Bonjour les amis, voici l'OS de septembre.
Je préfère prévenir, il est plutôt sombre, du moins dans sa première moitié, alors que je classe "M".
J'espère qu'il vous plaira quand même.
Bonne lecture. :)
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Alors Bill, encore de service ? Comment va la famille, les gosses ?
Le démon entra dans la cellule de Dean et sans lui prêter la moindre attention, détacha du mur la chaine qui l'y maintenait attaché.
- Allez, dis moi quel jour on est. Quel mois au moins ? Insista t'il devant le silence de son interlocuteur. Qu'est ce que ça peut bien te foutre que je sache la date ? ... Non ? Alors juste l'année ? ... Il fait quel temps là haut ?
Dean eut un rire grinçant, mais continua d'avancer dans le couloir sombre et crasseux derrière son geôlier.
- C'est vrai, j'oubliais, t'es pas un bavard toi.
Le démon qui le précédait tira d'un coup sec sur la chaine reliée à celle qu'il portait aux mains et aux pieds, manquant de peu de le faire s'étaler sur le sol.
- Avance! Lui cracha t'il d'un air mauvais.
- J'arrive, j'arrive. T'inquiète pas, ils vont pas commencer sans moi.
Le ton se voulait désinvolte, mais Dean savait qu'il ne trompait personne, pas même lui.
En réalité, la peur, la vraie, lui vrillait les tripes bien au delà de ce qu'il n'aurait jamais voulu avouer.
- Et c'est quoi le programme aujourd'hui ?
Là était la grande question.
Celle qu'il posait chaque jour quand on venait l'extirper de sa cellule glauque.
Torturer ou être torturé ?
Dean ne savait jamais à l'avance ce qu'Alastair avait prévu pour lui. C'était surement beaucoup plus amusant de le laisser mariner.
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Le regard plein de haine et de cruauté que lui lança le démon augmenta encore son angoisse, mais ne le renseigna aucunement. De toute façon ces salopards prenaient autant leur pied à le massacrer qu'à lui ordonner de le faire à d'autres.
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Dean n'avait pas la moindre idée du temps qui s'était écoulé depuis qu'il était en enfer. Il savait juste que ça faisait longtemps. Très longtemps. Trois ou quatre éternités au moins, en tout cas c'est l'impression qu'il avait.
Et qu'il avait résisté aussi longtemps qu'il l'avait pu.
Mais qu'il avait fini par craquer.
Dean s'en rappelait comme si c'était hier et son estomac se révulsa une nouvelle fois à ce souvenir.
C'était juste après une séance particulièrement horrible, et Alastair s'était approché de lui et avait redressé son visage ensanglanté, approchant le sien à seulement quelques centimètres pour lui poser la sempiternelle question:
- Alors Dean. Veux tu que tout ceci s'arrête ? Tu n'as qu'à le demander et je te détache. Tu sais bien ce que tu as à dire, n'est ce pas ? Juste un petit mot et tu cesseras de souffrir. Acceptes tu de torturer à ton tour ?
Mais, sans même qu'il ne comprenne pourquoi, ce jour là avait été la fois de trop. Dean avait pourtant tout supporté, tout enduré jusque ici, hurlant sa souffrance bien au delà de ce qui aurait brisé n'importe quel autre être humain. Mais pour la première fois, à ce moment là, il avait envisagé d'accepter. Et Alastair n'avait pas manqué la micro seconde d'hésitation qui était passée dans son regard avant que Dean ne lui réponde d'aller se faire foutre.
L'expression sur le visage du démon était passée de purement sadique à triomphante. Il avait relevé un coin de sa bouche en ce qui se voulait surement être un sourire mais n'était qu'une moue perverse.
- Tu es sûr ? Lui avait demandé l'homme d'une voix mielleuse.
Dean avait dégluti lorsqu'il l'avait vu se retourner, s'éloigner de quelques pas, puis se saisir d'un tisonnier chauffé à blanc.
Alastair s'était alors rapproché de lui et avait levé vers son visage, le morceau de fer rougi. Il l'avait successivement passé devant son œil gauche, puis son œil droit, faisant couler et sécher instantanément les larmes de sa victime sous l'intense chaleur.
Dean avait bien tenté de fermer les yeux, mais Alastair lui avait ouvert l'œil droit en tirant sur sa paupière supérieure, tellement fort qu'il avait eu l'impression qu'elle allait se déchirer.
- Vraiment, vraiment sûr ?
