BONJOUR CECI EST LE CHAPITRE 5.
MERCI DE LIRE LA NOTE A LA FIN.
GROS BISOUS A AETHYAN CET AMOUR.
BONNE LECTURE.
Les personnages appartiennent à Haruichi Furudate, l'auteur de Haikyuu!.
Si Kuroo devait qualifier sa vie en un seul mot, il ne saurait pas vraiment lequel choisir. Tous les termes étaient si représentatifs à un moment ou à un autre, mais ils perdaient tout de suite leur valeur lorsque quelque chose de différent arrivait. Il semblerait que sa vie soit aussi lunatique que son propre caractère, et c'était parfois assez usant.
Bokuto et lui faisaient vraiment la paire.
La malchance pourrait convenir, non ?
Il aimait bien observer l'activité tout autour de lui, lorsque seuls ses yeux avaient la force de bouger et réagir au monde extérieur. Il appréciait sentir l'odeur de leur appartement lorsqu'il rentrait chez lui, ou celle du gazon fraîchement coupé lorsqu'il se baladait le matin. Il adorait entendre et écouter tous les bruits ambiants qui donnaient un rythme à son existence chaque jour. Ces trois sens s'accordaient parfaitement et rendaient sa vie plus dynamique.
Pourtant, parfois, il aurait aimé ne pas voir ce spectacle effrayant, il aurait apprécié ne pas sentir l'odeur médicamenteuse et nauséabonde qui envahissait ses narines, il aurait adoré ne jamais entendre toutes les informations cruelles qu'on lui annonçait si souvent et qui faisaient dysfonctionner son cerveau de façon à ce qu'il perde la raison.
Peut-être que la cruauté avait également sa place.
Kuroo n'était pas innocent et on lui reprochait beaucoup d'être trop réaliste.
On aimait le lui rappeler à chaque fois qu'il avait besoin de rêver.
L'espoir fait vivre, l'attente fait mourir ?
Il aurait dû périr il y a longtemps, déjà.
Il aimait se demander, parfois, si le destin existait réellement. Peut-être qu'une entité veillait vraiment sur eux, connaissait tout d'eux, faisait en sorte que toute leur vie se déroule comme elle aurait dû le faire.
Il détestait se demander, parfois, comment les choses auraient pu être si la malchance n'avait pas jeté son dévolu sur lui.
Il souffrait tellement qu'il aurait peut-être aimé sombrer également.
Kenma lui disait souvent qu'il était intelligent, mais qu'il n'utilisait pas forcément ses
capacités pour des choses utiles. Le noiraud aimait bien élaborer de nouvelles techniques de persuasion pour ses deux meilleurs amis à base coups de coude dans le nez et prises de catch trop douloureuses, donc il ignorait toujours sa remarque parce qu'il estimait que ses découvertes n'étaient pas inutiles pour lui.
Le faux blond lui avait d'ailleurs souvent reproché d'avoir un caractère exécrable par moments, ou même son manque de tact et de compassion. Il avait toujours ri après ce genre de répliques, parce que Kenma n'était absolument pas un exemple, et ils le savaient parfaitement.
Personne ne voyait à quel point il était doux.
Il ne comptait plus le nombre d'années qui étaient passées depuis qu'ils se connaissaient car il n'en avait jamais vu l'intérêt, et qu'il était assez nul en maths. Malgré leur petite année de différence, il avait grandi avec lui et l'avait accompagné dans toutes les étapes de sa vie, et pourtant, c'était Kenma qui le maternait depuis la nuit des temps alors qu'il était le plus jeune d'entre eux.
Il aimait aussi se demander pourquoi.
La vie était injuste. Oui, c'était le mot.
Kuroo avait la mauvaise habitude de se braquer souvent, lorsqu'une remarque ou un mot lui faisait plus d'effet que prévu. Il était impulsif et adorait cacher ses faiblesses derrière ses provocations irritantes et ses railleries déplacées, ce qui entraînait un total rejet la plupart du temps. Tout était aussi coloré que la chevelure de Bokuto parfois.
Souvent, lorsqu'il en avait l'occasion, il se ressassait tous les souvenirs qui avaient la gentillesse de rester dans sa tête, ou passait des heures à regarder les centaines de photos qui lui permettraient de ne jamais oublier. Peut-être qu'il les effacerait dans dix ans, ou peut-être qu'il les perdrait demain, mais il n'y faisait plus vraiment attention à force. Il profitait de la douce sensation apaisante qui le prenait lorsqu'il pensait à tout ce qu'il avait accompli et à tout ce qu'il aurait aimé faire.
Le bonheur n'était qu'un doux rêve dont on privait Kuroo.
Il restait souvent cloîtré chez lui lorsqu'il pouvait le faire, et passait ses journées à traîner sur Internet ou à jouer aux jeux vidéos. Il conservait soigneusement deux ou trois consoles qu'il avait empruntées à Kenma il y a quelques semaines et se promettait tous les jours de les lui rendre lorsqu'il en aurait l'occasion car il savait à quel point elles comptaient pour lui.
Peut-être qu'il pourrait, un jour.
C'était toujours lui qui forçait Kenma à quitter sa demeure et qui arrivait à le décrocher de tout appareil nocif pour lui et le noiraud en avait toujours été légèrement fier. Il était l'un des seuls à voir cette étincelle dans ses yeux lorsqu'ils riaient un peu, ou lorsque Kuroo lui achetait le dernier jeu vidéo qu'il convoitait, même si ça lui coûtait une blinde à chaque fois.
