Bonjour/Bonsoir !

Je poste enfin ce chapitre du démon, à presque 4h du mat uiui. La réécriture a été un enfer.
Je suis toujours aussi larguée à cause du titre et du résumé de cette chose mdr, je vais peut-être faire quelques modifications. Si j'y pense.

Un grand merci à Aethyan pour la correctiooon ! :D

En espérant qu'il plaise. Enjoy !


Les personnages appartiennent à Haruichi Furudate, l'auteur de Haikyuu!.


Rien n'avait changé.

Après le départ de Kuroo lorsqu'il lui avait parlé sur le banc, Oikawa se sentait complètement perdu. Il ne savait pas d'où sortait ce sentiment, ni d'où venait cette sorte de détresse qu'il ressentait. Il sentait qu'il n'était pas le seul à s'inquiéter, le seul à être déboussolé, le seul à se poser mille et une questions à propos de toutes ces histoires qui foutaient le bazar dans leur vie. Rien n'arrivait à le distraire totalement ; ni les cours, ni la musique, ni le volley.

Sauf Iwaizumi.

Il ne savait toujours pas comment le brun l'avait trouvé, pourquoi il avait accepté de rester avec lui pour le réconforter, ni ce à quoi il avait pensé lorsqu'il l'avait aperçu. Il se souvenait parfaitement de son odeur masculine qui avait envahi ses narines entre deux reniflements, des sensations qu'il avait ressenties lorsque la main de l'attaquant avait pris soin de ses cheveux, du sentiment de bien-être qui l'avait envahi en sentant sa présence à côté de lui malgré la tristesse et la frustration. Il avait senti son regard vert le dévisager parfois, sans la moindre trace de jugement, de curiosité déplacée. Il l'avait simplement regardé déverser ses larmes silencieusement, en lui faisant comprendre qu'il était là.

Il ne comprenait pas.

Ils avaient loupé quelques minutes de leur cours respectif afin que le brun puisse rester un minimum présentable. Il s'était débarbouillé et avait affiché ses plus beaux sourires sur son joli minois pâle. Il avait répété son action, recommencé son geste, encore et encore, sous l'œil impassible d'Iwaizumi, jusqu'à ce qu'il soit satisfait. Il s'était observé dans la glace, en essayant de masquer tous les défauts que son visage pouvait laisser transparaître. Il avait réparé son masque à coup de sourires et d'hypocrisie répugnante, et ça lui avait suffi.

Il avait parfaitement joué son rôle devant les filles qui rougissaient sous son regard brûlant, devant les étudiants plus âgés qui ne se retournaient pas toujours vers eux, devant les enseignants qui passaient par malheur dans la même allée qu'eux. Il connaissait son texte par cœur, les expressions qu'il adoptait étaient trop parfaites pour être naturelles, sa démarche s'adaptait à l'humeur qu'il transmettait. Il se perdait, et les autres le suivaient volontiers. Comme s'il était l'ange qui venait les chercher pour les emmener au paradis.

Et Iwaizumi le transperçait de ses yeux clairs, sans le moindre bruit, sans le moindre geste suspect. Il lisait à travers les lignes sans se forcer, il déchiffrait chaque mot inconnu dans son langage, chaque geste, chaque expression, chaque sourire qu'Oikawa avait soigneusement inventé et que lui seul comprenait.

Il ne comprenait pas.

Lui, n'arrivait pas à lire aussi bien qu'Iwaizumi. Il n'arrivait pas à déchiffrer un langage différent, un langage inconnu, un langage unique et propre à un seul individu parmi les sept milliards sur Terre. Il n'arrivait pas à interpréter chacun de ses gestes, chacun de ses sourires, chacun de ses regards, chacune de ses expressions tantôt dures, tantôt douces. Il ne savait pas ce que signifiait son existence, il ne connaissait pas la valeur de son ami, il ne savait pas à quoi il pensait à chaque instant, quand il le regardait, quand il s'en fichait.

Ils s'étaient séparés pour le reste de la journée.

Ils s'étaient retrouvés à l'extérieur, par hasard et avaient simplement discuté. Il ne savait plus de quoi exactement.

Ils n'avaient pas parlé d'Oikawa ; il s'était senti bien.

Ils s'étaient quittés après seulement dix minutes, et le châtain avait dû finir son chemin sans Iwaizumi.

Il se sentait terriblement seul.

Il ne comprenait rien.

Il n'avait pas envie de rentrer chez lui et de retrouver l'ambiance qui l'oppressait, il ne voulait pas s'enfermer dans sa chambre et guetter le moindre bruit quand il voulait en sortir, il ne voulait pas se rendre dans la cuisine et se demander si ses amis mangeaient correctement. Il avait besoin de voir un sourire sincère, d'entendre un mot sortant de leur bouche, le ton grave de leur voix qui viendrait résonner dans ses oreilles, de les voir se serrer la main ou tout simplement se mettre quelques tapes dans la nuque pour taquiner l'autre. Il voulait y participer, aussi.

Il avait besoin d'air.

Il voulait rester avec Iwaizumi.

Lorsqu'il pénétra dans son appartement, le sentiment d'appréhension qui le tiraillait depuis deux jours revint au galop. Il referma le plus discrètement possible la porte et se dépêcha d'ôter ses chaussures. Il ne tenait pas à croiser l'un de ses amis pour le moment, même après la scène de ce midi. Il se dirigea vers sa chambre et accéléra le pas en voyant la touffe blanche de Bokuto dépasser du canapé : il regardait un de ses dessins-animés avec le son à fond. Rien d'alarmant.

Il reçut soudainement une cuillère sur le visage.

Avec du yaourt.

Il s'immobilisa derechef et laissait son regard se perdre devant lui. Il arrivait à apercevoir un peu de la fameuse matière claire du coin de l'œil et imaginait parfaitement l'état de son pull noir. Une veine cachée par ses cheveux châtains pulsait déjà mais ses yeux voilés ne laissaient pas transparaître la moindre émotion. Il réfléchissait à une bonne façon de se venger, et il n'était certainement pas à cours d'idées. Il ne voulait même pas savoir qui avait fait ça, ça ne changerait en rien le châtiment qu'il recevrait.

Tant pis s'il dormait sur le palier.