La pointe du tisonnier n'était à présent plus qu'à quelques centimètres de sa pupille. Sa vision était déjà en train de s'altérer de ce côté là, car même encore intacte sa cornée commençait à s'opacifier sous la brulure. Dans un flash, Dean s'était souvenu de la panique qu'il avait ressenti la première fois où Alastair lui avait crevé les yeux. Au-delà même de la douleur insoutenable, devenir aveugle était la pire angoisse qu'il avait imaginée jusque là, même si il avait eu largement le temps d'expérimenter pire depuis. Mais ne plus voir, ne plus pouvoir les voir eux, ce qu'ils préparaient, ce qu'ils allaient lui faire, cela démultipliait encore l'angoisse de l'anticipation de la torture.
Sauf que depuis le temps, Dean avait compris comment ça marchait en enfer. Chaque jour, on l'extirpait de sa cellule pour l'emmener dans la salle de torture. Chaque jour Alastair, en personne le plus souvent, lui faisaient subir les pires atrocités que son esprit démoniaque pouvait bien inventer, et chaque soir quel que soit l'état de son corps mutilé, lorsqu'il réintégrerait sa cellule, il était de nouveau intact.
Une chance ?
Assurément oui.
Mais pour ses bourreaux. Certainement pas pour lui.
Parce que comme ça, le lendemain, ils pouvaient recommencer à s'amuser de nouveau avec un corps tout neuf à leur disposition. Et si Dean avait espéré le premier jour qu'une fois mort, la douleur n'aurait rien à voir avec ce que l'on pouvait ressentir de son vivant, et bien, il avait vite compris combien il avait eu raison. Cela n'avait effectivement rien à voir, c'était pire, mille fois pire, parce que sans fin.
Comment pouvait il sentir les brulures, les écorchures, les entailles alors qu'il n'avait même plus de corps ? Et était-ce seulement le cas en fait ? Parce que quand il levait sa main devant ses yeux, elle lui semblait bien réelle, concrète et solide. Tout comme quand les démons lui avaient brisé chaque os de cette même main un par un avant d'attaquer la seconde et le reste de son corps.
Non, être mort ne préservait de rien.
Quelle putain de vie de merde.
Et de mort de merde.
Sa seule et unique consolation, le seul espoir auquel il se raccrochait désespérément depuis toutes ces années, c'était que son sacrifice avait sauvé Sam. Grace au pacte qu'il avait fait avec ce démon, son petit frère était revenu d'entre les morts. Et même si il devait vivre sans lui, Dean espérait que Sam avait réussi à se fabriquer une belle vie. Une vie comme il l'avait toujours désirée.
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- Donc tu es sûr. Avait redemandé Alastair avec un sourire presque désolé.
Et alors que Dean s'attendait à ressentir l'atroce brulure et la souffrance de son œil transpercé, la lame s'était éloignée.
Etonnement d'abord, puis soulagement éphémère puisque la chair de sa joue sétait mise à grésiller lorsqu' Alastair y avait appliqué le tisonnier incandescent.
La douleur avait été fulgurante, aveuglante et Dean avait hurlé, comme il l'avait fait un milliard de fois auparavant.
- Juste pour te donner un avant goût. Mais si tu es sûr...
Le tisonnier s'était de nouveau approché de son œil maintenu ouvert.
Dean avait tenté désespérément de tirer sur ses chaines, sans plus de succès que toutes les autres fois où il avait essayé en vain de se soustraire à la torture.
- Attends ...
Juste un murmure à peine audible, mais la lame s'éloigna.
- Dis le!
Dean savait ce qu'Alastair voulait entendre. Trois lettres. Trois putain de lettres que les démons et les anges attendaient de la part des humains qu'ils voulaient posséder de manière différente mais tout aussi perverse. Le oui qui permettait à un ange de prendre possession de son vaisseau. Le oui aussi qui signerait son accord et la perte de son âme déjà damnée mais qui deviendrait véritablement démoniaque lorsqu'il accepterait de torturer à son tour.
Le tisonnier s'était de nouveau fait menaçant.
- DIS LE !
Ca faisait si longtemps qu'il luttait. Dean avait bien tenté d'appeler à lui les images qui lui permettaient habituellement de tenir : Sam à ses côtés dans l'impala lorsqu'ils partaient sur une chasse. Ou alors Sam qui draguait une nana et qui en tombait amoureux et même qui fondait une famille. Et Dean n'avait même pas honte d'imaginer des trucs aussi mièvres parce que c'était ce que son frangin devait avoir fait. Son grand dadais de frangin qui voulait tant être normal.
