BONJOUR OU BONSOIR OSEF

Voici la partie deux de cette chose (pas une semaine après je saaaaiiis, c'était volontaire !). J'y ai pas mal bossé pour le coup, pourtant je suis un peu mitigée dans l'ensemble.

Merci beaucoup à Aethyan pour la correction. :3

Bonne lecture !


Les personnages appartiennent à Haruichi Furudate, l'auteur de Haikyuu!.


Sur le trajet du retour, Bokuto et Oikawa avaient recommencé à se chamailler bruyamment. Entre les exclamations -trop- aiguës du châtain et le rire insupportable du hibou, les deux amis avaient eu leur lot de honte pour le mois entier. Certains passants les regardaient soit exaspérés, soit amusés par leurs gamineries complices. Un enfant s'était même approché d'eux afin qu'ils jouent ensemble : si le châtain ne gardait pas une infime part de raison au fond de lui, ils auraient joué à cache cache pendant des heures. Bokuto avait d'ailleurs tiré la tronche jusqu'à ce que le plus vieux lui achète un pain à la viande, et le sourire lui était instantanément revenu.

Ça l'avait amusé.

Un silence religieux régnait entre les deux amis, tandis que Koutarou regardait souvent son téléphone portable. Tooru avait très bien remarqué son air préoccupé depuis quelques minutes, et se retenait de le lui faire remarquer. Il était légèrement anxieux et hésitait à mettre sur le tapis l'absence injustifiée de ses deux colocataires toute la journée. Il voulait lui coller sa main dans la figure pour se venger de leur égoïsme, mais ne souhaitait pas envenimer la situation alors qu'ils avaient réussi à passer une bonne fin d'après-midi jusqu'ici : le décoloré n'avait pas besoin de ça, mais Kuroo n'y échapperait certainement pas. Il allait l'entendre, foi d'Oikawa.

Il soupira d'agacement.

- Hum, je...

Le regard du plus vieux dériva vers son ami de toujours en l'entendant parler, sceptique. Il semblait gêné et décontenancé, on aurait dit que c'était une vraie plaie pour lui d'engager la conversation. Il était tellement hésitant qu'il aurait pu le comparer à une écolière prête à déclarer sa flamme à son prince charmant. Oikawa ne l'avait que rarement vu comme ça, et cela ne présageait généralement rien de bon pour aucun d'entre eux. Il haussa un sourcil devant le manque de réaction de son ami et la phrase qu'il avait débutée resta en suspens durant quelques minutes.

Il n'arrivait pas à ignorer la sensation étrange qui l'avait pris lorsque son ami avait commencé à parler.

Bokuto se massa la nuque, embarrassé :

- Désolé pour... aujourd'hui, commença-t-il nerveusement, j'étais occupé avec... euh... je-j'étais occupé quoi !

Son mensonge avait l'odeur des toilettes après le passage de Kuroo.

Oikawa n'était pas dupe, il savait que quelque chose s'était passé pour que le plus jeune soit aussi déstabilisé et cela allait de soit pour le noiraud même s'il n'avait eu aucune nouvelle de la journée. Cependant, il ne devait pas tirer de conclusions hâtives et il ne savait pas vraiment si ses deux amis étaient liés ou non à propos de la subite absence. Il avait la nette impression que quelque chose d'étrange se tramait dans son dos et qu'il n'était pas mis dans la confidence. Il décida de jouer la carte de l'innocence pour faire cracher le morceau au décoloré, même si ce n'était pas très juste de sa part.

- À propos de quoi ? demanda-t-il en penchant la tête sur le côté.

Les rougeurs naissantes sur les joues de son ami ne lui échappèrent pas, et il haussa un sourcil dubitatif. Il ne comprenait strictement rien à la situation, et craignait le pire. Bokuto se mettait dans des états pas possibles à n'importe quelle heure de la journée, pour un oui ou pour un non, et même lorsqu'il était en désaccord avec lui-même. Néanmoins, Oikawa avait le don terriblement agaçant d'être un fin observateur et il était trop intelligent pour qu'on espère le duper un jour ou l'autre. Il savait que son ami était réellement mal-à-l'aise. Le décoloré détourna le regard et jouait avec ses doigts.

- Et bien... pour notre absence.

Le châtain tiqua :

- Notre ?

Alors ils sont bien restés ensemble ?

Bokuto plaqua rapidement sa main sur sa bouche et rougissait de plus belle à présent. Il avait définitivement foiré, et il était certain qu'il allait se faire tuer par Oikawa avant que Kuroo n'ait la moindre chance de le faire avant lui. Il avait terriblement chaud et n'osait pas regarder son ami d'enfance de peur de sortir encore quelques énormités qui le trahiraient une nouvelle fois. Il était au bord de l'arrêt cardiaque tellement son cœur battait vite. La tachycardie était-elle mortelle ?

Le châtain tentait d'analyser rapidement la situation et ses yeux laissaient transparaître l'hébétude qui s'était emparée de lui à l'aveu de son ami. Kuroo et Bokuto étaient donc bien directement liés dans cette absence et personne n'avait pu le prévenir car ils étaient occupés ? Il ne savait pas quoi penser, et l'attitude renfrognée de son ami laissait penser qu'il s'était probablement passé quelque chose d'important entre eux pour que le hibou refuse de lui en parler explicitement. Il aurait bien vite fait de demander à leur troisième colocataire, mais il sentait qu'il allait l'envoyer balader et que le décoloré ne lui exposera pas les faits de peur de recevoir les foudres de leur ami. Devant le manque de réponse de Koutarou, le plus vieux soupira à nouveau d'agacement et décida d'insister un peu auprès de lui. Tant pis si le noiraud décidait de le faire dormir sur le balcon.

- Qui était avec toi ?

- Personne, j'étais tout seul ! répondit nerveusement le décoloré.

- Kuroo n'existe plus alors ? C'est pour ça qu'il ne répond pas à mes messages... continua innocemment Oikawa.

Le plus jeune se tendit derechef. Touché.

- Qu'est-ce que vous avez fait ?

- Rien du tout ! enchaîna -trop- rapidement Bokuto.

- Vous auriez pu répondre à mes appels alors, finit l'aîné comme s'il s'agissait d'une évidence, non ?