Il entreprit de ramasser l'objet sale et tourna mécaniquement la tête vers le hibou dans son canapé ; enfin, vers le peu de cheveux qu'il pouvait apercevoir. Il semblait tellement émerveillé par les super-héros qui sauvaient une famille d'aliens qu'il était peu probable qu'il soit l'auteur de ce lancer de cuillère, et encore moins qu'il se doute de quoi que ce soit sur la situation. Il devrait lui demander comment s'appelait son émission à l'occasion d'ailleurs.

Ils n'étaient pas trente-six dans cette baraque de toute façon.

Il abandonna son sac au sol et se dirigea d'un pas las vers la cuisine pour déposer la cuillère dans l'évier plein, sous l'œil dubitatif de Kuroo, qui était tranquillement assis sur le plan de travail, un yaourt vide à la main. Ou presque vide ?

Il pouvait presque discerner son regard mesquin et son sadisme quasi invisible.

Le châtain essuya son visage blanc avec son pull sans un mot et ne capta pas le sourire narquois que le plus jeune avait affiché suite à son geste. Il ne prenait pas le silence de l'aîné pour de l'indifférence, loin de là, et c'était ce qui le satisfaisait le plus.

Oikawa, indifférent, sortit la brique de lait du réfrigérateur et but vulgairement au goulot, toujours observé par le noiraud et sous les couinements admiratifs que Bokuto ne cessait de pousser depuis qu'il était entré. Il buvait lentement et restait concentré sur sa tâche, faisant mine de ne pas faire attention à la provocation de son cadet. Il posa la brique sur le comptoir et se dirigea silencieusement vers le passage qui séparait le salon et la cuisine sans un regard vers Kuroo, avec la bouche remplie de liquide. Il passa devant lui, finement suivi du regard.

Il cracha tout le lait dans la figure du noiraud.

Avant de s'enfuir le plus rapidement possible en emportant son sac sous le regard doré du décoloré, qui avait été interpellé par le bruit immonde qu'avait fait Oikawa en inondant le visage du chat. Ils avaient cru entendre le rire du châtain au loin. Peut-être.

Kuroo qui n'avait pas bougé d'un iota d'ailleurs.

Bokuto hurla de rire en apercevant la tête de son ami, blanche et dégoulinante du liquide à moitié mélangé à la bave. Les gouttes de lait s'échouaient soit sur son jogging gris, soit sur son t-shirt, sans oublier celles qui glissaient lentement sur sa gorge. Ses cheveux -par chance- avaient été épargnés par le châtain... à part sa frange. Il ne savait pas s'il devait s'énerver et égorger ses amis, ou s'il devait d'abord aller se laver avant de les torturer lentement. Il se mit silencieusement sur ses deux jambes, sous le regard larmoyant de Bokuto qui s'était tout de suite arrêté de se moquer de lui.

Au diable la douche.

- Cours.

Le décoloré ne se fit pas prier et courut vers les chambres en hurlant le prénom du châtain tandis que Kuroo s'élançait déjà à sa poursuite, non sans écraser la tâche de yaourt qui avait imprégné le tapis. Il attrapa le décoloré par les cheveux, un sourire sadique joliment peint sur son visage.

Oikawa n'avait pas intérêt à se montrer pour le reste de sa vie.


Le châtain, après plusieurs heures, avait fini par sortir de son abri inconsciemment car il mourrait de faim. Il ne s'était certainement pas attendu à voir Kuroo l'attendre devant la porte de sa chambre, toujours avec la figure sale, les mêmes vêtements et un sourire sadique. Il n'avait pas eu le temps d'aller se remettre à l'abri et le noiraud lui avait flanqué une sacrée raclée, sous l'œil apeuré de Bokuto qui n'avait pas osé intervenir. Il avait certainement dû se faire tabasser par le plus jeune également, vu le rire de hyène qui avait résonné dans l'appartement après sa fuite. Il était tellement habitué qu'il n'avait pas fait le moindre bruit.

Il se retrouvait donc à table en essayant tant bien que mal de manger le donburi que le décoloré avait gentiment pris le temps de commander. Pour qu'il n'ait pas perdu trois dents et acquis une luxation à la mâchoire, Oikawa devait très certainement être béni ou quelque chose du genre. Enfin, il n'était pas mort, et c'était déjà une belle victoire pour lui. Il émit une plainte discrète à laquelle Kuroo répondit par une tape derrière la tête. Il avait oublié qu'il se trouvait juste à côté de lui et qu'il avait l'oreille fine ; il fit la moue.

Il poussa son bento sur le côté et s'avachit sur la table, les bras entièrement étirés devant lui et le menton posé contre le bois froid. Il continuait de bouder le noiraud pour son comportement et son regard lançait des éclairs à un Bokuto assis sur le comptoir, concentré sur quelque chose provenant de son téléphone. Ce traître s'occupait plus de son cellulaire que de la vie de son ami et rien que pour ça, il méritait qu'on lui fasse manger une chouette par les narines. Il ferait part de son idée à Kuroo un jour, peut-être qu'elle lui servirait.

Il sentit à nouveau une main se faufiler lentement entre ses cheveux doux et lui caresser le crâne avec douceur. Il souffla de contentement en tournant la tête vers le propriétaire de cette main et le détailla de ses yeux chocolat. Le noiraud ne faisait pas attention à lui, et il semblait également trop concentré sur son téléphone pour daigner le regarder. Ses doigts s'amusaient à jouer avec ses boucles claires, à tirer une mèche de temps en temps, à se protéger en enroulant l'une d'entre elles tout autour d'eux. Oikawa ne disait rien et se laissait bercer par les doux mouvements de son colocataire. Il fallait dire que ce n'était pas tous les jours que l'infâme Kuroo Tetsurou caressait les cheveux de quelqu'un, et encore moins lorsqu'il s'agissait des siens.

- Tes produits servent à quelque chose au moins, fit le noiraud platement.

Oikawa ne répondit pas.

Bokuto releva rapidement la tête vers ses deux amis en entendant la voix grave du plus jeune, et haussa un sourcil en observant la scène qui s'offrait à lui. Son regard passa de Oikawa à Kuroo, et de Kuroo à Oikawa durant un instant ; il tentait -en vain- de comprendre ce brusque retournement de situation. Le noiraud n'était pas un monstre même s'il pouvait -très- souvent être considéré comme tel, mais il n'était pas non plus un ourson qui distribuait et réclamait de l'affection à tout va. S'il y avait bien une chose qui était strictement inconcevable pour lui, c'est qu'il puisse avoir le moindre geste tendre envers le châtain.

Le moindre geste tendre envers l'un d'eux, en fait.

