Attention les yeux, après trois longues années d'absence, je suis enfin de retour.
Évidemment, je ne m'excuserai jamais assez d'avoir délaissé cette fiction, surtout si longtemps, mais j'ai fini mes études et autant vous dire que les trois dernières années furent... extrêmement longues et dures ! Je n'avais plus du tout le temps d'écrire... ni de faire grand chose en fait ! Mais j'espère que malgré tout, il restera quelques anciens lecteurs :)
Donc, ayant fini mes études, sachez que je reprends cette fiction, je vais tacher de me tenir à un chapitre par semaine, ou toutes les deux semaines.
Trève de bavardage, j'espère de tout cœur que vous apprécierez ce chapitre, très long histoire de me faire pardonner. On entre enfin dans la vraie histoire, les choses bougent, et Ielena n'est pas au bout de ses peines !
Bisous à tous et surtout, n'oubliez pas les commentaires pour me donner votre ressenti !
Un merci tout particulier à :
Delplys
CFLM Angel
LaSilvana
Moony'n'Pad'zzz
Aulandra17
Laurine
Tralalalaire
Aline
Vibbes
Ga2898
ylymance
Jiixina
Un très grand merci à vous toutes, j'espère vous revoir dans les commentaires !спасибо à vous tous !
Chapitre 7
Chercher, rencontrer, subir
Le gravier crissait sous ses bottines à talons. C'était là un bruit qu'elle avait toujours apprécié, et à cet instant précis c'était la seule chose qu'elle entendait avec, au loin, quelques cris d'oiseaux. Calme, elle écoutait le satin de sa jupe haute frôler les buis parfaitement taillés qu'elle longeait sans bruit. Un instant, Ielena jeta un coup d'œil derrière elle. Le manoir Malfoy se dressait, menaçant. Mais personne à l'horizon. De tous les endroits calmes de la propriété, le jardin était sans doute celui où elle serait la plus tranquille. Personne n'y venait jamais, encore moins en ce tout début de printemps où il faisait encore frais.
Reprenant sa route, elle posa mécaniquement sa main sur sa poche de veste. Sous le tissu, elle sentit la forme longiligne de sa baguette et s'en trouva rassurée. Elle qui pourtant n'utilisait cet instrument que rarement commençait à le trouver indispensable. La jeune femme en était arrivée à un stade où il lui semblait en permanence être suivie ou surveillée. Depuis sa longue discussion avec le mage noir, un désagréable sentiment de peur ne la quittait plus vraiment. Chaque nuit elle se réveillait en sursaut, persuadée que derrière la porte de sa chambre l'attendait son père. Persuadée qu'une nouvelle fois, Nikolaï allait l'emmener dans ce sinistre château et la lâcherai sans remord dans ce nid de vipères assoiffées de pouvoir et de sang. Mais chaque nuit, haletante, elle écoutait et n'entendait que le silence. Son père n'était pas revenu. En réalité elle ne l'avait que peu revu malgré les deux semaines qui venaient de se passer. Comme tous les hommes de leur entourage, son père passait son temps en mission pour le mage noir. Du moins c'est ce que Ielena imaginait. Elle ne risquait pas de demander quoi que ce soit à ses parents sur le sujet.
Frissonnant sous une légère brise fraîche, elle frotta ses mains l'une contre l'autre et quitta le jardin à la française qui entourait le manoir. Plus loin s'étendait le jardin à l'anglaise, immense et semblant bien moins organisé. D'immenses arbres centenaires avaient été plantés ci-et-là, dans une grande étendue d'herbe d'où surgissaient parfois quelques bosquets de fleurs pas encore écloses. Ici, le silence était pesant, presque intimidant. Seul le vent sifflait aux oreilles de la jeune femme, comme des murmures.
Non sans songer un instant à deux yeux rouge vermillon qu'elle craignait par-dessus tout, Ielena réprima un frisson d'angoisse et secoua vivement la tête.
« - Arrête de penser à ça, arrête... ça va aller..., se dit-elle sans être vraiment convaincue. »
Un soupir brusque lui échappa et elle s'appuya contre le tronc d'un chêne pour calmer son rythme cardiaque. Il s'emballait dès qu'elle repensait à cette nuit, et surtout à ce qu'elle impliquait. La jeune femme n'arrivait toujours pas à comprendre pourquoi le mage l'avait faite venir mais toutes les hypothèses qu'elle avait ne la rassuraient absolument pas.
Fermant les yeux pour essayer de se calmer, Ielena se laissa glisser le long du tronc et s'assit dans l'herbe. La tête reposant contre le chêne, elle laissa les bruits qui l'entouraient accaparer son attention. Elle voulait penser à autre chose, arrêter de frémir de peur à chaque seconde.
Après quelques minutes où seul le silence répondait au bruit de sa respiration, Ielena rouvrit les yeux. Au-dessus d'elle, les feuilles du chêne se découpaient dans le ciel gris et maussade. Elles ondulaient doucement sous la brise, émettant une délicate mélodie.
Un peu plus sereine, la jeune femme se redressa en fouillant dans sa poche d'où elle sortit sa baguette. Ielena avait toujours était étonnée par sa baguette, car elle avait des caractéristiques qui auraient dû ne pas convenir à la jeune femme. Alors qu'elle aurait dû être petite, comme la plupart des baguettes de sorciers de niveau moyen, celle de la jeune femme était longue de près de trente centimètres. Faite d'une branche de tilleul argenté, elle contenait un ventricule de dragon. Sensée être capricieuse, la baguette avait été la seule à convenir à Ielena lorsque ses parents l'avaient amenée l'acheter. Son père avait alors dit que c'était là une dépense bien inutile au vu des capacités magiques de sa fille. Mais face à l'air outré de Gregorivitch le fabricant de baguette, Nikolaï avait finalement cédé. De toute manière quelle importance, puisque sa fille n'allait presque pas l'utiliser. Au moins cette baguette avait-elle l'avantage d'être jolie, finit par dire le Grand duc.
