Hey mes très chers lecteurs ! Eh bien non, ce n'est pas une blague !
Il me faut à l'évidence un an minimum pour écrire un chapitre, oh la honte... Enfin bref ! Je ne m'excuserai jamais assez, mais pardon... j'espère que vous n'aurez pas déserté depuis le temps !
Quoi qu'il en soit, voici un nouveau chapitre, très long ! 8000 mots ! Ce qui est beau c'est que j'ai mis un an à m'y mettre, mais réellement 3 jours à l'écrire... HEM !
J'espère qu'il vous plaira, personnellement j'ai adoré l'écrire, et celui qui va suivre me plait tout autant !
J'espère le poster vite !
Encore une fois n'hésitez pas à donner votre avis, je les lis tous avec attention et bonheur :-) (et ne cachons pas que ça motive pour écrire la suite)
Bonne journée à tous, on se retrouve pour le chapitre 11 ! Pas dans un an, promis :P
Un merci particulier à :
CFLM Angel
Vibbes
Summer Daughter
et l'anonyme Fan de Tsarevna ^^
Спасибо à vous tous !
Chapitre 9 :
Le Cottage du Yorkshire
Non sans difficulté, Ielena retint le soupir dédaigneux qui faillit franchir le seuil de ses lèvres. Les bras croisés, elle ne bougea pas plus que les minutes précédentes, veillant à rester aussi immobile qu'une statue. Seuls ses sourcils et le coin de ses lèvres se fronçaient de contrariété de temps à autre. Mais elle ne pouvait clairement pas afficher un air réjoui, et encore moins imperturbable. Au fond d'elle-même, la jeune femme bouillonnait. Il lui semblait être comme un volcan sur le point d'exploser et de tout détruire de sa fureur incontrôlable.
Le silence était simplement troublé par les discussions vives et animées entre les sorciers présents dans le salon du grand cottage. Droite comme un piquet, Ielena regardait fermement devant elle, se forçant à afficher l'air le plus méprisant du monde sur son visage d'ordinaire bien plus beau. Elle n'avait plus bougé depuis que le sort avait été rompu. De nouveau capable de voir, entendre et sentir, elle s'était contentée de reprendre les mains des fillettes dans les siennes. C'est à peine si elle avait regardé où les sorciers les avaient amenées.
A quelques mètres d'elle, un couple plus âgé discutait avec animation en compagnie du jeune homme aux yeux noisettes. Ielena ne tentait même pas d'écouter leur conversation, sa colère faisant cogner son sang sur ses tempes.
Dans sa main, celle minuscule de Ella trembla une seconde, ce qui réveilla l'attention de la jolie russe. Douce, elle caressa la menotte de sa sœur et poussa un soupir. Non sans jeter également un regard à Roksana afin de s'assurer qu'elle allait bien, Ielena releva finalement la tête. Son visage était toujours peint d'une contrariété exacerbée. Par Merlin, si elle avait su en se levant le matin que sa journée tournerait de cette manière...
Un instant elle songea à sa famille. Avaient-ils déjà été informés de leur disparition à toutes les trois ? Une seconde après, ses yeux se posèrent sur la grosse et ancienne horloge qui lui faisait face, comme pour lui apporter une réponse. Sur le cadran, il était indiqué 21h. Oui, elle était à présent certaine que son père devait avoir eu vent de tout cela. Elle aurait dû rentrer au manoir Malfoy depuis des heures.
A cette pensée, son estomac se serra brutalement, comme si un serpent avait enroulé ses anneaux autour. Ses narines se pincèrent, lui donnant soudain l'impression de s'être transformée en un quelconque animal traqué. Le sang quitta son visage en quelques secondes et sa respiration se bloqua avant de pouvoir atteindre ses poumons.
« - Ils vont lui dire... il va savoir, murmura une voix sifflante dans sa tête. Comment vas-tu pouvoir expliquer tout cela une fois qu'ils t'auront retrouvée ? Ils vont te prendre pour une traîtresse, une indésirable. Ils se débarrasseront de toi... et des fillettes aussi... !»
Les pensées sordides s'enchaînaient, lui parvenaient brutalement sans qu'elle ne puisse l'empêcher. Sous la frayeur, un mince filet de sueur caressa ses vertèbres les unes après les autres et une fine pellicule de transpiration glaça ses tempes.
- ... tout va bien ?
Cette question pourtant bien anodine fit tant sursauter Ielena qu'elle se plaqua par réflexe contre le mur derrière elle. Les yeux comme deux immenses orbes terrorisées, elle rencontra le regard tout à fait surpris de Lily Evans. Celle-ci dû sentir que quelque chose n'allait pas, car elle répéta sa question :
- Miss, tout va bien ?
Ses homologues masculins ainsi que le couple s'étaient rapprochés, alertés par la pâleur cadavérique de Ielena.
Muette, celle-ci fixait la sorcière rousse, incapable d'aligner deux mots. Un instant, elle crut même qu'elle allait vomir. Cette situation ne pouvait pas continuer ainsi. Elle devait partir, rentrer au manoir ! Ou les conséquences pour elle et ses sœurs seraient terribles. Une nouvelle fois, l'image du meurtre de sa tante, Tatiana, s'imprima sur sa rétine, et elle eut grand mal à ne pas gémir de terreur.
- Miss ? Intervint un des jeunes hommes.
- Vous devez nous laisser partir, débita aussitôt Ielena.
Elle se surprit elle-même en prononçant cette phrase. Et même en voyant les visages soudain étonnés des sorciers, elle sentit sa langue se délier, comme si la peur parlait à sa place.
- Vous devez nous laisser partir, répéta-t-elle aussi blanche qu'un cadavre. Vous n'avez aucune idée de ce qu'ils nous feront si nous ne rentrons pas...
Sa phrase se termina en un chuchotement sifflant. Ielena sentait son esprit se fermer, comme si des nuages l'engloutissaient toute entière. Une tache noire grossit progressivement devant ses yeux, en plein milieu de son champs de vision. Elle n'arrivait pas à en définir les contours, pourtant la tache semblait grandir de seconde en seconde, obstruant sa vue. Elle apercevait à peine le salon et les gens qui se trouvaient autour d'elle. L'air n'atteignait plus ses poumons, et ses oreilles devinrent bientôt totalement sourdes. Elle voyait tout juste Lily Evans remuer des lèvres devant elle, sans doute lui demandant pour la troisième fois si elle allait bien.
Ielena mit quelques instants à peine à comprendre que la terreur qui venait de l'étreindre la paralysait. Son esprit était au bord du gouffre. Toute la tension de la fin de journée alliée à celle des derniers mois était finalement sur le point de la submerger toute entière à la manière d'une vague de plusieurs mètres.
