi surpris par Ielena. Sans doute celle-ci les aurait-elle plus détaillés si un crac sonore ne s'était pas fait entendre à ce moment-là. D'instinct, Ielena tourna brusquement la tête vers la porte de la librairie. Treska se tenait là, courbée dans une profonde salutation.

- Jeune maîtresse, votre père réclame votre retour immédiatement.

Le visage pâle de Ielena perdit aussitôt toute trace d'une quelconque couleur. D'un geste, elle attrapa les mains de ses sœurs.

- Dis-lui que j'arrive.

L'elfe s'inclina une nouvelle fois et disparut aussi rapidement qu'elle était arrivée.

Son cœur battant à tout va, Ielena se précipita vers la caisse, déposa ce qu'elle devait au magasin sur le comptoir puis se dirigea vers la sortie. Soudain elle s'arrêta. Tout venait de se passer en quelques secondes. Masquant avec difficulté son visage paniqué, elle se tourna vers Rogue et les cinq inconnus et les salua d'un signe de tête poli. Ne jamais oublier les bonnes manières. Puis elle pressa les deux fillettes devant elle et quitta la boutique, les plumes de son chapeau caressant le haut de la porte.


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