Et malgré la haine qu'elle lui vouait, Ielena devait bien admettre que son père ne s'était guère trompé sur le sujet. En près de dix ans, elle n'avait que très peu fait usage de sa baguette. Après tout pourquoi faire? Si pour la plupart des sorciers une baguette était la continuité de leur corps, il n'en était pas de même pour les jeunes femmes telles que Ielena Volonski.
Lors des ses études, elle avait appris à se tenir, à converser, mais certes pas à utiliser convenablement sa baguette et ses pouvoirs. Quel intérêt y avait-il à cela? On lui faisait déjà tout. La cuisine, le ménage. On l'habillait, la lavait. Dans le petit cocon doré où elle avait grandit, pourquoi diable aurait-elle eu besoin d'utiliser sa magie ?
Une fois ses études terminées, Ielena connaissait sur le bout des doigts l'histoire de la magie, le nom des plantes botaniques et les mystères de la divination, mais en ce qui concernait les sorts même les plus simples, c'était un autre sujet ! Lorsqu'elle y repensait, c'était bien là une de ses plus grandes hontes et elle aurait voulu la cacher à tous. A vingt et un an, elle savait à peine maîtriser les sortilèges de base.
Heureusement pour Ielena, le monde dans lequel elle avait évolué jusque là se fichait bien de son niveau magique. Elle n'était là que pour briller. Cependant, elle sentait que son arrivée en Angleterre allait changer les choses et que ce qui jusqu'à présent n'avait aucune importance risquait vite de lui poser problème.
Un grognement agacé lui échappa. Ielena commençait à détester cette partie d'elle. Elle avait l'impression d'être un boulet. Depuis qu'elle avait décidé d'effacer la mémoire de Ella et Roksana, elle n'en dormait plus : comment allait-elle seulement réussir ce sort avec le niveau qu'elle avait ? Tout ce qu'elle risquait était de faire une énorme erreur et elle préférait ne pas songer aux conséquences...
Non sans afficher une moue contrariée, la jeune femme caressa le bois de sa baguette. Elle l'utilisait si peu que parfois, elle arrivait à douter qu'elle soit à elle.
De son autre main, la jeune femme fouilla dans une poche intérieure de son vêtement. Du fond de celle-ci, elle sortit deux minuscules livres. Un sourire ironique s'afficha sur les lèvres de Ielena. Le sort de diminution était bien un des seuls qu'elle arrivait à exécuter. Rendre leur taille d'origine aux ouvrages, là c'était une autre histoire...
Levant sa baguette, elle déposa les deux ouvrage sur le sol. Mieux valait éviter de brûler sa jupe, elle ne savait pas si elle arriverait à la réparer seule...
Quelques minutes plus tard, la jeune femme laissa une exclamation de soulagement lui échapper. Devant elle, les deux livres achetés chez Fleury & Bott deux semaines auparavant avaient finalement retrouvés une taille convenable. Entre temps, la jeune femme avait réussi à brûler l'herbe à cinq endroits différents et un bosquet à deux mètres d'elle était subitement devenu noir comme le charbon.
- J'ai déjà fait pire..., laissa-t-elle échapper en russe.
Seul le cri d'un corbeau lui répondit, ce qui ne manqua pas de lui arracher un sourire. Quelle ironie ! Elle était descendante de la plus puissante famille de Russie, et elle savait à peine défaire ses propres sorts mineurs.
Pendant une heure, Ielena resta dans l'herbe, ses yeux parcourant les lignes des deux ouvrages. Il fallait qu'elle trouve une solution pour ses deux sœurs. Qu'importe le temps que cela prendrait. Après tout, elle doutait avoir autre chose à faire dans les semaines à venir. Tout ce qui comptait était que tout cela reste secret. C'était bien la raison qui l'avait poussée à étudier au fin fond du jardin, là où personne ne risquait de la surprendre.
La jeune femme tourna la page du plus gros des livres et en même temps écrivit quelques annotations sur un morceau de parchemin posé sur ses genoux. Elle n'arrivait pas à comprendre comment choisir le passage précis de la mémoire à effacer. Tout ça lui paraissait si compliqué. Les sourcils froncés, elle relut pour la cinquième fois le passage contenant la solution.
Soudain, un crac sonore résonna juste à coté d'elle. Sous la surprise, Ielena ferma brutalement les ouvrages, un cri aux bords des lèvres, et se tourna vers l'origine du bruit.
- Mademoiselle, Madame votre mère vous cherche, couina Treska, ses yeux brillants fixés dans ceux de la jeune femme.
Une seconde, Ielena resta là, à fixer l'elfe de maison. Ses prunelles étaient devenues aussi immenses qu'effrayantes sous la panique. Elle ne savait pas quoi faire face à la créature au service de ses parents. Mais la colère prit bien vite le pas sur sa peur. D'un bond elle était debout, les livres sous le bras comme si de rien n'était et pointa un doigt furieux sur l'elfe.
- Ne me refais plus jamais une peur pareille ! Tu m'as bien entendue ? hurla-t-elle.
Les oreilles de la petite elfe de maison se baissèrent brutalement. C'était rare que la jeune maîtresse lui parle ainsi. Avec les parents, elle avait l'habitude, sans parler du frère. Mais que Ielena lui parle ainsi n'était pas habituel. Treska, même si elle n'oserait jamais le dire, avait toujours trouvé les trois sœurs bien plus vivables que le reste de la famille. Elle ne put s'empêcher d'afficher son visage le plus triste face à sa jeune maîtresse.
Et bien qu'elle n'ait que faire des elfes de maison, Ielena regretta aussitôt de s'être emportée. Treska n'était en aucun cas responsable de ce qui arrivait. Elle était même plutôt une victime des Volonski. Toutefois, elle ne s'excusa pas. C'était elle la maîtresse. Et le personnage qu'elle s'était créé avec le temps ne disparaîtrait sans doute jamais.