Tremblante de peur, elle ne sentait même plus la chaleur sur la peau de ses sœurs. L'instant suivant, elle ne parvenait plus à ressentir la moindre chose. Simplement une monstrueuse terreur qui l'avait glacée toute entière, comme si quelqu'un l'avait plongée dans un lac gelé et la maintenait sous la surface.
Elle vit à peine dans le grand miroir qui lui faisait face l'horrible image qu'elle renvoyait. C'était le reflet d'une sorcière blanche comme la mort, dont les yeux étaient si écarquillés qu'elle en semblait démente. Les dents serrées à s'en faire éclater la mâchoire, Ielena n'entendit qu'à peine sa respiration devenir sifflante. Une seconde après, ses jambes se dérobèrent d'un coup sous elle, et elle s'effondra sur le tapis de l'entrée.
OoOoOoO
Sous ses doigts, les draps étaient chauds, agréables au toucher. L'esprit toujours embrumé, elle s'évertuait à garder les yeux fermés, comme si soudain son esprit avait quitté son corps. Seuls quelques sons lui parvenaient, entrecoupés et discontinus. Il lui était impossible de se concentrer davantage, qu'importait après tout : elle n'avait aucune envie de bouger ou même de se réveiller. Une étonnante impression parvint jusqu'à elle. Il lui semblait être un nouveau né, petit être encore dépourvu de parole et de pensée, seulement sensible à son environnement.
Paupières toujours fermement closes, elle sentit ses doigts bouger doucement. Sans même avoir conscience du reste de son corps, elle perçut de nouveau les draps doux, et par-dessus une couette épaisse, probablement faite dans un coton plus agréable au toucher que décoratif. Elle n'arrivait pas encore à en déduire le poids sur son propre corps.
De nouveau, des bribes de conversations parvinrent à ses oreilles. Tout lui paraissait lointain, comme si les interlocuteurs s'étaient trouvés dans une pièce à l'opposée de la sienne.
- … simplement sous le choc je pense..., fit quelqu'un.
Toujours amorphe, elle ne savait même pas dire si cette voix était féminine ou non.
- Le choc de quoi ? C'est une mangemort, c'est pas comme si quelque chose pouvait la choquer ! Grogna une seconde personne. C'est juste du cinéma oui !
- Je sais encore dire quand quelqu'un présente un véritable état de choc, Sirius ! Et à moins qu'elle sache les provoquer de manière volontaire, cette jeune femme était réellement bouleversée !
Deux soupirs lui répondirent, et il lui sembla entendre un « c'est n'importe quoi ! ».
Si son état avait été différent, probablement aurait-elle grimacé ou simplement réagit à ce qu'elle entendait. Pourtant elle n'en fit rien. Inerte, elle se contentait d'écouter, curieuse comme un enfant. Il y eut un nouveau bruit qu'elle assimila à celui d'une porte qui s'ouvre. Des pas, nombreux, approchèrent.
Un autre bruit lui parvint soudain. Une respiration. Calme régulière. Quelqu'un dormait non loin d'elle. A moins que ce ne fut elle-même … ?
Une pression chaude se fit sur son poignet droit. Ce bras-ci n'était pas sous les draps mais par-dessus la couette, elle s'en rendait à présent compte. La pression lui sembla tout à coup familière. C'était celle de deux doigts, probablement ceux d'une femme car ils étaient doux et petits.
- Elle reprend des forces... Et sa tension semble meilleure également, dit une voix juste à coté d'elle.
Cette fois-ci, elle en était certaine, il s'agissait d'une femme. Mais elle ne connaissait pas cette voix, du moins il ne lui semblait pas.
- Elle ne devrait pas tarder à se réveiller à présent... Il faudra la surveiller, continua l'inconnue.
- Sans baguette elle ne risque pas de trop nous embêter ! Glissa la même voix qui avait râlé plus tôt.
- N'oublie pas ce que tu as dit toi-même... C'est une mangemort, ou du moins la fille de l'un d'eux. Et pas des moindres ! Prévint une autre voix masculine. Ne la prends pas à la légère...
Un petit rire sec et bref, comme l'aboiement d'un chien, suivit cette phrase.
- Chaque famille a ses brebis galeuses ! Si elle avait voulu ou pu se défendre, elle l'aurait fait. C'en est presque trop facile.
- Tais-toi, Sirius ! Soupira la voix féminine. Tu ne sais rien d'elle, ne commence pas ! En plus elle est si jeune... ne sois pas si prompt à la juger !
- Elle a vingt ans, d'après Richard, et ce n'est pas si jeune. C'est même bien assez âgé pour être mangemort ! Grommela un autre.
Quelque chose se réveilla en elle. Était-ce l'orgueil ? Ou tout simplement son caractère vite agacé ? Elle n'aimait pas qu'on parle ainsi d'elle-même tandis qu'elle était allongée, faible et tout juste consciente. Non, elle n'aimait vraiment pas cela.
Petit à petit, ses sens revinrent. Brutalement ses narines s'emplirent d'un air saturé d'odeurs que jusqu'ici elle ne sentait pas. C'était un savant mélange de lessive, de bois, de lavande et d'un parfum féminin rassurant. Il lui rappelait celui de Leda, sa douce et bienveillante nourrice. Ses oreilles perçurent le moindre frôlement, le moindre bruissement.
Son corps n'était pas douloureux, elle le sentait enfin. Il reposait sur un matelas plutôt dur mais toutefois confortable. Sa tête enfoncée entre deux gros oreillers, elle sentit ses doigts s'agiter plus fermement.
Autour d'elle, le silence se fit. Mais elle savait qu'elle n'était pas seule.
La seconde suivante, comme un éclair foudroyant, elle sentit son esprit typiquement Volonski prendre de nouveau possession de son corps endormi. Tout lui revint. Ses souvenirs, sa colère et sa peur. Son visage auparavant détendu et calme se crispa et retrouva sa froideur polaire habituelle.
Calme mais de nouveau contrariée, Ielena ouvrit les yeux.
OoOoOoO
Ses orbes bordeaux brillèrent à la lumière de la bougie qui reposait sur le chevet, juste à ses cotés. Sourcils froncés et les lèvres si pincées qu'elles n'étaient plus qu'une sévère ligne droite, elle les fixa dans ceux de la sorcière qui était assise à son coté.
- J'ai vingt et un an.
Ce furent ses premiers mots, glacials et féroces.
D'abord surprise, la sorcière qui lui faisait face eut un instant d'étonnement, comme si elle s'attendait à tout sauf à cela.
- Pardon ? Fit-elle presque pas automatisme
Un soupir bref et agacé échappa à Ielena, qui ne la quitta pas des yeux. Dans un bruissement de draps, elle se releva et s'assit dans le lit.
- J'ai vingt-et-un an, répéta-t-elle froidement. Et pas vingt, ajouta-t-elle en braquant cette fois-ci ses prunelles dans ceux du sorcier à lunettes qu'elle commençait à connaître.
