Hey. Hey. Hey.
Chapitre 6.
Merci beaucoup à Aethyan pour la correction, encore une fois !
Bonne lecture ?
- Désolé.
Kuroo sortit de sa transe en entendant la voix éraillée de son cadet et fronça instantanément les sourcils en le jaugeant de son regard sombre. Il ne parvenait pas à respirer correctement et les quelques images qu'il arrivait à discerner disparaissaient bien rapidement de sa tête ; ses larmes brouillaient tous ses sens et sa confusion l'empêchait de réfléchir correctement. Il avait à peine la force de confronter les iris bleus de son ami d'antan et Dieu seul savait à quel point il aurait aimé l'insulter et le chasser de cet endroit.
Il ne savait pas ce qu'il était censé ressentir entre une profonde amertume envers Akaashi ou une vague de soulagement tant l'idée de la solitude était ancrée dans sa tête depuis des mois. Cet endroit le consumait littéralement à chaque fois qu'il s'y rendait et voir un visage à la fois étranger et si familier se montrer dans cette chambre l'avait profondément touché, qu'il le veuille ou non.
Personne ne venait voir un adolescent au bord de la mort.
Le chat noir ne comprenait pas pourquoi il devait tomber sur la personne qu'il tentait à tout prix de rayer de leur vie, cependant. Il avait essayé maintes et maintes fois de l'éloigner de son amitié avec Bokuto et de faire taire les sentiments de celui-ci, quitte à entraîner des disputes houleuses et significatives. Leur échange inamical de la veille avait presque réussi à le persuader que le lycéen arrêterait enfin de foutre le bordel dans leur vie et de détruire son meilleur ami.
Il savait que cette histoire n'était pas terminée, et pourtant, Kuroo voulait absolument se convaincre que la suite resterait en suspens durant une douloureuse éternité. La souffrance était le prix à payer pour tous les maux qui avaient été causés.
Et il revenait, encore et toujours, comme s'il n'avait pas compris, mais il n'avait cependant pas la force de le rejeter à cet instant précis.
Il se décala suffisamment sur le côté et laissa l'espace nécessaire à Akaashi afin qu'il puisse pénétrer la chambre de leur ami commun. Il en profita pour tenter de reprendre contenance et se fit violence pour ne pas regarder le corps inerte du faux blond, tandis que le noiraud aux yeux bleus eut la bienfaisance de suivre le mouvement. Ils gardaient tous les deux ce regard vitreux durement fixé sur un élément de la pièce en question, tentant d'oublier le bruit insupportable des signaux répétitifs et du respirateur artificiel. Kuroo referma lentement l'entrée.
Le lycéen était bien trop bouleversé pour dévoiler sa surprise au chat ; il ne s'était pas attendu à ce qu'il lui permette de rentrer dans la chambre sombre ni à ce qu'il se contente de garder le silence pour une fois. Il avait espéré qu'il lui adresse diverses injures et reproches avant de se faire chasser comme un malpropre, mais il n'en fit rien.
Un mauvais pressentiment le tiraillait depuis quelques instants déjà. Il eut envie de le croire, aujourd'hui.
Il ne voulait pas s'en aller.
- T'étais son ami.
Le passeur tressaillit à l'entente de la voix rauque de son accompagnateur et ses lèvres se mirent à trembler rapidement, tandis que ses larmes revinrent brusquement à la surface. Il ne savait pas d'où venait cette soudaine sensibilité irritante ni pourquoi il ressentait tant le besoin d'exprimer son désarroi dans cet hôpital, devant un individu qui le méprisait certainement de tout son soul. Il aurait aimé mettre cet écart sur la pression étouffante qui le blessait sans s'arrêter, mais ses nombreux regrets insistaient trop pour qu'il espère les mettre de côté.
- Ça n'efface en rien que tu as fait.
Il aurait aimé lui murmurer qu'il partageait son avis, il aurait aimé lui répondre qu'il vivait avec tout ce chagrin depuis des mois, il avait envie de lui hurler qu'il acceptait tout la haine qu'il pouvait recevoir de leur part. Il avait détruit l'intégralité de son univers par lui-même et rien ne pourrait jamais lui faire penser le contraire.
Non, rien ne pourrait jamais effacer cette période horrible de leur vie ni le tournant qu'elle avait sagement pris pour leur éviter le pire.