Kenma ne riait pas souvent et semblait insensible au monde qui les entourait, et pourtant, il était si vivant aux yeux de Kuroo.
Le faux blond n'était pas très grand et sa carrure frêle n'impressionnait jamais beaucoup de monde. Ses yeux étaient comparables à ceux d'un chat sauvage mais inoffensif et sa coupe de cheveux n'était pas des plus crédibles en ayant l'aspect d'un flan, mais ça ne l'empêchait pas d'être fort et endurant dans tout ce qu'il entreprenait. Kenma, ce n'était pas qu'un corps fin attrayant c'était également une intelligence phénoménale et un caractère trop bienveillant.
Le noiraud se demandait tout le temps ce que diable son cadet pouvait donc aimer chez lui.
Kenma avait toujours détesté l'été car il faisait trop chaud et méprisait par-dessus tout l'hiver car les températures matinales étaient insupportables. Il n'aimait pas non plus l'automne, car il trouvait cette saison un peu déprimante à cause des feuilles mortes et des arbres qui se déshabillaient à contrecœur.
Il aimait dire que le printemps était beau, parce que c'était comme si tout l'univers naissait une nouvelle fois après avoir péri durant les trois derniers mois. Il trouvait que l'air ambiant était réconfortant, que la verdure fraîche était agréable au toucher, que les quelques pluies qui s'invitaient les blessaient légèrement, mais que le soleil prochain les choyait doucement.
Le printemps était aussi vivant que n'importe qui ou n'importe quoi sur cette planète.
C'était Kenma, qui lui avait fait aimer cette saison.
Pourtant, Kuroo ne pouvait pas s'empêcher de la détester tout autant.
Kuroo maudissait tout ce qui était lié de près ou de loin à Kenma, parce que ça faisait mal.
Ils n'avaient jamais cessé de se voir depuis qu'ils étaient enfants. Ils essayaient de prévoir quelque chose toutes les semaines, sauf quand ils étaient trop loin l'un de l'autre. Kuroo ne sortait jamais sans quelqu'un pour l'accompagner, et Kenma ne sortait jamais sans Kuroo à ses côtés. C'était une chose à laquelle ils tenaient plus que tout, pour ils ne savaient quelle raison.
Le noiraud était en train de se déplacer dans les rues de Tokyo, sans Oikawa ou Bokuto.
Ni Kenma.
Il se rendait encore à l'établissement qu'il avait appris à détester depuis presque six mois maintenant.
Seul.
Cela faisait un moment qu'il n'espérait plus avoir le moindre accompagnateur lorsqu'il renonçait à la chaleur de sa résidence. Il ne demandait plus à Bokuto d'aller faire les courses avec lui afin de porter les gros sacs lourds, ou n'accompagnait plus Oikawa lorsque celui-ci voulait profiter des journées ensoleillées et jouer au volley avec un groupe de gamins qu'ils connaissaient bien. Son père ne l'appelait plus pour le forcer à faire la tournée de quelques bars de Tokyo le samedi soir, quand ils n'avaient rien à faire, et Kenma avait cessé de l'amener dans ses magasins de jeux vidéos préférés ou de le traîner dans les konbini à la recherche d'un en-cas .
Kenma avait tout arrêté, en fait.
Lorsque Kuroo observait les cerisiers en fleurs ou le soleil agréable du mois d'avril, il pensait à combien il aurait aimé vivre ce moment avec quelqu'un. Les rayons agressaient gentiment sa peau un tant soit peu bronzée, tandis que la chaleur était suffisante pour le faire légèrement transpirer. Il aurait acheté une glace à l'eau l'année dernière, peut-être même du mochi s'il avait un peu d'argent en plus, et il aurait rendu son compagnon heureux. Il l'aurait espéré, du moins.
Il était en train de saturer.
Il se demandait aussi, s'il aurait l'occasion de revoir le soleil illuminer son visage doux une dernière fois.
Il détestait ce bâtiment autant que n'importe qui. Il détestait tous ces gens douloureusement assis à l'entrée, angoissant comme ils ne l'avaient jamais fait avant, ou encore tout ce personnel qui se déplaçait nonchalamment une fois, précipitamment une autre, comme s'ils en avaient vraiment quelque chose à faire de tout ce qui se trouvait ici.
Il n'aimait pas cette femme qui lui souriait hypocritement à chaque fois qu'il se rendait ici, comme si elle savait ce qu'il ressentait réellement ni ce vieil homme qui lui parlait si souvent de choses futiles alors que le nécessaire lui suffisait amplement.
Il haïssait cet espoir que tout le monde lui imposait mais qu'eux-mêmes n'avaient pas au fond.
Il méprisait la science depuis qu'il était tout petit, à l'inverse de la majorité de ses amis. Il se souvenait parfaitement de la tête de sa mère lorsqu'il lui avait dit qu'il voulait poursuivre ses études dans une branche littéraire : ils s'étaient beaucoup disputés à propos, et Kenma avait toujours été là pour lui remettre les pendules à l'heure lorsqu'il chavirait.
Sa vie était peut-être une tragédie.
Kuroo n'avait jamais rêvé.
Il n'aimait plus le printemps.
L'espoir n'existait pas.
Et Kenma n'était plus là.
C'était vide, aujourd'hui.
- Tu viens d'aussi loin ?!
Iwaizumi grimaça légèrement.
- Ne hurle pas comme ça Bokuto ! le réprimanda Oikawa.
Ils hurlaient tous les deux, en fait.
Bokuto fit la moue et tira la langue au châtain, sans oublier de lui lancer une œillade sombre.