Le décoloré commença rapidement à faire la moue. Aucun de ses colocataires ne faisait attention à lui, et les caresses de Kuroo semblaient bien plus importantes s'il se fiait aux ronronnements que leur aîné poussait par moments. Il dirigea automatiquement sa main dans ses cheveux légèrement mouillés, et observa minutieusement les bouclettes de son ami. Il ne comprenait pas pourquoi il se mettait soudainement à recevoir ce genre de marque d'affection, alors qu'ils avaient les mêmes cheveux. Seule la couleur était différente. Et l'aspect. À peu près tout, en fait.

- Pourquoi tu ne me fais jamais ça ? demanda fortement le hibou, et braquant son regard sur le chat noir.

Celui-ci prit seulement la peine de lui lancer une œillade un peu moqueuse, avant de dériver à nouveau son regard vers l'écran de son téléphone. Un sourire naquit sur son visage de démon, mais il ne prononça pas un seul mot à son égard. Oikawa ne réagit pas à sa remarque.
Le décoloré fronça les sourcils sur le moment, et ne se retenait pas d'observer son cadet d'un œil mauvais. Il n'aimait pas ce silence religieux et avait appris à être méfiant lorsque ce sourire apparaissait.

- T'aimes bien toucher du charbon ? renchérit le noiraud.

Bokuto ne comprenait pas sa remarque.

Il réussit quand même à remarquer les spasmes de son aîné, sûrement dus au rire qui l'avait pris suite à la raillerie. Il commença à être légèrement agacé par leur comportement, et, caressant sa barbe imaginaire, tentait tant bien que mal de comprendre la remarque qu'avait faite le chat. Il ne comprenait pas pourquoi il avait fait allusion à du charbon, ni ce que cette chose venait faire dans cette conversation. C'était blanc de toute façon, non ?
Ses yeux d'or dérivaient rapidement sur tous les éléments de la cuisine pour tenter de faire le lien et il resta bloqué un instant sur la gazinière à sa gauche. Kuroo était un homme bien trop compliqué pour qu'il le comprenne un jour. Le charbon c'était quoi déjà ?

Il tiqua :

- Tu veux brûler ses cheveux ? s'exclama soudainement le décoloré, en pointant grossièrement leur bourreau du doigt.

Cet homme était un démon.

Oikawa avait relevé la tête si rapidement qu'il était persuadé avoir entendu sa nuque craquer sous la violence du mouvement.

Kuroo se retint tant bien que mal de rire au nez de ses aînés, tandis qu'ils le regardaient tous les deux d'un air complètement ahuri. Il ne savait pas s'il devait rire à cause de la crédulité de ses colocataires, ou pleurer à cause de la remarque complètement idiote du hibou. Il essayait de ne pas trop rire devant son ami de peur qu'il ne se vexe, mais son visage tiré par l'horreur et son doigt pointé dans sa direction ne l'aidaient nullement, comme s'il s'était figé sous le choc. Il aimait Bokuto, mais il avait sérieusement envie de l'étrangler parfois. Il se reprit.

- Ce sont tes cheveux qui méritent de disparaître, bro'.

Bokuto se remit soudainement en marche :

- Ne m'insulte pas !

Oikawa suivit le noiraud dans son éclat de rire, et écouta tranquillement Bokuto les qualifier de tous les noms dévalorisants possibles et imaginables. Kuroo lui répondait de temps à autres afin de titiller un peu plus sa fierté et se faisait carrément fusiller du regard en échange. Le décoloré vouait un culte sans nom pour les hiboux, et le critiquer sur sa coupe de cheveux était certainement la pire des choses à faire pour n'importe quel individu. Il revendiquait tous les jours son appartenance à cette religion étrange, et appliquait à chaque fois la règle d'or : ne jamais sortir sans sa coupe de cheveux unique. C'était légèrement effrayant parfois.

Bokuto sortit de la cuisine en les traitant une dernière fois de « sales cons » et en levant gracieusement son majeur dans leur direction, sous les rires de ses amis. Il fit claquer fortement la porte de sa chambre pour montrer son mécontentement, et ce bruit sourd plongea soudainement l'appartement dans un grand silence.

C'était toujours comme ça, de toute façon.

Ça ne les avait jamais dérangés.

Les deux garçons restants n'osaient pas piper un mot. Pourtant, aucun ne voulait s'en aller.

Oikawa fuyait désespérément le regard sombre de son cadet, qui lui, essayait justement de capter le sien. Il se sentait particulièrement mal à l'aise en compagnie de Kuroo, surtout après toutes les tensions qui régnaient dans le trio et les manigances secrètes que les deux autres entretenaient sans l'informer de quoi que ce soit.

Le châtain avait très envie de bombarder son coloc de questions, mais sa raison lui rappelait sans cesse qu'il avait le droit d'avoir sa vie privée et qu'il se prendrait un magnifique vent dans le meilleur des cas, une tarte dans la figure dans le pire. Il ressentait plus que jamais les yeux du chat noir le fixer sans le lâcher une seule seconde, mais il ne voulait pas s'y confronter. Ce n'était pas lui le concerné, mais il était effrayé dans cette histoire.

Kuroo se pinça nerveusement l'arête du nez.

- Écoute, j'aime pas me répéter.

Oikawa se demandait depuis quelques secondes, s'il allait enfin apprendre la vérité, s'il allait assimiler correctement l'information qu'il allait recevoir, si Kuroo allait être sincère, si les choses allaient enfin s'arranger après sa confession, s'il allait enfin pouvoir aider ses meilleurs amis du mieux qu'il pouvait, si eux aussi, étaient autant anxieux qu'il ne pouvait l'être.

- Je sais pas ce qu'il se passe.

Moi non plus.

Le châtain se permit enfin une légère œillade vers son cadet, et rencontra directement son regard noir qui continuait de le sonder disgracieusement. Au final, Kuroo était intimidant et il n'en savait pas plus que lui dans cette histoire. Il ne savait pas s'il devait se réjouir de la confusion partagée, ou se lamenter d'être encore aussi paumé. De plus, il ne savait pas comment interpréter les paroles du noiraud et même s'il ne semblait pas être disposé à répondre à ses nombreuses questions, il savait qu'il ne lui donnait pas la totalité des faits. Il se contentait simplement de se limiter à son ressenti et gardait le plus important pour lui.

L'aîné du groupe ne savait pas quoi en penser.