Mais cette fois, sans qu'il ne comprenne pourquoi, ces images ne lui avaient été d'aucun secours. Il était prisonnier de ce corps pourtant intangible mais carcan de tellement de souffrances qu'il n'en pouvait plus. C'était trop. Il fallait que ça s'arrête.
- Oui.
Moins qu'un murmure, à peine un souffle.
Le cri de victoire d'Alastair l'avait fait sursauter et il avait senti son âme se dechirer un peu plus. Parce que même si tout s'était arrêté ce jour là, la douleur, la torture, même si Bill l'avait juste ramené à sa cellule et qu'on ne lui avait même pas demandé de torturer sur le champ, Dean s'était senti mourir ce jour là, une deuxième fois, probablement la plus douloureuse.
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Malgré son oui, il lui en avait fallu du temps, et bon nombre de menaces et de tortures supplémentaires pour passer de la parole à l'acte, mais il l'avait finalement fait.
Il les avait torturés à son tour, d'abord la mort dans l'âme, puis de plus en plus facilement. Enfin tout dépendait de qui l'on mettait en face de lui. Certains le méritaient et les découper ne lui posait presque plus de problèmes. Pour d'autres...
Dean ne savait jamais à l'avance si on l'emmenait pour être torturé, ce qui arrivait encore lorsqu'Alastair n'avait pas été satisfait de ses "performances" la veille ou si il voulait tout simplement s'amuser tout en rappelant à son élève les bases de son art et également à qui il appartenait. Ou si on l'emmenait pour torturer. Et dans ce cas torturer qui ?
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Une nouvelle fois le démon tira sur la chaine, le ramenant brutalement au temps présent et à cette sempiternelle question.
Mais cette fois, perdu dans ses pensées, Dean ne parvint pas à se retenir à temps et il se retrouva sur les genoux.
- DEBOUT !
Une nouvelle traction brula ses poignets entaillés. Il se releva en tirant lui aussi sur la chaine, juste pour l'emmerder un peu. Ridicule et pathétique revanche.
Il savait bien qu'il n'avait aucune chance de déséquilibrer le démon et encore moins de le vaincre, il avait bien assez souvent essayé de s'enfuir au début. Maintenant il n'essayait même plus.
De rage, le démon le saisit à la gorge et le souleva du sol sans aucune difficulté apparente. Les pieds de Dean furent bientôt dans le vide et il suffoqua.
Là encore la pensée que c'était absurde passa dans son esprit. Un mort ne respirait pas. Et pourtant les points noir devant ses yeux, et la brulure dans ses poumons lui semblait tout ce qu'il y avait de plus réel.
- Si tu recommences, je te tue ! Compris ?
Le démon le relâcha et Dean tomba lourdement au sol, les deux mains sur sa gorge douloureuse, tentant de reprendre son souffle.
- Chiche. Croassa t'il quand il en fut capable.
Provoquer ainsi le démon était stupide et il le savait, mais parfois il se disait que c'était son seul espoir. Qu'une de ses séances finisse réellement par le tuer, ou qu'un de ses geôlier ne de décide à le faire.
Mais pouvait on tuer un mort ? Il aurait été assez heureux de le découvrir en fait.
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Le démon tira encore une fois sur la chaine, apparemment bien décidé à le tracter au sol, si il ne se décidait pas à se remettre sur ses pieds. Dean le fit malgré tout et recommença à le suivre.
Lorsqu'ils arrivèrent devant la porte, Dean sentit la boule dans sa gorge grossir un peu plus.
Soit le chevalet serait vide et ce serait lui le supplicié. Soit il y aurait quelqu'un de suspendu et il serait le bourreau.
Et il savait parfaitement quelle option il aurait choisie si on lui avait posé la question. Parce que maintenant qu'il avait dit ce premier oui, il l'avait renouvelé à chaque fois qu'Alastair lui avait reposé la question.
Pour ne plus souffrir, ne plus être celui qui hurlait sous la lame de rasoir.
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La porte s'ouvrit.
Personne.
Et Dean comprit sur le champ. Surtout quand il vit le regard sauvage et cruel de son geôlier.
- C'est mon tour aujourd'hui.
Celui qu'il avait baptisé Bill sans trop savoir pourquoi, n'était jusqu'ici qu'un sous fifre qui n'avait même jamais eu le droit d'assister à ses séances. Pour son plus grand regret d'ailleurs. Il n'était là que pour le conduire de sa cellule à la salle de torture et Dean avait très souvent vu la frustration dans ses yeux lorsqu'il quittait la pièce. Mais aujourd'hui ils avaient l'éclat de la vengeance.