Hajime se passa une main sans les cheveux nerveusement et observait silencieusement ses deux coéquipiers se fusiller du regard. Ils venaient à peine de sortir du gymnase et ces deux-là commençaient d'ores et déjà à se chamailler le brun ne savait pas comment ils faisaient pour vivre ensemble ni pour entretenir une relation aussi saine avec autant de disputes. D'après ce qu'il avait compris, ils avaient un troisième colocataire.
Il ne savait pas s'il devait être soulagé ou le plaindre sincèrement.
- Sendai a une bonne université, commença Oikawa, pourquoi être venu à Tokyo ?
Iwaizumi haussa simplement les épaules, ce qui intrigua davantage le châtain. Bokuto ne semblait pas s'en soucier plus que ça, se contentant de déverser un flot de paroles ahurissant à la seconde. Il n'arrêtait pas de parler du match d'aujourd'hui et si ses deux aînés n'étaient pas sûrs de ce qu'il ressentait, ils savaient à présent qu'il était sur le point de se jeter d'un pont parce qu'il avait « tout raté ».
Oikawa et Iwaizumi avaient perdu cette confrontation après deux sets supplémentaires largement en faveur de l'équipe du hibou, même si la synergie des deux aînés était -étrangement- assez bonne pour arracher quelques points de temps en temps. Ils avaient vu Bokuto briller toute la suite du match et si son cruel manque de confiance en lui ne revenait pas au galop, tout aurait été largement plus simple pour les trois étudiants.
Confiants mais pas trop, c'est ça ?
Le décoloré interrompit soudainement son monologue sur l'affrontement de cet après-midi :
- Depuis quand est-ce que tu joues, Iwaizumi ? T'assurais grave !
Le brun fut légèrement décontenancé par le compliment du hibou et le regard inquisiteur du châtain n'arrangeait rien. Il passa à nouveau sa main dans ses cheveux, cette fois-ci légèrement embarrassé :
- J'ai commencé à l'école prim-
- Nous aussi ! Tu joua-
- Ne lui coupe pas la parole, abruti ! réprimanda le passeur.
- Tu viens de le faire Oikawa, renchérit Iwaizumi.
- La ferme !
L'aîné du groupe se permit un léger rictus amusé et Bokuto se mit à rire bruyamment, tandis que c'était au tour du châtain de se mettre à bouder. Même si le duo était très extravagant et enfantin lorsqu'ils le voulaient, Iwaizumi ne pouvait s'empêcher d'apprécier grandement leur compagnie.
Il se demandait si le noiraud qu'il avait vu la dernière fois leur ressemblait.
- Tu es venu seul ? poursuivit le passeur.
- Mon meilleur ami est à l'Université de Waseda.
Le châtain haussa un sourcil, incitant l'individu au regard vert à poursuivre son explication.
- Je suis venu à Todai grâce à une recommandation sportive.
Le cri d'Oikawa fut si strident que la majorité des passants se retourna vers le trio, non sans percer les tympans d'Iwaizumi et Bokuto au passage. S'il n'était pas sûr de la puissance de la voix du châtain il y a encore deux minutes, il était à présent persuadé qu'il avait certainement un avenir dans le chant.
Peut-être pas, en fait.
Hajime s'amusait à leur énumérer tous les sports qu'il avait essayés ou pratiquait encore, en passant du tennis de table à la boxe thaïlandaise de façon très étrange. Étonnamment, Bokuto et Oikawa semblaient boire son récit avec une telle facilité qu'il était persuadé qu'il pourrait leur faire gober tout et n'importe quoi à cet instant. Il se souvenait encore parfaitement de l'expression outrée que le décoloré avait prise lorsqu'il leur avait appris qu'il n'appréciait pas le baseball, bien qu'il ne soit pas mauvais : il avait longtemps pensé que le hibou allait faire un arrêt cardiaque et ça l'avait profondément égayé.
Ils s'étaient d'ailleurs amusés à taquiner le châtain et son amour pour l'athlétisme. Si ses bourreaux n'étaient pas aussi imposants, le passeur n'aurait pas hésité à leur flanquer une raclée. Peut-être deux si Bokuto et Iwaizumi n'avaient pas de biceps inhumains.
Ils avaient tout oublié durant ce court moment.
Après avoir consulté son téléphone portable, Oikawa interpella soudainement le décoloré :
- Tu devrais y aller.
- Pourquoi ça ? demanda son meilleur ami
Le passeur se pinça l'arête du nez si fortement qu'on pouvait voir la peau blanchir un peu plus, comme si elle n'était pas assez claire. La moue interrogative et innocente du hibou avait beau être mignonne, ça n'empêchait pas à l'irritation d'apparaître. Iwaizumi se contentait de garder le silence près d'eux, tentant de réaliser pourquoi il se retrouvait à présent spectateur d'une altercation qu'il ne comprenait pas.
- J'aurais dû m'en douter.
- Dis tout de suite que je suis con To-
- T'es sacrément con.
Outré, Bokuto n'eut pas le temps de lui répondre quoi que ce soit avant que le châtain n'enchaîne :
- Tu devais aller à Saitama.
Que diable irait-il faire dans cet arrondissement exactement ?
Il ne compre-
- Merde !
En effet.
Oikawa souffla fortement, tandis qu'Iwaizumi restait toujours aussi silencieux et observait tranquillement les deux amis discuter. Il était légèrement soulagé de constater que le hibou semblait plus largué que lui.