Cette affaire était trop louche pour qu'il décide de la mettre de de côté et de l'oublier, et les tensions qui s'étaient installées au fur et à mesure ne l'aidaient nullement. Il ne pouvait pas demander à Bokuto car il avait catégoriquement refusé et Kuroo tournait autour du pot de façon fort désagréable. Il commençait à être agacé par leur attitude, et ne comprenait pas pourquoi son camarade lui balançait cette information trop implicite pour qu'il puisse espérer en deviner le sens.

- Je ne peux pas t'aider avec une moitié floue, Tetsu-chan, informa platement Tooru.

Qui ne tente rien n'a rien.

Son ami ne voulait décidément rien répondre.

Il souffla légèrement, las, et tenta de soutenir un peu plus le regard du noiraud. Il ne savait pas ce qu'il pensait trouver en le sondant de cette façon, mais il voulait quand même essayer de comprendre. Ses iris chocolat cherchaient la moindre faille dans leurs compagnes noires, mais elles ne butaient que sur un mur de béton qui ne voulait pas céder. Non, vraiment, il ne comprenait pas où il voulait en venir.
Il ne voulait pas le lâcher d'une semelle jusqu'à ce qu'il avoue et il savait qu'il pouvait être trop envahissant lorsqu'il s'y mettait, mais il ressentait une telle frustration d'être mis à l'écart et de ne disposer que d'une simple phrase sans valeur qu'il ressentait une certaine irritation envers ses deux cadets.

C'est Kuroo qui abandonna l'échange visuel, cette fois ci.

Oikawa lâcha un long soupir de contrariété et se leva rapidement de l'endroit où il s'était assis, sans lâcher le noiraud du regard. Il finit par lui faire une grande tape affective dans le dos -ce qui lui valut une insulte- et débarrassa rapidement son plat à présent vide. Il entendit son colocataire suivre rapidement ses mouvements, tandis qu'il se dirigeait déjà vers sa chambre. Il ne voulait plus penser à cette histoire.

C'était trop silencieux.


- Comment tu te sens pour demain ?

Iwaizumi releva son regard vert de ses notes pour tomber sur les iris chocolat de son voisin de table qui le scrutait sans la moindre gêne. Ça faisait plus d'une heure qu'ils se trouvaient assis dans cette salle, à écouter leur professeur déblatérer un flot d'informations toutes aussi inutiles les unes que les autres et le brun en était déjà à sa troisième page de notes.
Oikawa ne semblait pas avoir autant travaillé que lui, s'il en jugeait la demi page qui comportait quelques mots qu'il piochait aléatoirement. Il était même plutôt étonné qu'il ne daigne lui adresser la parole que maintenant.

Il parlait certainement du match de volley-ball.

Il haussa nonchalamment les épaules et répondit :

- Je vais bien.

Il détournèrent le regard dans un même mouvement et reportèrent à nouveau leur attention sur leur occupation précédente.

Le match décisif qui allait leur permettre d'intégrer -ou non- l'équipe de volley avait lieu demain, et pourtant, Iwaizumi ne s'était pas torturé l'esprit tant que ça depuis qu'il avait appris que le coach allait être sélectif. Il n'avait pas eu le temps d'y penser énormément en réalité, et même si ce sport était une grande passion, le match avait réussi à complètement sortir de sa tête entre temps.

En fait, moins il y pensait, mieux il se portait.

Le brun se demandait comment se sentait Oikawa depuis quelques jours, et il avait beau tenter de l'analyser du mieux qu'il pouvait, il avait beaucoup de mal à le cerner. Il ne savait pas comment interpréter ses mots par moments, ni s'il était véritablement sincère lorsqu'il lui souriait. Il savait pertinemment que le châtain n'était honnête avec personne et encore moins avec lui-même, mais il avait la nette impression qu'il essayait de se cacher du mieux qu'il pouvait.

Il semblait se protéger.

Il ne le comprenait pas.

Il avait souvent eu l'occasion de contempler son voisin à divers moments, et il avait l'impression de voir un Oikawa différent à chaque fois. Il ne savait pas comment interpréter toutes ces variations, mais pour lui, la plus belle version sur laquelle il avait pu tomber était indéniablement celle qu'il avait pu observer lorsqu'il était avec ses deux amis. Il avait eu l'occasion de voir un Oikawa plus vivant et joyeux qu'à l'accoutumée, et ça l'avait atteint d'une certaine manière.

Iwaizumi aimait l'observer et détailler chaque parcelle de sa peau minutieusement. Il aimait la matière de ses cheveux rien qu'en les regardant bouger au rythme de ses mouvements, il aimait observer sa peau laiteuse bien soignée, il aimait capter son sourire lorsqu'il apparaissait et en être la cause, car il semblait toujours honnête lorsqu'il s'agissait de lui. Il aimait intercepter ses prunelles chocolat et se perdre dans leur contemplation durant quelques instants : elles étaient si expressives par moments, si honnêtes lorsqu'elles l'observaient, si belles lorsqu'elles reflétaient la réelle bonne humeur de leur porteur.

Oikawa était beau.

Il ne savait pas comment était le véritable Oikawa dans la vraie vie, il ne savait pas d'où il venait, ce qu'il aimait, qui il fréquentait, ce qu'il voulait être ni ce qu'il était. Il était comme un énorme mur de béton à ses yeux, un gigantesque océan foncé.

Il voyait simplement un homme à terre.

- Et toi ?

Il ne savait pas pourquoi il avait posé la question, alors qu'il connaissait déjà la réponse et ce que ressentait réellement son cadet. Enfin, avec tout ce qu'il avait vu, il pouvait facilement deviner.

Il n'espérait rien venant de lui.

Le châtain se sentit décortiqué sous le regard vert de son camarade de classe, et un profond malaise s'empara de lui. Il gardait les yeux rivés sur leur professeur de mathématiques et faisait mine de boire ses paroles pour éviter le moindre contact visuel. Il ne s'attendait pas à ce qu'Iwaizumi lui retourne la question et avait été pris au dépourvu. Sa bouche s'était légèrement crispée et tentait de rester le plus neutre possible extérieurement, même si c'était une véritable épreuve en sentant son voisin concentré sur sa personne.

Lui non plus, n'avait pas eu le temps de penser à ce match.

Il était tellement absorbé par les histoires de ses amis qu'il ne prenait même pas le temps de penser à lui. Il vivait un véritable ascenseur émotionnel depuis quelques jours et il se sentait tellement mal à l'aise en général qu'il voulait disparaître. Il avait à peine touché le ballon de volley dans sa chambre et avait vite déchanté lorsqu'il avait voulu proposer à ses colocataires de s'exercer avec lui.