- Ca fait si longtemps que j'attends. Alastair est trop occupé aujourd'hui pour venir s'occuper de toi en personne, mais il m'a dit que tu méritais une petite leçon. Il t'a trouvé trop doux, hier, avec cette petite gamine géniarde.
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Le démon l'entraina d'une poigne implacable vers le chevalet. D'un mouvement de la main, les chaines commencèrent à se tendre d'elles même et à s'enrouler autour des montants de bois et de ses membres, les liant intimement. Dean se retrouva de nouveau dans cette position si familière, écartelé, bras et jambe immobilisés.
Le démon s'éloigna en lui tournant le dos. Lentement, il passa en revue les instruments déposés sur la table métallique.
Oh Dean les connaissaient tous, intimement, leur nom, leur aspect, leur usage et la douleur qu'ils pouvaient provoquer. Il était devenu un expert avec le temps, Alastair y avait veillé.
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- Je ne sais vraiment pas par quoi je vais pouvoir commencer. Lui dit le démon en approchant la table et lui faisant face. Une suggestion ?
Dean le vit passer les doigts devant chaque instrument, lentement, savourant l'instant, le fixant pour guetter ses réactions. Il s'arrêta sur un petit crochet métallique.
Oh, non pas celui là ...
Ses yeux durent exprimer ce que ses lèvres scellées n'avaient pourtant pas laissé échapper car le sourire du démon s'agrandit.
- Excellent choix.
Le démon souleva le petit objet qui semblait si inoffensif pourtant et le montra à Dean, le faisant jouer entre ses doigts.
- Tu comprends, je dois me surpasser. Le maitre me donne ma chance aujourd'hui et je ne dois pas le décevoir. Alors tu vas être un très gentil garçon et tu vas hurler pour moi, n'est ce pas ?
Le démon approcha le crochet de son oreille gauche et Dean ferma les yeux s'attendant à la douleur fulgurante qu'il ne devrait pas tarder à ressentir.
Et il ne fut pas déçu. Bill tint toutes ses promesses et se surpassa effectivement. Dean n'était plus qu'une âme en lambeaux, brisée, qui avait hurlé jusqu'à ce que ses cordes vocales se brisent. Maintenant il se contentait de gémir.
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La porte métallique de la salle de torture se fracassa contre le mur de pierre et le bruit assourdissant fit rouvrir les yeux de Dean qui les gardait clos autant qu'il le pouvait pour ne plus voir l'expression de pur bonheur sur le visage de Bill. Le sang qui coula sur ses paupières l'empêcha de bien distinguer l'être qui venait de pénétrer dans la pièce. Tout ce que Dean pouvait voir était une forme blanche, éblouissante et gigantesque, emplissant pratiquement tout l'espace libre devant eux.
La créature s'approcha encore du démon qui recula précipitamment contre le mur, renversant au passage la table et tous les instruments ensanglantés qu'elle portait.
Dean essuya comme il put son visage contre son épaule, seul geste que ses membres maintenus écartelés par ses liens lui permettaient. Et il lorsqu'il le vit enfin il ne put y croire.
Un ange !
Bordel de merde, c'était un ange !
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Dean n'en avait jamais vu, et une seconde encore auparavant il aurait juré que les anges n'existaient pas. Mais là la conclusion s'imposait comme une évidence, il le ressentait au plus profond de ses tripes.
La créature était magnifique, si lumineuse qu'il devait plisser les yeux pour ne pas être ébloui. Bien qu'il se tienne encore à plusieurs mètres de lui, il pouvait sentir la puissance qui en émanait mais également la douceur et l'apaisement qui irradiait intentionnellement dans sa direction.
Le démon, lui, ne devait pas vraiment partager son avis car son visage n'exprimait qu'une terreur sans nom, qui augmenta encore lorsque la forme éblouissante s'approcha de lui. Il essaya de saisir un des instruments de torture dans une vaine tentative pour se défendre et menacer l'être céleste.
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De sa place, Dean pu voir la grâce de l'ange se condenser, se contracter, devenir de plus en plus tangible et adopter une forme presque humaine, un corps aux contours flous faits de lumière, avec deux silhouettes d'ailes magnifiques à demi repliées dans son dos. L'ange tendit les doigts et lorsqu'ils effleurèrent le front du démon celui ci hurla alors que ses yeux semblaient fondre et que des étincelles rougeâtres sortaient de sa bouche et ses orbites creusés. Puis il retomba au sol, inerte, mort.