Elle savait très bien que c'était lui qui avait parlé un peu plus tôt. Les paupières plissées de défit, elle le foudroya du regard. D'abord surpris, celui-ci lui rendit sans peine, le visage fermé par la colère. Elle ne s'était certes pas fait un allié avec ce jeune homme là !
A ses cotés, la sorcière plus âgée secoua du chef, comme pour chasser sa surprise. Un sourire brilla un instant sur son visage.
- Vingt-et-un an, très bien. Je saurais m'en rappeler, glissa-t-elle en lançant un regard lourd de sens aux deux jeunes hommes derrière elle.
Ielena ne broncha pas, se contentant de détailler les autres occupants de la chambre. Si on faisait fi de la sorcière qui s'occupait d'elle, trois autres sorciers l'avaient accompagnée dans la chambre de Ielena. Les deux plus jeunes, à qui elle donnait vingt-cinq ans environ, Ielena commençait à bien connaître. Ils l'avaient tous les deux secourues lors de l'attaque des mangemorts : le jeune brun aux yeux noisette, et celui qui lui rappelait sans peine une connaissance.
Le troisième sorcier paraissait de l'âge de la femme, probablement une soixantaine d'années et peut-être était-il son époux. Il était plutôt grand, et malgré le temps qui commençait à marquer ses traits, il gardait un physique avenant et séduisant. Très brun malgré quelques filaments argentés qui courraient dans sa chevelure courte et épaisse, il possédait un visage en longueur, dans lequel brillaient deux yeux noisettes rieurs. Deux favoris habillaient ses joues, et sa tenue vestimentaire très apprêtée lui donnait l'air d'un noble du fin fond de l'Angleterre.
Conscient de l'examen visuel dont il était sujet, le sorcier sourit tranquillement, absolument pas impressionné par le regard peu commode de la russe. Puis d'un geste de la main, il fit sortir les deux jeunes hommes de la chambre, non sans déclencher quelques grognements de leur part.
Revenant ensuite au milieu de la pièce, il sourit de nouveau en direction de Ielena.
- Pardonnez ces deux-là, commença-t-il. Ils ne sont pas bien méchants mais les événements récents ont eu raison de leur gentillesse habituelle...
Sa voix était chaude, réconfortante. Ielena était pratiquement sûr qu'il était de ces sorciers qui parlent peu mais bien, et dont tout le monde écoute les paroles sans rechigner. Un homme de culture, peut-être politique ? En tout cas, elle l'imaginait sans peine avoir une grande importance au sein de la communauté magique anglaise.
- Où sont mes sœurs ? Demanda Ielena, imperturbable.
- Elles sont dans la cuisine, avec Lily, répondit tranquillement la sorcière en posant sa main sur le front de la russe.
D'abord surprise par ce contact, celle-ci se raidit dans le lit. Immobile si bien qu'elle semblait une véritable statue, elle jeta un regard suspicieux à la sorcière. Ielena n'avait pas l'habitude des contacts physiques, encore moins avec des inconnus. Sa nature froide et son éducation ne l'avaient certes pas habituée aux échanges d'affection.
Sans se démonter le moins du monde, la sorcière finit par retirer sa main et sourit.
- Vous n'avez plus de fièvre à présent. Vous nous avez fait une belle frayeur tout à l'heure ! Rit-elle en semblant désolée. Jamais je n'avais vu quelqu'un blêmir aussi vite !
Ielena battit des paupières une seconde. Ses souvenirs finirent par revenir. Le cottage sa frayeur... Elle se souvenait à présent.
- Où suis-je ? Finit-elle par demander en se tournant naturellement vers le sorcier qui de nouveau avait gardé le silence.
Un instant, les yeux de l'homme brillèrent, comme amusés par la situation mais son visage gardait une gravité palpable. Stoïque, il s'avança plus encore et s'arrêta aux côtés de sa supposée épouse. Les mains toujours dans le dos, il finit par répondre :
- Vous vous trouvez dans notre propriété. Pour des raisons de sécurité, je ne peux vous dire exactement où nous sommes mais sachez que le cottage se situe dans le Yorkshire. Votre sort nous a été confié par l'Ordre. Jusqu'à ce qu'une décision définitive soit prise, vous resterez ici, sous notre garde. Avec vos deux sœurs, évidemment, ajouta-t-il en voyant que Ielena manquait de l'interrompre.
- Et vous êtes ? …
La sorcière lança un regard entendu à son époux. Tout en tendant un verre d'eau à Ielena, elle prit cette fois-ci la parole :
- Nous sommes les Potter. Mon mari que voici se nomme Hypérion. Quant à moi, je m'appelle Albertina.
Saisissant le verre sans pour autant le boire. Ielena les fixa silencieusement. Son esprit réfléchissait à toute allure. Les Potter... elle connaissait ce nom-là, elle en était certaine. Il résonnait en elle comme un vieux souvenir dont son esprit n'avait jusqu'ici pas relevé l'importance. L'avait-elle entendu au détour d'une conversation chez les Lestranges ? Ou bien chez Mrs. Black ?
Toujours muette, elle songea que des connaissances lui en avaient déjà parlé, et elle était certaine que ce n'était pas en bien !
Comme lisant dans ses pensées, le dénommé Hypérion eut un rire sec et bref :
- Si vous avez évolué parmi la société si délicate des mangemorts, je vous confirme que vous avez déjà dû entendre notre nom ! Et très probablement agrémenté de noms d'oiseaux qu'on ne répétera pas ici !
Comme piqué par une guêpe, la jeune femme sursauta. Avait-il lu dans ses pensées ? Il fallait qu'elle se reprenne ! La barrière mentale qu'elle avait érigée autour de son esprit depuis des années lui semblait sur le point de s'effondrer...
- Si vous le permettez, nous allons devoir instaurer quelques règles ici. Vous devrez vous y plier, sinon l'Ordre se verra dans l'obligation de vous placer ailleurs... et dans de bien moins bonnes conditions, l'avertit Hypérion.
Ielena reporta son attention sur lui. Même si elle se savait à présent prisonnière de cette organisation, il lui semblait évident qu'elle n'avait pas à craindre pour sa vie ou celle de ses sœurs... du moins pour le moment. Ce sentiment étrange d'être en sécurité ici commençait à s'insinuer dans son esprit.
Peut-être était-ce à cause de la tendresse de Albertina, ou bien le regard si puissant de Hypérion. Ielena ne pouvait l'expliquer. Mais tout en écoutant cet homme lui expliquer les conditions de sa détention, la jolie russe sentait qu'elle leur faisait étonnement confiance...