Kenma avait été le seul qu'il n'avait pas eu le temps de blesser, c'était pour ça qu'il avait la possibilité de le revoir. Peut-être que les choses auraient été différentes s'il avait été là pour lui remettre les pendules à l'heure ; le faux blond était un être trop cru doté d'une bienveillance sans faille. Il l'admirait.
Il n'aurait jamais dû être sur ce lit d'hôpital un jour, et peut-être que toutes les divinités qu'Akaashi avait priées avaient entendu ses demandes désespérées un jour ; tout ça n'aurait dû être qu'un de ses nombreux cauchemars en fin de compte.
Il eut un semblant de force soudain, si faible, qu'il réussit à peine à tourner la tête vers le lit occupé et toutes les machines branchées et allumées. Même avec toute la volonté du monde, le jeune noiraud ne semblait pas être en mesure de le regarder aussi longtemps qu'il aurait pu le faire s'il avait été avec Bokuto.
C'était la première fois qu'il revoyait sa douceur après six mois. Elle était complètement éteinte ; seules les machines rayonnaient tant elles étaient claires.
Il avait finalement été rattrapé, au fond.
Il ouvrit la bouche une première fois pour tenter de parler à son aîné, avant de réitérer son geste de trop nombreuses fois sans que le moindre son franchisse ses lèvres. Sa voix grave restait profondément tarie au fond de sa gorge et refusait de se faire entendre, comme si elle craignait de se faire également emporter par cette mélancolie sinistre qui les hantait.
Kuroo sembla comprendre sa demande inaudible :
- Il est entré dans un coma de stade quatre le mois dernier.
L'espoir n'était qu'une grosse connerie ; ils le savaient parfaitement.
- La mort cérébrale. Il...
Personne ne pouvait effacer la douleur lancinante qui jouait égoïstement avec Kuroo depuis presque six mois ni la détresse insupportable qu'il faisait ressentir à chacun lorsqu'il parlait de son meilleur ami. Il arrivait à entraîner n'importe qui avec lui dans son désarroi et Akaashi ne voulait soudainement plus rien entendre venant de sa part. Il ne semblait pas détruit ; il l'était intégralement, et c'était une tragique vérité.
- Ils le débranchent bientôt.
Sa voix mourut rapidement.
Le passeur ne saurait dire si les nouveaux sanglots de Kuroo en étaient la cause, mais il avait senti un long bourdonnement désagréable résonner dans sa tête. Étrangement, ses larmes n'avaient pas pris la peine de mourir à l'extérieur de son corps brûlant et sa main s'était instantanément apposée sur le mur à sa droite, tentant de retenir son corps lourd et insoutenable. La chute semblait inévitable.
Le gouffre n'avait pas de fin.
Kenma était douceur et franchise, Kuroo était fureur et sarcasme. Leur amitié avait toujours semblé étrange aux yeux de chacun lorsqu'on connaissait le chat noir et sa personnalité exclusive ; personne ne savait grand-chose du faux blond si on ne prenait pas en compte sa timidité attendrissante et son impassibilité. Non, ils n'avaient jamais été un duo normal au fond.
L'ancien volleyeur avait toujours eu l'étrange capacité à amuser son ami sans fournir beaucoup d'efforts, là où d'autres se coupaient les deux jambes pour lui arracher une lueur d'amusement. Le noiraud était trop extravagant selon certaines personnes et beaucoup estimaient que le naturel discret de son cadet ne pouvait pas s'accorder avec sa personnalité singulière.
Pourtant, personne ne voyait que Kenma était le seul à être en mesure de tirer le meilleur comme le pire de Kuroo. Il était capable de le rendre étrangement compréhensif par moments ou déclencher une forte tempête d'autres, le plus souvent quand le noiraud enchaînait les mauvais agissements. Tout le monde avait tendance à oublier que le chat noir n'était qu'une bulle d'énergie susceptible qui ressentait un besoin d'affection constante et de tendresse significative qu'il n'avait jamais eu l'opportunité d'avoir. L'ancien passeur avait su répondre à toutes ses demandes, à chaque fois.
Tetsurō ne perdait pas un ami ou un frère aujourd'hui ; il concédait éternellement une partie de lui, jusqu'à ce que la mort les relie une dernière fois.
Personne n'imaginait réellement ce qu'avait représenté Kenma dans sa vie ni à quel point lui-même avec compté pour le faux blond. Ils ne le sauraient jamais vraiment, au fond.
