Hello, vous savez quel jour on est aujourd'hui ? XD

Comment ça le 24 janvier ? Oui, ok, mais encore ?

Et ben oui, c'est l'anniversaire de Dean, bien sur ! Alors ce sera le thème de mon OS du mois. ;)

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Rating tout public... avec les réserves, habituelles parce que c'est SPN quand même.

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Bonne lecture. :)

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Cadeaux d'anniversaires

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24 Janvier 2018, pour son trente neuvième anniversaire Dean reçut... une balle.

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A la seconde où le projectile lui traversa la poitrine, Dean sut que la blessure était mortelle.

Il ferma les yeux pendant que son corps s'affaissait et sentit les bras forts de Sam le retenir, l'empêchant de s'écraser sur le goudron humide de cette ruelle crasseuse.

Sam...

Focalisé sur la voix de plus en plus lointaine de son cadet, Dean tenta de le rassurer, de lui expliquer que tout irait bien, qu'il ne devait pas avoir peur, mais aucun son ne parvenait à franchir ses lèvres.

La pensée incongrue que ce 24 janvier allait être son dernier anniversaire et cette balle son dernier cadeau lui traversa l'esprit.

Ce n'était pas un si mauvais cadeau après tout.

Dean se sentait si fatigué et depuis si longtemps.

Trop de combats, trop de morts. Celles de toutes les personnes qui avaient compté dans sa vie, celle de Cass, même si il était revenu, la disparition de sa mère piégée dans le monde parallèle... tout ça c'était trop.

Même sa rage l'avait abandonnée. Il n'était plus qu'une coquille vide.

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Et on disait bien que la mort était le repos éternel, non ?

Dean ferma les yeux et se laissa couler...

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- Fais ton choix.

La voix grave, tonitruante raisonna tout autour de lui aussi bien qu'à l'intérieur de sa tête de façon presque douloureuse.

Cela faisait bien dix fois maintenant qu'elle lui répétait cette même phrase.

Dean tenta une nouvelle fois de localiser l'origine du son mais sans succès.

Il n'avait pas la moindre idée du lieu où il pouvait bien se trouver. Pas l'enfer, pas le paradis. Le vide ? En tout cas il n'y avait aucun mur autour de lui. L'espace semblait infini, brouillard laiteux épais qui ne laissait rien filtrer. Seulement cet écho qui se réverbérait sans fin.

Il regarda sa poitrine où la balle avait percé un trou béant. Mais il n'avait plus mal à présent, il n'avait plus froid non plus. A bien y réfléchir, il ne ressentait plus grand chose. Il releva les yeux de sa poitrine ensanglantée lorsque la voix retentit encore une fois, assourdissante et désincarnée

- Il est temps. Fais ton choix !

Dean leva le visage. C'était sûrement stupide alors que le son l'atteignait de toute part, mais il avait l'impression que celui qui s'adressait à lui ainsi devait forcément le faire d'en haut, non ?

- Et comment est-ce que je pourrais choisir ?

- Tout est question de choix. A toi de faire le tien. choisis de Repartir et le temps reprendra son cours là où je l'ai interrompu, ou choisis de ne jamais naître.

- Repartir pour mourir ou ne jamais avoir existé. Vous parlez d'un choix !

- N'est-ce pas ce que tu as souhaité lorsque tu as reçu cette balle ?

- Si je choisis de ne jamais naître que deviendront Sam, et mes parents et tous les gens qu'on a sauvé ? Est ce qu'ils vivront ? Est-ce que leur vie sera meilleure ?

- Tu ne le saura jamais. Et eux n'auront aucun souvenir de toi.

Dean regarda tout autour de lui sans rien parvenir à distinguer dans le brouillard gris et mouvant qui l'entourait.

- Comment pourrais-je choisir sans savoir ce qui sera le mieux? Autant tirer à pile ou face. Ça n'a pas de sens!

Il croisa les bras sur sa poitrine.

- Je refuse de choisir.

- Soit. Alors je vais t'y aider.

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Des images commencèrent à défiler devant ses yeux, projetées sur le brouillard comme sur un écran fantomatique de cinéma.

C'était il y a un an, jour pour jour.

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24 Janvier 2017, pour ses 38 ans Dean reçut... de la visite.