Toujours sous le coup de la surprise, elle fit claquer sa langue, nerveuse. Mécaniquement, elle lissa les pans de sa jupe afin d'enlever une quelconque herbe et se retourna vers Treska. La jeune elfe n'avait pas bougé et attendait, encore tremblante.
- Va dire à ma mère que j'arrive, finit-elle froidement par dire
Une seconde après, l'elfe était partie. Et Ielena sentit qu'elle devenait comme Morozna. Même si elle se savait si différente de sa mère, le personnage qu'elle semblait être restait une parfaite copie de la femme du Duc. Et la jeune femme avait l'impression que ce costume qu'elle portait depuis tant d'années lui collait à la peau. Même si elle l'avait voulu, elle aurait eu grand mal à le retirer.
Non sans regarder une dernière fois le gris opaque du ciel anglais, la jeune russe finit par tourner les talons, ses livres de nouveau bien cachés au fond de sa poche. Elle devrait remettre tout ceci à plus tard.
OoOoOoO
Les flammes vertes s'estompèrent et Ielena sortit de la cheminée. Son visage avait repris une expression neutre, désintéressée. C'était cette même expression qu'elle utilisait en société depuis ses quinze ans. Plus précisément depuis le jour où ses parents l'avaient présentée au grand monde. C'était lors d'un grand bal dans le palais moscovite des Volonski, un 31 décembre. Ce jour-là, la meilleure société de sorciers d'Europe de l'Est était présente. Tous avaient revêtus leur plus beaux atours, bien conscients que c'était précisément là qu'ils devaient se montrer sous leur meilleur jour.
Les bals organisés par les Volonski étaient les plus prisés, les plus exubérants. Et être remarqué par Nikolaï ou son épouse relevait du plus grand honneur. Hors, ce soir là, c'était bien la présentation de la jeune Ielena qui animait toutes les conversations. Bien que deuxième enfant du couple Volonski, elle restait un parti ô combien intéressant et les discussions étaient allées bon train jusqu'à l'arrivée de l'adolescente.
Et l'impression qu'elle avait laissé ce soir-là était gravée dans les esprits des sorciers présents. La jeune Volonski était apparue comme la plus délicate des sorcières de quinze ans, dans une incroyable robe blanche autant complexe qu'elle semblait simple et délicate. Mais après cette première impression, les sorciers avaient surtout retenu l'air glacial qu'elle affichait. Ses yeux étaient plus froids que ceux de sa mère. Elle semblait évoluer dans un monde différent de celui des autres, imperturbable et désintéressée. Les sorciers eurent l'impression d'être de vulgaires insectes devant ses prunelles sombres, et la réputation de Ielena commença à se construire ce jour-là. Rares furent les sorciers à oser lui parler lors de ce bal.
Perdue une seconde dans ces anciens souvenirs, Ielena reporta son attention sur la pièce dans laquelle elle venait d'entrer. C'était un vaste salon aux tapisseries sombres et chargées où évoluaient une quinzaine de sorciers, plus particulièrement des femmes. Certaines d'entre elles s'étaient installées dans les fauteuils de la pièce et discutaient avec animation. Le décor était riche, le parquet ancien parsemé d'épais tapis aux teintes vertes et noires. Entre les sorcières des elfes de maison déambulaient, de lourds plateaux d'argent posés sur leur petites têtes. Affairés à servir tasses de thé et gâteaux, ils semblaient prendre gare à éviter une imposante dame vers laquelle se dirigeait Belvina Malfoy. Sans un regard pour sa mère, Ielena la suivit.
Malgré tout, la jeune russe aurait tout donner pour éviter ce thé. Cela faisait déjà deux fois que Belvina les invitait à l'accompagner chez une de ses plus proches connaissance, une certaine Mrs. Black. A chaque fois, heureusement, Morozna avait rejeté l'invitation, sans prendre la peine d'inventer une excuse. En réalité, la duchesse détestait cette société anglaise. Et elle n'avait aucune intention d'entrer dans le club fermé des femmes sang pur britannique. Pour tout dire, cela la faisait mourir de rire.
Cependant, après deux refus, Ielena avait jugé bon de glisser à sa mère qu'une sortie ne leur ferait pas de mal. Non sans ajouter qu'il serait bon de montrer à ces sorcières d'Angleterre ce que signifiait le bon goût. Étonnement, cet argument-là avait convaincue la duchesse. Elle n'allait pas dire non si elle pouvait de nouveau étaler l'élégance de ses tenues devant ces sorcières!
- Walburga ! Pardonne-nous ce retard, s'exclama Mrs Malfoy.
Face à elle, la sorcière brune que Ielena assimilât à leur hôte eu un drôle de sourire crispé. Installée dans une chaise qui semblait menacer de céder sous le poids de la sorcière, la dénommée Walburga croisa de petites mains potelées aux ongles acérés sur sa robe.
- Ne te fais pas de bile, chère Belvina. Nous venons tout juste de commencer à servir le thé, glissa la sorcière.
Muette, Ielena se permit une seconde de la dévisager avec plus d'attention. Elle ne se rappelait pas l'avoir vue chez les Lestranges, quelques semaines plus tôt. Mrs. Black était une femme de haute stature, dont la taille avait dû s'épaissir avec les années. Ielena ne lui donnait pas plus de soixante ans, pourtant elle avait le visage marqué d'une femme bien plus âgée. Sa peau ressemblait à du parchemin jauni par le temps et ses joues tombaient, comme alourdies par les ans. Les petits yeux, bien qu'entourés de larges cernes scrutaient tout ce qui l'entourait avec une attention farouche, et avaient une étonnante couleur sombre. C'était un gris très profond, insondable, qui surprit Ielena. La lippe molle et naturellement amère, elle avait de longs cheveux grisonnants ramené en une coiffure épaisse sur la nuque. En réalité, Mrs. Black ne pouvait pas être qualifiée de laide, seulement, sa jeunesse passée, elle était devenue peu agréable à regarder.
Pour tout dire, la première impression qu'eut Ielena fut que cette femme forte cachait sans doute plus de dangers qu'elle ne le laissait penser de prime abord.