Ils étaient en deuil depuis six mois.
- Et Hinata ? réussit finalement à prononcer Akaashi.
L'actuel capitaine de Fukurodani crut entendre un léger rire étouffé par les sanglots incontrôlables de son aîné, presque amer et déplacé tant il était inapproprié à la situation. Il tressaillit lentement et son cerveau tournait si vite qu'il était sur le point de s'écrouler par terre : il devenait si fébrile au fil des secondes et l'évidence commençait doucement à s'insinuer dans son esprit au fil des secondes.
Hinata et Kenma se côtoyaient depuis le collège et avaient fini par s'aimer après plusieurs années d'amitié.
Hinata était une gigantesque boule d'énergie impossible à canaliser : un vrai rayon de soleil, parfaitement illustré par sa chevelure flamboyante et son sourire éclatant qui ne manquait pas de contaminer le veinard qui avait le malheur de le surprendre. Il avait une personnalité si dérangeante dans l'ensemble que son manque de tact braquait souvent les inconnus, mais il restait trop insoucieux du reste pour en tenir vigueur. C'était peut-être ça qui plaisait le plus : son innocence touchante et sa bonne humeur constante ; il n'était pas idiot pour autant.
Ils avaient d'ailleurs été ensemble lors de leur accident et le rouquin ne s'en était d'ailleurs pas aussi bien sorti que le faux blond : un coma de treize semaines suivi d'une amnésie partielle. La nature lui avait offert un poumon perforé pour alourdir sa peine et insister sur leur manque de vigilance en ce jour tragique.
Kuroo avait suivi de très près l'état du petit roux énergique et avait eu l'occasion de voir tout le désespoir qui habitait ses proches durant de longues semaines de calvaire. Il se souvenait encore du visage tiré de sa mère détruite ou du regard vitreux dépourvu d'innocence de la petite Natsu Hinata à certains moments, lorsqu'elles avaient arrêté d'y croire réellement. Il n'oublierait cependant jamais l'éclat pétillant qui brillait dans ses grands yeux bruns lorsqu'elle parlait de son frère, ni tout l'amour dont elle faisait preuve à chaque fois.
Shôyô avait fini par tout abandonner, deux mois après son réveil inespéré.
- Il est déjà parti.
Akaashi s'y était attendu, au fond.
Le chat noir sortit son portable et envoya un message à Oikawa, lui demandant de rappliquer en vitesse à l'hôpital. S'il en jugeait les dires de Bokuto la veille et les faits qui se présentaient à lui, le décoloré avait prévu de passer rendre visite à Kenma après leur match de volley-ball. Il ne savait pas si c'était une bonne chose de convier tout le monde dans cet espace de seulement quelques mètres carrés, mais Kuroo estimait qu'il avait déjà caché assez de choses au châtain depuis qu'il était au courant.
Il ne lui avait jamais dit que le faux blond était mort. Il savait que tout ça allait mal se passer.
Peut-être devrait-il renvoyer le jeune lycéen d'où il venait et continuer tranquillement ses nombreuses tentatives afin qu'il sorte enfin de leur vie, gardant pour lui ses nombreuses interrogations et sa soif de savoir.
Bokuto devait des explications à tout le monde de toute façon.
- Il est venu te voir hier, hein ?
Kuroo aussi apparemment.
Le nouveau capitaine écarquilla les yeux et ne put retenir un mouvement de tête mécanique envers le chat, ce qui ruina tous les espoirs de tromperie qu'il aurait pu avoir. Peut-être que le noiraud avait une déduction digne de celle d'un génie ou que le hibou avait accepté de le mettre dans la confidence, à ses risques et périls. Non, il ne lui aurait pas demandé s'il n'en était pas certain et encore moins si ça l'enchantait vraiment.
Enfin, il ne s'était rien passé entre eux hier. Ils n'avaient rien à se reprocher.
Un son semblable à un cognement retentit et une voix presque inaudible résonna de l'autre côté de la porte coulissante. Akaashi ne put retenir le sentiment de panique éprouvant qui s'empara de lui derechef et ses yeux se voilèrent soudainement, comme si le spectacle auquel il avait assisté récemment n'avait pas suffi pour l'anéantir une dernière fois. Kuroo observait stoïquement l'entrée de la chambre et semblait presque inexpressif, comme s'il attendait son arrivée depuis le début et qu'il se fichait de tout.