Le décoloré se triturait nerveusement les doigts et ne savait pas quoi répondre. Il se sentait acculé par les interrogations de son ami et savait qu'il était en train de se tirer une balle dans le pied. Il ne savait pas s'il devait être dépassé par la situation ou par la perspicacité de son compagnon. La répartie du châtain le faisait monter en pression et il espérait secrètement qu'un sanglier ne surgisse de nulle part et prenne en chasse son ami. Oui, un sanglier.
Il souffla tout en se passant une main sur le visage, la mine renfrognée, et annonça lourdement :

- Écoute Tooru, ça ne te regarde pas.

Une grimace se forma sur le visage d'ange du châtain. La réplique de son ami venait de le déstabiliser et il monta en pression subitement. Il venait de se prendre une claque de la part de Bokuto, et c'était encore et toujours de la même façon. Il ne retint pas une remarque amère :

- Comme toujours.

Le hibou se stoppa net et suivit du regard son ami qui continuait sa route. Il ne s'était pas attendu à une telle remarque venant de sa part, et encore moins à ce que le châtain prenne mal son refus. Il savait que lorsqu'on lui cachait quelque chose il se braquait et mettait à bouder le monde entier, mais il avait l'impression que c'était la fois de trop pour ça. Kuroo et Bokuto avaient toujours eu leurs petits secrets à deux et certains étaient encore inconnus par Oikawa, mais celui-ci n'avait jamais si mal pris leurs cachotteries la plupart du temps. Il n'avait même pas essayé une seule fois de creuser en dix ans d'amitié pure et la remarque acerbe qu'il avait lancée l'avait refroidi derechef. Il avait l'impression que le sujet lui tenait particulièrement à cœur.

Il se sentait encore mis à l'écart.

Il se mit à trottiner pour rejoindre le plus vieux qui avait continué d'avancer sans prendre le temps de l'attendre.

- Écoute Tooru...

Le manque de réponse du châtain ne l'encouragea nullement à continuer et il entreprit de rester silencieux. Il réfléchissait à la réaction du châtain et à comment il pourrait faire pour se faire pardonner. Il savait que c'était puéril, et que garder ce secret nuirait plus qu'autre chose à l'ambiance de la colocation et fragiliserait considérablement leurs liens, mais il ne pouvait rien lui dire pour l'instant. Et encore moins sans le consentement de Kuroo, qui lui avait formellement défendu de mettre Oikawa dans la confidence.

Il se pinça l'arête du nez, contrarié.

Il ne comprenait pas pourquoi il n'avait pas le droit de lui dire, alors qu'il était leur meilleur ami et qu'il était justement la première et seule personne qui devait le savoir. Il culpabilisait vis-à-vis de son camarade mais avait déjà décidé d'écouter le noiraud en ne dévoilant rien pour l'instant. Il n'était pas sûr de tenir sa parole de toute façon, il ne risquerait pas leur lien contre la pudeur de Kuroo. Il s'agissait d'Oikawa bordel, pas d'un vieil ivrogne complètement taré et fermé d'esprit.

L'image d'Akaashi lui revint soudainement en tête, et la réalité le percuta de plein fouet. Il avait complètement oublié de lui donner une réponse concrète à cause des nombreux événements et était plus concentré à ne pas déprimer qu'à le contacter. Il y avait un peu réfléchi en rentrant hier, mais pas suffisamment pour qu'il prenne une décision. Il n'avait même plus le temps de le faire en fait. Peut-être que Tooru a raison ? Un sourire amer se forma sur ses lèvres.

Il avait toujours raison.

Kuroo tapera sûrement une autre crise. Tant pis.

- J'irai voir Akaashi, dit-il en envoyant un message rapidement à ce dernier.

Il n'était même pas sûr que son aîné l'ait entendu tant sa voix était calme et basse.

Il n'eut aucune réaction et se contentait toujours de poursuivre silencieusement son chemin. Bokuto sentit une boule se former dans son ventre qui commençait d'ores et déjà à se tordre. Bien que son visage soit complètement neutre, le châtain devait certainement être profondément déçu et en colère. Il le connaissait susceptible et très enfantin, et même s'il était capable de bouder pour un rien, le décoloré savait. Il savait très bien qu'il était sérieusement atteint par la distance qu'ils commençaient à instaurer naturellement entre eux dans cette histoire. Ça le concernait indirectement et son "exclusion" le rendait bien plus mal qu'il ne voulait le laisser paraître. Oikawa était tellement sensible qu'il refuserait d'arracher une fleur.

Son silence rendit Koutarou un peu triste et il décida de ne plus déranger le châtain de tout le trajet. Il savait qu'il parlerait à un mur s'il tentait la moindre approche, et s'il parlait comme si de rien n'était, il finirait par se prendre son poing dans la face. Un hypocrite qui détestait les hypocrites, c'était l'une des choses chez Tooru qui amusait le plus ses cadets.

Il prit tout de même le temps de prévenir Kuroo de la situation -car ce flemmard était resté à la maison toute la journée et lorsqu'ils arrivèrent devant le bâtiment de leur appartement, Bokuto se sentit soudainement nauséeux. Il stressait tellement que ses jambes se décollaient sous le léger vent qui soufflait. Il avait terriblement peur de rentrer chez lui, de retrouver l'ambiance pesante qu'il avait réussi à atténuer ce matin, d'assister à une éventuelle confrontation entre ses deux colocataires. Il avait peur que les choses s'enveniment ou qu'Oikawa fasse ses valises. Il s'imaginait tous les pires scénarios possibles et imaginables mais savait très bien qu'aucun d'eux ne se réaliserait. Enfin, il l'espérait secrètement.

Ils montèrent silencieusement les escaliers qui les menaient à leur appartement et c'était Bokuto qui ouvrait la marche. Il sortit ses clés de ses mains légèrement tremblantes et déverrouilla tant bien que mal la porte d'entrée tandis que le châtain le rejoignait d'un pas las. Il le laissa entrer en premier et ferma le plus discrètement possible la porte derrière lui, tandis que l'aîné se déchaussait rapidement.

Ce fut à ce moment là que Kuroo choisit d'apparaître dans l'encadrement du salon, à peine couvert d'un jogging noir et les cheveux rangés dans un bonnet rouge. Bokuto aurait parié qu'il appartenait au châtain.

Ils ne firent d'ailleurs pas attention au décoloré.