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Enfermé tout comme son frère dans une des cellules d'un pseudo Guantanamo gouvernemental par les services secrets persuadés qu'ils avaient attenté à la vie du président des Etats Unis, Dean cligna des yeux lorsque la lumière crue du néon au dessus de sa tête s'alluma. Depuis des semaines, il passait ses journées dans le noir.

La porte de sa cellule s'ouvrir et un homme, la soixantaine, en costume gris entra. Il s'assit en face de lui sur l'unique chaise de la pièce et lui sourit. Comme chaque jour.

Lorsque ces visites avaient commencé, Dean l'avait d'abord ignoré, puis il avait eu envie de lui faire ravaler son rictus à coups de poings. Plus tard il avait serré les dents et les poings pour éviter de hurler et de tout fracasser dans cette putain de cellule. Sauf que cela n'aurait servi à rien. Tout était fixé au sol. Maintenant il ne ressentait plus rien.

De toute façon, Dean savait déjà ce que l'homme allait lui dire. Les même questions. Jour après jour. Depuis des semaines.

Pourquoi avait-il voulu tuer le président ?

Pour qui travaillait il ?

Qui étaient leurs complices ?

Où était Kelly Klein ?

Et ce jour-là comme tous ceux qui l'avaient précédé, Dean l'avait regardé sans décrocher un mot.

L'homme était reparti et la lumière s'était éteinte.

Le noir, 23heures sur 24. La solitude. Le silence. Il avait l'impression d'être enterré vivant.

Si il ne trouvait pas un moyen de sortir de là il allait craquer. Mais il savait que même si il cédait et qu'il commençait à parler, les réponses qu'ils leur donnerait ne ferait qu'aggraver son cas et celui de Sam.

Qui pourrait croire qu'ils avaient en fait tenté de sauver le président possédé par Lucifer en personne.

Putain de boulot de merde.

Pourquoi est-ce qu'il faisait ça déjà ?

Ah ouais, Familly business. Quelle connerie !

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Dean fit une encoche de plus sur le mur. Il les recompta deux fois, pour être sûr.

Oui, on était bien le 24 Janvier. Joyeux anniversaire !

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Le brouillard s'épaissit et les images cessèrent un instant avant de reprendre en faisant un nouveau bond en arrière.

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Le 24 janvier 2013, pour son trente quatrième anniversaire Dean reçut... une cote de maille.

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Quelques jours auparavant, Sam et lui avaient retrouvé Charlie qu'un rival voulait assassiner dans le jeu de rôle grandeur nature où elle était reine de Moondor.

Ils l'avaient sauvée.

Et devenu chef de son armée, Dean, en cotte de maille avait lancé la bataille finale. Et bon sang il avait adoré ça ! Le souvenir de son discours, de son costume, et de cette journée mémorable lui arracha un demi sourire.

Avant que l'image de Charlie assassinée, baignant dans son sang dans cette baignoire ne s'y superpose.

Charlie qui était morte en voulant aider Sam à le débarrasser de la marque de Caïn.

Charlie qui était morte pour lui, par sa faute.

En une seconde les visages de Bobby, Charlie, Joe, Ellen, Pamela, John, Mary, Jessica et tant d'autres défilèrent devant ses yeux comme un kaléidoscope infernal.

Morts. Tous.

Pour eux. Ou par leur faute.

Directement ou indirectement. Mais le résultat était le même.

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Sam et lui avaient sauvé bon nombre de personnes au cours de toutes ces années de chasse, mais est-ce que ça valait le coup ? Le prix n'était il pas trop élevé ? Avaient-ils fait plus de bien que de mal au final? Rien n'était moins sûr.

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L'image se brouilla. Anniversaire suivant...

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Le 24 janvier 2011, pour son trente deuxième anniversaire Dean reçut... la gratitude d'un frère.

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Six semaines plus tôt Dean avait récupéré son frère. Non pas que Sam soit parti ou même mort, mais celui qu'il avait été pendant toute cette année où il n'avait pas eu d'âme n'avait vraiment rien en commun avec le petit frère qu'il avait toujours connu.

Lorsque Death avait remis l'âme de Sam à sa place, Dean l'avait reçu comme une seconde chance. Une chance de remplir son rôle, de sauver son frère et de veiller sur lui. Même si ce putain de mur dans sa tête pouvait exploser à tout moment. Même si les souvenirs des tortures que Sam avaient endurées dans la cage pouvaient balayer en une seconde ce semblant de normalité pour au mieux le tuer et au pire le rendre fou de douleur.