Le passeur observait le petit passage s'ouvrir et laisser entrevoir le hibou ; il avait l'impression de voir la lumière éclairer cet endroit lugubre et il avait l'effet d'une gigantesque bulle d'air sur les deux noirauds tendus. Dévoilant un peu plus sa grande taille et son gabarit imposant, Bokuto et Akaashi se jaugeaient du regard, complètement ébahis et décontenancés par la présence de l'autre. Ils avaient l'impression de ne pas s'être vus pendant des années et de rencontrer pour la première fois la paix tragique si longtemps espérée. Elle avait un goût amer, aujourd'hui.
Il devait s'en aller.
- Akaashi...
Ce n'était qu'un murmure à peine audible que l'interpellé eut du mal à discerner, et pourtant, toute sa raison s'envola d'un coup et il se sentit devenir si faible intérieurement qu'il ressentait l'étrange besoin de disparaître. Il perdait pied sous le regard doré perçant de son petit-ami d'antan et il régnait un voile obscur oppressant dans ses yeux si expressifs habituellement ; il était éteint.
Bokuto lança une œillade suspicieuse à son meilleur ami et celui-ci se contenta de soutenir à son tour ses grands iris brillants. Personne ne savait vraiment comment réagir à la situation aussi grotesque soit-elle, mais le malaise restait parfaitement ancré dans la peau et la tête de chacun : ils ne pensaient qu'à fuir cet établissement maudit.
- C'était pas prévu, informa Kuroo d'une voix un peu plus assurée.
L'attaquant ne dit rien ; le lycéen non plus n'eut pas la force de renchérir quoi que ce soit.
La bouche du plus jeune s'ouvrait et se refermait de temps en temps sous la nervosité insoutenable qui le tiraillait, tandis que les deux amis inséparables restaient plantés près de la porte coulissante en se lançant quelques regards entendus que le noiraud n'arrivait pas à comprendre lorsqu'il les surprenait. Il enviait presque la présence rassurante du chat noir qui permettait aux deux anciens amis de ne pas s'adresser la parole.
Il aurait aimé que son ancien capitaine lui fasse le même effet, peut-être.
Akaashi tira légèrement sur le col de son t-shirt et s'éclaircit la gorge le plus discrètement possible : ses deux aînés le jaugèrent dès que le son les atteignit,et il se sentit tout d'un coup déshabillé du regard de façon très impolie. Il n'osait plus les observer dans les yeux et il avait l'impression d'être un morceau de viande fraîche soigneusement livrée à deux lions affamés.
Il eut le courage de leur parler, d'une voix peut-être un peu plus faible qu'il ne l'avait pensé :
- Je... vais y aller.
Il aurait payé très cher pour revoir Bokuto et avoir l'occasion de s'excuser pour tout le mal qu'il avait causé mais sa lâcheté revenait au triple galop, et actuellement, il se couperait les deux bras si ça lui permettait de s'enfuir.
La mine renfrognée que le décoloré avait adoptée avait donné au lycéen la folle envie de lui adresser la moindre parole rassurante, animé par l'espoir d'une nouvelle rencontre paisible un jour. Le regard lourd du chat noir lui intima cependant de garder le silence ; Keiji avait simplement le droit de les observer de ses yeux bleus dans la limite de la neutralité. Il remercia intérieurement la profonde crainte que le noiraud lui inspirait, limitant ses droits et imposant de nouveaux devoirs désagréables mais indispensables.
L'un d'eux était de quitter cet endroit.
Il eut à peine le temps de croiser les iris dorés de son ancien capitaine qui lui semblait étrangement implorant durant cette bribe de temps, comme si son départ marquerait la reprise de cette fuite insupportable qui durait depuis trop longtemps. Et ils savaient que ça serait le cas.
Akaashi avait bien envie de blâmer Kuroo pour toute l'impatience qu'il laissait se faire ressentir, mais souhaitait bénir plus que tout sa condescendance qui le sauvait aujourd'hui. Il n'avait qu'à franchir cette porte, ignorer les vivants, renoncer à son dernier ami, reprendre sa vie, l'oublier. Rien ne l'obligeait à reprendre contact avec lui, après tout.
Il n'était pas honnête.