Les deux jeunes hommes se jaugèrent longtemps du regard sans bouger d'un iota, et Bokuto les observait, décontenancé. Il assistait à une œillade plus qu'orageuse et la tension était tellement étouffante qu'il se demandait si l'oxygène ne s'était pas enfui comme il aurait aimé le faire. Leurs visages n'exprimaient rien qui pourrait trahir leurs pensées et leurs émotions, mais le décoloré les connaissait suffisamment pour savoir que l'un se sentait mal, et l'autre très agacé. En clair, ils étaient tellement fiers qu'ils ne détournaient pas le regard une seule seconde et aucun mot ne fut prononcé. Seules leurs respirations lentes se faisaient entendre, ainsi que le bruit des voitures qui circulaient juste en bas. C'était oppressant.

Ce fut Oikawa qui capitula le premier.

Il marcha d'un pas rapide vers sa chambre en passant devant Kuroo qui s'était décalé pour le laisser continuer son chemin. Il fixait à présent Bokuto, dont le regard perdu fixait un point invisible. Sa lèvre inférieure tremblait légèrement et ses poings se serraient et se détendaient dans de mouvement irréguliers sans qu'il ne s'en rende compte. Son souffle était si léger qu'il avait l'impression de ne plus respirer et son t-shirt lui tenait tellement chaud qu'il avait l'impression qu'il portait trois couches de vêtements sur lui. Il se sentait incroyablement lourd, mais il avait l'impression qu'un seul coup de vent suffirait pour qu'il s'envole. Il laissa le sac qu'il avait apporté en prévision à l'entrée et rouvrit la porte en ignorant royalement le noiraud qui continuait d'observer ses moindres faits et gestes. La porte claqua doucement.

Kuroo soupira.


La soirée s'était passée dans un silence de mort du côtés des deux jeunes adultes restants, et le retour de Bokuto n'avait en rien arrangé les choses. Oikawa avait fait en sorte de se lever plus tôt que d'habitude afin de ne pas faire le trajet avec ses colocataires. Il avait rapidement aperçu Kuroo pendant qu'il prenait son petit-déjeuner mais ne s'était pas attardé sur sa personne, tandis que le noiraud avait laisser couler son regard sur lui pendant une ou deux longues minutes, avant de prendre congé. Il se souvenait avoir été plus que tendu à ce moment là et ça ne l'étonnerait pas le moins du monde s'il s'en était rendu compte. Il s'était alors dépêché de foutre le camp de l'appartement : il ne voulait certainement pas s'éterniser et prendre le risque de voir ses colocs.

Il était actuellement assis dans la salle de classe quasiment vide, plus de vingt minutes avant le début du cours et s'ennuyait terriblement. Il détestait la tension qui régnait entre eux et maudissait leurs cachotteries dans son dos ainsi que sa fierté agaçante. Il aurait dû être en train de déconner avec eux et mater quelques garçons sur le chemin tout en bourrant le crâne de Kuroo qui râlerait à chaque remarque. Il y avait trop de choses à dire sur les étudiants de l'université.

Oui, Oikawa avait le sens critique d'une fille par moments, et c'était l'un de ses pires défauts. Ses colocs en voyaient de toutes les couleurs d'ailleurs.

À part le corps et l'état civil, le châtain avait toutes les qualités requises pour être une mère poule et une femme capricieuse. Sa personnalité était plus féminine qu'à l'accoutumée et ses colocataires s'amusaient à le prendre pour une adolescente immature et imbue d'elle-même. Une vraie garce en gros. Cette comparaison l'indignait tant elle était dévalorisante pour le plus vieux. N'importe quoi...

Tooru a grandi entouré de sa sœur de plus de dix ans son aînée et de sa mère. Il avait donc hérité de leurs goûts pour les romans à l'eau de rose, les bijoux flamboyants et les vêtements à motifs fleuris. Il avait passé une grande majorité de sa vie entouré de femmes mûres -ou non- et les hommes n'avaient jamais été d'un grand soutien dans son enfance. Son père n'était jamais là, et il ne regrettait pas plus que ça son absence.

Cela va de soi que c'était lui qui avait choisi l'intégralité de la décoration de leur appartement, et que ses choix avaient très souvent -pour ne pas dire tout le temps- engendré des disputes entre eux, soit parce que c'était trop vif, soit parce qu'il y avait trop de fleurs. Oikawa avait hérité de la majorité des goûts de sa mère, mais cela ne voulait pas dire qu'ils n'étaient en rien douteux.

Il avait souvent reçu des remarques vexantes à cause de ça.

Pourtant, il s'en foutait.

- Je peux m'asseoir ?

Il sortit de sa rêverie en entendant une voix grave familière raisonner à proximité de lui. Iwaizumi se tenait à sa droite, et il était plus beau que jamais aux yeux du châtain. Ses traits étaient terriblement détendus et un léger sourire énigmatique était magnifiquement dessiné sur son visage d'ange. Il ne portait qu'un sweat-shirt gris aujourd'hui, mais cela n'empêcherait certainement pas Oikawa de fantasmer tout le cours sur ses biceps. Il rougit légèrement et hocha légèrement la tête en guise de oui sans oublier de lui laisser un peu de place afin qu'il ait l'espace nécessaire pour travailler.

- Merci.

Son cœur loupa un battement avant de s'accélérer subitement devant le regard insistant de son interlocuteur et la découverte de ses dents blanches parfaitement alignées. Bon dieu, il ne saurait donc jamais comment un être aussi parfait pouvait donc exister sur leur planète peuplée d'idiots ?

Il frissonna lorsque leurs bras se frôlèrent.

Il détourna rapidement le regard en rougissant un peu plus pendant que son voisin s'installait et consulta rapidement son téléphone portable pour regarder l'heure. Il tomba sur un message de Kuroo, ce qui lui fit froncer les sourcils. Il n'avait pas senti son appareil vibrer. Il hésita quelques secondes à ouvrir le message tant la curiosité le prenait mais sa rancune reprit rapidement le dessus. Tant pis, qu'il aille se faire voir. Il rangea son appareil, mais le reprit aussitôt en constatant qu'il n'avait pas pris la peine de faire ce qui était prévu à la base. Il soupira et s'insulta en chuchotant. Il attira l'attention de son voisin de table, qui tapotait frénétiquement quelque chose sur son cellulaire :

- T'es sympa avec toi-même.

Oikawa se tourna vers lui et un petit sourire amusé remplaça la mine renfrognée qu'il avait adoptée plus tôt.

- C'est une façon de me dire que je m'aime, répondit-il en chantonnant.

- Ou peut-être que t'es vraiment con.