OoOoOoO
Le regard bordeaux de Ielena balaya de nouveau la lande anglaise, probablement pour la vingtième fois de la journée. Ses lèvres se tordirent une fraction de seconde en travers de son visage, par pure contrariété. Même si sa vie n'avait jamais été trépidante et pleine de nouvelles aventures, tout le calme qui régnait dans le cottage des Potter commençait à avoir raison de sa patience typiquement Volonski. Elle retint difficilement le soupir agacé qui commençait à poindre et repartit s'asseoir auprès de ses sœurs. Les deux fillettes, très vite remises de ce changement de décor, jouaient sur le sol avec un train magique que Albertina leur avait prêté. La petite locomotive rouge et vernie dégageait de temps à autre un nuage de fumé qui sentait le tabac, et sifflait en se baladant à travers la chambre. Ce jouet probablement ancien et dans la famille Potter depuis des générations déclenchait l'hilarité des deux fillettes à chacun de ses sifflements enroués.
Cela faisait trois jours déjà qu'elles étaient ici. Trois minuscules petits jours qui avaient paru une éternité à Ielena... Les petites filles ne le disaient pas à voix haute, mais la jeune femme savait que pour elles aussi le temps devenait long ! Bien que Hypérion et Albertina aient tout mis en œuvre pour qu'elles s'adaptent à cette nouvelle vie, Ielena n'était pas très réceptive à leurs efforts.
Ils avaient expliqué de nombreuses fois déjà que la maison leur était ouverte, qu'elles pouvaient s'y balader comme elles le désiraient et même aller dans le jardin. Elles étaient certes sous surveillance, mais pas prisonnières pour autant de leur chambre ! Albertina avait même proposé à Ielena de l'assister dans ses taches de tous les jours.
Mais c'était sans compter sur le caractère ombrageux de la russe, et son obstination qui forçait l'antipathie. Jusqu'ici, elle avait décidé de rester dans l'appartement que leur avait laissé le couple, au premier étage du cottage. Il comprenait deux chambres, ainsi qu'une salle de bain et un toilette. Autant dire que c'était suffisant pour la jeune russe qui refusait donc catégoriquement d'en sortir. Les Potter avaient dû s'avouer vaincus quelques temps. Tous les repas leur étaient donc servis dans la chambre de Ielena, et celle-ci ne comptait pas changer ce rythme de vie.
Malgré sa grande volonté et son caractère de Volonski, Ielena se rendait toutefois compte que ce mode de vie ne conviendrait pas sur la durée. Tant pour elle que pour ses sœurs. Même si les deux plus jeunes filles de Nikolaï ne disaient rien, Ielena les connaissait suffisamment pour déceler leur ennui.
En ce troisième jour de captivité, elle-même commençait à trouver le temps long. Depuis leur arrivée, elle n'avait revu le couple Potter que deux fois par jour. Tous deux passaient les saluer, prenaient des nouvelles de leur état, puis repartaient sans doute légèrement agacés par le comportement de la jeune femme. Toutefois ils n'en laissaient rien paraître. La seule autre visite que les Volonski recevait était celle d'une elfe de maison plutôt âgée, dont la peau ressemblait à celle flétrie d'un dragon de Mandchourie. Autant dire que ces quelques apparitions frustraient particulièrement les deux fillettes qui trépignaient sur place...
Ielena savait son comportement peu poli, voir même agaçant. De plus, les règles des Potter n'étaient pas bien pénibles pour une captivité ! On lui avait certes retiré sa baguette et interdit de sortir de la propriété ou de tenter de communiquer avec le monde extérieur. Mais sinon, ses conditions de détention étaient étonnement agréables. Ielena se demandait réellement pourquoi. Aucun ne semblait inquiet qu'elle tente de s'enfuir … ce qui la vexait particulièrement. C'est probablement cet état de fait qui la rendait encore plus en colère et la poussait à ne pas vouloir sortir de sa chambre...
De nouveau bougonne, Ielena se leva d'un bond et traversa la pièce jusqu'à l'une des trois fenêtres de sa chambre. Soudain, il lui semblait qu'elle étouffait. Nerveuse, elle entreprit d'ouvrir la fenêtre et sentit avec délice l'air frais de la campagne anglaise caresser son visage. Fermant les yeux, elle respira à plein poumon, la tête bourdonnant de pensées négatives. Elle n'en pouvait plus de rester inactive et enfermée. Et sa curiosité croissait de jour et jour : elle mourrait d'envie d'ouvrir sa porte et de visiter l'endroit.
Elle voulait sortir à l'extérieur, visiter le jardin qu'elle imaginait immense et parfumé. De ce qu'elle voyait de ses fenêtres, le domaine des Potter était grand et composé d'au moins deux bâtiments. Sa chambre donnait sur un des petits cotés de la maison, elle ne voyait donc que les plaines environnantes et un morceau infime du jardin. Ce qui la frustrait encore davantage.
Pour le reste, il lui semblait que la maison était relativement calme. De temps à autres, elle entendait les voix du couple dans les étages inférieurs, ainsi que des bruits d'animaux à l'extérieur. Elle était certaine d'avoir entendu au moins deux chiens ainsi que des chevaux et des coq. Rien de bien étonnant pour une maison plantée en plein milieu de la campagne britannique. Mais même ces bruits n'arrivaient pas à la calmer... au contraire, ils nourrissaient sa grande curiosité !
Dehors les oiseaux chantaient gaiement, piaillant depuis le grand cerisier qui faisait face à la fenêtre où se trouvait Ielena. Celle-ci les regarda un moment voleter à travers les branches recouvertes de bourgeons dont la plupart commençaient à s'ouvrir doucement. A l'exception de l'extérieur qui bourdonnait des bruits de la nature, la maison était très calme. Et c'est probablement ce calme qui influença la jeune russe. Il fallait qu'elles sortent de cette chambre.
Non sans grommeler, elle épousseta nerveusement sa longue jupe. Depuis son arrivée ici, il avait été très épineux de lui trouver de quoi s'habiller. En effet, Mrs. Potter avait dû fouiller des heures avant de dénicher une tenue acceptée par Ielena. Pour la russe, il était hors de question qu'elle adopte le style anglais ! Les robes de sorcières toutes simples ? C'était impensable. Mais finalement, Albertina lui avait dégotté - Merlin seul savait comment - des chemises brodées blanches ainsi que deux longues jupes des années 1910 qui débutaient à la taille. Ielena avait gardé ses bottines à boutons en cuir. L'ensemble avait fini par lui convenir ! C'était plus humble que ce qu'elle avait l'habitude de porter mais au moins le style était-il le même...
Sans elfe de maison pour la coiffer ou l'habiller, Ielena avait également dû d'habituer à s'occuper d'elle-même... chose peu aisée lorsqu'on est habitué à ne rien faire par soi-même ! Coiffer ses longs cheveux n'avait donc pas été facile mais elle avait fini par prendre l'habitude de les nouer en un chignon simple sur la nuque.
Tous ces changements l'avaient d'abord mise largement mal à l'aise, mais elle avait dû s'en contenter sans rechigner.
