Voilà enfin le chapitre six, tant attendu.
Je m'excuse humblement pour ce retard, à l'évidence mes vacances sont toujours plus chargées que ce que je m'imagine...
Quoi qu'il en soit, j'espère que ce chapitre sombre vous plaira, il fut assez difficile à écrire mais finalement j'en suis très contente.
Alors, pour vous comment avance l'histoire ? Et Voldy est comme vous l'imaginiez ? Ielena n'est pas si parfaite finalement, non ?
Bonne lecture !
L'elfe, à votre service ;)
Un merci particulier à :
La Silvana
Aulandra17
Ari (333)
Elaya
Aline
xKaay
lilichoco
Aschen
Sally
Tagada384
Un immense merci à toutes pour votre soutien et vos si gentils commentaires qui me motivent bien à vous poster la suite le plus vite possible !
спасибо à vous toutes ^^
Chapitre six
Crépuscule
Comment expliquer la terreur que ressentait Ielena à ce moment précis ? Jamais au cours de sa vie la Volonski n'avait été aussi pétrifiée. Il lui semblait que des bras invisibles s'accrochaient à son corps pour l'empêcher d'avancer. La seule chose qu'elle pouvait encore percevoir dans le silence était les battements désordonnés de son cœur. Ses oreilles étaient depuis longtemps devenues sourdes, comme recouvertes de coton. Malgré la mante de fourrure qui la recouvrait, un courant d'air glacial s'insinuait dans son dos, glissant entre ses omoplates, puis remontant sur la nuque.
A ce stade là, ce n'était plus de la terreur, c'était bien au-delà. Comme si elle avait fait face à des milliers de Détraqueurs. Son corps entier avait adopté une rigidité cadavérique incroyable, et Ielena était certaine que même si elle l'avait voulu, elle n'aurait pu bouger le moindre de ses membres. Son cerveau ne répondait plus, ne lui obéissait plus.
Elle ne savait même pas par quel miracle de la nature elle arrivait encore à mettre un pied devant l'autre et à marcher à la suite de son père. C'était comme automatique, comme si une autre force était à l'œuvre afin qu'elle suive Nikolaï. Une voix hurlante à l'intérieur de sa tête la suppliait de partir, de transplaner bien loin. Etait-ce son instinct de survie ? Elle ne savait le dire, mais sentait tout à fait se doigts geler et sa bouche devenir sèche comme un désert.
Elle avait l'étrange impression d'être devenue folle, que soudain quelqu'un l'avait plongé dans un monde différent du sien. Etait-ce bien son père, à quelques pas devant elle qui l'amenait dans un lieu qu'elle imaginait déjà maudit ? Une envie de vomir la saisit brusquement, et ce fut avec difficulté qu'elle évitât de pleurer. Qu'importe si elle semblait faible, plus effrayée encore qu'un animal traqué ! Ielena n'était au fond pas si forte que cela. Jusqu'à présent, le masque imperturbable de son visage avait servi l'illusion, faisant ainsi croire que rien ne pouvait l'atteindre et qu'elle avait érigé autour d'elle une haute enceinte infranchissable. Toutefois, ce jour-là, la muraille commençait à se fissurer, la peur coulait entre les fondations, s'incrustait dans les minuscules failles.
Comme une noyée, Ielena prit une brutale inspiration. Ses yeux paniqués regardaient autour d'elle, puis se fixèrent sur la sombre bâtisse qui la surplombait à la manière d'un oiseau de proie. Que n'aurait-elle donné à cet instant pour se trouver ailleurs ?
Sans pouvoir s'en empêcher, elle se stoppa brutalement et laissa son regard courir sur la façade austère et ancienne qui paraissait mangé par le temps. Même si elle détaillait le moindre détail avec hébétement, Ielena avait la sensation de ne rien voir. Comme si elle avait été aveugle, elle n'arrivait pas à assimiler ne serait-ce qu'un détail de l'endroit tant la peur paralysait son esprit.