Mais pour le moment Dean savourait cette chance qui lui avait été offerte. Il n'en demandait pas plus. Même avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête.

A chaque jour suffisait sa peine.

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Pour cet anniversaire-là, Sam et lui n'avaient rien fait de particulier. Ils avaient débouché deux bières, s'étaient couché sur le capot de Baby et avaient fixé le ciel dégagé de cette soirée d'hiver. Le froid était piquant, leur souffle projetait un panache de fumée à chaque respiration. Ils n'avaient pas échangé plus de deux ou trois phrases, mais ils n'en avaient pas eu besoin. Ils étaient juste bien, là, ensemble, comme si le reste du monde et les emmerdes qui accompagnaient en général avaient cessé d'exister.

Un moment Sam s'était redressé, il avait fixé Dean avec ce regard qu'il avait parfois, enfant, quand il réalisait tout ce que son aîné était pour lui.

Sam n'avait pas dit un mot, et Dean avait juste imperceptiblement hoché la tête, soulagé par son silence. Ils s'étaient tous deux rallongés sur le capot de l'impala et s'étaient remis à fixer les étoiles en sirotant leurs bières.

Un chouette anniversaire.

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Le 24 janvier 2009, pour son trentième anniversaire Dean reçut... un ange.

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Techniquement l'ange était entré dans sa vie quelques mois auparavant, le 8 septembre 2008 date à laquelle Castiel avait sorti son âme torturée de l'enfer. Mais c'est comme si Dean n'en avait vraiment pris conscience qu'en ce jour.

Cet être céleste - un ange bordel ! - était venu le sauver. Lui.

Castiel l'avait vu tel que Dean n'aurait jamais accepté de se montrer, l'âme mise à nue, souillée, indigne, vulnérable. Et malgré ça l'ange le regardait encore droit dans les yeux, et même avec cette petite lueur que Dean n'arrivait pas à vraiment définir mais qu'il n'avait jamais que pour lui. Comme à cet instant précis, alors qu'il se tenait devant lui à lui parler de ce que le Paradis attendait de l'Elu.

L'Elu de Dieu, lui? Quelle blague!

Et donc maintenant Dean avait un foutu emplumé qui veillait sur lui.

Qu'il le veuille ou non.

Un foutu ange gardien en trench coat avec une cravate de travers, des putains de yeux bleus qui le regardaient trop fixement et un balais dans le cul plus long que l'empire state building.

Mais aussi un combattant valeureux, un allié sûr et fiable sur lequel il savait pouvoir compter.

Et ça le foutais en rogne autant que ça le rassurait.

Parce que c'était pas son genre d'avoir besoin de quelqu'un dans sa vie. Sauf Sam, bien sûr. Mais Sam, c'était différent.

Et bien sûr que ça pouvait être foutrement utile par moment d'avoir un ange à sa disposition, pour guérir une blessure mortelle ou en renfort dans un combat contre les démons, mais il n'y avait pas que ça.

Il y avait aussi le simple fait de pouvoir compter sur quelqu'un.

Ne plus être celui qui doit prendre la bonne décision et celui qui doit tout assumer, sans jamais fléchir. Une épaule sur laquelle s'appuyer.

Ouais, ça le rassurait autant que ça le foutait en rogne.

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C'était pas si mal finalement d'avoir un ange qui veillait sur soi...

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Le 24 Janvier 2000, pour ses vingt et un ans Dean reçut... un compliment. Plus ou moins.

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Dans le salon de Bobby, trois verres se levèrent simultanément.

- Bon anniversaire fiston !

Le regard de Dean passa sur celui de son père même si ce n'était pas lui qui venait de parler. L'homme était détendu, presque souriant. Les traits durs s'étaient pour une fois adoucis et Dean put entrevoir un instant celui que son père aurait pu être si Azazel ne lui avait pas volé l'amour de sa vie. John lui rendit son regard, son sourire atteignit enfin ses yeux faisant plisser les petites rides à leur coin. Il hocha la tête lentement.

Pendant une seconde Dean crut voir dans ce regard tout ce que son père ne lui dirait jamais. Tout ce qu'il aurait tellement voulu entendre.

Je t'aime.

Je suis fier de toi.

- Bon anniversaire Dean !