Non, il n'était pas bien.

Iwaizumi avait le don très agaçant de capter chaque anomalie en lui, de trouver la moindre faille qui lui faisait défaut, de lire en lui comme un livre ouvert, de deviner chaque mensonge, chaque expression fausse, chaque sourire hypocrite. Il était comme livré à lui-même lorsqu'il était en sa compagnie, et pourtant, il ne se sentait pas plus en danger que ça. Il savait que lui servir des mensonges à volonté ne servait strictement à rien et que le brun était décidément trop intelligent pour qu'il tente de le berner. Il n'arrivait toujours pas à trouver un solution pour que son voisin arrête de le déchiffrer aussi facilement et qu'il arrive à être crédible par moments.

Il se contentait juste de mentir le moins possible avec lui.

Oikawa sourit légèrement.

- Ça va !

Mensonge.

Hajime n'avait même pas besoin de réfléchir pour deviner instantanément que non, ça n'allait pas bien.

Ses larmes avaient parlé pour lui.

Il n'avait pas osé lui parler de la scène à laquelle il avait assisté hier, et se contentait de garder le silence sur ce sujet pour éviter tout malaise entre eux. Lorsqu'il l'avait vu, il avait agi par instinct et s'était approché de lui en devinant qu'il avait besoin d'une présence silencieuse. Il pouvait encore imaginer parfaitement les différents spasmes qui s'étaient emparés de lui par moments, la douceur de ses cheveux qu'il avait caressés le plus doucement possible pour ne pas le brusquer, ou encore le bruit de ses sanglots bruyants qu'il essayait de masquer, en vain. Un certain désarroi l'avait traversé en l'observant aussi vulnérable, et il pouvait ressentir l'irritation du châtain car quelqu'un l'avait trouvé dans un moment de faiblesse.

Il s'était contenté de garder le silence et de le supporter le plus possible, en s'adaptant à ses demandes inaudibles.

Ils avaient longtemps arpenté les couloirs de l'université en cherchant des toilettes afin que le châtain puisse se présenter en cours avec une meilleure mine. Il se souvenait parfaitement de certains regards qu'ils avaient reçus, et se demandait si les élèves un peu curieux avaient réussi à apercevoir son visage rougi. Il avait senti la tension de son cadet tout le trajet il avait donc fusillé du regard tous les curieux pour permettre à son ami de se relaxer un minimum.

Il ne savait toujours pas pourquoi Oikawa attirait autant les élèves.

Ni pourquoi lui-même était aussi attiré.

Il l'avait longuement observé tenter de reprendre du poil de la bête, mais il avait vraiment une sale mine depuis hier. Aucun d'eux n'avait parlé et Hajime avait patiemment attendu qu'il peaufine son sourire hypocrite afin qu'ils puissent s'en aller.
Et tout ça s'était passé dans un silence oppressant.

C'était frustrant, de se montrer aussi fragile devant un simple inconnu.

Son masque ne fonctionnait pas sur lui. Peu importe à quel point il était bon comédien, peu importe à quel point il avait révisé son texte auparavant, peu importe le nombre de répétitions qu'il avait eues pour parfaire son interprétation, tout ça n'était qu'un ramassis de conneries pour Iwaizumi et il détestait les hypocrites par dessus tout. Mais Oikawa exerçait une sorte d'attraction sur lui, et il savait, qu'il n'était pas qu'un sale con.

Il l'intriguait trop.

Il essayait tant bien que mal d'écouter les explications de son professeur, mais son stylo restait suspendu au dessus de sa feuille et son regard ne fixait pas réellement le vieil homme.

Il sentit un mouvement à sa gauche et un papier froissé heurter sa main, le tirant de sa rêverie. Il haussa un sourcil dubitatif, sans manquer d'observer son voisin de table qui semblait littéralement boire la leçon du jour. S'il n'avait absolument pas été attentif durant la première heure, il semblait étrangement plus captivé par le flot de paroles incessantes qui résonnait depuis trop longtemps déjà. Il ne savait pas si le châtain était réellement concentré ou s'il était juste en train de fuir tout contact visuel.

Il prit le soin de déplier le papier rapidement le papier qu'il avait reçu, et haussa le deuxième sourcil en apercevant une série de chiffres écrits à l'encre rose. Il lança -encore- une œillade à son camarade et soupira d'agacement en voyant qu'il ne daignait toujours pas faire attention à lui. Il se fichait complètement de sa personne, et il aurait pu sincèrement le croire s'il ne savait pas qu'il était l'auteur de ces chiffres.
Il retint de justesse un sourire en pensant qu'Oikawa n'avait pas assez de cran pour lui demander son numéro de téléphone directement et qu'il se servait d'une vieille méthode pour tenter une approche. Il n'arrivait pas à croire qu'il soit freiné par une éventuelle timidité.

- Désolé, je ne suis pas intéressé.

Le châtain tourna violemment la tête vers le brun en poussant une exclamation indignée si ridicule, que Hajime dû se cacher pour étouffer le rire qui l'avait pris.

Oikawa continuait d'observer son camarade avec une expression profondément outrée, tandis que celui-ci se contentait de masquer tant bien que mal son rire grave et les bouffées d'air bruyantes qu'il essayait de prendre de temps en temps. Le châtain ne s'attendait absolument pas à recevoir une telle remarque de la part de son ami, et encore moins de le voir se moquer ouvertement de lui.

Il rougit légèrement de honte et prit soin de fusiller son voisin de son regard chocolat. Il fronça les sourcils et tenta de se donner un air strict et énervé pour intimider le jeune homme à sa droite, même s'il savait pertinemment que ça ne fonctionnerait pas. Il était tout de même légèrement vexé. Il l'observait se ressaisir tant bien que mal et ses yeux verts brillants ressortaient divinement bien à cause des larmes fraîches.

- Je ne flirte pas avec toi, répondit-il, mi-contrarié mi-amusé.

Il n'arrivait pas à garder son sérieux devant un Iwaizumi plus beau que jamais.

Enfin, il n'arrivait pas à grand chose avec lui.

Le sourire que le brun avait essayé de perdre était rapidement venu et un léger rire se fit entendre malgré lui. C'était certainement le plus beau son qu'Oikawa n'ait jamais entendu.

L'aîné ne renchérit rien.