Une mèche de cheveux noir comme la nuit s'échappa de son chignon lorsqu'elle se dirigea vers la porte de la chambre. Sans même s'en préoccuper, la Volonski saisit la poignée et ouvrit la porte. Le cœur battant, il lui sembla que la maison entière allait entendre son grincement. Mais il fallait qu'elle sorte !
OoOoOoO
L'air embaumait les pommes et la cannelle quand Ielena parvint jusqu'aux escaliers qui menaient au rez-de-chaussé. Silencieuse, la jeune femme jeta un regard à Ella et Roksana qui la suivaient sans bruit, probablement étonnées par son manège mais avant tout pressées de sortir de la chambre.
S'arrêtant d'abord en haut des marches, la jolie russe écouta les bruits de la maison. Il lui semblait que les Potter étaient en bas, et probablement allaient-ils prendre le café de fin de déjeuner. En effet, la vieille horloge à balancier qu'elle voyait depuis son perchoir indiquait 13 heures. Non sans hésiter de nouveau, Ielena secoua du chef comme pour chasser son appréhension. Décidée, elle descendit l'escalier, ses sœurs sur les talons.
Le son de ses pas était étouffé par les tapis qui couvraient les marches, mais à peine était-elle parvenue sur le palier que la tête de Mrs. Potter se découpa plus loin dans le grand hall du cottage. D'abord étonnée, celle-ci finit par sourire de toutes ses dents :
- Ah ! Je me disais bien avoir entendu du bruit ! Venez, venez ! Nous allions prendre une tasse de café ! Fit-elle en disparaissant dans une pièce.
Interdite et légèrement vexée d'avoir été surprise si rapidement, Ielena leva les yeux aux ciel. Finalement, elle ravala sa fierté et suivit Mrs. Potter.
Dix minutes plus tard, Ielena se demandait toujours comment elle avait finit par atterrir dans la véranda des maîtres de maison, aussi naturellement que si elles avaient été de simples invitées. Hypérion et son épouse ne s'étaient pas posé la moindre question, les avaient accueillies comme si les trois derniers jours n'avaient pas existé, et avaient servi une tasse de café à Ielena en la forçant à s'asseoir avec eux.
A présent installée dans un fauteuil en bois, la russe dévisageait Hypérion tandis que Albertina proposait des muffins aux pommes à Ella et Roksana.
Silencieuse, Ielena se permit de détailler une nouvelle fois l'épouse Potter. Tout comme à son mari, elle lui donnait une soixantaine d'année. Probablement brune dans sa jeunesse, ses cheveux coupés à la mâchoire bouclaient délicatement en une jolie teinte grise sombre. Plutôt petite, elle paraissait de constitution solide et respirait le dynamisme. Ses grands yeux bleus avaient quelque chose de rassurant, de même que ses lèvres joliment dessinées égayaient son visage en forme de cœur. Mrs. Potter avait dû être séduisante, Ielena n'en doutait pas, mais semblait également de ces personnes que ne bonifient avec l'âge, à la manière d'un bon vin.
- Vous avez finalement quitté votre perchoir, lâcha soudain son mari, particulièrement amusé, en portant sa tasse à ses lèvres.
- Hyp'..., râla Albertina.
Ainsi repris, le sorcier eut un rire sec, les yeux brillants d'amusement. Ielena quant à elle sentit ses joues se colorer, légèrement honteuse. Elle n'aimait pas sa situation de prisonnière mais ne pouvait pas non plus en vouloir aux Potter... ils avaient tout mis en œuvre pour que leur arrivée ici se passe aussi bien que possible après tout.
- Nous comprenons..., la rassura Albertina. Cela ne doit pas être simple. Nous sommes désolés que vos sœurs doivent également vivre cette situation.
A ces mots, Ielena se renfrogna légèrement. Son tempérament Volonski était difficile à canaliser. Mais pour le bien être des fillettes, elle préférait le mettre un instant de coté. Autant ne pas fâcher les Potter... même si elle les voyait toujours négativement !
Silencieuse, elle préféra étudier son nouvel environnement.
La véranda, très grande, occupait tout un pan de la maison. Réalisée avec du fer forgé et de grands pans de vitres, elle était couverte d'une glycine qui grimpait jusque sur le mur du cottage. A l'intérieur se trouvaient une myriade de pots de fleurs aussi différentes par leur espèce que par leur taille. Certaines atteignaient le plafond pourtant haut, donnant ainsi une ombre agréable sur le petit salon en bois tressé où ils trouvaient tous les cinq. L'endroit était douillet, agréable, et sentait bon les fleurs.
Une porte en verre se découpait non loin d'eux, et donnait sur une très grande pelouse savamment coupée à ras. Le jardin s'épanouissait ensuite en de nombreux bosquets fleuris ; plus loin une allée naturelle recouverte de lierre et de glycine donnait sur un pavillon blanc où avait été disposées une grande table et des chaises de fer. De quoi partager des repas estivaux dans un cadre splendide.
Un chemin descendait ensuite vers le reste du jardin, immense et très bien agencé, sur plusieurs centaines de mètres. Ielena arrivait tout juste à en voir la limite. Comme elle l'avait supposé, la propriété était immense. Une seconde elle songea à la différence entre ce jardin-ci et celui des Malfoy... à l'évidence, celui des Potter respirait la vie ! Quand elle en vint à cette conclusion, Ielena secoua nerveusement la tête. Elle ne devait pas penser ainsi ! Après tout, elle était captive de ces gens-là !
Soudain, l'arrivée inopinée d'un immense chien la fit sursauter. Celui-ci venait de l'extérieur, et bondit aussitôt vers eux dans un tourbillon de poils gris. Juste derrière lui venait un second chien, tout aussi poilu mais blanc cette fois-ci. La queue battant joyeusement, bavant sans cérémonie, les deux immenses chiens avaient chacun la taille d'un poney. Les yeux brillants de gentillesse, les chiens se précipitèrent aussitôt vers Ella et Roksana en un concert de jappements joueurs.
Malgré leur taille, les deux molosses entreprirent de faire la fête aux fillettes. Nullement apeurées car probablement habituées à pire, Ella et Roksana partirent dans un fou rire tout bonnement adorable lorsque les langues rappeuses des chiens mouillèrent leurs candides minois.
- Ah, je me demandais quand ces deux-là finiraient par apparaître ! Grommela Mr. Potter en gratifiant le gris d'une caresse sur la tête.
- Ils adorent les enfants, précisa Albertina à l'oreille de la jeune femme.
Celle-ci faillit réagir, dire aux fillettes de s'éloigner des chiens, mais en voyant leurs sourires et leur hilarité, elle se tut. Mieux valait-il cela plutôt qu'elles s'ennuient à mourir dans la chambre de l'étage.
- Miss, l'interrompit soudain Hypérion, je suis plutôt curieux mais dîtes-moi : que diable faites-vous en Angleterre ?