Il eut la force de planter son regard une dernière fois sur l'étendue du corps inactif de Kenma, offrant quelques œillades tantôt curieuses, tantôt mélancoliques aux différentes machines qui leur permettaient encore de le qualifier de « vivant » cliniquement. Il pouvait à peine discerner quelques mèches noires rebelles qui fuyaient, le blond les ayant complètement abandonnées depuis longtemps maintenant.
Il lui faisait ses adieux, aujourd'hui.
Ses yeux s'attardèrent sur le respirateur artificiel qui cachait une grande partie de son petit visage amaigri ; il se demanda quelle saveur avait eu le dernier mochi qu'ils avaient mangé ensemble, il y a trop longtemps.
Bokuto ne retint pas un gémissement lorsqu'il entendit la porte coulissante se déplacer et chercha longtemps un quelconque contact visuel avec son cadet : il se confronta juste à la pâleur maladive de ses joues encore mouillées par les larmes récemment perdues à l'extérieur. Le visage d'Akaashi lui hurlait tant de choses en même temps qu'il n'en comprenait aucune.
Le décoloré s'était contenté de suivre attentivement les mouvements lents et fades de son cadet, le rythme de leur respiration irrégulière et les reniflements disgracieux de Kuroo accompagnant les signaux bruyants des appareils hospitaliers. Il ressentit soudainement ce sentiment de vide intense lorsque la porte se referma, engloutissant son ancien passeur de l'autre côté du passage, hors de sa portée.
Il savait que sa soudaine vulnérabilité se faisait sentir à des kilomètres et que son meilleur ami devait être sacrément irrité de le voir aussi faible face au lycéen, mais il avait envie de l'envoyer se faire voir à cet instant. C'était tout à fait absurde.
Il avait vu Akaashi aujourd'hui, dans ce putain d'hôpital.
Il avait vu Akaashi aujourd'hui.
Vu Akaashi aujourd'hui.
Akaashi.
Akaashi.
Akaa-
- Oikawa va pas tarder.
L'information atteignit parfaitement le hibou, mais il n'eut aucune réaction suite à la déclaration de son ami. Il se contentait d'observer la porte coulissante qui venait de lui enlever tout ce qu'il aurait aimé adorer une seconde fois, s'imaginant n'importe quelle scène qui aurait pu le retenir ou n'importe quelle réplique qui aurait pu le convaincre de rester. Avec lui.
Bokuto n'était pas très romantique et n'y connaissait pas grand-chose dans ce domaine, mais il savait que l'amour rendait en fait con et non aveugle.
Il avait été piégé par les filets de l'amour dangereux et restait coincé quelque part dans ce gouffre sans fin, livré à ses sentiments destructeurs. Kuroo était trop bas pour espérer le ramener à la raison.
Où était donc la lumière dans sa vie ?
- Bokuto, va falloir lui dire.
Elle aimait changer d'abri lorsqu'il était à deux doigts de la trouver.
Oikawa n'était pas au courant de l'état nouvellement diagnostiqué de Kenma. Ils étaient loin des petites broutilles avec du gel le matin ou des cuillères de yaourt dans le nez en rentrant de l'université à présent ; Kenma était devenu un sujet sensible depuis presque six mois et l'aîné éprouvait une telle affection envers le petit chat que le moindre écart passait toujours plus mal que ce à quoi ils s'attendaient.
L'image d'Akaashi disparaissait petit à petit de l'esprit de l'attaquant, laissant place à une panique mal dissimulée et une appréhension face à laquelle la pression qu'il avait ressentie durant son match ne valait plus grand-chose. Kuroo avait caché au châtain tous les détails importants pendant plusieurs semaines et l'ajout de son réel « décès » imminent allait créer un tel chaos dans la tête de leur aîné qu'ils n'avaient pas de grands espoirs de survie.
Non, Tooru n'allait pas piquer une crise ; il allait devenir incontrôlable.
Il aurait payé cher pour qu'un policier les surveille durant l'annonce. Peut-être aurait-il pu gérer le démon en voie de développement ?
Peut-être pas.
Tout ce que savaient les deux étudiants, pour l'instant, c'est que beaucoup de choses restaient encore sans réponse. Ils savaient également qu'ils en avaient caché trop à leur tour et que tout allait leur retomber dessus de façon à ce qu'ils en tirent des leçons ; la tempête Oikawa n'était qu'un mélange de vents violents animés par une rancune malsaine et un désir de vengeance omniprésent, sans exception.