Le châtain regarda rapidement son voisin qui se concentrait d'ores et déjà sur le cours auquel ils assistaient, tentant de faire abstraction au regard perçant du plus jeune. Celui-ci n'avait aucunement honte et prenait un certain plaisir à se rincer l'œil. Iwaizumi était beau garçon et ne semblait pas s'en rendre compte, ce qui attirait doublement Tooru. S'il n'avait pas un caractère aussi ronchon, il aurait pu avoir du succès avec les femmes.

Quel était son genre de fille, d'ailleurs ?

Du peu qu'il avait eu l'occasion de voir et constater, son ami ne semblait pas s'intéresser plus que ça à la gente féminine. Il avait eu le temps d'échanger avec lui quelques fois, et ils n'avaient jamais abordé le sujet sensible qu'étaient les filles en général. Oikawa n'avait pas grande chose à dire de toute façon, il avait eu trop peu d'amourettes dans sa vie.

Peut-être qu'Iwaizumi était calé sur le sujet, en fait ?

Ses sourcils se froncèrent inconsciemment tandis qu'il continuait de dévisager son voisin. Il avait tout pour plaire, ça ne l'étonnerait pas qu'il ait déjà eu une petite-amie.

Ou peut-être qu'il était en couple là, maintenant.

Une pointe de jalousie arrivait doucement.

- Arrête de me regarder comme ça ou je te cogne.

Il sursauta en entendant la voix grave du plus vieux et tressaillit lorsqu'il croisa le regard noir qu'il lui lançait. Il n'avait pas remarqué qu'il fixait si intensément son ami, et que son expression faciale l'avait légèrement froissé. Il s'était tellement perdu dans ses idées noires qu'il avait complètement oublié qu'il l'observait si peu discrètement et qu'il pouvait -encore- recevoir une remarque à tout moment.

Ce n'était pas de sa faute s'il accaparait ses pensées.

- Dis tout de suite que j'ai une sale tête, s'indigna Oikawa en croisant les bras sur son torse.

- T'as une sale tête Shittykawa.

- C'est méchant !

Le léger sourire qu'il réussit à arracher -à nouveau- à Iwaizumi le satisfit et ils détournèrent une énième fois leur attention vers leur professeur infatigable. Oikawa ne savait ce que diable avait-il pu manger ce matin, mais il ne s'était pas arrêté de parler une seule fois.

Il se souvint soudainement du match de demain.

Il n'avait pas eu l'occasion de s'exercer depuis dimanche dernier à cause de la rentrée et des problèmes qu'il avait accumulés depuis quelques jours, et il commençait à sérieusement le regretter. Il n'était pas en forme du tout et la séance de demain allait le tuer s'il ne faisait rien aujourd'hui.

Il aurait pu être plus confiant s'il ne s'était pas relâché.

Et si Bokuto allait bien, aussi.

Il repensa à la question du brun quelques instants auparavant.

Maintenant qu'il y réfléchissait sérieusement, il commençait à être anxieux pour le match de volley imposé. Il avait pleinement confiance en ses capacités et même si son poste était une des priorités et qu'il y avait de la compétition, ce n'était pas ça qui lui faisait le plus peur. Il ne savait pas ce que valaient les autres joueurs qui s'étaient présentés ni si Iwaizumi était un bon attaquant ailier, mais il avait très peur d'être séparé de Bokuto à cause de ce match. Il ne doutait pas une seule seconde du niveau de son meilleur ami, mais il avait peur que son cruel manque de confiance en lui resurgisse en plein match et lui porte préjudice.
Le décoloré était une véritable catastrophe ambulante quand il s'y mettait.

Ils risquaient très gros et ils savaient que si l'un d'eux n'était pas accepté, ça serait un très coup dur.
Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter, il était comme ça.

Son voisin semblait bien se porter.

- Peut-être que je stresse un peu pour demain, annonça-t-il hésitant.

Iwaizumi ne répondit pas.

Aucun mot ne fut prononcé à l'égard de l'autre durant les dernières minutes. Aucun regard indiscret ne fut surpris. Aucun geste ne paraissait suspect. Leur comportement semblait tout à fait normal et personne ne s'offusquait du silence de l'autre.

Oikawa ressentait pourtant le besoin de parler à Hajime. Il n'en fit rien.

Il l'aimait déjà beaucoup. Peut-être un peu trop.

Il ne savait pas où était le bout de papier.

Lorsqu'une sonnerie discrète retentit, il ne put contenir un long soupir de contentement et entreprit de ranger rapidement ses affaires afin de fuir cette salle de classe insupportable. Il ne put se retenir de lancer quelques œillades indiscrètes à son camarade tandis qu'il l'imitait avec un peu plus de discrétion. Il semblait à moitié concentré sur son téléphone portable et si distrait qu'il avait manqué plusieurs fois de faire tomber une bonne partie de son matériel.

Il n'était pas doué, lui non plus.

Ils se levèrent dans un même mouvement et Oikawa soupira une seconde fois, en voyant l'attroupement à l'entrée de la petite salle. Ils avançaient assez lentement et mais il gardait toujours Hajime dans son champ de vision. Il était à nouveau sur son cellulaire et il pouvait voir qu'il était en train de taper un message. Il ne savait pas à qui.

Il ne faisait que ça, en fait ?

Son appareil vibra dans sa poche. Il haussa les sourcils.

Il le sortit tant bien que mal en ne faisant pas attention aux autres étudiants autour de lui. Il vit un numéro inconnu s'afficher et ses interrogations se firent plus nombreuses il consulta sa messagerie, et il fronça cette fois ci les sourcils. Il ne comprenait pas.

« Moi aussi. »

Iwaizumi était déjà parti.


Si Bokuto n'était pas la personne la plus futée du Japon, il possédait tout de même le calme et la maturité nécessaires lorsqu'il faisait face à une situation délicate. Il était une vraie tête brûlée, mais arrivait à faire la part des choses et à réfléchir un maximum avant de prendre une décision. Il n'avait pas le raisonnement qu'Oikawa était capable d'avoir la plupart du temps ou la ruse dont Kuroo faisait preuve lorsqu'il était dans de beaux draps, mais il était tout de même un minimum intelligent pour un jeune homme de dix-huit ans et demi.

Il y avait tout de même certaines choses qu'il n'arrivait pas à contrôler : les colères de son cadet étaient l'une de ses plus grandes peurs, l'égoïsme de son aîné qui n'avait aucune limite et une éventuelle extermination massive de hiboux étaient de vrais points faibles pour lui. Ses sentiments pour Akaashi aussi étaient une tragédie dans sa vie. Son cerveau s'éteignait à chaque fois qu'il était avec le lycéen.