- Ah et je vois que tu es venue accompagnée. Finalement...
L'onyx de ses yeux rencontra brutalement le bordeaux de ceux de Ielena. Il y avait dans ces orbes une sorte d'amusement à peine dissimulé, comme si le fait que les Volonski viennent enfin chez elle la fit rire. Mais silencieuse, elle se contenta de fixer la jeune femme, attendant à l'évidence une réaction de sa part.
A peine surprise, la jolie russe sortie de l'ombre de Belvina et lui accorda un salut soigné, comme une petite révérence.
- Mrs. Black. Je vous prie de nous pardonner de ne venir vous visiter qu'aujourd'hui, et vous remercie pour cette invitation. Ma mère et moi en sommes très touchées, l'assura Ielena dans son plus bel anglais.
La sorcière britannique ne dit mot pendant quelques instants, puis accorda un salut muet à Morozna qui se tenait plus loin. Celle-ci répondit d'un signe de tête et sans demander son reste partit s'asseoir avec Mrs. Lestranges. Ielena songea que sa mère devenait de plus en plus impolie malgré l'image qu'elle voulait donner...
- De rien ma chère, répondit Walburga en reportant son attention sur la jeune femme. Belvina me parle beaucoup de vous depuis quelques semaines, Miss, et j'avais hâte de faire votre connaissance. Vous parlez un anglais absolument parfait.
- Je vous remercie, j'essaye autant que possible d'effacer mon accent, s'excusa Ielena.
Walburga eut un geste impatient de la main, comme si elle voulait chasser un insecte invisible.
- N'en faites rien, c'est délicieusement exotique à entendre.
- N'est-ce pas ? Rit Belvina. Notre amie Ielena est de la plus charmante des compagnies, j'ai hâte qu'elle nous parle encore de ces fêtes qu'ils organisent en Russie.
Non sans qu'un sourire amusé n'anime son visage revêche, Mrs. Black hocha la tête et les invita à s'asseoir avec elle. Sans qu'elle sache vraiment pourquoi, Ielena songea de nouveau que cette femme cachait bien ses réelles intentions et qu'elle semblait dissimuler derrière son sourire un plan bien défini. Tout semblait calculé avec elle.
OoOoOoO
Une heure s'était écoulée depuis leur arrivée chez les Black. Même si elle avait réussit à paraître aimable durant leur discussion, Ielena était tout de même ravie de pouvoir enfin quitter Belvina et Walburga, et les laissa à leur conversation.
Silencieuse, elle passa devant plusieurs groupes de sorcières non sans les saluer, et s'installa plus loin. Face à l'une des hautes fenêtres du salon, sa tasse de thé à la main, la jeune femme se hasarda à regarder au travers de la vitre. Dehors, le ciel d'Angleterre était comme très souvent d'un gris clair. Les nuages se faisaient rares mais Ielena ne pouvait s'empêcher de trouver ce climat peu commode. Il faisait certes moins froid qu'en Russie, mais elle n'en pouvait plus de ces journées maussades où le soleil semblait se cacher délibérément.
Ses yeux quittant le ciel, elle se rendit compte de l'endroit exacte où se trouvait la maison Black. Car ils n'étaient certainement pas en pleine campagne, aussi surprenant que cela lui parut. Dehors, les toits s'élevaient à l'infini, sur des kilomètres sans doute. La demeure paraissait être située en pleine ville. Était-ce Londres ? Ielena fronça les sourcils. Elle avait très peu l'habitude de voir des maisons de sorciers en ville.
« - Dans une ville pleine de moldus..., remarqua-t-elle. »
En effet, la fenêtre devant laquelle elle se tenait donnait sur une place de petite taille, où jouaient quelques enfants. Surprenant le ballon rouge dépourvu de magie qu'ils se passaient en riant aux éclats, la jeune femme n'eut aucun mal à comprendre qu'aucun d'eux n'étaient sorciers. Depuis son perchoir, il lui semblait deviner leur rires, et cela l'empêcha sans doute de penser qu'elle méprisait les créatures non magiques. Après tout, ce n'était que des enfants.
Portant la tasse à ses lèvres, Ielena songea une seconde à ses deux jeunes sœurs restées au manoir Malfoy. Au moins Treska veillait sur elles. La jeune femme avait déjà envie de rentrer et de les retrouver. Elles étaient bien la seule chose qu'elle chérissait. Au fond d'elle-même, Ielena savait pertinemment que c'était l'amour qu'elle leur portait qui l'empêchait de sombrer. En elles, elle s'était découvert un but, et les préserver au maximum de la folie de leur monde lui paraissait la plus importante des taches.
Un groupe de deux sorcières sortant d'une pièce adjacente attira soudainement l'attention de la jeune femme. Reposant la tasse dans sa soucoupe, Ielena sentit sa curiosité piquée au vif et décida d'aller voir cela de plus près. Le bruit des conversations du salon commençait à la fatiguer plus que de mesure, et elle songea qu'elle avait besoin de calme. Toutes ces sorcières qui ne faisaient que piailler lui donnaient mal à la tête. Non sans jeter un dernier regard à sa mère qui discutait avec Mrs. Lestranges, Ielena quitta l'embrasure de la fenêtre.
La pièce voisine était un salon de plus petite taille, très probablement utilisée par la famille dans leur quotidien. Ielena laissa un moment ses yeux parcourir les très nombreux objets insolites qui habitaient les vitrines. Il y avait là toutes sortes de choses, de la vieille cuillère en argent aux pipes aux formes extravagantes, en passant par une belle quantité de vieux ouvrages défraîchis. Amusée, Ielena s'intéressa vite à une vieille boîte à tabac en argent massif, dont le couvercle s'ouvrait et se fermait vivement dès qu'elle s'approchait. A l'évidence, il avait dû subir un mauvais sort et mourrait d'envie de mordre les passants inattentifs.