Ielena sursauta en reportant son attention sur lui. Espérait-il réellement qu'elle réponde aussi facilement ?
- … vous me sembliez pourtant bien informé, grommela-t-elle comme seule réponse. Pourquoi me le demander ?
Mon fils nous a dit peu de choses, fit-il simplement, comme si c'était là la conversation la plus banale du monde. Et je ne pense pas que lui ou les autres aurors soient au courant de tout vous concernant ! Je suis pour ma part bien curieux. Les Volonski n'ont aucune attache en Angleterre. Si ce n'est les liens de votre père avec un certain mage noir.
Sa dernière phrase avait été lâché si facilement que Ielena sentit son cœur avoir un raté. Comme par automatisme, l'image du Lord s'imprima sur sa rétine et son corps se glaça.
- Lena, on peut aller dehors ?
La voix fluette de Roksana lui fit de nouveau faire un bond formidable dans son fauteuil. Distraitement, un mince filet de sueur sur les tempes, elle accepta et regarda les fillettes se jeter à l'extérieur, les deux chiens collés à leurs jupons. Sur sa nuque, elle sentait les yeux inquisiteurs de Hypérion ainsi que le silence de Albertina.
- Je ne sais pas pourquoi nous sommes venus ici. Mon père n'a pas pour habitude de me demander mon avis.
Sa voix de soprane claqua, impérieuse, et ses yeux devenus sombres se fixèrent dans ceux du maître des lieux. Sa manière de parler si légère commençait à mettre ses nerfs à rude épreuve. Hypérion garda le silence face à la colère de la russe. Mais il était évident qu'il mourait d'envie d'en savoir plus.
Finalement, il se racla la gorge.
- Je m'excuse de paraître si brutal, mais vous devez comprendre une chose. Si vos conditions de vie ici sont si... agréables, c'est bien parce que nous vous suspectons d'être en dehors des noires affaires de votre famille. Mais suffisamment au courant pour nous en apprendre davantage ! Avertit-il sérieux comme jamais. L'Ordre ne vous garde pas ici simplement pour vos beaux yeux. Ils veulent des informations.
- Ils croient sincèrement que je vais trahir ma famille ? Rit Ielena sans cacher son mépris. Quelle blague, ajouta-t-elle en russe.
- Votre famille n'a rien fait pour vous retrouver ! Pas un mouvement en trois jours ! Lâcha le sorcier plus fort qu'il n'aurait voulu. Et nous sommes en guerre ! L'Ordre ne va certainement pas attendre patiemment que vous parliez, ils ont toutes sortes de moyens d'avoir vos aveux !
- Hypérion !
La voix de Albertina claqua comme un fouet et calma net son époux. Non sans soupirer, celui-ci détourna les yeux vers le jardin. Ielena quant à elle sentait son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine. Comment diable cette conversation avait-elle évolué ainsi. Son statut de prisonnière se rappelait gentiment à elle.
- Pardonnez-moi..., marmonna le sorcier. Les jours sont sombres, et je crois que je deviens tout aussi impatient que mon fils.
Sur son visage, Ielena y lut tout à coup une lassitude profonde et une grande détresse. Le sentiment d'être en pleine guerre, avec deux camps bien distincts, lui apparut de nouveau. Elle qui avait toujours fermé les yeux sur cette réalité commençait à réaliser qu'elle aurait un rôle à jouer là-dedans. Mais de quel coté, cela elle ne savait pas encore le dire.
L'après-midi se déroula sans nouvelle discussion enflammée. Hypérion était sorti, et Ielena resta en compagnie de son épouse à surveiller les fillettes. La journée se termina par le premier dîner partagé entre le couple des Potter et les filles Volonski. A l'évidence chacun commençait à s'habituer à ce nouveau rythme de vie. Avant tout, Ielena voyait les sourires sur le visage de ses sœurs, et finalement c'était là le plus important. Mr. Potter ne parla plus de sa famille à Ielena, qui au fond d'elle-même commençait à redouter l'arrivée des membres de l'organisation qui la retenait ici. Après tout, Hypérion avait raison ! Ils attendaient des informations... et elle-même ne savait ce qu'ils pourraient bien lui demander, ni dans quelles conditions.
OoOoOoO
Ce n'est que deux jours plus tard, durant un très beau dimanche après-midi, que le calme qui régnait au manoir Potter fut mis à mal. Ielena et ses sœurs commençaient enfin à prendre leurs marques. Les deux fillettes bien plus rapidement que leur sœur aînée... et pour cause. On n'amadoue pas une Volonski aussi facilement. Ella et Roksana, elles, passaient leur temps à jouer dans le jardin en courant après les chiens. Socrate et Platon – tels étaient leurs noms – étaient ravis d'avoir de nouveaux camarades de jeux, et avaient développé pour les deux fillettes une affection tout à fait exclusive.
Ielena quant à elle se contentait de lire les ouvrages que lui avait conseillés Hypérion. D'abord surpris, le patriarche Potter avait apprécié la nature cultivée de Ielena et avait accepté avec joie de lui ouvrir sa bibliothèque. Tout à fait enclin à satisfaire la curiosité intellectuelle de la jeune femme, il lui avait prêté plusieurs de ses livres non sans lui donner lui-même son avis.
Ces ouvrages, pour la plupart historiques, permettaient à Ielena de passer le temps mais aussi de pratiquer son anglais sans difficulté. De temps à autre elle aidait également Albertina à servir le thé, seule tâche domestique dont elle pouvait s'acquitter sans trop se ridiculiser. Fière comme un paon, elle ne risquait pas de faire quelque chose qui la mettrait mal à l'aise! On ne change pas une Volonski !
Ce dimanche, donc, le soleil était radieux. L'air embaumait le miel et les arbres fruitiers du jardin semblaient sur le point de tous fleurir en même temps. Cette année-là, le printemps avait du retard mais promettait d'apparaître soudainement.
Ielena était installée dans la véranda, sur le banc, en compagnie de Hypérion qui lisait lui-même la Gazette du Sorcier. Une ride soucieuse barrait son front, comme si sa lecture le préoccupait profondément. De temps à autre, les rires des fillettes leur parvenaient depuis la pelouse, ainsi que les aboiements de Platon. Socrate, lui, ronflait aux pieds de Ielena. La nature infatigable des fillettes avait eu raison de la forme du vieux chien gris. Albertina quant à elle devait se trouver quelque part dans la maison.