Ils n'eurent pas le temps de prononcer le moindre mot que Bokuto se dirigea en courant dans la direction opposée. Le brun réussit à peine à distinguer une brève salutation au loin, mais il y avait tellement de bruit qu'il n'était pas sûr que le cri du hibou soit vraiment pour lui. Il dirigea ses yeux vers le passeur, confus, puis surprit l'expression légèrement déboussolée qu'il laissait entrevoir. Peut-être était-ce simplement de la surprise.
Il avait l'air un peu absent.
- Debout Shittykawa
La voix d'Iwaizumi eut le mérite le faire sortir le châtain de sa transe, tandis que le plus âgé avait déjà repris sa route. Les rues étaient pleines comme à chaque fois et c'était vraiment compliqué de ne pas se perdre entre deux passants trop pressés.
- Arrête avec ce surnom.
Le brun prit une voix ridicule et ses yeux louchèrent :
- Arrête avec ce surnom Iwa-chan.
Oikawa avait parfaitement compris l'insistance sur le « Iwa-chan ».
- C'est ridicule !
- Tu l'es Shittykawa.
- C'est méchant ! s'indigna le passeur.
- C'est peut-être moi ça...
Le châtain ne put s'empêcher de sourire légèrement suite à la moquerie de l'attaquant, tandis que celui-ci haussa simplement les épaules comme s'il s'agissait d'une évidence. Oikawa se mit à siffler pour faire passer le temps Iwaizumi en profita pour le scruter discrètement.
L'attaquant devrait sans doute aborder le sujet délicat qu'était la crise de larmes de son cadet, pourtant, il ne voyait ni comment commencer sans le brusquer, ni pourquoi il parlerait de ça au final.
- Iwa-chan, si tu continues à me regarder comme ça je vais appeler la police.
L'attaquant écarquilla les yeux et ses joues se colorèrent d'un rouge si vif qu'une écrevisse faisait pâle figure face à lui. Il détourna le regard et se cacha une partie du visage en tirant sur le col de son t-shirt, tandis que le passeur se moquait gentiment de sa réaction. Il ne semblait pas avoir fait attention à lui mais il avait quand même remarqué que le brun le regardait.
C'était affreusement gênant pour Hajime.
Il se posait des milliards de questions sur son ami, et il n'y avait aucun signe de faiblesse visible. Ils se sont rencontrés il y a quelques jours seulement, pourtant, l'attaquant était persuadé qu'il ne savait pas grand chose sur lui mais qu'il en avait tout de même déjà trop vu jusqu'ici.
Il posa à nouveau son regard vert sur le passeur :
- T'es qui, Oikawa ?
Le châtain haussa les sourcils, et une expression moqueuse et inappropriée naquit sur son visage.
- Tu viens de dire mon nom Iwa-chan, chantonna-t-il.
- Je vais te cogner.
Le passeur leva les bras en signe de paix et ne put retenir un sourire nerveux tandis que son camarade l'observait méchamment, le poing à moitié levé.
Il ne savait pas ce qu'il était censé répondre à Iwaizumi ni où il voulait en venir, en fait.
- Je comprends pas.
- Moi non plus.
Oikawa souffla légèrement de frustration et commença à jouer avec ses boucles sous le regard fin et brûlant qui le dévisageait. Même s'ils n'avaient presque pas échangé clairement jusqu'ici, le châtain se sentait de plus en plus mis à nu comme si ses barrières s'effritaient lentement sous la chaleur soudaine. Il était à la limite du vulnérable.
Cette impression de transparence le tiraillait tellement que c'en devenait insupportable.
- Qui suis-je, Iwa-chan ?
Il réussit à apercevoir une lueur de surprise dans les yeux clairs de son camarade durant quelques secondes, mais un grand mur remplaça bien vite cette faiblesse inattendue.
Le regard d'Iwaizumi ne disait pas la même chose que ses mots. S'il n'arrivait pas à comprendre quoi que ce soit le concernant, il semblait pouvoir discerner cette minime différence. Il n'en était cependant pas sûr.
Le vert de l'attaquant était aussi beau qu'expressif par moments un magnifique océan d'émotions diverses et variées. Il était si frustré de ne pas réussir à tout déchiffrer de ce personnage qu'il songeait sérieusement à renoncer à l'infime lien qu'ils avaient réussi à tisser durant les quelques jours qui ont précédé ce moment.
Il n'avait pas l'habitude de rencontrer des gens trop haut dans le ciel pour avoir l'espoir de les atteindre un jour.
- Je te pose pas la question pour rien, tu sais.
Oikawa se posta rapidement devant Iwaizumi et les deux jeunes adultes s'arrêtèrent derechef, entamant un long combat de regard. Ils se contemplaient ardemment au beau milieu de la rue, bloquant le passage à certains citoyens qui les contournaient sans faire d'histoire. Ils semblaient essayer de communiquer de cette façon, mais les mots restaient bloqués dans leur tête et sombraient un peu plus en même temps que leur raison. Ils savaient qu'ils étaient étranges en agissant ainsi.
- Je vais te poser la question différemment, commença Oikawa après une ou deux minutes de silence.
Il attrapa les mains d'Iwaizumi sans discrétion tandis que l'attaquant se mit à rosir légèrement. Il devenait un peu plus gêné chaque seconde et commençait à se sentir oppressé par les quelques regards indiscrets que les curieux leur adressaient silencieusement pourtant, il ne fit rien pour défaire la douce poigne de son ami, allant même jusqu'à l'apprécier. Bordel, ils ne pouvaient pas être aussi proches et familiers physiquement, encore moins en public.
Étrangement, le brun se sentit intimidé par le regard brûlant que son cadet lui lançait à l'instant.
