Scorpius subissait ce repas familial avec une lassitude énorme. Ce retour de vacances chez les Potter était encore pire que ce qu'il avait imaginé. Il avait deviné sans peine une énième dispute entre son père et son grand-père. Le premier menaçait toujours de laisser ses parents dormir à l'hôtel mais ne s'y résignait jamais. Et le second ne pouvait garder sa langue dans sa poche dès qu'il était question de Scorpius, des Potter, ou de la manière dont son fils gérait ses relations. Lucius n'avait pas le pragmatisme de Narcissa.
Sa grand-mère dînait avec élégance. Elle se décharnait de plus en plus avec l'âge. Ses fleurs fanées refusaient cependant de tomber. Elle dédaignait ces chicanes, faisant comprendre à tout le monde qu'elle ne venait que pour son fils et son petit-fils et que leurs bavardages l'épuisaient superbement. Et personne ne voulait lui faire du mal. Alors cela mettait fin aux disputes. En tout cas, en sa présence.
Mais aujourd'hui, Scorpius avait quinze ans, de l'impertinence et de l'enthousiasme, et il refusait de subir plus longtemps ce schéma familial trop revu.
— Alors quel était l'objet de la dispute cette fois ?
Sa mère était perdue dans ses pensées, elle le regarda à peine mais un coin de sa bouche lui indiqua qu'elle s'amusait de sa manœuvre.
— Rien de très intéressant, comme toujours, répondit Narcissa avec lassitude.
Une des règles de la maison était de ne pas offenser Narcissa. Parce qu'elle n'est pas née Malefoy, alors faut savoir se tenir. Parce qu'elle peut vite devenir impitoyable. Parce qu'elle vous a tous sauvé les fesses plusieurs fois. Donc passez vos nerfs ailleurs.
— Si c'est si peu important, pourquoi le différend n'est-il pas déjà aplani ?
— Ton grand-père veut que je fasse un don à St-Mangouste, assez conséquent pour approcher le ministre. Il fait semblant d'ignorer que nous n'avons pas les moyens d'une telle dépense et que Mandy Belby a déjà une idée précise sur notre famille.
— Une idée que tu ne fais rien pour améliorer, remarqua Lucius d'une voix égale.
Scorpius se fit de nouveau remarquer en soufflant de manière beaucoup trop dramatique. Ce qui lui valut une remarque sur ses manières et ses fréquentations. Le dîner se poursuivit dans une ambiance pesante et résignée.
Scorpius sécha ses cheveux d'un coup de baguette. La serviette n'épongeait jamais assez à son goût et il détestait les gouttes qui s'échappaient et coulaient dans son dos. Il se coiffa rapidement en passant simplement sa main dans sa douce chevelure. Il sortit de la salle de bain et descendit au jardin d'hiver, certain d'y trouver sa mère. Effectivement, elle était bien présente, assise sur son canapé en Bois Dormant d'Arson, enveloppée dans un grand châle. Son grand fils s'assit près d'elle, elle lui sourit et posa son Chicaneur pour lui parler.
Sa mère était certainement la moins rigide de la famille. Son père jouait bien sûr avec lui quand il était enfant mais au fur et à mesure qu'il avait grandi, il avait eu le sentiment qu'ils s'étaient éloignés sans comprendre très bien pourquoi. Il discuta longtemps avec sa mère des cinq jours qu'il avait passé chez les Potter. C'était la première fois qu'il s'y rendait pour une période aussi longue. Sa grand-mère avait recraché son café en apprenant que Potter habitait vraiment au 12 Square Grimmaurd. Scorpius avait pu apprendre à cette occasion que les cousins de sa grand-mère vivait là-bas avant que tous décèdent – ou soient tués plus probablement.
Il lui raconta donc quelques unes des activités qu'il avait fait avec les Potter. Ils avaient un peu traîner du côté Moldu, mais un après-midi seulement et il ne faisait pas assez chaud pour que les filles sortent les jupes riquiqui qui avaient fait leur réputation – il s'abstient de ce commentaire devant sa mère. Il parla longuement du match de Quidditch qu'ils avaient été voir, les joueurs avaient beau être nuls, ils étaient tellement enthousiastes qu'Albus et lui avaient crié tout au long des cinq heures. Albus et lui étaient aussi sortis au Chemin de Traverse, téméraires, ils avaient essayé de se rendre dans l'allée des Embrumes mais ils s'étaient fait prendre par un ami du père Potter. En somme, ils n'avaient rien fait d'extraordinaire. Mais ils avaient passé la majorité de leur temps à discuter tous les deux en mangeant des cochonneries.