Peut-être que la franchise trouverait sa place dans le trio et que les tensions prendraient vite congé pour laisser à la paix son heure de gloire. Ils auraient aimé espérer que la vie soit plus simple que ce qu'ils traversaient actuellement ; ils avaient désespérément hâte que cette semaine se termine.
- Toujours aussi lent.
- Toujours aussi chiant.
Iwaizumi se leva rapidement du petit divan sans rétorquer à l'insulte que son colocataire lui avait gentiment adressée, se dirigeant vers la porte de l'appartement grande ouverte afin d'arracher au nouveau venu le sac rempli qu'il tenait encore fermement contre lui. L'odeur de la nourriture à présent tiède mais longtemps désirée avait réveillé l'instinct de l'attaquant ; son seul but était de se nourrir pour le moment. Et pourquoi pas prendre la part de son ami.
Ledit « ami » qui prenait un malin plaisir à repousser cette délivrance insoutenable.
- Hop hop, va te laver les mains.
- Je vais t'en coller une tu sais, grogna Hajime.
- Tu frapperais une femme ? s'indigna le deuxième étudiant.
Le nez de l'attaquant se retroussa et il essaya de contenir son impatience.
- T'es pas ma mère.
- Je n'ai pas dit que je l'étais.
Iwaizumi voulait juste manger.
- Mattsun je vais arracher ton piercing vert fluo avec les dents et j'avalerai les clés de ta bagnole si ça te permettait de te vider de ton sang sur ce putain de palier.
- Ça serait plus discret que je meure dans l'appart'...
Le regard noir du volleyeur ne lui fit ni chaud ni froid et ledit « Mattsun » soutint aisément cette agression visuelle, mais eut tout de même l'excellent réflexe de donner à son colocataire ce qu'il convoitait. Il n'avait pas envie de prendre le risque de se faire sauvagement arracher son piercing et de se vider de son sang sur le palier en question. Peut-être que les voisins auraient été alertés par ses gémissements d'agonie.
Iwaizumi ôta le sac en papier des mains de son ami et l'ouvrit par simple habitude en se dirigeant vers la place qu'il occupait juste avant. Il s'arrêta en plein milieu de son chemin en dévisageant le contenu de son dîner ; il était étrangement perturbé ce soir et dire qu'il était au bord de la crise de nerfs serait un vulgaire euphémisme. Non, il était sur le point de commettre un meurtre.
Le brun se retourna mécaniquement vers son colocataire et qui continuait de se déchausser innocemment, le regard perçant durement accroché sur sa personne.
- Des sushis, hein ?
- Y'a du natto aussi.
Une veine pulsa indiscrètement suite à la totale désinvolture du farceur qui tentait désespérément de ne pas esquisser le moindre sourire railleur : il connaissait trop bien le volleyeur pour savoir qu'il ne devait surtout pas se laisser aller de cette manière, encore moins s'il se faisait casser le nez par la suite. Remarque, il l'avait su bien avant de réellement le cerner.
Ça ne l'empêchait pas de mener la vie dure au brun dès qu'il en avait l'occasion : c'est-à-dire tout le temps.
Iwaizumi ne supportait pas les sushis.
- Rappelle-moi pourquoi j'ai accepté de vivre avec toi déjà.
- Pour manger de la bonne bouffe ?
- Tu sais pas cuisiner, Matsukawa.
- C'est pour ça que je suis allé acheter quelque chose.
Hajime souffla fortement en posant le sac sur la table basse du petit salon et se laissa tomber lourdement sur le sofa, tandis que son colocataire se dirigeait vers lui pour s'installer également. Le brun avait déjà reporté son attention sur son cellulaire, faisant abstraction du grabuge que produisait son voisin et tentant d'ignorer les longs bruits indiscrets que son estomac imposait.
- J'ai quand même pensé à toi tu sais.
- Penser et agir n'ont pas la même signification.
Du coin de l'œil, le sportif réussit à voir Matsukawa porter sa main sur son cœur de façon dramatique, en murmurant quelques choses que le brun n'arrivait pas à complètement discerner. Il ne manquait plus que les larmes de crocodile et le noiraud se verrait décerner le prix de la scène tragique la moins crédible qui soit ; prendre cet individu en pitié était une grossière erreur qu'Iwaizumi se promettait ne plus jamais commettre.