Oikawa porta leurs mains entrelacées au niveau de son propre buste.
- Que vois-tu, là maintenant ?
Un mec putain de sexy en train de me tenir les mains comme si c'était son dernier espoir.
Iwaizumi avait bien envie de lui dire ça là maintenant, pour ressentir le sentiment de satisfaction qu'il cherchait depuis maintenant quelques instants. Peut-être qu'avec un peu de chance, le passeur le lâcherait sous la surprise et qu'il pourrait foutre le camp.
Il n'avait pas envie, au fond.
Alors il serra trop légèrement ses mains rugueuses autour de celles un peu grandes pour que le châtain se rende compte de quoi que ce soit. Il semblait si concentré sur le vert de ses iris qu'il en oubliait presque leur contact indiscret.
Il savait qu'il n'aurait rien de concret avec des mots. Il cherchait alors autre part.
- Pas ce que tu es habituellement.
Le regard chocolat du passeur reflétait une mélancolie si magnifique que Hajime aurait aimé chasser s'il ne trouvait pas cet éclat si envoûtant. Il ne comprenait toujours pas comment il arrivait à discerner autant de choses dans un esprit si fermé au quotidien.
Tooru gardait le silence à cet instant, incitant son ami à continuer. Le brun accéda à sa demande inaudible.
- T'essaies pas de me charmer avec ta belle gueule d'hypocrite et ton sourire répugnant.
- Il y a des façons de le dire, Iwa-chan...
- C'est la mienne.
Une faible lueur d'amusement remplaça rapidement l'anxiété visible et un -trop- léger sourire naquit sur les lèvres du passeur sans qu'il le veuille. Ils le remarquèrent tous les deux ils ne rompirent pas le contact pour l'instant.
C'était leur façon de se rassurer mutuellement.
- Qu'est-ce qui te fait peur, Oikawa ?
L'attaquant sentit une soudaine pression sur ses propres phalanges et eut derechef la nette impression qu'il venait de mettre les pieds sur un terrain boueux. Ce n'est que lorsque les iris marron de son cadet se voilèrent qu'il commença à regretter son audace passagère.
Le passeur savait se montrer orgueilleux lorsqu'il le voulait, surtout quand il jouait au volley. Il pouvait aussi être taquin et provocateur, voire insupportable lorsqu'il décidait de se donner à fond. Il était aussi obsédé par l'astronomie et les petits bonshommes verts inexistants sur lesquels des milliers de rumeurs circulaient chaque jour Oikawa était très bon pour irriter les gens et possédait un débit de parole phénoménal.
Iwaizumi avait parfaitement compris que Tooru était quelqu'un de sensible sous ses airs fiers et trop gais. Il avait toujours trop souri à tout le monde depuis qu'il le connaissait mais il y avait toujours cette lueur mélancolique, presque invisible qui lui collait à la peau et qui s'exposait fièrement à chaque fois, comme pour le mettre en garde.
Elle l'embrassait, aujourd'hui.
Peut-être qu'Oikawa n'était pas si transparent que ça en fait.
Nerveusement, Hajime serra à son tour les mains douces de son cadet et lui offrit un sourire crispé qui se voulait rassurant, avant de rompre définitivement le contact physique dans un dernier regard entendu. Ils se remirent à marcher lentement, sans un mot.
Il n'aurait pas de réponse.
Le brun sentait la présence du passeur plus que jamais et leurs mains qui se frôlaient accidentellement ne manquaient jamais de le lui rappeler. Il pouvait presque apercevoir le croisement où ils s'étaient déjà séparés dernièrement et une bouffée d'angoisse s'empara étonnamment de lui.
- Dis, Iwa-chan...
Ils n'osaient toujours pas se regarder et continuèrent de se rapprocher un peu du lieu qui les séparerait une dernière fois cette semaine. Le châtain avait réussi à transmettre correctement toute son hésitation à Hajime et celui-ci appréhendait déjà la suite de sa phrase ce sentiment d'inconfort régnait toujours autant sur le duo.
Oikawa était également imprévisible.
- Qui es-tu ?
Un téléphone sonna.
Nombreuses étaient les fois où les humains se remettaient en question. N'importe quel être sur Terre avait ce moment de doute intense, durant lequel chacun se demandait si les conséquences auraient pu être différentes avec des actes plus calculés. Parfois, les sombres idées ne duraient que quelques minutes, et il y avait d'autres périodes où ça nous torturait quelques jours de plus avant de récupérer la foi. C'était toujours dans ces moments-là qu'apparaissait cet individu celui qui venait nous tendre la main alors qu'on s'accrochait désespérément au bord d'un large fossé sans fond ni fin.
Akaashi n'avait plus cette personne.
Il ne savait plus depuis combien de temps il cohabitait avec toutes ses pensées sombres, ni quand est-ce que sa lumière avait décidé de l'abandonner une bonne fois pour toutes. La gaieté qui l'avait chaleureusement accompagné durant presque deux ans avait finalement décidé de disparaître et le noiraud restait tristement exposé au ciel vide, attendant un potentiel rayon de soleil salvateur. Son astre avait définitivement quitté son monde.
Il s'était alors mis à errer.
Il avait commencé à chercher sous le bitume tâché lorsqu'il ne savait pas où il pourrait le trouver. Il avait arraché les nombreuses dalles, brisés tous les murs, détruit les quelques forêts qu'il avait eu l'occasion de croiser et vidé l'intégralité les océans qu'il avait traversés. Il avait longtemps regardé tous ces nuages noirs qui lui interdisaient finalement de voir ce qu'il convoitait, en le plongeant dans une profonde détresse incurable.