Même si Bokuto n'était pas un véritable abruti, il ne savait pas ce qu'il était venu faire ici.

Il observait les premiers adolescents qui franchissaient petit à petit l'entrée de l'établissement depuis déjà quelques secondes, d'un air distrait. Il était venu sur un simple coup de tête qu'il avait eu durant sa pause déjeuner et avait séché une bonne partie de ses cours de l'après-midi. Tel un idiot.

Si Oikawa l'apprenait, il allait se prendre une sacrée raclée.

Enfin, si Kuroo ne l'attrapait pas avant.

Il soupira d'agacement et passa une main fébrile sur ses mèches de cheveux parfaitement dressées. Il n'avait prévenu personne et il savait qu'il allait se faire engueuler s'ils finissaient par apprendre qu'il avait séché les cours pour passer à Fukurodani. Le noiraud lui avait formellement interdit de retourner dans son ancien établissement, et encore moins pour aller voir le passeur désormais en dernière année.

Oui. Il allait prendre très cher.

Les élèves continuaient d'affluer à la sortie de l'établissement mais il ne voyait toujours pas le passeur se démarquer dans la foule. Il arrivait à reconnaître certains élèves qu'il avait vus lorsqu'il était encore au lycée et souriait aux rares qui le saluaient discrètement. Il en voyait certains parler en le fixant avec insistance, d'autres le dévisager à cause de sa coupe de cheveux extravagante, ou une poignée qui l'ignorait royalement. Il s'amusait à lancer quelques regards -faussement- désagréables aux plus indiscrets et à se recoiffer avec le plus de classe possible. On ne critiquait pas sa religion, c'était tout à fait inconcevable.

Il se promit de déguerpir dans les deux prochaines minutes s'il n'apercevait pas Akaashi.

Il continuait à guetter avec attention le grand passage, sans aucun trace du jeune homme. Il commençait à sérieusement s'impatienter et le temps s'écoulait trop rapidement. L'année dernière, ils n'allaient jamais au club le vendredi en fin de journée et il pensait qu'ils auraient conservé cet emploi du temps pour l'instant. Peut-être qu'il était occupé, en fait.

Il ne l'avait même pas prévenu de toute façon.

Et il ne savait toujours pas ce qu'il foutait là, à guetter tous les élèves de son ancien lycée comme un abruti.

Il se sentait de plus en plus oppressé parmi la foule et se demandait de plus en plus pourquoi il était aussi irréfléchi. Il était venu voir Akaashi parce qu'il avait simplement pris la décision sur le moment en mangeant un pain au melon.

Pour lui dire quoi ?

Pour faire quoi ?

Il avait si peu confiance en lui qu'il avait toujours eu un sérieux problème avec les tête à tête : il ne pouvait tout simplement plus rester seul avec son cadet sans qu'il ne perde contenance et qu'il panique. Il ne savait même pas comment il allait réagir lorsqu'il le verrait, ni s'il était d'accord pour le voir. Peut-être que le lapin qu'il s'était pris la dernière fois était plus que significatif.

Quelle connerie sérieux.

Les violentes vibrations de son cellulaire le firent sursauter et il sortit distraitement l'appareil de sa poche. Il ne savait pas qui pouvait bien l'appeler à une heure pareille : ses colocataires étaient encore à l'université et sa famille était très certainement occupée à son tour. Il s'en fichait un peu, en fait.

Il eut un instant d'arrêt, durant lequel ses yeux s'étaient rapidement agrandis.

Il observait la photo et le nom qui s'affichaient sur son téléphone, tandis qu'il sentit ses mains devenir moites et une bouffée de stress s'emparer rapidement de lui. Il ne savait pas si c'était une simple coïncidence ou si le karma s'abattait simplement pour lui en lui rendant la monnaie de sa pièce, mais il était persuadé qu'il était maudit. Non, il n'y avait certainement pas pire comme interlocuteur actuellement.

La photo de Kuroo disparut soudainement et les vibrations cessèrent également, tandis qu'il était redirigé vers l'écran de verrouillage. Il ne savait pas pourquoi le noiraud l'appelait alors qu'il était supposé être en plein cours et qu'il était trop sérieux pour se permettre une telle chose. Il se dit qu'il aurait préféré tomber mille fois sur un Tooru surexcité que de voir un noiraud sadique habillé en kigurimi chat. Qui plus est dans sa situation actuelle.

Il avait bien choisi son moment.

Il appréhendait un peu plus pour sa vie.

Il souffla, tremblotant, et rangea son cellulaire après l'avoir mis en mode silencieux. Il commença à se diriger vers une direction opposée. Il ne voulait pas recevoir une seconde surprise il était déjà assez perturbé comme ça.

- Bokuto-san ?

Raté.

Il tressaillit en entendant une voix familière l'appeler près de lui et se figea juste après. Il n'avait pas prévu de se faire interpeller à l'entrée du lycée, et il s'était certainement trompé en se disant que le club de volley-ball devait être en pleine pratique. Il commençait à sérieusement être irrité et son stress ne faisait que s'amplifier un peu plus chaque seconde à cause du silence inconfortable qui s'était tranquillement installé.

C'était un complot Il ne voyait que ça.

Il avait raison, quand il disait qu'il était une vraie tête brûlée et qu'il ne réfléchissait aux conséquences qu'après avoir agi.

Heureusement qu'il ne s'agissait que de Suzumeda.

Il ne savait pas ce que faisait la jeune fille en dehors de l'établissement, et surtout vêtue du survêtement du club. Elle semblait ravie de voir l'ancien as de Fukurodani et il pensait sincèrement que pas grand chose pourrait lui arracher le grand sourire qu'elle affichait. Il avait beau l'apprécier, il n'était aucunement rassuré par sa présence et encore moins depuis qu'elle l'avait interpellé alors qu'il s'apprêtait à fuir.

Ils pratiquaient du coup, ou non ?

Elle sautillait presque tant elle était heureuse.

- Ça fait longtemps qu'on ne t'a pas vu, commença-t-elle, tu devrais passer plus souvent !

Non, c'était une très mauvaise idée.

En fait, il n'aurait jamais dû venir.