- C'est méchant !

Iwaizumi lui lança une œillade rapide tandis qu'un léger sourire avait pris place sur son visage après être tombé sur la mine -faussement- outrée de son voisin de gauche. Il était amusé par la réaction du châtain et prenait un malin plaisir à le titiller ; il était bel et bien susceptible, il avait visé dans le mille. Il continuait d'écrire un message sous le regard mauvais de son camarade. Tooru réfléchissait à une quelconque façon d'emmerder son ami sans prendre le risque de se faire frapper par celui-ci. Il avait pensé à lui arracher son téléphone des mains et à regarder avec qui son voisin conversait ou à lui écraser littéralement le pied, mais il ne souhaitait pas se prendre un énorme pain dans la figure. Surtout pas avec ses bras. Il ne tiendrait même pas une seconde.

C'est monstrueux de faire peur aux gens juste parce qu'on est bien foutu.

Il tiqua :

- Iwa-chan !

C'eut le mérite d'attirer l'attention de son voisin de table.

Pourtant, le regard noir qui le transperçait de toutes parts lui donnait un mauvais pressentiment.

- Pardon ?

Le châtain se mit à rire de façon puérile tandis qu'Iwaizumi le fusillait toujours de son regard vert. Il avait envie d'étriper cet abruti enfantin et insupportable qui gloussait comme un gamin de trois ans en répétant "Iwa-chan" comme s'il chantait une comptine. C'était profondément agaçant et une veine pulsait déjà sur la tempe du plus vieux en écoutant la tirade moqueuse de son voisin. Non, il n'allait vraiment pas faire long feu.

Oikawa retint un hurlement de frayeur lorsque le jeune homme se leva brusquement et fit rejoindre ses mains en s'excusant activement, avec tous les mots et verbes possibles et imaginables. Iwaizumi le surplombait de toute sa hauteur et sa forte carrure l'impressionnait autant qu'elle le terrorisait. Il avait fermé les yeux et attendait le coup qui lui détruirait la boîte crânienne et endommagerait son cerveau pour le restant de ses jours, mais seule une légère tape se fit ressentir, et il entendit le brun se ré-installer dans un long soupir. Il avait prudemment ouvert les yeux et tomba sur les iris verts qui l'observaient attentivement. Il ne souriait aucunement, mais Tooru pouvait voir la lueur d'amusement qui avait remplacé l'irritation dans son regard et un sentiment de plénitude s'empara soudainement de lui.

Il se sentait si bien en sa compagnie.

Même s'il avait failli lui en coller une.

- Shittykawa.

Hein ?

- Eh ?

Un rictus moqueur se forma sur le visage -qui s'était adouci- de l'attaquant tandis qu'il fit une pichenette moqueuse sur le nez du châtain. Il couina sous la surprise, puis fronça les sourcils pour se donner un air effrayant et autoritaire. Autant dire que c'était peine perdue vu que le sourire du plus vieux s'était un peu plus agrandi sous la vaine tentative d'Oikawa.

- C'est ma petite vengeance personnelle, commença Iwaizumi en détournant le regard vers le professeur qui venait tout juste de passer devant eux, puis t'as l'air d'être un vrai chieur.

Oikawa fit la moue.

- T'es vraiment odieux, Iwa-chan.

- Dixit l'enfant qui rajoute un suffixe dévalorisant après avoir déformé mon nom, renchérit-il au tac-au-tac.

- C'est parce que tu es mignon !

Iwaizumi tourna vivement la tête vers son voisin en prenant des couleurs, tandis qu'Oikawa avait plaqué sa main devant sa bouche et avait déjà une grande marge d'avance sur le teint de son voisin. Il ne savait pas ce qui lui avait pris pour qu'il sorte une telle énormité, et il se sentit devenir fébrile tout d'un coup. Une vague de chaleur insupportable le prenait, tandis qu'il soutenait inconsciemment le regard vert de son aîné. Il n'était pas sûr de savoir si c'était son audace ou son inconscience qui avait agi à sa place, mais il était persuadé que c'était tout de même une belle gaffe par Oikawa Tooru en personne. Quel abruti.

C'était la deuxième fois qu'il les embarquait dans une situation aussi gênante en si peu de temps.

Ils étaient tous les deux profondément déstabilisés et ne savaient absolument pas comment réagir à la remarque qu'avait faite le châtain sur son ami. Il était imprévisible.
Une sonnerie salvatrice retentit et les deux jeunes espéraient secrètement qu'elle appartenait à leur téléphone portable. Ils rompirent le contact pour regarder leur cellulaire rapidement : il s'agissait du téléphone d'Oikawa ; Iwaizumi en profita pour tenter de se calmer en reportant son attention sur le prof qui s'installait encore.

Kuroo lui avait à nouveau envoyé un message.

Il ne prit pas la peine de l'ouvrir et reposa bruyamment son téléphone sur son bureau en se raclant la gorge suffisamment fort pour que son ami l'entende. Il le vit se passer frénétiquement la main dans les cheveux.

Il ne savait pas ce que ce geste signifiait, sûrement une mauvaise habitude.

Oikawa détourna le regard tandis que son voisin lui lançait des œillades qu'il ne captait pas. Il était tellement concentré sur les rougeurs qui ne voulaient pas quitter ses joues qu'il n'osait même plus regarder l'attaquant, de peur de dire une bêtise et de les plonger dans un profond malaise une seconde fois.

Même si ce n'était pas une bêtise pour le châtain, mais seulement un constat.

Lorsqu'Iwaizumi tourna la tête vers Oikawa, celui-ci ne put s'empêcher de suivre son mouvement et de plonger son regard dans le sien et de l'observer. Ses yeux étaient étonnamment clairs et la lumière devait certainement y être pour quelque chose. S'il n'était pas sûr de leur couleur hier encore, il était à présent persuadé que ses iris vertes étaient les plus belles qu'il n'avait jamais vues. Les yeux dorés de Bokuto ne faisaient pas le poids pour le châtain ; il avait envie de se perdre dans son regard et il ne dirait jamais assez qu'il était tout bonnement magnifique. Ce n'est que lorsque le brun les détourna et qu'il ouvrit la bouche que Tooru revint sur Terre.

- Bien !