Son meilleur ami était un vrai emmerdeur.
- Il y a du tonkatsu.
- Je sais.
Hajime aimait pourtant retourner les farces dérangeantes de son colocataire contre lui car il se sentait toujours étrangement satisfait d'arroser l'arroseur. L'exclamation indignée du noiraud lui arracha un ricanement malgré lui et il encaissa son coup de poing dans l'épaule sans broncher : Mattsun n'avait pas plus de force que le chat de sa grand-mère.
L'attaquant s'installa tout de même correctement, ne résistant pas à l'appel aguicheur du tonkatsu.
- T'es qu'une petite saloperie Hajime.
- Je le sais aussi ça.
Ce fut au tour de Mattsun de ricaner légèrement ; Iwaizumi en fut étonnamment enchanté.
Après quelques formules de politesse, ils attaquèrent leur repas silencieusement. Seuls les bruits de mastication rapide ou les rudes cognements des baguettes contre les bentos en plastique rythmaient leur repas reposant et chacun se surprenait à penser qu'ils auraient peut-être aimé discuter ce soir.
- Tes grands-parents ont appelé après que tu sois parti.
Hajime haussa un sourcil et, d'un regard significatif, incita son ami à continuer sur sa lancée tout en continuant à se nourrir sauvagement.
- Hana voulait te parler apparemment.
Si une bouteille d'eau n'avait pas traîné sur la table basse à cet instant, le sportif aurait certainement fait une petite visite dans l'autre monde en un clin d'œil. Matsukawa se contentait de lui masser légèrement le dos non sans le dévisager d'un air à la fois moqueur et légèrement choqué, prêt à reprendre ses grandes tapes si Iwaizumi décidait de s'étouffer une seconde fois d'une quelconque manière. Il avait été pris au dépourvu et il souffla de soulagement lorsqu'il constata que le brun respirait -presque- correctement.
- Mourir pour elle, tu disais ?
- La ferme, murmura le brun d'une voix enrouée, légèrement décontenancé.
Un sourire triste naquit sur les lèvres du noiraud et il fit une dernière tape affective sur le dos de son ami, avant de jeter ses déchets dans le sac de courses qui jonchait maintenant le sol, recueillant gentiment ses déchets. Il aurait presque aimé lancer une raillerie à Iwaizumi quand il voyait les précautions qu'il prenait afin d'avaler correctement les restes de son repas.
- Ça a toujours été compliqué quand il s'agit d'elle, hein ?
Seul le silence répondit à sa question rhétorique et Matsukawa ne s'en indigna pas le moins du monde : il était habitué aux longs silences et à la discrétion dont faisait preuve le volleyeur quand on parlait de ses proches. Le percé pourrait presque dire qu'il admirait considérablement son dévouement et aimait dire à son ami qu'il était un réel modèle à adopter, sans montrer que lui-même le pensait.
Oui, Iwaizumi était mirifique à ses yeux. Bien plus que n'importe qui pourrait l'être.
- Parle-moi de ton ami à la fac.
Pourtant, le noiraud le connaissait assez bien pour savoir que, parfois, il ressentait le besoin de se reposer.
- C'est la troisième fois que tu me poses la question depuis hier, Mattsun.
- Je te l'ai déjà posée cinq fois avant, corrigea le noiraud.
Hajime soupira. Issei ricana.
- T'es vraiment chiant quand tu t'y mets.
- Tu devrais manger un peu de natto, ça détend les nerfs apparemment, chantonna le percé.
- Ça marcherait si je te le faisais avaler par le nez ?
- Si je meurs pas avant, probablement.
Matsukawa était un emmerdeur de première et un personnage trop vicieux pour qu'on pense qu'il soit plein de bonnes intentions, pourtant, Iwaizumi n'avait jamais réellement songé à le laisser tomber un jour ou à se séparer de lui dans un accord commun (ou non). Enfin, il commençait tout de même sérieusement à s'interroger quand il lui tapait trop sur le système, mais ça ne durait jamais assez longtemps.
Sans retenir un soufflement significatif, Hajime laissa ses déchets devant lui et se dirigea rapidement vers le long couloir de leur petit appartement, laissant son colocataire seul face à son bento vide et aux grains de riz rescapés qui jonchaient leur vieux sofa lorsqu'il ne s'agissait pas de leur tapis neuf.