Sa mère était ravie que son amitié avec Albus soit si forte chose qui n'avait pas semblé évidente à leur première année. Son père avait fini par se résigner, il disait que c'était « un mal pour un bien ». Il était même allé jusqu'à reconnaître quelques qualités au fils Potter. Sa famille avait beau ne pas être très propre sur les bords, il savait qu'ils s'aimaient tous et qu'il n'était pas question de se faire du mal. C'était pour cela qu'ils se disputaient tellement mais restaient ensemble. Scorpius regrettait simplement que cette qualité qu'ils partageaient ne soit pas célébrée à sa juste valeur.
Astoria Malefoy finit par aller se coucher, contrairement à lui, elle n'était pas en vacances. Le jeune homme resta longtemps dans le jardin d'hiver. Il voyait quelques étoiles à travers la baie vitrée et l'air était doux et frais comme nul part ailleurs dans la demeure. Ce serait son endroit préféré, si seulement il ne manquait pas cruellement d'intimité.
Alors qu'il était toujours perdu dans ses pensées – une relation amoureuse compliquée avec Valia Montrinvest – sa grand-mère vint l'interrompre.
— Tu serais plus à l'aise pour rêvasser dans ton lit, fit-elle remarquer.
Sa grand-mère était recouverte d'une lourde robe de chambre clair et tenait une grande tasse fumante.
— Je rêvasse pas, souffla-t-il mécontent d'être dérangé.
— Alors il ne te reste même plus assez de patience pour ta vieille grand-mère, conclut Narcissa d'un ton neutre.
Scorpius se sentit de suite obligé de s'excuser auprès de sa grand-mère. Elle avait vécu suffisamment de choses dans sa vie pour ne pas être obligé de subir sa mauvaise humeur. Elle lui sourit tendrement et s'assit près de lui. Elle lui demanda avec les yeux si quelque chose n'allait pas.
— Je vais bien.
Au ton de sa voix, il n'avait convaincu personne. Mais il ne voulait en parler à personne, encore moi à sa grande grand-mère. Il observa son profil. Elle paressait rarement en public et seulement après un bain de potions pour ne pas paraître aussi vieille qu'elle l'était.
Parce que sa grand-mère était vraiment vieille. Elle avait perdu la tonicité et la vivacité qu'on lui prêtait. Elle n'avait gardé qu'un maintient rigide et une armature tout aussi flexible. Il avait souvent du mal à croire que ce soit sur elle que tout reposait.
— Tu as vraiment sauvé la vie de grand-père ?
Puisqu'ils étaient tout les deux là, pourquoi pas jouer à l'impertinent. Il n'y avait personne pour le rabrouer de son attitude envers sa grand-mère chérie.
— Quel manque de confiance, se désola Narcissa. De mon temps, on n'aurait jamais permis cela.
— Tu parles de ton enfance ? questionna avidement le jeune homme.
Sa grand-mère hocha la tête. Elle ne parlait jamais des Black, c'était comme si elle n'était pas issue de cette famille. Scorpius voulut la bousculer encore plus :
— Si c'est vrai que t'as sauvé Grand-père, pourquoi t'as laissé mourir quasiment tous les Black ?
Il ne sut jamais si sa provocation avait marché. Elle tourna simplement la tête pour le regarder droit dans les yeux puis répondit :
— Je ne suis ni la mère, ni la femme d'un Black. Maintenant venons-en au fait, je n'ai plus l'âge de bavarder toute la nuit.
Scorpius rougit violemment. Cela ne se voyait pas trop, il n'y avait que la lueur d'une bougie qui tentait d'effrayer l'obscurité. Ses mains commençaient à s'échauffer et cela l'agaçait superbement. Qu'est-ce qu'elle voulait dire de toute façon par « le fait » ? Il n'avait aucune envie de comprendre ce qu'elle voulait dire.