Les deux jeunes sursautèrent et observèrent le professeur qui s'était exclamé d'une voix forte. Ils avaient les paupières grandes ouvertes et étaient tous les deux tellement surpris qu'ils n'arrivaient pas à calmer leur pouls trop rapide. Oikawa était terriblement frustré que le vieil homme soit intervenu et qu'il ait interrompu son ami : il n'avait pas eu le temps de dire un seul mot et il maudissait leur prof. Il n'osa pas demander à Iwaizumi de prendre la parole pour satisfaire sa curiosité car il avait déjà reporté son attention vers leur tuteur qui commençait sa tirade agaçante. Il semblait s'être calmé et seulement quelques tons rosés se distinguaient discrètement sur ses joues. Il souffla légèrement et l'imita, en laissant reposer sa tête dans sa main gauche. Il ne fallait pas qu'il dérange le brun, sinon il allait se prendre son poing dans la figure.

Son téléphone sonna.


« 'Yahooo, vous êtes bien sur la messagerie d'Oik- »

Bokuto coupa l'appel en soupirant d'agacement. C'était la troisième fois qu'il appelait le châtain en à peine deux minutes et cet idiot faisait encore sa diva avec ses caprices de princesse. Il ne daignait pas répondre aux messages de Kuroo et l'appeler ne faisait qu'accentuer leur irritation puisqu'il les ignorait royalement. Ils savaient très bien qu'il était en plein cours, mais ça ne l'empêchait pas le moins du monde de répondre à leurs tentatives en général. Non, vraiment, Oikawa méritait une bonne grosse tarte dans la figure parfois.

Le décoloré se contenta de soupirer à nouveau et de se concentrer sur son reflet dans la glace, plus accessoirement de monopoliser toute son attention sur ses cheveux en fait. Ils étaient dans un sale état car il ne les avait pas lavés hier soir, et s'il le faisait maintenant il devrait aller à l'université avec ses cheveux plaqués. Il avait le cul entre deux chaises et il ne savait pas du tout quoi faire. Ça lui prendrait trop de temps de les laver et de les sécher pour les redresser après, et sa coupe de cheveux était une chose primordiale qu'il tentait de conserver par tous les moyens. Elle était représentative, emblématique, sacrée ; les hiboux étaient sa religion, et il était hors de question qu'il viole une des -seules- règles qu'il s'était imposées. Il garderait sa coupe de cheveux coûte que coûte, sinon il ne pourrait jamais expier son péché.

- Lave tes poils et arrête de te prendre pour une diva, j'ai pas besoin de deux Oikawa à la maison.

Bokuto rougit à l'entente de la voix rauque de son meilleur ami et entreprit de le fixer dans les yeux à travers le grand miroir accroché au mur de la salle de bain. Kuroo se baladait en caleçon -qu'il identifia comme celui du châtain- et ses cheveux ressemblaient à une vieille botte de foin indomptée. Il avait un peu de lait sur le coin de la lèvre et ses cernes étaient plus voyantes que d'habitude, s'accordant parfaitement à sa chevelure foncée et son teint pale. Il eut un sourire amer. Il semblait avoir passé une sale nuit également.

Il ne fit aucun commentaire et rangea sa boîte de gel dans le placard près de ses jambes. Il se regarda dans la glace une dernière fois et soupira d'agacement. Il entreprit de retirer le jeans qu'il avait enfilé quelques instants plus tôt quand la main de son colocataire de posa brusquement sur son poignet en lui faisant stopper ses mouvements. Il tomba sur le regard cerné de son ami qui l'observait sans laisser la moindre émotion s'échapper par mégarde : le silence était roi, bien plus que la tension qui s'était confortablement installée depuis hier. Kuroo semblait vouloir lui dire quelque chose, mais il ne comprenait pas pourquoi il l'avait stoppé dans ses mouvements. Les sourcils du décoloré se froncèrent ; le plus jeune soupira.

- Retire ta chemise et penche toi vers l'avant, je vais te laver les cheveux.

Bokuto resta immobile tandis que le noiraud sortit de la salle de bains pour faire il ne savait quoi. Son cœur battait frénétiquement dans sa poitrine et il essayait d'assimiler les paroles de son meilleur ami qui revenait avec ses vêtements et fermait la porte de la pièce. Il le sentit s'activer près de lui et sortir les produits que le décoloré utilisait lorsqu'il lavait "ses poils" mais ne réagissait pas. Il sortit de sa transe lorsqu'il reçut une tape sur la joue et regarda son bourreau avec des yeux interrogateurs, ahuri.

- Arrête de rêver et dépêche toi de retirer ton haut, j'ai pas ton temps, l'informa Kuroo, irrité.

Le hibou s'exécuta rapidement et se mit en position tandis que le plus jeune entrait dans la douche, muni de son caleçon et des produits en question. Kuroo retint une remarque déplacée et un léger rictus se forma sur ses lèvres que le second ne vit pas, trop concentré à rester parfaitement en place. Il était pensif.

Il ressassait sans cesse sa soirée de la veille, et il ne pouvait empêcher le flot d'émotions qui s'emparait de son corps d'apparaître à chaque fois. Il ressentait un nombre incalculable de choses depuis hier matin, et son périple d'hier l'avait vraiment achevé : c'était un véritable ascenseur émotionnel que vivait Bokuto à cause toutes ces histoires et ses colocataires. On pourrait en faire un feuilleton dramatique.
Lorsqu'il avait quitté l'ambiance pesante de l'appartement, il avait longuement attendu la réponse du lycéen et avait marché pendant une heure entière. Il n'avait ni argent, ni titre de transport, ni les clés de sa voiture sur lui. Il était simplement armé de son téléphone portable et de ses jambes qui le guidaient partout et n'importe où, sans but précis, sans qu'il n'ait à réfléchir. Il voulait simplement sentir sa main vibrer et tomber sur un message. D'Akaashi, d'Oikawa, ou même de sa petite sœur qui lui demanderait si elle pouvait squatter la télé dans sa chambre. Il avait attendu.

- C'était comment, hier soir ?

Il avait arrêté, depuis.

Il sentait les grandes mains du Kuroo frotter énergiquement son cuir chevelu tandis qu'il fermait fortement les yeux, de peur que le savon ne lui éclate les yeux de bon matin. Sa question l'avait pris au dépourvu, mais pas assez pour que le noiraud s'en rende compte. Il réfléchissait minutieusement à chaque mot qu'il emploierait pour expliquer la situation à son ami sans le contrarier pendant qu'il sentait l'eau fraîche chasser toute la mousse sur sa tête. Il savait que c'était peine perdue : tout ce qui se rapportait de près ou de loin à Akaashi avait le don d'énerver le noiraud plus que raison, et le mentionner -même implicitement- dans une conversation c'était comme écrire son testament et servir sa vie à Kuroo sur un plateau d'argent. La mort était assurée.