Depuis qu'elle était revenue précipitamment de Londres avec ses sœurs, Ielena ne parvenait plus à penser de manière raisonnée. Au début, elle avait cru que son père ne voulait tout simplement pas qu'elle parte aussi longtemps du manoir Malfoy. Mais quand elle avait regardé l'heure, elle avait remarqué qu'elles ne s'étaient absentées que deux heures à peine. Heureusement pour elle, son alibi tenait la route car elle avait passé un moment chez Mme Guipure, à essayer vestes et robes.
Pourtant, quand elle avait pénétré dans le salon, époussetant sa veste pour enlever des particules de suie, elle avait aussitôt remarqué le regard lourd de ressentiment que lui avait adressé sa mère. De même, elle avait très bien noté la présence de son père et la mine à la fois sombre et calculatrice qu'il arborait. A peine l'avait-elle vu que Ielena avait senti que quelque chose n'allait pas. Que quelque chose se tramait. Et qu'elle en était la principale victime.
« Il te demande » Voilà tout ce que son père lui avait dit. Comme une ombre, Ielena avait longuement fixée son père, statufiée. L'information avait atteint son esprit comme un sortilège Doloris et elle se rappelait nettement qu'une seconde, le sang avait brutalement quitté son visage. Par quel miracle avait-elle réussi à se tenir debout ? Comment Merlin n'était-elle pas tombée évanouie aux pieds de Nikolaï ?
Sans bouger ni parler, elle avait simplement fixé son père, une lueur d'horreur nichée au fin fond de son regard bordeaux. Docilement, comme si elle n'avait été qu'une simple marionnette, elle était montée dans sa chambre, avait laissé Treska la laver, l'habiller et la coiffer puis était redescendue aussi pâle qu'un fantôme. Durant tout ce temps, elle n'avait pas changé d'expression, était restée figée et l'esprit ailleurs. Eteinte et amorphe, elle avait rejoint son père et l'avait laissé la saisir par le bras. Même lorsqu'ils avaient brusquement transplané, elle n'avait pas bronché.
Depuis, elle ne cessait de retourner en boucle ce que lui avait dit Nikolaï. Il te demande. En réalité, elle n'avait à aucun moment eut un doute sur l'identité de celui qui voulait la voir. Comment aurait-elle pu d'ailleurs ?
Un nouveau frisson la secoua toute entière comme un arbre balayé par un vent d'automne. Etait-il bien sage pour elle de suivre aussi docilement son père sans protester ? Un instant, elle eut moins peur de la colère de son père que de lui.
- Eh bien ?
La voix de Nikolaï claqua furieusement et Ielena releva la tête avec un sursaut brusque. En haut d'une volée de quelques marches noires, son père patientait, le regard acéré. S'appuyant sur sa canne à pommeau d'argent, il attendait sa fille avec l'air de quelqu'un n'aimant gère qu'on le mette en retard.
- Vas-tu monter ici ou dois-je t'ensorceler ? menaça-t-il en lisant la peur sur le visage de la jeune femme.
Celle-ci tacha la seconde suivante de reprendre son masque imperturbable et se maudit intérieurement. Il ne fallait jamais que son père puisse lire en elle, il en allait de sa propre survie. Surtout si ce qu'il lisait était de la peur.
Dans une brusque tentative de masquer sa terreur, la jeune femme se mordit férocement l'intérieur des joues et serra les poings à s'en faire mal. Elle n'avait pas le choix ! Non sans réfréner une nouvelle envie de fuir, elle monta prestement les marches et se retrouva à ses côtés. Observant une attitude de parfaite petite sang pur, et avant tout de fille Volonski, elle garda les yeux baissés face à lui, humble.
- Je ne peux aller plus loin. Tache de nous faire honneur.
A mesure que parlait Nikolaï, Ielena agrandissait les yeux sous la peur. Il allait l'abandonner là ? Le souffle court, elle voulut hurler, le supplier de rester avec elle. Un instant elle songea qu'elle aurait été prête à se jeter à ses pieds pour qu'il ne l'abandonne pas.
- Une fois entrée ici, tu seras seule. Ton nom ne voudra plus rien dire face au maître. Et ne fais rien qui puisse nous porter préjudice, suis-je bien clair ? Finit-il de l'avertir.