Un jour, il avait brisé le soleil puis, le soleil l'avait maudit toute une vie.
Il croyait encore, à cet instant, que son étoile était à proximité. Il avait détruit la Terre pour la retrouver et le ciel lui interdisait tout accès. Et il continuait de chercher la paix.
La chouette était la douceur, le hibou la fureur.
Le noiraud était la patience, le décoloré l'inconstance.
Keiji Akaashi était le calme, Koutarou Bokuto la tempête.
Bokuto était l'astre d'Akaashi. Un soleil si brillant qu'il ne pouvait qu'être ébloui à chaque fois qu'il osait poser ses yeux bleus dessus.
Bokuto était une grande tornade de sentiments dévastatrice, qui volait et broyait tout sur son passage sans le moindre scrupule. Il tuait tout et n'importe qui sur son passage, mais leur offrait toujours ces quelques secondes d'apaisement si longtemps convoité.
Bokuto ne restait jamais assez longtemps, mais revenait souvent.
Pourtant, Bokuto savait aussi dire adieu lorsqu'il en avait le devoir.
Le noiraud ne jurait que par lui depuis presque deux ans maintenant, et il n'avait jamais ressenti le besoin de faire les choses correctement à chaque fois. Il s'était laissé bercer par sa personne et avait donné carte blanche au hibou afin qu'il puisse soigneusement diriger sa vie comme bon lui semblait. Il le suivait sur la carte, le secondait dans ses péripéties, retournait d'où il croyait venir, sans savoir qu'il s'était imprégné des origines de son ami.
Koutarou avait construit, seul, tout un univers autour d'eux, avant qu'Akaashi ne décide de l'éradiquer définitivement.
On ne créait pas une planète en envoyant un texto à quelqu'un, et on ne dirigeait pas l'univers en se retrouvant avec la personne désirée. On ne réparait pas en utilisant des vieilles briques fragilisées par la fureur, et on n'inventait pas des matériaux incassables pour tenter de tout reconstruire parfaitement.
Les fleurs ne poussaient pas sur le béton. L'amour ne naissait pas durant la guerre.
Il était un idiot.
La chouette avait souvent eu diverses occasions pour se reconstruire. Peut-être qu'il aurait pu oublier toute cette histoire et repartir sur de nouvelles bases, ou changer définitivement de région et aller là où personne ne le retrouvera. Peut-être aurait-il mieux fait de s'éloigner un maximum de son ancien capitaine et le laisser seul avec son ombre l'abandonner, comme il l'avait lâchement fait jusqu'à présent.
Il aurait dû négliger ses sentiments et renoncer à son soleil. La vivacité ne l'avait jamais attiré.
Il n'aurait pas réussi. Il s'en fichait, maintenant.
Il y avait encore ces moments où Akaashi se demandait comment aurait été la vie s'il avait été aussi fort que son aîné. Il aurait aimé savoir si la douleur aurait existé dans différentes circonstances, ou s'il n'avait simplement pas fait le mauvais choix en s'alliant avec quelqu'un qui méritait bien plus que ça.
Akaashi comprenait désespérément Kuroo, d'une façon ou d'une autre.
Il avait bien compris que son ami d'antan nourrissait une certaine animosité envers lui et l'intégralité des anciens coéquipiers de Bokuto. Il se doutait également de tous les torts qu'il avait réussi à causer dans la relation qu'ils entretenaient à trois, avec Oikawa, et il avait l'intime conviction que le chat avait formellement interdit au décoloré de remettre les pieds dans le lycée ou de reprendre contact avec qui que ce soit là-bas.
C'était exactement le genre de choses dont Kuroo serait capable pour protéger ceux qu'il aimait.
Keiji n'avait jamais réellement compris quel genre de lien le duo entretenait. Il avait toujours pensé que leur relation était trop ambiguë pour qu'ils restent ainsi toute leur vie, mais les regards inquisiteurs d'Oikawa lui avaient toujours donné un semblant d'espoir à chaque fois que le passeur de terminale le perdait. Il n'avait d'ailleurs jamais su non plus comment le châtain avait réussi à deviner la nature de ses sentiments avec quelques coups d'œil le lycéen avait longtemps remis son habituel contrôle des émotions en question.
Il avait longtemps espéré que sa vie aux côtés de Bokuto serait un magnifique conte idyllique. Ces contes où les péripéties ne valaient rien et où les deux amants séparés finissaient toujours pas se retrouver afin de vivre en paix.
Le bonheur n'était qu'hérésie, l'espoir une calomnie.
L'amour n'était pas aussi beau que dans les romans que Kuroo avait eu la gentillesse de lui prêter il y a plusieurs mois, ou que dans les nombreux films qu'il avait regardés avec Bokuto durant de nombreuses nuits étrangement reposantes.
Akaashi aurait aimé prévenir tout le monde du danger.
Lorsqu'il avait donné rendez-vous au décoloré quelques jours auparavant, il avait sérieusement pensé qu'il aurait pu lui faire face sans flancher. Il avait été persuadé qu'il aurait pu le regarder dans les yeux, de lui parler de tous les maux qu'il avait causés, de lui dire ô combien il l'aimait à cet instant. Il s'était senti pousser des ailes et avait essayé de rejoindre l'autre côté des nuages sombres qui le tenaient éloigné de son amour, mais le soleil les avait brûlées vives, sans lui dire quoi que ce soit, sans lui accorder la moindre attention, comme si sa simple présence avait été inopportune.