Le savon froid qui rencontrait son crâne le sortit de ses réflexions.

- Il n'est pas venu.

Raté.

Il sentit les mains de son cadet se crisper fortement contre sa tête et un juron lui échapper. Il souffla de façon inaudible et s'agrippa à l'encadrement de la douche pour tenter de rester le plus stable possible. Le lapin que le lycéen lui avait foutu l'avait profondément irrité hier soir, et il était rentré à vingt heures passées sans recevoir la moindre nouvelle. Il n'avait pas eu l'envie d'aller voir ses colocataires et s'était seulement dirigé vers sa chambre, las et fatigué. Non, complètement saoulé en fait.
Il n'avait même pas pris la peine de manger, et ne s'était pas retourné lorsqu'il avait entendu la porte de sa chambre s'ouvrir quelques temps après son retour ; il ne savait même pas lequel de ses deux amis était venu au final. Peut-être Tooru ?

Kuroo brossait ses cheveux énergiquement.

- Mais il m'a appelé.

Le noiraud stoppa ses mouvements quelques secondes, mais les reprit rapidement en y mettant plus de hargne que tout à l'heure. Bokuto gémit sous les assauts sauvages de son ami et priait silencieusement pour ses pauvres cheveux torturés par cette bête atroce. Sérieux, il ne peut pas se contrôler ?

- J'ai pas décroché, alors arrête de m'arracher les cheveux, informa le décoloré entre deux plaintes.

- Tu fais ce que tu veux, Bokuto.

- Tu peux quand même m'éviter une calvitie prématurée alors ?

Un coup de brosse plus violent que les précédents le fit se tendre derechef et il insulta Kuroo, qui exerçait une pression sur sa nuque pour garder sa tête le plus bas possible. Il ne répondit pas au hibou et recommença à faire couler l'eau froide sur la tête du pauvre jeune homme qui frémissait. Même s'il aimait sa couleur, se laver les cheveux à l'eau froide était un véritable supplice. Heureusement que l'été arrivait bientôt.
Seul le bruit du liquide qui claquait contre le sol et la respiration haletante de Bokuto se faisaient entendre dans la salle de bains, mais personne n'osait piper un mot. Le silence entre eux n'était pas pesant, mais il était loin d'être des plus confortables. Ils pensaient à l'université ou à eux, parfois à Oikawa, et restaient complètement calmes. Mais tendus.

- Des nouvelles d'Oikawa ?

Bokuto ne pipa pas un mot.

Son long silence en disait suffisamment, et le noiraud comprit bien vite le message. Il souffla d'exaspération et l'inquiétude s'empara de lui quelques instants. Il se doutait que la situation était un peu compliquée pour tout le monde et Oikawa n'était pas une exception, mais il ne pensait pas qu'il agirait d'une telle façon. Enfin si, il s'en doutait un peu : le châtain était imprévisible et plus rien ne l'étonnait depuis le temps. Il coupa le jet d'eau en soupirant -encore- et observa Bokuto agripper la serviette à proximité pour frotter frénétiquement ses cheveux avec. Il recula et Kuroo ferma la porte de la douche pour se laver. Ils ne s'adressèrent pas la parole et le décoloré sortit de la salle de bains avec ses affaires.

Ils sortirent du logement en même temps.

L'ambiance ne changeait toujours pas entre les deux jeunes hommes, et Kuroo commençait à être sérieusement irrité par la tension. Il se sentait de plus en plus agacé et le comportement de ses deux aînés lui tapait sur le système autant que le sien pouvait le faire. Akaashi lui sortait par tous les trous possibles et imaginables, Bokuto semblait être complètement indifférent à la situation et Oikawa s'amusait à les ignorer et à faire tranquillement sa vie de son côté. S'il devait en choisir un pour le tuer, il n'hésiterait pas à faire en sorte qu'ils fusionnent pour les buter tous les trois. Il se tint l'arête du nez, las, et lança une œillade à son compagnon. Il semblait complètement absent et perdu dans ses pensées. Vu la tête qu'il tire, ça doit pas être très joyeux.
Il se sentit mal d'espérer que Bokuto pense à leur situation actuelle.

- On devrait lui dire.

Kuroo continuait de marcher d'un pas soutenu tandis que le plus âgé avait ralenti. Il ne releva pas sa demande mais il ne put s'empêcher de réfléchir aux paroles de son ami. Malgré sa réticence hier matin, il ne pouvait s'empêcher de remettre sa décision en cause et il cogitait beaucoup depuis qu'il avait appris qu'Oikawa avait fait une scène au hibou. Celui-ci n'avait pas tort quand il disait que Tooru était une bonne personne, il le savait parfaitement, mais ce n'était pas du châtain dont il avait peur.

Il ne savait pas quoi faire.

Il ne savait rien.

- De quoi t'as peur, Kuroo ?

De moi.

Il s'arrêta brusquement et regarda son colocataire avec des yeux exorbités. Bokuto avait beau être un abruti fini doublé d'un enfant insupportable, il ne comprendrait jamais comment il faisait pour le déchiffrer aussi bien que lui-même le ferait avec n'importe qui. Il avait le don de le prendre au dépourvu à n'importe quel moment de sa triste vie et Kuroo ne se remettait jamais de la franchise de son ami. Il le connaissait bien, c'était un fait, mais il le connaissait trop, et c'était une faiblesse. Et le noiraud détestait ça par dessus tout.

Non, il ne s'y ferait jamais à ses sourires trop heureux pour soupçonner la moindre souffrance, à son timbre de voix trop sûr et grave pour penser qu'elle serait capable de dérailler, à ses yeux dorés si pétillants que les voir perdre leur éclat était une chose impossible dans la tête du noiraud. Il ne s'y ferait jamais à sa bonté dégoulinante, à son amour trop pur, à ses colères trop sincères, à sa sensibilité aussi encombrante que touchante. Toute sa personne était un soleil brûlant qui illuminait les journées de Kuroo et qui l'aidait à dormir la nuit. Toute sa personne était un phénomène incontrôlable qui signifiait tout ce qui se rapportait de près ou de loin à la vie.

Kuroo l'aimait profondément.

Mais il n'avait pas le droit.