A l'aide du pommeau de sa canne, il releva le menton de sa fille. Ses yeux d'aigle rencontrèrent ceux de Ielena et celle-ci manqua de verser des larmes. Sa gorge malmenée par l'étau qui l'enserrait, la jeune femme oublia de respirer pendant de longues secondes.
- Je compte sur toi.
Sous le choc, Ielena ne bougeait plus. Ce n'est que lorsqu'elle entendit un crac familier qu'elle reprit sa respiration avec l'attitude d'une noyée au bord de la mort.
- Père…
Son murmure lui échappa craintivement, comme une supplication désespérée. Et en haut des marches sombres, seul le silence lui répondit. Son père avait disparu.
OoOoOoO
D'ordinaire calmes et bordés d'un dédain à peine dissimulé, les yeux de Ielena étaient cette fois plus grands, exorbités sous la terreur. L'homme qui la guidait depuis son entrée dans la sombre demeure venait d'ouvrir une immense porte à l'aspect lourd et massif. Droite et tremblante dans sa mante noire, la jeune femme réprima difficilement un hurlement en découvrant la pièce qui lui faisait à présent face. Si Ielena avait un jour douté de l'existence de l'enfer, il lui sembla qu'on venait de l'y précipiter sans remord ni hésitation.
A peine la porte avait-elle été ouverte qu'une odeur pestilentielle assaillit ses narines en faisant bondir son estomac. C'était atroce, piquant, comme l'odeur de la charogne. Il fallut à la Volonski toute sa volonté pour ne pas rendre ce qu'elle avait mangé quelques heures plus tôt. Ce court laps de temps permit à son regard de s'habituer à la pénombre qui régnait dans la pièce. A l'évidence vaste, construite toute en longueur, il y régnait une atmosphère étouffante, emplie de souffrance et d'agonie. Les fenêtres étaient masquées et une lourde fumée grisâtre demeurait, comme les lambeaux d'une brume matinale. Le centre de la pièce était plus bas de quelques marches, lui donnant un air d'arène de cirque.
Combien étaient-ils de sorciers dans cette pièce ? Ielena discernait à peine leurs visages mais entendait très nettement leurs rires malsains. Derrière ces bruits-là monta brutalement un cri déchirant qui la glaça toute entière sous la surprise.
Brutalement, et la tirant de ses démons silencieux, la jeune femme sentit qu'on lui tapotait l'avant-bras. Muette, elle se tourna vers son guide qui lui indiqua d'un geste impératif le fond de la salle. Puis il disparut en refermant la porte dans un grand bruit sourd. Désemparée, Ielena déglutit difficilement.
La pièce venait brutalement de devenir silencieuse.
Lorsqu'elle cessa de fixer la porte et reporta son attention sur la salle, elle sut immédiatement pourquoi le silence venait de tomber. La fumée s'était étrangement dissipée, permettant à la Volonski de reconnaitre la plupart des sorciers qui lui faisaient face. Et qui la fixaient avec attention.
Tous faisaient partis des favoris du Lord. Beaucoup avaient leur baguette sortie, et Ielena comprit très vite pourquoi. Au bas des marches, au centre de la pièce, trois silhouettes recroquevillées gisaient dans une véritable mare de sang. Le pourpre glissait comme des centaines de fleuves sur les dalles grises du sol, éclaboussait les murs. Le nez plissé et les lèvres blanches de dégout, Ielena regarda longtemps les trois corps malmenés. Un seul bougeait encore, tout son être agité de convulsions désespérées, la tête caché sous ses bras dans une veine tentative de protection. Ses pleurs n'avaient droit comme réponse qu'aux rires des mangemorts qui le surplombaient.
Au fond de la salle, comme insensible à ce qui se déroulait devant lui, le Lord faisait lentement tourner sa baguette autour de ses doigts, perdu dans ses pensées. Pétrifiée, Ielena le vit lever la tête vers elle, tandis qu'un sourire sardonique étirait ses lèvres inexistantes.
- Ah, en voilà une surprise, vraiment ! sourit-il innocemment en brisant le silence.
La jeune femme sentit un filet de sueur froide glisser sournoisement dans son dos et elle eut grand mal à réprimer un frisson. On venait de la jeter dans la gueule du loup.