Il ne savait pas quoi répondre à la jeune fille qui ne semblait pas voir son profond malaise. Il ne savait pas s'il devait se réjouir de sa naïveté ou se lamenter de l'état de gêne qu'elle ne faisait qu'accentuer car justement, elle ne remarquait rien. Il se gratta la nuque nerveusement et détourna son regard d'or pour fixer une nouvelle fois l'entrée de l'établissement. Son passage furtif allait certainement remonter aux oreilles du passeur.

Fait chier.

Que faisait-elle là, aussi ?

- Un première année sèche le vendredi, je dois aller le chercher, informa la jeune fille, embarrassée.

Cette fille était une sorcière.

Il hocha simplement la tête et risqua une œillade vers sa cadette. Elle lui adressa un dernier sourire :

- Akaashi-san sera content de te voir !

Non.

Non.

Surtout pas.

Il la regarda s'enfuir rapidement en lui adressant un signe de la main, tandis qu'il restait figé sur place. Il était pris au piège et l'équipe sera au courant de sa présence dans tous les cas. Il ne savait pas s'il devait se rendre au gymnase et aller jeter un coup d'œil à l'équipe, ou déguerpir le plus rapidement possible comme convenu quelques instants auparavant. C'était pourtant, la solution la plus rationnelle qu'il pouvait avoir.

Alors pourquoi se dirigeait-il déjà vers le gymnase du club de volley ?

Il pouvait reconnaître les allées qu'il avait empruntées des centaines de fois durant ces trois ans, les bâtiments caractéristiques dans lesquels il avait passé ses matinées, ses après-midi, ses fins de journées à traîner avec ses amis ou à tout simplement emmerder le monde. Il voyait quelques lycéens qui ne faisaient pas attention à sa personne, d'autres qui s'occupaient de lui quelques millièmes de secondes. Il marchait silencieusement et se dirigeait automatiquement vers l'endroit en particulier ; il ne réfléchissait pas.

Il le connaissait déjà, le chemin.

Il avait l'impression de ne pas être venu depuis des années.

Lorsqu'il aperçut le gymnase imposant, il eut un violent frisson. Tous ses souvenirs le percutèrent en pleine face et il se sentit devenir fébrile : il était sur le point de planer et de se laisser emporter par la faible brise qui s'imposait petit à petit autour de lui. Il revoyait ses débuts au club en première année, les coups montés qu'il avait faits aux aînés avec Konoha, le bizutage qu'ils avaient planifié pour accueillir leurs cadets, leurs joies après une victoire, leurs disputes, leur déception après avoir été vaincus.

Les heures supplémentaires qu'ils avaient passées avec Akaashi.

Lui, devenant capitaine.

Lui, quittant ce gymnase significatif en tant qu'homme, accompagné de ses larmes.

Il s'était passé trop de choses pour qu'il se souvienne de tout.

Les larmes montèrent rapidement. Il se posta le plus discrètement possible près de l'entrée du bâtiment. Il s'essuya rapidement les yeux afin de chasser le liquide salé qui menaçait de couler à tout moment.

Pas maintenant.

Il entendait le crissement des chaussures contre le parquet. Le bruit des nombreux sauts qui étaient effectués. Les rebondissements des balles qu'ils utilisaient. Les voix d'adolescents motivés et passionnés.

Il se reprit légèrement et observa les jeunes en action. Il pouvait voir chacun d'entre eux s'entraîner durement pour parfaire leurs services, leurs sauts, leurs réceptions, tout. Il voyait des garçons qui aimaient jouer au volley, qui chérissaient le sport qu'ils pratiquaient, qui se donnaient à fond parce qu'ils le chérissaient profondément et qu'il voulaient gagner.

Le volley, c'était sa seule échappatoire. Une passion magnifique.

Ce cadre le rendait heureux.

Akaashi entra dans son champ de vision. Il ne l'avait pas vu.

Il sourit tristement.

Il semblait être deux fois plus investi que l'année dernière et avait l'air de prendre son nouveau rôle très à cœur. Ils étaient plus nombreux qu'avant et certains se débrouillaient bien tout en restant plus ou moins autonomes. Il n'arrivait pas à entendre distinctement ce que disait le jeune passeur à ses cadets, mais il semblait être très respecté et écouté. Ses cadets buvaient littéralement ses paroles et le regardaient avec des étoiles dans les yeux. Il l'était plus que le décoloré à l'époque, c'était certain.

Il faisait un bon capitaine. Bien meilleur que celui qu'il avait été.

Il pouvait d'ores et déjà voir les fines gouttes de sueur qui coulaient lentement tout le long de sa nuque, ses cheveux ébouriffés qui bougeaient au rythme de ses mouvements, ses fines jambes qui se mouvaient divinement bien, tout son corps qui s'élançait passionnément et qu'il faisait travailler pour se perfectionner.

Akaashi était beau. Akaashi était classe. Akaashi était magnifique. Surtout lorsqu'il jouait.

Et Bokuto tombait toujours une nouvelle fois amoureux, à chaque fois.

C'était trop dur.

Putain.

Il devait s'en aller.

Il eut à peine le temps de croiser le regard azur de son cadet qu'il tourna les talons et commença à s'éloigner rapidement du grand bâtiment. Il entendit à peine les pas précipités qui claquaient sur le parquet du le gymnase et une interpellation vague résonner dehors. Le son atteignit parfaitement les oreilles de Bokuto et faisait écho dans cerveau, cependant, il accéléra le pas et n'y fit pas attention. Il n'avait pas envie de s'éterniser ici et de confronter Akaashi alors qu'il n'était pas prêt, au fond.

Il n'avait pas besoin de ça.

Il ne l'avait appelé qu'une fois.

Il passa rapidement devant Suzumeda qui revenait accompagnée d'un jeune garçon brun, qui semblait faire la tronche à première vue. Il ne s'attarda pas plus sur eux mais lança un long regard neutre à la jeune fille qui ne savait pas comment l'interpréter. Il n'avait pas envie de parler à qui que ce soit qui était lié de près ou de loin à Fukurodani. Il avait simplement besoin de s'éloigner le plus possible de cet endroit, et de, par la même occasion, rayer totalement Akaashi de sa vie et de celle des colocataires.

Il continua sa route et sortit distraitement son téléphone portable de sa poche pour le consulter rapidement. Il n'avait reçu aucun message ou appel de la part de ses colocataires et il constata que ses cours étaient terminés depuis déjà quelques minutes.

Le match était demain.

Il pensa à Kuroo.


C'est un tournant assez étrange en réalité. Gnia.

Bonne année, d'ailleurs ? o:

Merci d'avoir lu !

Peace.