Il avait peur de consumer la lumière.

Donc il refusait.

Mais Bokuto n'en avait strictement rien à faire.

Il apaisait sa peur, chaque jour, chaque minute, chaque demi seconde, tout le temps, toujours, partout, sans s'arrêter. Il le faisait divinement bien.

Kuroo se sentait vivant avec Bokuto, et c'était tout ce qu'il acceptait.

- De toi.

Malheureusement.


« T'es qu'un con. »

Oikawa s'amusait à se torturer la conscience en ressassant en boucle le premier message que Kuroo lui avait envoyé ce matin. Il avait fini par lire les deux messages qu'il avait reçus et réfléchissait au sens des paroles du noiraud. Il n'osait pas repenser au contenu du deuxième de peur de faire une crise d'angoisse ; il ne voulait en aucun cas imaginer les méthodes de torture que son colocataire allait employer sur lui lorsqu'il le verrait. Un frisson d'effroi s'empara de lui et il passa une main fébrile sur son visage. Non, il ne voulait rien savoir du tout.

Il était conscient que sa petite crise était irritante et diablement puérile, mais Oikawa n'avait pas envie de lâcher l'affaire tout de suite. Il voulait absolument savoir ce que cachaient ses colocataires et pourquoi ils ne voulaient rien dire. Il devrait redemander à Bokuto à l'occasion, ça serait moins dangereux que de se confronter à un gorille mâle surpuissant et sadique. Un nouveau frisson se fit sentir.

Il reporta son attention sur les étudiants de la cafétéria et se dépêcha de ranger son bento vide afin de déguerpir : il n'avait pas du tout envie de croiser ses amis, encore moins sans une présence rassurante près de lui. Ils seraient capable de le violer sur place avant de l'éventrer et de le faire rôtir avec une pomme coincée entre les dents. Enfin, il parlait surtout pour Kuroo. Il faisait sacrément froid d'un coup, non ?

Il sentit son téléphone vibrer dans sa main pendant qu'il se levait.

Bokuto l'appelait.

Il se tendit vivement et regardait l'écran avec de grands yeux. Autant pour le plus jeune le choix était vite fait, autant pour Bokuto il hésitait grandement. Il avait toujours moins redouté les réactions de l'attaquant même si elles étaient plus exagérées que celles du noiraud et le craignait beaucoup moins. Partout.

Décidément, Kuroo était son bourreau.

Il n'avait rien à perdre. Sauf la vie.

Il se dirigea rapidement vers l'extérieur alors que l'appel se coupait et envoyait -encore- son interlocuteur sur répondeur. Il s'était mis à angoisser soudainement et son pull semblait être aussi lourd qu'une parka en plein été. Il était sur ses gardes plus que jamais et cherchait un coin tranquille pour recontacter le décoloré et ne pas se faire trouver par ses amis. On n'était jamais trop prudents.

Il finit par se poser sur un banc et décida de rappeler son ami. Il était si peu sûr de lui qu'il était capable d'exploser son téléphone sur l'arbre en face de lui et de s'enfuir au Canada afin qu'ils n'aient plus la moindre de se contacter et de se recroiser de toute leur vie. L'idée était tentante, et Oikawa se promit de la garder précieusement. Les sonneries résonnaient dans son oreille droite et sa main gauche se crispait vivement sur son sac sous la pression. Il avait l'impression que le temps passait au ralenti et que sa tentative ne se terminerait jamais. Il ne retint pas un long soupir de soulagement lorsque la boîte vocale de Bokuto retentit. Il n'avait jamais été aussi soulagé qu'il n'ait pas pris le temps d'enregistrer un message par lui-même.

Il abaissa son téléphone et observa rapidement les alentours, pensif. L'extérieur était quasiment vide et tous les étudiants préféraient manger à la cafétéria, ou dans la bibliothèque pour les plus fous. Heureusement que certains étaient en cours à l'heure actuelle, sinon ça aurait été un joli petit bazar.

Son téléphone se remit à vibrer quelques minutes seulement après avoir coupé l'appel qu'il avait entrepris.

Le jeune homme était assez réactif.

Enfin, Kuroo l'était.

Il se mit à stresser subitement et ses mains devinrent rapidement moites. Il observait le nom affiché sur son téléphone sans détourner le regard et son pouce restait bloqué devant la petite icône verte qui lui permettait d'accepter l'appel. Merde. Il eut à peine le temps de jeter une œillade à la photo qui lui était attribuée avant qu'il ne soit redirigé vers son écran de verrouillage. Il ne savait pas quoi faire ni quoi dire et il devait certainement être en tachycardie à l'heure actuelle. Pourquoi ce n'était pas Bokuto qui l'avait appelé, en fait ?

- T'es vraiment chiant Oikawa.

Il lâcha son cellulaire qui -par chance- tomba sur ses cuisses et releva ses yeux écarquillés vers son interlocuteur.

Kuroo tenait encore son téléphone portable dans la main et surplombait de toute sa hauteur, le regard inexpressif. Sa main dans la poche et son sac à dos à moitié ouvert lui donnaient un air nonchalant et il semblait plus blasé que jamais. Son visage cerné ne le rajeunissait pas et une lourde fatigue se faisait ressentir. Il rangea son appareil dans la poche de son pantalon et s'installa lourdement à côté du châtain, qui n'avait pas lâché une seule seconde le noiraud du regard. Il hésitait à se pincer, et appréhendait tellement la réaction du noiraud qu'il était près à bondir du banc pour s'enfuir. Remarque, il semblerait que ses jambes l'aient lâché.

Il était censé être en colère, le voilà presque terrorisé par la simple présence de son ami.

Lorsque le plus jeune s'autorisa un regard vers le châtain, celui-ci ouvrit légèrement la bouche pour lui poser mille et une questions, mais sa voix mourut dans sa gorge en même temps que son audace et il détourna rapidement ses yeux marrons clair pour regarder un des nombreux buissons parfaitement taillés de la cour. Il sentait le regard sombre de son ami le transpercer et le sonder de toute part ; il aurait aimé disparaître et ne jamais devoir supporter les yeux fins de Kuroo sur sa personne. D'ailleurs, comment l'avait-il trouvé ?

- Je t'ai trouvé en rentrant dans la cafet, commença Kuroo en détournant le regard pour le planter là où Oikawa laissait le sien se perdre, je t'ai juste suivi.

Un vrai sorcier.