Les mangemorts s'étaient pour la plupart relevés et fixaient la Volonski avec attention. Celle-ci vit briller les dents de certains qui souriaient, presque hilares. Merlin, qu'avait-elle bien fait pour mériter qu'on la pousse droit en enfer ? Son sang glacé dans ses veines, elle sentit le masque froid de son visage se muer progressivement en une expression peureuse et peu rassurée.
- Approche.
L'ordre avait claqué comme un fouet, sifflement immonde qui acheva de la terroriser. Tout en Ielena hurlait, ses sens se débattaient au fond d'elle-même, la suppliant de fuir. Incapable de réagir, elle sentit son corps cesser d'obéir à son bon sens. La tête toujours haute mais le regard fuyant, elle avança.
Quelque chose en Ielena savait que c'était là un test. Qu'il était hors de question qu'elle passe aux cotés de mangemorts. Elle devait elle-même entrer dans l'arène, devenir la pièce maitresse de cette représentation. Elle avancerait au milieu des rigoles de sang, marchant au travers des cadavres et de la désolation. Elle le savait. Le maître lui ferait endurer cette épreuve avec délectation. Il la regarderait du haut de son fauteuil, admirerait la panique prendre le dessus sur sa volonté.
Le visage blanc de Ielena n'avait jamais été si pâle. Muette, ses yeux fermement accrochés dans ceux du Lord, elle tentait obstinément de ne pas regarder à ses pieds. Qu'importe si elle devait brûler sous l'intensité mortelle de ce regard. Elle avait suffisamment côtoyé de mangemorts pour savoir que ce qu'ils avaient fait subir aux trois malheureux à ses pieds lui retournerait l'estomac pour de bon. Elle préférait voir les yeux rouges du Lord.
Délicate, ombre fugace, elle passait devant les mangemorts dans un silence religieux, consciente comme jamais de leurs regards sur elle. Elle se fichait de ce qu'ils pourraient penser d'elle. Elle était une Volonski, la précieuse fille de Nikolaï. On ne la craignait pas, mais elle savait impressionner par sa simple présence. Et qu'importe qu'elle soit morte de peur, qu'importe que ses pieds pataugent et glissent dans le sang frais. Qu'importe que sa mante trop longue traine dans l'océan pourpre et laisse derrière elle une marque sanguinolente. Elle ne leur donnerait jamais ce qu'ils voulaient sans doute voir. Elle ne leur offrirait pas ce plaisir. Chez Ielena, la fierté et l'orgueil avaient toujours remplacé le courage et la force.
Dans les yeux bordeaux brilla fugacement une lueur farouche de suffisance. Et le Lord l'aperçut sans doute car un sourire satisfait étirait ses lèvres.
Soudain, et brisant l'échange muet qu'elle avait avec le maître des lieux, un râle de douleur la sortit de ses pensées et on tira brutalement sur sa mante. Désarçonnée, Ielena baissa aussitôt les yeux et rencontra ceux terrifiés d'un jeune homme qui sans doute n'avait pas trente ans. Son visage n'était plus qu'un amas de chaires ensanglantées, immonde bouillie où on discernait avec difficulté ce qu'il restait du nez, et où seul un œil était encore ouvert. Ce qui sembla être une bouche s'ouvrit, trou béant et sanguinolent.
- Aidez-moi…
Ielena sentit un frisson la parcourir toute entière. Cette supplication, cette prière sonna à ses oreilles comme la plainte de milliers de personnes. Le visage inexpressif mais les yeux sans doute trop grands pour ne pas sembler écarquillés, elle vit le jeune homme fixer sur elle un œil plein de désespoir. Il aurait tout donné pour sauver sa vie, pour qu'on l'épargne. Jamais Ielena n'avait vu plus grande terreur et souffrance dans un regard humain. La misère et la détresse de l'homme la paralysait tout entière. Elle n'avait pas pitié. Mais ce qu'elle lisait dans son œil l'horrifiait.
L'air totalement surpris qu'elle affichait sembla étonner le malheureux. Sous ce qu'il restait de ses chairs malmenées, le corps sembla reprendre vie et il se cramponna à elle, tirant sur les pans de la mante noire.
- Aidez-moi, par pitié, geint-il en s'accrochant plus encore.