Il n'avait pas pu confronter la lumière et ses démons étaient soigneusement revenus lui rappeler qu'il n'avait aucun droit sur son aîné et qu'il était allé trop loin pour espérer lui faire entendre raison.
Akaashi s'estimait trop faible pour faire face à des conflits qui le dépassaient légèrement ou pour contenir tous ces sentiments contradictoires qui s'amusaient à le rendre complètement fou parfois. Il n'avait jamais eu de problème majeur dans lequel il était durement impliqué et ses quelques connaissances avaient toujours fait en sorte de le sortir du pétrin lorsqu'il en avait besoin. Le désarroi avait été si fort qu'il avait simplement pris ses jambes à son cou, comme Bokuto l'avait fait il y a un peu plus d'un mois auparavant.
Il continuait de fuir sa vie. Il habitait avec ses regrets.
Il aurait aimé faire beaucoup plus de choses pour en changer trop peu.
Le lycéen n'aimait pas se balader dans les rues de Tokyo seul, en général. Il était obligé de quitter sa chambre pour aller au konbini de temps en temps ou prenait le métro afin de se rendre à Fukurodani à chaque fois. Il ne sortait pas énormément, si on ne comptait pas toutes les heures qu'il passait assis sur une chaise à écouter ce que leurs professeurs avaient à dire de si ennuyant le jour même ou les nombreuses sessions de volley-ball qu'il s'accordait par moments. Il avait toujours été entraîné de force dans les grandes allées dangereuses de la ville, avec son ancien capitaine comme garde du corps il se souvenait encore de la chaleur de ses paumes douces contre les siennes lorsque le hibou ne souhaitait pas le perdre. Et ils se fichaient de tout, à ce moment-là.
La dernière fois qu'il s'était rendu à Saitama, c'était avec Bokuto.
Il n'y avait pas mis les pieds depuis au moins deux mois, sans doute. Peut-être trois ? Qu'importe, il n'avait jamais été un bon ami de toute façon.
Peut-être que Kenma ne lui en voudrait pas.
Il ne savait pas pourquoi il avait arrêté de s'y rendre subitement, ni pourquoi il décidait enfin d'y aller aujourd'hui. Peut-être pensait-il retrouver un fragment de ce qu'il avait détruit dernièrement, ou qu'il avait l'infime espoir de trouver son ami en bonne santé afin de se consoler un tant soit peu. Rien ne lui disait qu'il n'était pas au courant de tout, pourtant.
Au fond, il n'y croyait pas plus qu'avant.
En fait, il ne savait pas vraiment ce qu'il était venu chercher en se rendant dans cet établissement, ni s'il trouverait enfin quelque chose qui pourrait l'aider à remonter la pente. Il priait simplement toutes les divinités possibles et imaginables qu'il connaissait afin de ne pas tomber sur une mauvaise surprise. S'il tombait sur Kuroo, il ne garantissait pas sa survie immédiate. Si c'était Bokuto... non, il ne souhaitait pas y penser en fait.
Akaashi pensait que ça serait une bonne idée de tomber sur son ancien capitaine, mais redoutait profondément cette confrontation en même temps. Il pourrait lui poser des questions sur sa visite inattendue au lycée la veille s'il réussissait à aligner une suite de mot cohérente et à ne pas faire un arrêt cardiaque sur place, peut-être...
Il avait beau réfléchir à diverses façons de survivre à un éventuel échange, l'idée d'une nouvelle échappée soudaine restait pour lui la meilleure des solutions.
Leur petit jeu était tout bonnement ridicule.
Lorsqu'il pénétra dans l'établissement, il sentit malheureusement les onigris qu'il s'était offerts occasionnellement remonter rapidement d'où ils venaient. L'odeur était si insupportable qu'il avait l'angoissante impression de suffoquer sur place et il souhaitait par-dessus tout mettre un terme à cette escapade au plus vite. Les visages blafards des familles inquiètes ou endeuillées, les traits tirés du personnel exténué, le sourire hypocrite des secrétaires médicales qui semblaient vivre une longue et magnifique vie le rendaient malade à son tour.
Il détestait les hôpitaux par-dessus tout peut-être était-ce pour ça qu'il n'y venait plus.
Lorsqu'il venait ici avec Bokuto, avant, il y avait toujours eu cette lourde appréhension qui régnait et qui s'intensifiait à chaque fois qu'ils se rapprochaient un peu plus de leur but. Ils craignaient toujours de devoir faire face à une situation à laquelle ils n'étaient pas préparés et tentaient d'espérer une éventuelle amélioration, comme s'ils n'avaient pas assez attendu jusqu'ici. Au final, ils avaient bien vite la réponse à chaque fois, en croisant les regards sombres et désespérés des parents au bord du gouffre ou des médecins lorsqu'ils avaient l'occasion de leur parler. Et ils ne rentraient jamais dans cette chambre hantée par la mort telle qu'elle était.
Il ne passa pas le biais de l'accueil cette fois-ci et les femmes confortablement postées devant leur ordinateur ne firent pas non plus attention à lui. Il ne prit pas la peine d'analyser plus longtemps les pauvres gens sagement assis près de l'entrée avant d'emprunter les escaliers peut-être que Bokuto ou Kuroo se trouvaient parmi eux. Avec un peu de chance, Oikawa aurait également été présent et ils se seraient salués comme il y a quelque temps Kenma aurait pu en faire partie avec plusieurs semaines de plus.
Il aurait aimé ne plus connaître le chemin et avoir un prétexte pour fuir le Tartare.