Finissant par s'en désintéresser, Ielena sentit son regard s'attarder sur un détail de la tapisserie. C'était le portrait d'une sorcière, avec en-dessous son nom brodé de fils d'argent. Étonnée, la jeune femme leva la tête et fixa le reste de la tapisserie. Elle n'y avait pas pris gare en entrant, mais tout un mur de la pièce était couvert de ce qu'elle assimila très vite à un gigantesque arbre généalogique. Cette information parvenue dans son esprit, il n'en fallut pas plus à la jeune femme pour s'y intéresser de près. Curieuse, elle laissa ses yeux parcourir les quelques centaines de noms. Les plus anciens, de ce qu'elle put lire, remontaient au Moyen-Âge. Tout en haut, sous un blason à trois corbeaux, était écrit « La très Noble et très Ancienne famille Black » ainsi que la devise « Toujours pur ».
Ielena faillit laisser échapper un rire. Cette devise familiale lui rappelait étonnement celle des Volonski...
- Korolevskaya i chisto, récita-t-elle pour elle-même avant de traduire. Royal et Pur...
Finalement, aucune des familles n'avait d'imagination. La jeune femme manqua d'en rire tant ces phrases lui semblaient tout à coup absurdes et bien prétentieuses.
Tout à coup, la porte à double battant sur sa gauche s'ouvrit à la volée. Les yeux bien plus grands qu'ordinaire, Ielena aperçut un jeune homme de haute stature entrer et la découvrir. Il semblait presque plus surpris qu'elle, et pendant un moment aucun d'eux n'ouvrit la bouche, trop occupé à fixer l'autre dans le blanc des yeux.
Puis, remuant brusquement la tête comme pour se remettre les idées en place, le jeune homme passa tout à fait la porte et entra dans la pièce.
- Excusez-moi, je ne voulais pas vous faire peur. Je pensais qu'il n'y aurait personne ici, finit-il par lâcher.
Ielena ouvrit la bouche pour répondre quand le visage de son interlocuteur lui revint en mémoire. Fronçant imperceptiblement les sourcils, elle parvint enfin à le situer. C'était l'un des jeunes hommes évoluant autour du Lord noir. L'un des condisciples de Valerian. Elle se rappelait l'avoir entraperçu lors de la première soirée chez les Lestranges.
Le jeune homme dût très probablement comprendre son regard, et soudain il parut encore moins à l'aise. Du haut de son mètre quatre-vingt, il avait belle apparence, même si quelque chose paraissait l'inquiéter presque continuellement. Très brun, les cheveux coupés aux oreilles et ramenés en arrière, il possédait un visage bien dessiné modelé par des traits aristocratiques. Ses yeux gris plongés dans ceux de Ielena, il semblait ne plus savoir que faire devant le mutisme de la jeune femme.
- Ce n'est rien, termina-t-elle enfin de dire. Je suis désolée si ma présence ici n'est pas polie...
Elle était sincère et sans doute le remarqua-t-il car un sourire finit par illuminer doucement son visage.
- Je suis Regulus. Regulus Black, enchanté, acheva-t-il dans un salut poli. Et ne vous inquiétez pas, vous pouvez rester. Les amies de ma mère viennent rarement ici, c'est tout.
- … vous êtes le fils de Walburga ? Déduit-elle en reportant son attention sur la tapisserie.
Regulus hocha du chef, un sourire cette fois-ci tout à fait franc sur les lèvres.
- Oui. Et vous, vous êtes la fille du comte Volonski n'est-ce pas ?
- Ielena, précisa-t-elle. En effet, je suis sa fille. Nous nous sommes déjà croisés, il y a quelques semaines.
Dans ses yeux sombres, elle crut tout à coup voir passer un éclair. Était-ce de la peur? Elle ne sut le dire mais à l'évidence, le jeune homme en perdit quelque peu le sourire. Il paraissait s'être raidi. Une seconde, il demeura silencieux avant de se rapprocher d'elle.
- Jolie tapisserie n'est-ce pas ? Glissa-t-il de nouveau rieur.
Quelle belle manière de changer brutalement de sujet. Ielena manqua d'en être déstabilisée. Mais finalement, cela lui convenait si ils évitaient les sujets tournant autour du mage noir... elle était même la première ravie!
- Est-ce l'arbre généalogique de votre famille ? Se hasarda-t-elle à demander.
- Absolument ! Tous les membres des Black sont ici, expliqua-t-il en balayant la tapisserie de la main. De nos plus lointains ancêtres jusqu'à la dernière génération. La mienne et celle de mes cousines.
La main du jeune homme se posa près de ce qui ressemblait à son portrait. Son nom, Regulus Arcturus Black, avait été inscrit d'un fil d'argent. D'après la date indiquée pour sa naissance, Ielena fut surprise de découvrir qu'il avait vingt-quatre ans. Pourtant, elle lui donnait à peine le même âge qu'elle... Ses manières, bien que polies, étaient celles d'un très jeune homme et il semblait mal à l'aise avec autrui.
Préférant taire cette réflexion, elle aperçut la ramification qui partait de Regulus, comme une branche, et qui allait vers deux sorciers. La femme était à l'évidence Walburga, bien que son portrait la représentât plus jeune. L'homme, sans doute son père, se nommait Orion. Creusant dans ses souvenirs, Ielena fut toutefois certaine de ne l'avoir jamais vu.
Elle allait en faire la remarque quand ses yeux furent attirés par ce qu'elle avait pris jusqu'à présent pour une marque d'usure. Une seconde ramification partait du couple Black, juste au-dessus de celle de Regulus. Mais au bout, il n'y avait non pas un portrait, mais un trou calciné de plus de vingt centimètres.
Le jeune homme dût sentir son regard.
- Toujours Pur. Telle est notre devise. Et malheur à celui qui s'en détourne... Certaines personnes à présent indésirables ont fait ce choix, et nous ne les considérons plus comme de notre famille. Il était de ceux-là, fit-il froidement en désignant la marque carbonisée.
- Pardonnez-moi, j'ai été indiscrète, murmura Ielena.