Une affreuse odeur de putréfaction atteint aussitôt les narines de Ielena qui grimaça horriblement, incapable de parler. Pourtant, en une fraction de seconde, une petite voix dans son esprit lui rappela où elle était et qui l'entourait. Dégoutée, elle repoussa violemment le jeune homme avec son pied. Qu'importe qu'il soit moldu ou sorcier. Elle ne devait pas se montrer clémente, surtout face au Lord et aux amis de son père. Sous son coup, l'homme retomba lourdement à terre dans un gémissement étouffé.
- De quelle pitié parles-tu, immonde créature ? intervint brusquement le Lord.
Sa voix sifflante vibrait de dégout. Pourtant au fond, il semblait s'amuser affreusement de la situation.
- Les bêtes comme toi ne méritent guère la pitié. Et encore moins la nôtre, susurra-t-il en s'approchant.
Ielena vit le prisonnier agrandir son œil, comme si la mort lui faisait face. Il tremblait de façon incontrôlée et se laissa retomber au sol. Gémissant, murmurant des mots sans aucun sens, il tentait de reculer devant le mage, ses mains glissant dans son propre sang.
- Je vous en prie, je vous en prie, pleura-t-il en secouant sa tête dans tous les sens.
Ielena arrêta de respirer. Elle avait déjà vu des meurtres, des tortures. Elle n'avait jamais pu s'y habituer, malgré ce qu'elle laissait croire à ses parents. Toutefois, la façon qu'avait le Lord d'arriver vers le jeune homme fit hérisser ses cheveux sur sa nuque. Une véritable aura pernicieuse planait autour de lui, ses yeux brillaient d'une lueur démente. Il était impressionnant, comme un terrifiant ange de mort.
- Répugnant, commenta-t-il.
Baguette brandie, il pencha un instant la tête sur le côté en dévisageant sa très prochaine victime.
- Tout à fait répugnant, répéta-t-il presque fatigué.
Un éclair vert fusa, illuminant la salle en y découpant des ombres menaçantes. Le corps du jeune homme tomba brutalement au sol, son unique œil fixé dans ceux de Ielena. Elle ne bougea plus, retenant toujours sa respiration en plissant les narines. Non vraiment…elle ne s'habituerait jamais à cela.
OoOoOoO
Les yeux baissés, Ielena songea que fixer ainsi ses mains ne retarderait pas l'échange qu'elle aurait avec le mage. Silencieuse, et ce malgré cette pensée, la jeune femme ne bougea pas et continua son manège, humble. Docile et droite, elle attendait qu'il prenne la parole. Malgré le calme qu'elle avait su retrouver, la jeune femme sentait toujours une petite partie d'elle-même trembler de peur.
Dans la cheminée, un tison explosa brutalement et fut suivi par les craquements du bois dévoré par les flammes. Cette scène, ce silence, lui rappelaient étrangement la discussion qu'elle avait eu avec son frère des jours plus tôt. Elle priait toutefois pour que le sujet de conversation ne soit pas le même, et que la conclusion non plus !
Installé dans un vieux fauteuil de cuir matelassé, le Lord ne cessait de la fixer, immobile. Mains croisées devant son visage, il paraissait en pleine réflexion. Ielena ne savait dire s'il souriait ou non à cet instant précis, trop occupée à paraitre calme. Elle était seule face à lui, désarmée et faible. Même si elle ne connaissait pas la raison de sa présence en ces lieux, elle savait qu'il ne faisait jamais rien au hasard.
Depuis que le jeune homme était mort devant elle, elle avait arrêté de trop penser. Sans hésitation, mais non sans peur, elle avait suivi le mage lorsque celui-ci le lui avait ordonné, et s'était retrouvée ici, dans ce petit salon. C'était un endroit moins oppressant que la grande salle, où ronflait un grand feu de cheminée. Dans les tons vert et argent, le salon était tendu d'une vieille tapisserie à motifs floraux dont les broderies luisaient à la lumière des flammes.
- J'imagine que tu dois te demander pourquoi je t'ai fait venir ? intervint le mage en décroisant les mains.