Tout était calme, tranquille. Une certaine monotonie commençait à se créer au sein du grand cottage, aussi surprenant que cela puisse sembler. En réalité, Ielena s'en accommodait bien mieux que ce qu'elle supposait les premières heures de sa détention. Les Potter savaient se montrer accueillants, et rendaient la situation confortable pour les Volonski. Depuis quelques jours, la russe ne pensait presque plus à sa famille. Elle en venait à espérer qu'ils ne la trouvent jamais et qu'ils les laissent ici. La guerre ne semblait pas avoir atteint le havre de paix qu'était ce cottage. Et pour la première fois depuis des mois, il lui semblait qu'elle respirait de nouveau sereinement. En réalité, Ielena savait pertinemment qu'elle se cachait de nouveau les choses remettait à plus tard les problèmes et les tracas. Mais au moins arrivait-elle à dormir plus sereinement que des semaines auparavant !
Soudain une porte qui s'ouvre à la volée brisa la quiétude qui habitait la maison. Ielena releva promptement la tête en fixant Hypérion, sur le qui-vive comme un pauvre animal traqué. A peine distrait, celui-ci lui sourit et la rassura d'un signe de tête entendu avant de se replonger dans son journal.
A l'intérieur de la maison en revanche, un sacré remue-ménage se laissait entendre, et Socrate releva la tête d'un coup.
- Hey les Potter, on est là ! vociféra une voix joyeuse depuis le hall.
Des bruits de pas, des rires et une remontrance parvinrent aux oreilles de Ielena, juste avant que la double-porte menant à la véranda s'ouvre en grand et laisse place à un sorcier décoiffé.
- Eh bien papa, il n'y a plus personne pour nous accueillir dans cette famille ? Taquina l'arrivant en se plantant devant Hypérion.
- Fils, tu ne sais pas te tenir, gronda gentiment Mr. Potter non sans se lever et donner une chaleureuse accolade au sorcier.
Immobile comme pour cacher sa présence, Ielena reconnut immédiatement le nouveau venu. L'homme aux yeux noisette. Ainsi c'était lui le fils Potter... James, c'était là son prénom. Elle le savait grâce à Albertina et aux quelques discussions qu'elles avaient pu avoir. Il avait fallu que leur fils soit le sorcier qu'elle ne pouvait supporter...
Dans un concert de bruits de pas, quatre autres personnes débarquèrent dans la véranda, sans même apercevoir Ielena qui se faisait toujours aussi discrète que possible. Encore une fois, elle les reconnut tous à l'exception d'un seul. A ses pieds, Socrate émit un jappement, comme pour appeler les nouveaux arrivants.
Aussitôt, les yeux verts de Lily Evans rencontrèrent ceux de Ielena.
- Ah ! Fut le seul mot que la rousse parvint à articuler, comme surprise par la présence de la jolie russe.
Son expression attira sans peine l'intérêt de tous les autres hommes, et Ielena se sentit très vite au centre de l'attention de la véranda toute entière. A l'évidence sa présence avait refroidie l'ambiance bonne enfant, et elle vit sans peine la mine renfrognée de James ainsi que celle plus contrariée encore de son ami brun. Seul Hypérion semblait s'amuser follement de la situation.
Les habitudes de la Volonski revinrent par automatisme, seule manière qu'elle avait de se protéger des situations qu'elle n'aimait pas ou ne pouvait contrôler. Son visage retrouva sa froideur habituelle, et ses yeux se parèrent de dédain. Désinvolte mais toutefois emprunte de suffisance, Ielena se leva dignement, non sans accorder une moue dédaigneuse à James, et sortit dans le jardin avec Socrate sur les talons. Imperturbable, elle partit rejoindre les fillettes au soleil.
OoOoOoO
Aux alentours de seize heures trente, ce même dimanche, Ielena se demanda une nouvelle fois comment Mrs. Potter avait bien pu la convaincre de venir finalement partager le thé avec toute cette bande de sorciers. Installée sur l'un des trois canapés du grand salon, la Volonski ne cachait pas son antipathie. La posture qu'elle avait adoptée transpirait l'arrogance. Très droite, les mains posées sur ses genoux dans une attitude tout à fait rigide, elle fixait ses sœurs avec obstination comme pour éviter les regards peu commodes de certains. Les fillettes, assises sur le tapis devant elle, jouaient de nouveau avec leur train enchanté.
Lily et le sorcier aux yeux d'or s'étaient installés tranquillement dans le canapé en face d'elle, et à l'évidence aucun des deux ne savaient comment réagir. Lily se raclait la gorge de temps à autre, comme pour chasser son mal être. Parfois, elle échangeait un regard lourd de sens à James Potter, semblant lui sommer de dire quelque chose. Ce dernier se tenait dans l'embrasure de la porte, bras croisés, visiblement contrarié tandis que les deux autres sorciers qui restaient s'étaient installés contre le manteau de la cheminée et dévisageaient la scène sans bruit.
Hypérion – lui – se trouvait dans son gros fauteuil de cuir, un sourire discret aux lèvres, et semblait comme un spectateur devant une pièce de théatre tout à fait distrayante.
L'arrivée de Albertina, dans un tintement de tasses et de soucoupe, brisa la pesante atmosphère.
- Eh bien, vous en faites des têtes ! Rouspéta-t-elle surprise. James, arrête de bouder et viens t'asseoir.
Cette remarque de Mrs. Potter ne manqua pas de déclencher l'ombre d'un sourire sur le visage de Ielena. Elle se sentait comme une enfant dont le camarade de cour d'école vient de se faire reprendre. Au fond d'elle, elle riait, ravie que le sorcier ait droit à une remontrance de sa mère.
Un grognement lui répondit, mais James finit par aller s'asseoir, raide comme un bâton. Il se laissa tomber sans cérémonie à coté de Lily en se vautrant dans le canapé parental. Bras toujours croisés, comme un enfant qui boude, il laissa échapper un nouveau soupir.
- Bien, maintenant que nous sommes réunis en cette magnifique journée, il serait peut-être temps de vous présenter, jeunes gens ! Rappela Albertina en leur accordant un regard lourd de sens. Ce n'est pas bien poli de laisser notre invitée dans l'ignorance !
- Invitée, invitée... elle est pas vraiment invitée, maman, râla aussitôt le brun.
- James..., avertit la rouquine en lui donnant un coup de coude discret.
Aussitôt le sorcier leva les yeux au ciel, mais finit par soupirer, comme si il rendait les armes. Ielena, particulièrement hautaine, releva un sourcil inquisiteur et posa finalement les yeux sur lui. Un sourire sardonique commençait à étirer ses lèvres rouges. En réalité, elle s'amusait follement de la situation dans laquelle était le sorcier.
Face à l'attitude de la russe, celui-ci manqua de se renfrogner de nouveau.
- Je suis James Potter, leur fils ! Commença-t-il dans un grognement, en désignant ses parents. Voici ma compagne, Lily. A coté c'est Remus.