Il entendait malgré lui les murmures mornes qui animaient la vie de toutes les personnes présentes dans cet établissement, quelques rires parfois, de lourds sanglots significatifs d'autres, les bruits incessants de toutes ces machines insupportables qui nous rappelaient qu'un être aimé ne vivait plus de lui-même à cet instant. Il y avait de quoi anéantir l'infime lueur d'espoir que les gens pouvaient avoir rien qu'en mettant les pieds ici.
Il vit enfin la porte jaune citron avec le chiffre qu'il recherchait apparaître dans son champ de vision et un long frisson désagréable lui traversa l'échine. Il n'aperçut aucun individu à proximité de la porte, ni la moindre trace des parents du malade. Ils avaient pour habitude de rester à l'extérieur à chaque fois qu'ils venaient prendre des nouvelles et ne rentraient que trop rarement dans la chambre de l'éventuel futur défunt.
Les larmes montèrent rapidement et sa vue se brouillait un peu plus au rythme de ses pas, le rapprochant un peu plus de spectacle dramatique qu'il avait essayé de fuir également durant de longs mois. Il avait l'impression de se rendre sur la place publique le visage vulgairement camouflé par un vieux sac de tissus, sous les sifflements dévalorisants d'une centaine de concitoyens mécontents. Son cœur battait si vite qu'il se sentirait presque soulagé de se trouver dans un centre médical.
Tremblant, il souffla doucement afin de retenir le liquide salé qui menaçait de couler et réguler sa respiration devenue légèrement haletante à cause des sanglots incontrôlables. Il se posta juste devant l'entrée de la chambre 246 et fixa longuement le nom qui y était affiché depuis environ six longs mois, fébrile et angoissé. Il ne savait pas s'il devait redouter l'éventuelle arrivée de l'un de ses anciens amis ou le constat d'une triste dégradation de l'état de son camarade, mais il se sentait fondre sur place tant la pression ardente le consumait à cet instant.
Au moment où il se décida enfin à pénétrer dans la petite pièce confinée, il vit le battement de la porte s'entrouvrir légèrement et laisser passer les sons des signaux réguliers. Il se figea instantanément et écouta soigneusement le bruit insoutenable de pleurs graves et de reniflements peu gracieux. Il réussit à discerner le froissement d'un vêtement et le bruit de pas patients, ainsi que l'étouffement de ces gémissements humains dans un premier temps. Il ne réalisa pas tout de suite la situation dans laquelle il se trouvait, et ne reconnut certainement pas les chuchotements presque inaudibles résonner dans la pièce.
Il ne sentait que malheur et désespoir à cet instant.
Il regrettait amèrement d'avoir eu le culot de venir, après un long silence éprouvant de sa part.
Qu'il était égoïste.
Seules ses larmes durement refoulées avaient décidé de se déplacer et dévalaient déjà lentement les joues ternes du lycéen, tandis que sa main se serrait et desserrait au rythme de ses sursauts involontaires. Il ne réagit toujours pas lorsqu'il entendit à nouveau l'individu se déplacer dans la pièce, ni lorsque la porte coulissante disparut petit à petit pour laisser place à tout ce qu'il avait essayé d'éviter jusqu'à présent.
Ses yeux bleus eurent l'audace maladroite de se planter dans ceux plus sombres qui le dévisageaient il pouvait aisément ressentir le choc que leur porteur avait à cet instant. Il luttait désespérément pour retenir les couinements bruyants qui menaçaient de s'échapper et le tressautement de ses épaules se fit de plus en plus régulier, tandis que ses lèvres retroussées s'abîmaient gentiment entre elles. Il n'était plus certain de ce qu'il voyait tant sa vue était brouillée par ses larmes, mais il eut la nette conviction que celles de son interlocuteur s'étaient remises à couler à l'instant où il avait croisé ce regard vitreux.
Le passeur était maintenant sûr et certain que son excursion était une grossière erreur de sa part, et que s'il ne dégageait pas vite d'ici, toute cette histoire allait très mal se terminer pour tous les trois. Même s'il n'était pas présent, Bokuto n'avait jamais fait exception lorsqu'il s'agissait d'eux.
Pourtant, aucun d'eux n'eut le courage de bouger ou de prononcer la moindre remarque acerbe envers l'autre. Ils ne s'arrêtaient pas.
Kuroo pleurait devant Akaashi, aujourd'hui.
Bon, je dois pas mal d'explications je crois.
Déjà je tenais à m'excuser de poster le chapitre aussi tard : j'ai complètement oublié de le faire il y a deux semaines et j'ai eu beaucoup de soucis avec le site la semaine dernière, en sachant que je ne peux poster que le week-end en général. Le rythme de parution deviendra irrégulier après la publication du chapitre 6 (qui est déjà prêt aussi) ; ça fait plus de deux semaines que j'ai pas écrit et je n'y arrive pas pour être honnête, donc je préfère avancer cette fiction à mon rythme au lieu d'être sous-pression parce que "je dois écrire sinon je serai en retard !". Enfin c'est un peu le bazar, vraiment désolée pour ça.
Concernant le chapitre, je sais pas vraiment comment le qualifier ahah (ça fait un mois et demi qu'il traîne dans mes dossiers pls). Je commence à aborder tous les sujets délicats et en plus il y a un nouveau point de vue ! Peut-être que vous aurez des réponses dans le prochain chapitre, peut-être pas ? En tout cas j'ai bien aimé l'écrire pour le coup, on a déjà plus de détails sur la relation houleuse entre Bokuto et Akaashi même si c'est encore très flou dans l'ensemble.
Cette fin est très frustrante quand même.
Merci pour tout !
Peace.