Un sourire taquin apparut aussitôt sur son visage qu'il pencha légèrement sur le côté, comme pour mieux observer sa réaction. Ielena frissonna.
- Tout comme tu aimerais savoir pourquoi je me suis intéressé à ton cas, nota-t-il.
Ielena releva brusquement la tête. Avait-elle été si faible pour laisser passer ses pensées ? Le Lord avait-il réussi à percer les barrières érigées autour de son esprit ? Les yeux fuyants, la jeune Volonski sentit la panique s'infiltrer dans ses veines.
Le Lord lui, se contenta d'émettre ce qui ressemblait à un rire sec, ses dents blanches découvertes par un grand sourire moqueur.
- Il n'est pas bien difficile de savoir quel genre de questions tu te poses ! Même un sot l'aurait deviné.
Sans la quitter des yeux, il se leva et marcha vers la cheminée.
- Sache que ces deux questions résonnent dans l'esprit de mes mangemorts et de leurs familles. Je les entends aussi nettement que je sens ta peur…
- Je…
- Tu es terrifiée, l'interrompit le mage en s'accoudant au manteau de la cheminée.
Malgré la vérité du propos, la jeune femme se sentit piquée au vif. Relevant pompeusement la tête, elle pensa un instant à lui adresser un regard dédaigneux mais se ravisa en songeant à qui elle faisait face ce soir-là.
- Est-ce si surprenant, mon Seigneur ? demanda-t-elle malgré tout.
- A l'évidence, non.
Il avait dit cela comme une plaisanterie, visiblement ravie de la répartie de la jeune femme.
- Tu m'intéresses.
Ielena sursauta en le voyant si brusquement à quelques pas d'elle. Elle ne l'avait pas vu bouger, ni même entendu. Il avait été plus rapide et silencieux qu'une ombre. Peu rassurée elle eut un mouvement de recul discret. De son côté le mage souriait toujours, d'un énigmatique rictus. Sa révélation sonnait aux oreilles de Ielena comme une menace sous-jacente.
- Certains pensent que c'est pour ce qu'ils appellent…ta beauté ?
Il attendait apparemment qu'elle réagisse, son attention totalement braquée sur elle. Pinçant les narines, Ielena osa une seconde croiser son regard de sang.
- Mais ce n'est pas le cas n'est-ce pas ? glissa-t-elle dans un souffle.
- Ceux qui pensent ça sont de purs abrutis, encore plus dépourvus d'intelligence qu'un elfe de maison, cingla-t-il.
Il affichait à présent un air sinistre qui fit légèrement reculer Ielena. Qu'importe la manière qu'elle avait de le regarder, ce sorcier l'effrayait plus que de mesure, et même lorsqu'elle ne le voyait pas, sa voix était là pour la terrifier à elle seule.
- Je n'ai aucun intérêt pour la beauté, je ne connais pour ainsi dire pas ce mot. A mes yeux il n'a aucun sens ni aucun exemple. Pourtant….
Il siffla le dernier mot en un ignoble murmure qui chatouilla les oreilles de Ielena. D'un mouvement, le mage fut à quelques centimètres d'elle, sa main relevant son visage. Il semblait la scruter comme on admire un objet dans une vieille boutique.
- Pourtant, si j'en crois ce que tous mes hommes pensent avec passion, tu es l'exemple même de la beauté la plus hallucinante qu'on puisse trouver en ce bas monde.
Le pouce froid du sombre sorcier vint se poser sur son menton, comme pour en tester la douceur.
- Seigneur, souffla la jeune femme, plus terrifiée qu'elle n'aurait voulu le montrer.
Un sardonique sourire lui répondit, et le pouce se retira doucement.
- Qu'en dis-tu ? Es-tu de ces femmes dont la beauté pourrait faire trembler un empire ? demanda-t-il curieux en se dirigeant vers son fauteuil.
D'un geste il l'invita à prendre place face à lui. Le souffle court, Ielena obéit non sans remuer la question du mage dans sa tête. L'avait-il vraiment faite venir jusqu'ici pour savoir ce genre de chose ? Se moquait-il d'elle à ainsi la tester ? Comment pouvait-elle répondre à cette question sans risquer de paraître ou trop simplette ou trop modeste. La modestie n'était pas une qualité que Ielena appréciait, car c'était de son point de vu une certaine forme de malhonnêteté.