Les yeux bordeaux de Ielena rencontrèrent ceux étonnement dorés du-dit Remus. Elle se rappelait de lui, de ses yeux plus particulièrement, et de ce jour pas si lointain où elle l'avait bousculé dans une librairie londonienne. Le sorcier semblait grand, mince et un peu mal à l'aise dans son propre corps comme si celui-ci lui semblait trop grand pour lui. Ses longues jambes nerveuses croisées devant lui, il possédait un visage commode et séduisant qui cependant semblait se faner légèrement sous la fatigue évidente qui l'habitait. En effet, son regard si pur dénotait une sorte de souffrance bien mal dissimulée par son teint blafard et ses grandes cernes. Ielena lui trouva l'air maladif... mais le sourire franc et doux qui planait si son visage la rassura à demi.
Elle ne doutait pas qu'il avait une certaine importance dans cette organisation elle avait bien noté la manière dont il avait pris en charge les survivants durant l'attaque mangemort. Muette, Ielena finit par néanmoins hocher la tête en sa direction.
- Et là-bas c'est Peter et Sirius.
Avec lenteur, Ielena tourna finalement les yeux vers eux. Il était évident que son attitude mettait mal à l'aise le dénommé Peter, mais elle n'allait certes pas se gêner ! Elle aimait particulièrement voir l'effet qu'elle arrivait à produire sur certains.
Ce sorcier là était bien le seul qu'elle n'ait jamais vu... ou peut-être à la librairie, lors de l'altercation avec Rogue... en réalité elle ne se rappelait pas de lui avec évidence. Elle le soupçonna vite d'être de ces gens transparents dont on a tôt fait d'oublier la présence. Petit si on le comparait aux autres, légèrement rondouillard, Peter possédait un visage un peu empâté mais pas tout à fait disgracieux où brillaient deux petits yeux noirs. Ces deux-là fuyaient pour le moment ceux de Ielena.
En réalité, elle préféra ne pas s'attarder sur lui. Son inspection fut rapide, et en passant enfin à celui que James avait appelé Sirius, la jeune femme sentit une nouvelle fois que ce sorcier ne lui était pas inconnu. Son esprit vif travaillait à tout va, comme déterminé à enfin trouver ce qui l'étonnait tant chez le jeune homme.
Contrairement à Peter, son acolyte ne céda pas face au regard acéré de la russe. Et c'est sans doute ces yeux si étonnants qui surprirent Ielena. Surmontés de deux épais sourcils noir bien dessinés, les orbes du sorcier avaient la couleur du fer, oscillant entre l'acier pur et une pierre d'onyx un peu trop polie. Cet étonnant regard était autant séduisant qu'il paraissait dangereux. Et au vu de l'air peu commode qu'il affichait à cet instant, Ielena ne doutait pas que ses intentions la concernant étaient peu agréables.
Très grand, plus encore que James ou Remus, il possédait un physique qu'elle devinait sans peine avantageux : des épaules larges, des bras solides et un torse dur comme un mur de béton, facilement discernable sous sa chemise grise. Bien que musclé, il ne paraissait pas baraqué pour autant. Tout en lui respirait la supériorité, un peu comme elle mais dans un domaine masculin. Nonchalamment appuyé contre la cheminée, le sorcier possédait un visage qui paraissait dessiné dans un bloc de marbre : des mâchoires solide et carrées, un cou musclé, des pommettes hautes, un front dégagé. Son nez, très droit, surmontait des lèvres fortes et charnues qui rappelèrent à Ielena celles des statues antiques de son père. Enfin, il portait des cheveux mis-longs ramenés sur la nuque avec négligence, d'une couleur noir comme la nuit. Quelques mèches plus courtes chatouillaient son front et ses tempes.
En le regardant ainsi, malgré l'air féroce qu'il affichait, Ielena ne doutait pas une seconde qu'il devait faire succomber la majorité des femmes qu'il croisait. Mais à peine avait-elle songé à cela qu'une information apparut brutalement dans sa tête.
- Ah oui ! Lâcha-t-elle sans même s'en rendre compte.
Son ton badin fit sursauter Peter tandis que le brun fronçait plus encore les sourcils. Ses yeux brillèrent d'une flamme peu commode.
- Pardon ? Fit Lily probablement aussi surprise que les autres sorciers.
L'ignorant superbement, Ielena ne quitta pas le brun des yeux, tandis qu'un petit sourire sardonique habillait ses jolies lèvres. Elle en était presque certaine à présent. Ces yeux cet air typiquement aristocratique qu'il ne parvenait pas à masquer malgré toute sa bonne volonté et son flegme apparent...
- Je ne m'attendais pas à ce que vous ressembliez tant à votre frère, laissa-t-elle échapper du bout des lèvres.
Cette remarque, lancée si innocemment, fit tellement sursauter le dénommé Sirius qu'il manqua de faire tomber la lampe reposant sur la cheminée. Cette fois-ci, ses yeux étaient aussi mortels que le poison d'un serpent d'Inde. Sans même se démonter, Ielena croisa les jambes en se détournant, et ajouta d'un ton doucereux :
- A l'évidence, c'est vous la brebis galeuse de la famille Black.
Elle avait lâché cette pique en se rappelant sans peine ce qu'avait dit Sirius tandis qu'elle se réveillait de son malaise. Elle était certaine que c'est lui qui avait prononcé cette phrase la concernant, une semaine plus tôt.
- Hey dites-donc, princesse, et si vous arrêtiez avec vos grands airs ? S'emporta James en réagissant avant Sirius. Je vous rappelle que vous êtes pas en vacances ici !
Face à son haussement de ton, Ella et Roksana stoppèrent leur jeu et levèrent les yeux vers les adultes. Elles seules n'avaient pas fait attention à l'ambiance pesante de la pièce.
- James, un peu de calme, gronda Mrs. Potter.
Dédaigneuse au possible, Ielena ne nota même pas l'intervention de son hôte. L'air le plus détaché du monde planait sur ses traits tandis qu'elle se tournait vers James :
- Si vous pensez que le terme de princesse va me vexer, sachez que vous êtes dans le faux..., dit-elle impérieuse. Mes sœurs et moi possédons l'équivalent de ce titre, ce n'est donc pas une insulte en ce qui me concerne.
Elle termina sa phrase par un sourire tant hypocrite qu'elle crut que James allait la gifler.
Sans même se laisser démonter, et tout à fait consciente de l'effet qu'elle venait de produire, Ielena caressa les boucles blondes de Ella et leur intima en russe de retourner à leur jeu. Décidément, cette cohabitation chez les Potter promettait son lot de surprises et de discussions enflammées !
Mais au plus profond d'elle-même, Ielena savait que pour une fois dans sa vie, l'ombre de sa famille ne planait pas au-dessus d'elles comme une menace. Pour la première fois depuis des années, elle se sentait presque libre. C'était là une bien étrange sensation, surtout pour une sorcière supposée être prisonnière...
Une question, un doute ? Une hypothèse, des réclamations folles ?
Le bureau des reviews vous est ouvert !
N'oubliez pas, les reviews sont indolores pour les lecteurs mais vitales pour les auteurs ! Merci :)