- Tu pourrais au moins débarrasser ?! cria presque le noiraud.
- Les enfants ne foutent rien à la maison.
- T'es un homme des cavernes Hajime, ne l'oublie jamais !
Matsukawa réussit tout de même à discerner le rire gras de son colocataire et ne put retenir un long soupir de lassitude, puis s'activa à ranger le bazar qu'avait foutu son meilleur ami en mangeant. Il savait que c'était sa petite vengeance personnelle et il n'avait pas le cœur à l'embêter jusqu'au bout ce soir, surtout avec des nerfs aussi fragiles pour il ne savait quelle raison. Si Iwaizumi s'en allait dans un mauvais état d'esprit, il ne donnait pas cher au malheureux sur lequel le brun passerait ses nerfs.
- T'es pas obligé de bosser tu sais.
Hajime, se trouvant à présent derrière son ami, fronça les sourcils.
- On en a déjà parlé, soupira-t-il d'un ton las.
Le noiraud ne répondit pas, mais le long regard qu'il maintint sur le brun en disait bien plus que son silence soudain. Iwaizumi connaissait suffisamment son meilleur ami pour savoir ce qu'il pensait et déchiffrer tout ce que ses yeux essayaient d'exprimer; pourtant, il se fichait quand même de ce qu'ils pouvaient bien lui dire pour l'instant.
Il se pinça l'arête du nez et fit des efforts monstrueux pour paraître le plus stoïque possible, même s'il savait que ça ne servait pas à grand-chose.
- Écoute, j'ai déjà accepté de laisser le loyer à tes parents, tu penses pas que ça suffit ?
- On pourrait jus-
- Issei.
Il se tut.
- Ça ira.
Ils auraient tous les deux aimé affirmer que c'était la pure vérité ; une trace de mensonge subsistait tout de même.
Alors qu'Iwaizumi se dirigeait à présent vers l'entrée de l'appartement afin de mettre ses chaussures, Matsukawa ne le lâcha pas d'une semelle. Il jouait nerveusement avec son cellulaire dans la poche de son jeans troué et ses sourcils épais tressautaient nerveusement ; il ne se sentait jamais trop agité en temps normal mais il était étonnement sous pression depuis quelques secondes. Son meilleur ami était un grand garçon bien plus mature et responsable que lui, néanmoins, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour lui.
- Tu vas me rendre nerveux à force de l'être, abruti.
Le percé ne lui fournit qu'un sourire crispé en guise de réponse et ne détourna pas une seule fois son regard du sportif.
Hajime soupira légèrement et cogna légèrement son poing contre le torse du noiraud afin de lui donner un semblant de courage ; ce qui était ironique car c'était lui qui devait être tendu dans l'histoire. L'attitude de Mattsun se rapprochait dangereusement de celle de sa grand-mère, avec les bisous et les mots affectueux en moins peut-être.
Il sortit son propre téléphone portable et l'agita sous le nez de son colocataire en espérant que celui-ci soit un tant soit peu rassuré ; la lueur d'apaisement qu'il réussit à entrapercevoir le satisfit et il entreprit de fuir une bonne fois pour toutes.
- Qu'est-ce que je fais s'ils rappellent ?
Ils se sondèrent intensément du regard durant seulement quelques secondes, peut-être trop brèves pour donner une réponse concrète au noiraud selon Iwaizumi. Il n'avait pas toujours le choix.
- Dis leur que je vais bien.
Matsukawa disparut de son champ de vision.
La fin d'une ère... Nan c'est faux.
Ce chapitre a environ dix ans d'existence et je le poste aussi tard ouioui. J'ai vraiment l'impression de m'être un peu égarée dans l'histoire, mais en même temps j'en dis un peu plus sur les "tourments" de Kuroo et putain, y'a une confrontation même s'il s'est absolument RIEN passé. J'ai écrit la première partie ce chapitre trop rapidement, et j'espère avancer un coup sur le 7e qui est composé de trois phrases environ... peut-être quatre, j'irai compter après avoir posté celui-ci. ¯\_(ツ)_/¯
Et oui, ladite "Hana" est purement un OC et je pense que c'est assez simple de trouver la nature de sa relation avec Hajime en réalité ; je ne sais pas encore ce que je ferai avec elle tbh. Et Mattsun. Voilà. Je n'oublie pas tout ce que j'ai semé.
À bientôt j'espère ?
Peace.