Le sujet semblait très sensible, et silencieuse, la jeune femme remarqua d'autres brûlures sur la tapisserie. Mais ses yeux restèrent longtemps sur celle qu'elle déduisit appartenir au frère de Regulus. Décidement, Nikolaï n'était pas le seul sang pur à vouloir préserver ce dit-sang intact. L'image de l'assassinat de sa tante, Tatiana, lui revint brusquement en tête.
- Tout va bien ?
Elle sursauta brutalement et releva la tête. Regulus la fixait, interrogatif. Combien de temps était-elle restée plongée dans ses sombres pensées. Reprenant très vite son calme et son détachement habituel, elle lui accorda doucement un demi sourire.
- Excusez-moi. Je pensais à autre chose.
C'est avec une pointe de surprise que Ielena se rendit compte, de longues minutes plus tard, qu'elle et Regulus conversaient depuis longtemps. Étonnamment, elle trouvait cela agréable et n'avait aucune envie de trouver une quelconque pirouette pour cesser leur discussion.
Ils restèrent un moment dans le petit salon à échanger sur leur vie, leur famille. Ielena voyait en lui une réplique d'elle-même, sans doute moins énigmatique mais à l'évidence, le jeune homme possédait une admiration sans borne pour la noblesse de son sang et ses origines. Concernant ses activités pour le mage noir en revanche, elle n'eut aucun mal à comprendre que malgré l'horrible marque noire tatouée sur son avant bras, le sujet lui déplaisait. Même, il paraissait l'effrayer, comme si tout cela était bien trop immense pour lui. Toutefois, Regulus ne pipa mot là-dessus, préférant éviter le sujet de toutes les manières possibles. L'un et l'autre n'abordait aucunement la question, comme si ils avaient fait l'objet d'un immense déni. A dire vrai ce n'était pas vraiment un déni pour Ielena, disons plutôt qu'elle se voilait consciemment la face. Elle en était arrivée à se persuader que tout cela ne la concernait pas, pire encore, qu'elle n'était en rien responsable. Après tout, elle ne s'était jamais vraiment posée la question de savoir si les agissements de sa famille lui plaisaient ou non. Elle n'avait jamais eu son mot à dire, aussi n'y avait-elle jamais vraiment réfléchi. A quoi cela l'aurait-il bien avancée ? …
OoOoOoO
La pluie n'avait pas cessé depuis une semaine. Interdite, Ielena fixait les traînées sinueuses laissées par les gouttes sur les fenêtres. Elle commençait sérieusement à détester ce début du mois de mai. Fallait-il toujours qu'il pleuve autant en Angleterre ? La jeune femme trouvait ça d'un triste ! C'était à en affliger les morts ! Et surtout, cela l'obligeait à rester enfermée dans ce vieux manoir Malfoy, aux cotés de sa mère. Elle aurait pourtant tout donné pour pouvoir éviter cette folle-là, et ne plus subir ses regards lourds de sous-entendus.
Un reniflement de dédain lui échappa et elle reporta son attention sur son secrétaire, devant lequel elle alla s'asseoir. Quelques lettres tapissait le dessus du bureau. Toutes étaient de Regulus. Aussi étrange que cela lui semblait, Ielena et lui avaient entamé une correspondance et il était même venu la voir deux fois au manoir. Même aujourd'hui, la jeune femme était surprise de voir qu'elle s'entendait si bien avec le jeune homme. Il était d'un naturel si avenant, comme un jeune garçon sortant à peine de l'enfance. Et surtout, il était franc. D'une franchise incroyable en comparaison des autres sorciers de leur monde de sang pur. Même si la jeune femme avait du mal à laisser tomber son masque face à lui, il était déjà incroyable qu'elle pût avoir une conversation de plus de cinq minutes avec quelqu'un, alors s'envoyer des lettres et se revoir! C'était au-delà de l'imagination. Mais cette situation lui plaisait.
Elle ne pouvait cacher son impatience de voir arriver son hibou grand duc, une lettre dans le bec. Elle appréciait les conversations qu'ils avaient, simples et toujours polies, mais qui soudain changeaient ses habitudes tellement guindées et inintéressantes.
Regulus avait même rencontré Ella et Roksana. Celles-ci furent bien surprises de voir quelqu'un entrer dans leur petit monde, mais finir doucement par ne plus le craindre. Elles ne lui parlaient pas encore mais restaient là à le fixer, tandis qu'il discutait avec leur aînée. Silencieuses, elles s'installaient aux cotés de Ielena et laissaient la conversation des adultes les bercer, pendant qu'elles jouaient avec leurs jolies poupées.
Quant aux autres adultes, certains semblaient voir cela d'un bon œil, tandis que d'autres l'ignoraient royalement. Les parents Volonski n'y faisaient guère attention, même si Nikolaï semblait se réjouir silencieusement de ce rapprochement. Les plus contentes étaient sans aucun doute Mrs. Malfoy et Mrs. Black, cette dernière bien trop heureuse de dire à ses amies que son fils et la fille Volonski devenaient très proches. Toute raidie de fierté, elle disait à qui voulait bien l'entendre qu'elle espérait voir les choses se concrétiser un jour!
Mais ce sujet-là n'atteignait guère les oreilles de Ielena. Malgré toute son intelligence, elle était bien loin d'imaginer que sa bonne entente avec Regulus puisse donner autre chose que de l'amitié. Déjà que ce dernier mot lui semblait peu concret, en ce qui concernait les sentiments amoureux, il n'était même pas question d'en parler. Elle ne savait pour ainsi dire pas ce que c'était.
Triturant machinalement la dernière lettre de Regulus, Ielena sortit soudain de ses pensées. Dehors, la pluie avait enfin cessé. Le ciel était encombré de gros nuages cotonneux qui courraient à travers la lande, s'y accrochant comme de longs serpents laiteux. Plus loin encore, un petit carré de ciel bleu parvint à s'imposer.
Non sans un sourire, elle ressentit un irrépressible besoin de sortir. Des semaines qu'elle était condamnée à errer dans le manoir. Elle avait besoin d'air... et ses sœurs également.