- Je ne pense pas qu'une femme juste un peu trop belle pourrait faire trembler un empire, répondit-elle en s'asseyant dans le fauteuil.
L'arcade sourcilière du mage se haussa, dans une étrange attitude étonnée.
- Vraiment ? Explique-toi, s'amusa-t-il.
- Une femme comme vous la décrivez n'aurait en aucun cas le pouvoir de faire de grandes choses. A moins qu'elle ne soit également dotée d'une grande malice et d'une certain habilité à parvenir à ses fins. La beauté peut être une arme dangereuse, à la seule condition qu'elle soit ajoutée à d'autres qualités, finit-elle de dire.
Cette conversation commençait à l'intéresser sans que cela ne la surprenne véritablement. Ielena était de ses femmes plus savantes que ce que leur condition et leur attitude ne le laissaient penser. Et parler de femme de pouvoir, de femme allant à l'encontre de ce que pouvait bien dire les préjugés masculins lui plaisait plus qu'il ne fut permis. Encore une fois, c'était son orgueil qui parlait, son orgueil ô combien démesuré.
- Je vois…
Un rire sec franchit les lèvres du mage tandis qu'il la fixait toujours avec insistance.
- Et penses-tu faire partie de cette catégorie de femmes, Ielena Volonski ? murmura-t-il en un sifflement doucereux.
Les joues devenues soudain rouges, la jeune femme leva les yeux vers lui. Rien sur le visage reptilien du mage ne laissait supposer qu'il se moquait ou non d'elle. Elle n'aurait su dire s'il était sérieux. Mais sa question venait de la ramener à la réalité et elle oublia très vite son emportement pour cette conversation qui lui plaisait tant.
Que pouvait-elle répondre ? Non sans serrer ses mains l'une contre l'autre, elle préféra ne rien dire en se contente de regarder obstinément la cheminée.
- Ton frère ne m'a pourtant rien dit quant à tes qualités…, s'amusa le Lord. En réalité il ne s'est jamais attardé sur toi. Pourtant, je me doute qu'il tient beaucoup à toi…qu'en dis-tu ?
- Pourquoi me parlez-vous de Valerian ? laissa échapper la jeune femme.
Visage fermé, elle n'aimait guère, qu'en plus de se moquer ouvertement d'elle, il parle ainsi de son frère tant détesté. Avait-il découvert la profonde haine qu'elle vouait à Valerian, pour en parler avec autant de détachement et d'amusement ?
- Comme je m'en doutais…, laissa-t-il échapper. Les regards que tu adressais à ton frère étaient bien trop éloquents pour que je n'y prête pas attention. Mais oublions cela veux-tu ? Je me fiche bien des liens entre frères et sœurs Volonski, admit-il en agitant la main. Alors, dis-moi…que caches-tu sous ton masque, Ielena ?
Il avait fini de murmurer la dernière phrase, ses deux yeux brillant à la lumière des flammes comme des orbes rougeoyantes.
Pendant de longues années, Ielena se souviendrait de la première conversation qu'elle eut avec le mage noir le plus craint de tous les temps. Elle se rappellerait avec détail la pièce aux teintes froides, le cuir doux et régulier du fauteuil où elle avait pris place. De même que son corps n'oublierait pas la chaleur émanant de la cheminée caressant sa peau. Elle entendrait encore les paroles prononcées, le Lord l'interrogeant sur sa famille, s'amusant devant la fascination qu'elle avait pour ses ancêtres et son sang. Elle le verrait encore afficher un pétrifiant sourire lorsqu'elle mentionna son éducation, sa surprise quand elle avoua ne jamais être allée à Durmstrang.
Mais ce que par-dessus tout elle ne pourrait jamais oublier serait l'horrible impression que cette conversation serait la première d'une très longue série et que le Lord ne comptait pas s'arrêter là. Si ce jour-là elle ne découvrit pas pourquoi il lui accordait un tel intérêt, elle sut qu'il avait une chose bien précise en tête. D'une manière ou d'une autre Ielena était bien consciente qu'elle finirait par lui servir.
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