Sans s'en préoccuper davantage, l'ange se releva et s'approcha de Dean qui ferma les yeux attendant lui aussi son exécution, avec espoir.
Enfin!
Enfin tout allait s'arrêter. Il en aurait remercié l'ange si il avait encore pu parler.
Mais au lieu de la douleur ultime qui aurait dû mettre fin à sa non-existence, Dean ne ressentit qu'une douce chaleur l'envelopper, un sentiment de sécurité tel que seul l'enfant dans le ventre de sa mère devait connaitre. Ses liens se dénouèrent d'eux même. Il se sentit tomber mais n'heurta jamais le sol.
Tout autour de lui l'environnement changea. Dean ignorait où il se trouvait à présent, mais peu lui importait, il n'était plus en enfer.
Il hésita à ouvrir les yeux, la crainte chevillée à l'âme que tout ceci ne soit qu'une illusion crée par son esprit torturé ou même un nouveau tourment inventé par Alastair comme la fois où il l'avait laissé s'échapper de sa cellule, courir des jours durant, dans les souterrains, à bout de souffle et même stupidement d'espoir, pour finalement alors qu'il pensait pousser l'ultime porte qui le mènerait à la liberté, se retrouver de nouveau dans la salle de torture où Alastair l'attendait un sourire sur les lèvres.
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Et pourtant Dean aurait pu jurer que ce qu'il ressentait n'était pas une illusion. Ou alors si c'était le cas, il voulait s'y perdre pour l'éternité.
Tout était calme, blancheur et chaleur douce, ici.
Pas de cris, pas de sang ni de douleur. Il avait l'impression de flotter dans un nuage.
L'idée qu'il se trouvait en fait au centre de la grâce de l'ange s'imposa à son esprit. Et Dean su que c'était la réponse informulée de l'être céleste à la question qu'il n'avait même pas eu besoin de lui poser. Tout comme il sentit, au delà de ce cocon protecteur, toute la force et la puissance de cet être qui le protégeait, le portait en son sein et tentait de communiquer avec lui sans le blesser.
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Il se rendit compte que la douleur avait cessé, que les plaies de son âme se refermaient une à une et que chaque cellule de ce corps qu'il ne possédait pourtant plus semblait vibrer d'énergie, se reconstituer et se remettre à sa place. Il se laissa couler un instant dans cette merveilleuse sensation presque dérouté de l'absence de souffrance, sa si fidèle compagne depuis si longtemps.
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Mais lorsqu'il comprit que son âme elle même se mêlait à la grâce de l'ange, Dean paniqua. Il se sentit plus exposé que jamais à l'idée que quelqu'un sache et plus encore voit ce qu'il était devenu, ce qui lui avait été fait en enfer, et bien pire encore, ce que lui y avait fait.
La culpabilité et la honte le submergèrent et son âme se recroquevilla dans un simulacre de position fœtale pour tenter de se soustraire au regard angélique.
Et pourtant il ne ressentait aucune répulsion de la part de son sauveur, aucun jugement.
Bien au contraire, alors que l'ange voyait tout de lui de ses pensées, de ses actions passées et présentes, et alors que toute la noirceur qui l'habitait s'étalait à présent au grand jour, la grâce de l'ange, elle, s'ouvrit plus encore, l'accueillant, le guérissant, l'acceptant avec ses cicatrices, ses déchirures et toute la souffrance qu'il ne parvenait plus à dissimuler.
Plus l'humain tentait de se dissimuler plus l'ange se rapprochait et l'entourait.
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Bientôt l'âme dut s'avouer vaincue, de toute façon elle n'avait plus nulle part où se cacher. Sans oser relever le regard, elle attendit le jugement, la bienheureuse sanction justifiée qui découlerait inévitablement des horreurs que l'ange avait à présent sous les yeux.
Mais rien ne vint.
Finalement la culpabilité s'apaisa, la honte reflua alors que pour la première fois depuis bien plus longtemps qu'il ne pouvait se le rappeler, Dean se sentit apaisé, pleinement, entièrement, accepté sans restriction, pour tout ce qu'il était.
Oh, cela faisait tellement de bien !
Vaincu, il ne se posa plus de question, il ne résista plus non plus, il se laissa couler avec gratitude, tandis que son corps reconstruit se laissait envelopper de chaleur. Ca faisait si longtemps qu'il n'avait pas ressenti un tel bien être et un tel réconfort.
Ne plus souffrir, cesser de lutter, s'abandonner, enfin...