Aux alentours de seize heures, Ella et Roksana attendaient patiemment leur aînée dans le salon. Docilement assises sur une méridienne sombre, leurs petites jambes battant l'air avec innocence, elles regardaient Belvina lasser une dernière fois leurs petites bottines à boutons.
- Écoutez bien votre sœur, d'accord ? Rappela-t-elle. Il y a du monde à cette heure-ci.
- Oui Mrs. Malfoy, répondit Ella de sa si jolie voix fluette.
Belvina gloussa. Elle s'était tendrement attachée à ces deux adorables enfants blondes, et passait autant de temps que possible à les choyer. Même si Ielena la laissait peu faire, trop protectrice... Elle lui rappelait une louve défendant ses petits, et rares étaient les personnes à pouvoir vraiment approcher des dernières Volonski.
Des pas sur le parquet annoncèrent l'arrivée de Ielena, et les sourires de Ella et Roksana se firent plus grands encore.
- Allons-y, avant qu'il ne se remette à pleuvoir, nota la jeune femme en enfilant de petits gants de soie blanche.
Habillée d'une chemise ouvragée ivoire et d'une très haute jupe bordeaux qui s'arrêtait plus bas que ses pieds, elle avait passé une veste courte en velours noir, dont les manches étaient bouffantes aux épaules et très étroites du coude au poignet. Décidement, Belvina songea que ces toilettes basées sur les modèles de 1910 avaient de quoi faire pâlir d'envie. Même si en Angleterre la mode était plus aux robes de sorciers, elle jugea que cette tendance-ci aurait dû revenir. La tenue faisait à Ielena une silhouette délicieuse, marquant sa taille de guêpe comme si elle avait porté un corset.
Ses longs cheveux noués en arrière en un large chignon de la même époque que la tenue, elle avait passé un magnifique chapeau assorti à la veste où bouffait une multitudes de plumes noirs ainsi que de petites perles de nacre et des morceau de mousseline bordeaux.
Un petit sac accroché à son avant bras, Ielena fit signe à ses sœurs et elles se dirigèrent toutes trois vers la cheminée.
- Vous êtes sûres de ne pas vouloir nous accompagner ? Demanda une dernière fois Ielena à son hôte.
- Non, je vous remercie. Je dois aller voir ma fille, s'excusa Belvina. Profitez bien de la fin d'après-midi.
Les deux petites filles lui adressèrent un dernier sourire, avant que les flammes vertes ne les entourent toutes trois et qu'elles ne disparaissent complètement dans l'âtre de la cheminée.
OoOoOoO
Ielena aimait par-dessus tout les moments suivant la pluie. Il faisait frais et l'air sentait bon l'orage, une drôle d'odeur âpre et puissante qui chatouillait les narines. Avançant d'un pas ferme, ses sœurs accrochées à elle, la jeune femme déambulait parmi une foule dense. Le Chemin de Traverse était empli de sorciers ce jour-là, comme si après la pluie, tout le monde s'était donné rendez-vous à Londres. Même si elle n'aimait guère la foule, la jeune femme s'autorisa un sourire. Cela lui faisait tant de bien de voir d'autres têtes que celles des gens de sa famille ou de leur groupe de connaissances sang pur. A part Regulus, tout les autres lui faisaient horreur. Par exemple, ses deux cousines. Les sœurs Black. Ielena ne pouvait les supporter, malgré toutes les tentatives de la plus âgée, Bellatrix, de se rapprocher d'elle.
Une grimace marque un instant son beau visage quand elle songea à l'air mauvais de Bellatrix. Non...décidément la nièce de Walburga ne lui plaisait vraiment pas.
Stoppant là ses pensées, la sorcière vérifia que Ella et Roksana étaient toujours accrochées à ses jupes.
Malgré un ciel toujours gris, la pluie n'avait pas repris. Installée dans un des salons de thé du chemin de Traverse, Ielena remit une mèche derrière l'oreille de Roksana. Les deux petites filles sirotaient doucement leur thé, non sans jeter quantité de regards autour d'elles. Elles n'avaient guère l'habitude de se trouver dans un endroit comme celui-ci. Il y avait tellement de monde !
Assise près de la grande fenêtre donnant sur la rue, Ielena laissa une seconde son regard s'attarder sur la foule qui y évoluait. Les gens parlaient fort, parfois de grands éclats de rires fusaient. Une femme eut un cri de surprise au milieu de cette foule compacte, et sans doute Ielena n'y aurait-elle pas fait attention si le cri ne s'était pas soudain transformé en d'autres. Et cette fois, c'était des cris d'horreur.
Il y eu un long moment de flottement, sans que personne ne comprenne vraiment ce qui se déroulait. Et puis soudain le ciel fut encore plus sombre, oppressant, et l'air se fit lourd. L'atmosphère était électrique.
Ce fut une série de hurlement qui sortit Ielena de son immobilité. Dans le salon de thé, tout le monde s'était raidit et la foule de la rue se mit soudain à courir en tout sens, terrifiée.
- Lena, qu'est-ce qu'il se passe ? Trembla Roksana.
Il n'en fallut pas plus à la jeune femme pour réagir. D'un bond, elle attrapa ses sœurs et se précipita plus loin dans la salle de restaurant. La seconde suivante, une explosion retentissante la fit tomber au sol, ses sœurs à l'abri de ses bras. Derrière elle, la fenêtre devant laquelle elle se tenait peu avant venait d'exploser, un pan du mur éclaté en un trou béant.
En un instant, ce fut la panique. Les sorciers du restaurant se mirent à hurler et courir en tout sens, la plupart voulant sortir dans la rue. Ielena songea un instant à les suivre quand des éclairs de couleurs brillèrent plus loin. C'était une attaque. Un sentiment d'horreur la glaça toute entière. Elle savait que c'était là les hommes du mage noir, sans doute y-avait-il même son père, son frère ou Regulus parmi les agresseurs.
- Les mangemorts, ce sont les mangemorts, hurla une voix dans la foule.