Mais elle refusait de toute évidence cela. Elle le fixait à la manière d'un rapace. Il se sentit comme un petit oiseau qui savait qu'il devait s'envoler pour se maintenir en vie mais qui ne savait pas comment faire. Les conseils qu'il recevait se superposaient et les seuls qu'il entendait étaient contradictoires.
— C'est normal d'être tendu en cinquième année. Tu as des examens importants pour ton avenir.
— Ouais bah pour l'instant mon avenir est plus que flou, remarqua-t-il avec amertume.
Grand-mère ne dit rien, elle patienta sans faire preuve d'aucune hostilité.
— Papa et Grand-père passent leur vie à être en désaccord. J'ai aucune envie de passer ma vie à arbitrer entre les conseils de l'un et de l'autre. D'ailleurs, j'ai même pas envie d'avoir à les écouter si c'est juste pour qu'ils s'immiscent dans ma vie jusqu'à mes soixante ans ! Si t'es si forte, pourquoi tu ne leur dis pas de se taire ou de s'entendre ?
— Personne ne peut forcer d'autres personnes à s'entendre Scorpius. Et tu peux être sûr que l'affection que ton père et ton grand-père te portent est plus forte que leurs opinions. Je suis même surprise que tu te sentes si concerné alors qu'ils n'ont jamais marqué d'hostilité envers toi.
— Pas d'hostilité. Je ne suis qu'une marionnette à remporter.
— Si tu en as conscience, tu n'es déjà plus cette marionnette.
Scorpius releva la tête et croisa le regard de sa grand-mère. Ses yeux riaient et il s'autorisa lui aussi à lâcher un rire.
— Il faut que tu comprennes que ce qui oppose ton grand-père et ton père est avant tout une histoire de rancœur. Lucius a perdu beaucoup de gloire auprès du Seigneur des Ténèbres au cours d'une désastreuse mission. Depuis ce jour, notre famille a perdu beaucoup de prestige. Lucius en veut à son fils d'avoir eu si peu de compétences et de ne pas avoir su redorer notre blason. De la même manière, ton père en veut à son père de l'avoir mis dans une situation si dangereuse alors qu'il était à peine plus âgé que toi. Mais surtout, il lui en veut de ne pas comprendre cette nouvelle société et de rester accrocher aux anciennes valeurs qui ont pu faire sa fortune dans le passé.
— Alors la situation ne va pas s'arranger ?
— La « situation » n'aura de cesse d'évoluer. Bientôt, ton père et ton grand-père comprendront qu'ils n'ont plus à choisir la voie que prendra le nom de Malefoy ce sera à toi. Et il faudra que tu sois sûr de toi et de tes choix. Tu te souviens de ce que t'avais dit ton grand-père il y a bientôt cinq ans ?
— Agis pour être toujours à la hauteur de tes ambitions.
— Maintenant, voici mon conseil : sens le vent. Ton grand-père adorait l'époque où l'on pouvait acheter le ministre, mais cette pratique a été abolie. Alors pour avoir un accès aux postes de direction, Drago fait parti du conseil de la guilde des Herboristes. Il a décidé de se montrer réservé dans ses ambitions sans pour autant disparaître de la société. Ne te laisse pas impressionner par les ancêtres Scorpius. Nous aussi nous avons fait des erreurs, si ce n'était pas le cas, tu n'aurais plus rien à faire.
Scorpius inspira doucement. Alors comme ça il faisait tout ce qu'il voulait ? Cette douce idée le fit sourire pleinement. Enfin libre. Quoique, libre c'était certainement un grand mot. Les membres de sa famille avaient une furieuse tendance à la confiance en soi qui les poussait – quoiqu'il arrive – à vouloir imposer leur volonté. Mais Scorpius faisait partie de cette famille. Il avait simplement le même problème que tous les adolescents de quinze ans, celui de trouver ce qu'il voulait.
Bonjour ! Je suis venue déposée mon mot de fin. Alors merci d'avoir tout lu et merci à Elythie pour son gentil mot. Je ne publierait plus rien spécifiquement sur les Malefoy donc ici. Par contre je continue d'écrire sur Harry Potter donc on se croisera peut-être ! Paix et fanfic à tous ! Maneeya.