Le châtain n'eut aucune réaction extérieure et continuait de fuir le plus possible son cadet. Il n'était certainement pas en mesure de s'indigner de toute façon.

Le noiraud n'ajouta rien et continuait d'observer en silence la cour dans laquelle ils se trouvaient. Oikawa savait parfaitement qu'il ne le regardait plus, mais il n'osait toujours pas risquer une œillade vers lui et rien que sa présence était suffisante pour le faire monter en pression et l'angoisser. Il aurait aimé dire quelque chose, entreprendre quoique ce soit, tenter de satisfaire sa curiosité envahissante ou signer un traité de paix avec le noiraud, mais il n'en fit rien. Les mots avaient fui avec son courage et il avait pour seule compagnie sa tension et son générateur. Il se sentait terriblement idiot ; Bokuto ne faisait pas le poids.

- Arrête de polluer l'air avec tes pensées sombres.

L'information n'arriva pas tout de suite dans le cerveau de Tooru et il mit du temps à l'assimiler. Il entendit juste le long soupir las de Kuroo suite à son manque de réaction et le vent qui foutait en l'air sa coupe de cheveux. Il esquissa un léger sourire amer en tiquant que le noiraud avait encore une fois visé juste. Il arrivait à lire en lui et à le déchiffrer sans le regarder et le châtain soupira intérieurement. Il ne comprenait rien à la situation, rien aux relations de ses colocs, rien à ses amis. Il était complètement largué et le noiraud ne l'aidait pas. Il essaya de reprendre contenance mais il se sentait toujours aussi déstabilisé. Il ouvrit la bouche pour tenter de lui parler, mais son camarade le devança rapidement :

- Si tu l'ouvres pour dire des conneries, ferme la.

Il se tut.

Un nouveau soupir se fit entendre et Oikawa risqua une rapide œillade avec son colocataire : il avait croisé les bras sur sa nuque et continuait de regarder droit devant lui, son air toujours aussi inexpressif encore fixé. Il détourna rapidement son regard clair et le bloqua sur l'un des seuls cerisiers du campus. Les fleurs roses étaient décrochées de force et emportées loin par le vent qui soufflait encore. Il les voyait flotter au gré du vent, se percher sur les buissons trop près pour être épargnés, il les voyait déranger les garçons qui marchaient et riaient, il les voyait décorer joliment la chevelure d'une étudiante qui se baladait innocemment près de l'arbre. Leur chute se déroulait au ralenti dans la tête du châtain et les observer s'échouer au sol sonnait comme un arrêt de mort pour eux ; les pétales qui s'échouaient en masse sur le bitume étaient une pluie rosée magnifique. Il se sentait léger en le contemplant.

Il aimait le printemps.

- Tu penses à ton inconnu pour te sentir aussi bien d'un coup ? interrompit le noiraud.

Oikawa ne retint pas un léger sourire et ses joues rosirent sous l'effet de la remarque. C'était étrange que la simple vue d'un cerisier en fleur ait l'effet d'une bulle d'air et l'apaisait. La présence de Kuroo qu'il trouvait lourde semblait s'être allégée et la tension qui l'habitait depuis son arrivée de dissipait peu à peu. Il réalisait qu'il s'était fait un sang d'encre pour rien, et que son ami n'était pas venu l'égorger et le faire rôtir comme il le pensait. Il en oubliait presque les raisons de ses inquiétudes, les problèmes de ses colocataires, la tension qui régnait à l'appartement, la pression qui l'habitait à cause du volley, l'attraction qu'il ressentait pour son camarade de classe. Toutes ces choses qui s'étaient soudainement invitées dans sa vie et qui le rendaient terriblement anxieux.

Il se demandait à quoi ressemblerait Iwaizumi avec ces fleurs sur les cheveux.

Il sentit une fine main se frayer un chemin entre ses légères boucles et masser doucement son cuir chevelu. Il tourna rapidement la tête vers le noiraud et ses yeux grands ouverts le dévisageaient avec stupeur. Ses mouvements étaient lents et agréables. Il l'observait intensément et prolongeait ses caresses sans s'offusquer, sans fuir, et Oikawa se sentait d'un coup satisfait et plus léger. Il n'avait jamais eu de tels gestes à son égard en public, et seul Bokuto acceptait de s'occuper de ses cheveux quand il le lui demandait. Il n'osait jamais demander à Kuroo en général. En même temps, s'il n'était pas aussi brutal...

Il laissa ses boucles en paix et récupéra rapidement sa main.

Le noiraud ne laissait toujours pas transparaître la moindre émotion à première vue, mais ses yeux semblaient vouloir communiquer quelque chose au châtain. Il n'arrivait pas à comprendre ce geste, ni ce à quoi pensait son colocataire : c'était tellement inattendu, et le temps avait décidé de lui jouer des tours en s'écoulant trop rapidement. Il regarda Kuroo se lever et lui adresser un signe de la main avant de se diriger vers le grand bâtiment qui caractérisait leur université.

Il n'eut pas le courage de le retenir, ni de prononcer la moindre syllabe pour l'interpeller. Il était confus et le moment qu'il venait de passer avec son colocataire l'avait déboussolé. Lui qui croyait se faire démembrer à son arrivée, il lui avait limite offert un moment d'affection.

Il ne lui avait pas soutiré la moindre information au final.

Il n'était même plus énervé en fait.

Il se sentit devenir soudainement fébrile et ses mains commencèrent à trembler. Il dirigea à nouveau son regard vers le cerisier qu'il avait observé quelques instants plutôt tandis que ses yeux se remplissaient progressivement d'un liquide amer et salé ; ces larmes avaient un goût d'une défaite pour le châtain. Il ne savait pas ce qu'il avait perdu, il ne savait pas d'où venait ce surplus d'émotions, il ne savait pas pourquoi il s'était mis à pleurer après le départ de son ami. Il ne savait pas non plus pourquoi son cœur lui faisait si mal ni comment Iwaizumi l'avait trouvé pile à ce moment là ; il savait juste qu'il lui avait caressé les cheveux de la même façon qu'avait adoptée Kuroo juste avant. Sans un mot, sans un regard malsain, seulement en le supportant avec sa présence.

Non, il n'était au courant de rien du tout.

C'était le même banc qu'hier.


Et oui, je me suis amusée à rendre ce chapitre dark.

Je sais pas quoi dire dans cette outro, donc je comble comme je peux. À bientôt ?

Peace.