Un étau enserra la gorge de Ielena, lui broyant le cou. Non sans difficulté, elle se releva et remit ses sœurs debout. Les deux petites commençaient à verser des larmes silencieuses, les yeux agrandis sous la panique. Elles étaient terrorisées.
Mais la jeune femme essaya de ne pas y prêter attention. Il fallait qu'elle réagisse. Les explosions se faisaient de plus en plus brutales et proches. D'un geste, elle saisit ses sœurs dans chacune de ses mains et les força à avancer. Elles passèrent par dessus les tables renversées et les gravats de la salle. Quand enfin elles atteignirent la rue, Ielena s'arrêta une seconde, aux aguets. La foule était moins nombreuse qu'avant mais de nombreux sorciers tentaient encore de fuir, en particulier des familles qui ne pouvaient transplaner.
Ne sachant trop où aller, Ielena serra plus fort les mains de ses sœurs, les deux petites tentant de se cacher dans les plis de sa jupe. Soudain, un éclair fusa et un sort la manqua de peu, mettant le feu à son chapeau. Non sans lâcher un cri, elle le retira d'un geste et se remit à courir droit devant elle sans se poser de question. Ses jambes avançaient comme par réflexe.
Soudain, une petite ruelle apparut à sa gauche et Ielena et ses sœurs s'y engouffrèrent. L'endroit était étroit et sombre mais cela ne les empêcha pas de courir. Ielena tenait si fort les mains de ses sœurs que les petites en pleuraient, mais aucune ne dit un mot, trop terrifiées à l'idée que leur sœur ne les lâche. Autour d'elle, des hurlements et un vacarme assourdissant résonnaient toujours, leur glaçant le sang.
Elles débouchèrent bientôt sur une toute petite place déserte d'où partaient deux autres ruelles. Ielena s'était stoppée une demi seconde pour réfléchir à la direction à prendre quand brutalement, une détonation éclata à l'autre bout de la place, et trois ombres apparurent, toute encapuchonnées de noir. Roksana hurla de frayeur devant leurs masques comme des têtes de mort, et Ielena sortit sa baguette, instinctivement. Dressée devant ses sœurs, elle préférait mourir que laisser ces personnes les toucher.
Un rire sortit de sous une des capuches et les baguettes des mangemorts se levèrent en direction des trois sœurs. Soudainement, un éclair rouge jaillit d'une rue adjacente et l'un des mangemorts fut propulsé sur le mur d'une maison. La seconde d'après ils s'étaient détournés de Ielena et ses sœurs, et quatre sorciers débouchèrent face à eux, baguettes brandis.
- Sales pourritures, cracha l'un d'eux sans cesser de courir.
Et sous les yeux terrorisés des filles, un rude combat s'engagea entre les deux groupes. Les sorts fusaient des baguettes, s'écrasaient contre les murs et brisaient les fenêtres alentours. Cachées derrière un banc, les sœurs Volonski attendaient pour courir à nouveau, mais la bataille semblait ne pas faiblir et faisait rage. En relevant une seconde la tête pour voir ce qui se passait Ielena comprit toute l'ampleur de cette guerre. Car c'en était bel et bien une. Une vraie guerre, avec ses morts et ses ennemis, prêts à tout pour obtenir la victoire.
Une seconde, Ielena songea que les mangemorts n'auraient pas dû les attaquer. Elles étaient les filles de Nikolaï! Malgré la colère sourde qui gronda une seconde en elle, la sorcière comprit vite qu'en dehors du manoir, elles étaient malgré tout sans protection, car dans la rage du combat, quel mangemort aurait pensé à les reconnaître et à les épargner ? D'autant qu'elle n'était pas sûre que tous les sorciers au service du Lord la connaissent.
- Ça va ? Vous n'avez rien ?
Ielena sursauta violemment et maintint ses sœurs dans son dos, baguette sortie. Devant elle venait d'apparaître un jeune sorcier qu'elle crut reconnaître. Mais à cet instant, elle n'aurait su dire qui il était. Le jeune homme la dévisagea de ses beaux yeux d'or liquide, mais leva les mains pour la rassurer.
- Attendez, on ne vous veut pas de mal.
Ielena cligna des yeux et regarda le reste de la place. Les trois mangemorts étaient au sol, soit inconscient soit morts. En réalité elle ne voulait même pas savoir. Seuls les quatre sorciers venus les aider étaient toujours debout.
- Rem', il faut qu'on y aille, l'interrompit un autre. Y-a plus le temps.
Le jeune sorcier allait acquiescer quand une nouvelle détonation se fit entendre dans une rue toute proche.
- Merde, jura l'un d'eux. Ils arrivent ! Et là ils sont pas trois, faut partir !
Il avait finit par hurler et se tourna brutalement vers Ielena et ses sœurs. Cette dernière vit dans ses yeux d'un beau noisette une lueur d'hésitation.
- ... on peut pas les laisser là ! Réagit le quatrième.
- Très bien, on les emmène, termina celui aux yeux marron après un moment de silence. Allez, grouillez.
Comme pour lui répondre, un éclair vert fusa d'une ruelle et éclata au-dessus des filles. Les deux plus jeunes hurlèrent, tétanisée contre les jambes de Ielena. Celle-ci ne parvenait plus à bouger, incapable de réfléchir. Muette, elle vit l'un des sorciers approcher et saisir Ella, sans ménagement, puis disparaître dans un craquement sourd. La seconde suivante, c'était le tour de Roksana et du sorcier aux yeux d'or.
La jeune femme allait enfin réagir, hurler, elle ne savait même pas, quand soudain un groupe de plus de dix mangemorts déboucha sur la place.
Brusquement les deux derniers sorciers, dont celui aux yeux noisette se précipitèrent. D'un mouvement, ils saisirent brutalement Ielena aux coudes, la relevèrent sans ménagement et disparurent avec elle dans un crac sonore. Elle n'eut même pas le temps de leur dire que ce n'était pas ainsi qu'on traitait une Volonski !
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