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Après un moment qui lui sembla à la fois durer une seconde et éternellement, l'ange lui parla de nouveau, comme précédemment, sans un mot, tout n'était que ressenti. Il lui fit comprendre que son âme et son corps étaient à présent suffisamment rétablis pour qu'il puisse repartir. Il avait une mission à accomplir. Il était temps.
Mais lorsque cette pensée se formula, Dean sentit que tout son être se révoltait. Non, à présent qu'il avait connu la paix, il ne voulait plus de tout ça, les démons, la souffrance, la mort, la culpabilité. Il était si fatigué. Il avait déjà trop donné.
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L'ange regarda avec indulgence cette âme affolée que sa grâce berçait. Cette âme, si petite et si faible à ses yeux, cette âme qui avait été tellement abimée que même à présent reconstituée, elle restait encore fragile. Et pourtant elle avait été si forte, elle avait résisté bien au delà de ses forces si dérisoires.
Etrangement, il la trouva belle, malgré ses cicatrices et ses déchirures. A causes d'elles peut être.
Et alors que rien ne l'y avait jamais préparé, alors même que cela était impossible à un ange, d'un seul coup, l'être céleste sentit sa grâce vibrer en résonance avec elle. Quelque chose qu'il ne connaissait pas l'envahit tout entier, une urgence, un impératif, plus encore un besoin insurmontable qui submergea tout sur son passage, modifiant sa perception de la Création de son Père.
Il savait que désormais sa seule raison d'être, le but ultime de son existence serait de protéger cette âme unique de toute nouvelle souffrance, de la préserver du mal, de la guider, de l'aimer tout simplement.
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L'ange tiqua. Aimer ?
Un ange n'aimait pas. Il n'avait pas été créé pour cela. L'amour était un sentiment humain.
Alors l'ange réalisa que tout comme lui avait insufflé un peu de sa grâce dans l'âme meurtrie de l'humain afin qu'elle se rétablisse, cette même âme s'était ouverte à lui si totalement qu'elle lui avait fait don d'une part d'elle même, créant entre eux un lien indestructible.
Les pensées de l'humain et celles de l'ange se faisaient écho à présent. L'homme ne voulait pas repartir et l'ange ne voulait pas le laisser s'en aller, et pourtant, les ordres étaient clairs. L'humain devait retourner sur terre. Il devait arrêter l'apocalypse. C'était la Volonté Divine.
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Alors, appelant à lui toute la volonté du soldat qu'il était, l'ange coupa la communication silencieuse qu'il entretenait avec celui qui était à devenu présent son humain.
Il le sentit le chercher, se débattre et rechercher sa présence. L'ange déploya ses ailes pour entourer cette âme une dernière fois de tout le réconfort dont il était capable, puis il se concentra et effaça de son esprit tout souvenir de ce qui s'était passé depuis qu'il l'avait sorti de l'enfer.
L'humain tenta de se révolter, de résister, de s'accrocher à ses souvenirs et à ce lien qu'il ne voulait pas perdre, puis petit à petit son âme s'apaisa et se vida de toute émotion. La grâce de l'ange, elle les emmagasina précieusement comme un trésor à dissimuler même aux yeux de ses frères.
Ils ne pourraient pas comprendre.
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Assis sur un banc, à des milliers de kilomètres de son précieux fardeau qu'il venait de déposer dans cette tombe comme on le lui avait ordonné, Castiel sourit.
Oh, juste un minuscule petit sourire. Un sourire qu'une personne non avertie n'aurait jamais pu deviner.
Un sourire à la fois triste et plein de doutes, mais aussi empli d'un étrange espoir et d'une foi nouvelle et inébranlable envers un simple mortel. Un être humain dont l'âme faible et brisée lui avait fait un bien étrange cadeau.
Car désormais Castiel savait qu'il était un ange anormal, un ange qui réflechissait, un ange qui ressentait.
Une abomination ? Peut être bien.
Et bien si cela était le cas, alors tant pis, cela en valait la peine.
Car en ce 18 septembre 2008, Dean Winchester, l'élu de Dieu, allait renaître.
Et bien que cela soit la plus étrange des impressions pour un être tel que lui plus ancien que l'humanité elle même, Castiel avait l'impression qu'il était en train de renaître avec lui.
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Un don ? Une malédiction ?
A chacun de se faire sa propre opinion.
Mais en tout cas nul ne pourra nier que la rencontre avec cet humain à changé cet ange.
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Bon Anniversaire Castiel...