L'exclamation de Sam rompit l'instant suspendu et Dean secoua la tête, presque étonné de réaliser qu'il y avait également deux autres personnes dans la pièce.

Dean se tourna vers Bobby, puis vers son frère qui levaient vers lui leurs verres en lui souriant chaleureusement.

- Hé, Dean, tout va bien ?

Dean jeta un très bref regard à son père qui avait repris son habituel visage si sérieux. Il leva sa bouteille de bière pour les remercier et en prit une lampée, malgré la boule qui lui serrait la gorge.

- Bien sûr que ça va Sammy. Pourquoi ça irait pas ? On a fini cette chasse ce matin et t'as même réussi à pas te faire trop amocher pour une fois. Enfin, je veux dire que t'es pas plus moche que d'habitude.

Sam lui envoya un coup de coude dans les côtes et Dean le rabroua d'un coup de poing sans l'épaule. Habituelles chamailleries fraternelles.

La joute verbale se poursuivit un instant sous le regard amusé de leurs aînés.

Dean se sentait bien, assis dans le salon de la maison de Bobby avec son père pour une fois présent pour son anniversaire, Bobby son presque père, dont le regard bourru et bienveillant ne le quittait pas et son géant d'adolescent de frangin.

Qu'aurait-il pu souhaiter de plus ?

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Le 24 janvier 1996, pour son dix-septième anniversaire Dean reçut... une gifle.

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La main posée sur sa joue cuisante, Dean regardait Josie Peterson tourner les talons et s'éloigner d'une démarche furieuse.

Bon ok, peut être que son " Non mais c'est pas ce que tu crois." n'était pas tout à fait crédible alors qu'elle venait de le surprendre la langue dans la bouche de Linda Atkins.

Oh et puis merde, qu'est ce qu'elle croyait de toute façon ? Qu'ils allaient se marier et avoir de jolis enfants parce qu'ils avaient pris un peu de bon temps ensemble dans la remise du lycée trois jours auparavant ?

Dean ne lui avait pas juré fidélité éternelle non plus. Fallait pas déconner !

Il se retourna et tomba cette fois sur le regard tout aussi furieux de Linda. Les poings sur les hanches, elle ouvrait et fermait la bouche compulsivement comme si les mots refusaient d'en sortir.

- Dean Winchester, tu es... tu es...

Puis elle poussa un grognement aussi frustré que furieux et s'éloigna à son tour à grandes enjambées.

Dean regarda autour de lui. Dans le couloir du lycée, les autres élèves le dévisageaient d'un air moqueur pour les garçons et désapprobateur pour les filles.

Il se renfrogna.

Il n'en avait rien à faire de ce qu'ils pensaient tous de lui. De toute façon qu'est ce qu'ils pouvaient bien comprendre eux ? Ils ne savaient rien.

L'envie de leur hurler la vérité le saisit à la gorge. De leur raconter les monstres qui les guettaient dans le noir sans même qu'ils ne le sachent, la chasse, les déménagements permanents, le sang.

Mais de toute façon ils ne l'auraient pas cru. Ils l'auraient pris pour un fou ou pire pour un menteur.

Dean releva le visage et les fixa tous, un par un, une lueur de défi et de menace dans les yeux.

Qu'ils viennent lui dire en face ce qu'ils pensaient de lui, si ils l'osaient !

Les rires moqueurs se turent. Les regards se détournèrent puis les conversations chuchotées reprirent.

Dean se pencha pour saisir la lanière de son sac.

Rien à foutre. De toute façon je me tire de ce lycée dans quelques jours.

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Il parcouru les couloirs jusqu'à la salle où devait se dérouler son prochain cours. Lorsqu'il s'assit à sa place, il sentit un regard insistant sur sa nuque.

Dean dégaina son sourire le plus charmeur lorsqu'il se retourna et vit les yeux doux que la petite blonde derrière lui lui faisait.

Il écrivit quelques mots sur un papier et le glissa en arrière.

Lorsqu'il se retourna furtivement de nouveau, Brenda hocha la tête, son sourire à moitié dissimulé sous ses mains.

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Dean avait 17 ans aujourd'hui et peut être que demain il serait mort. Ou le mois prochain. Ou l'année prochaine. En tout cas il n'avait aucune garantie d'en avoir 18 un jour. C'était ça la réalité de la vie d'un chasseur.

Alors il était bien décidé à profiter à fond de tous les plaisirs que la vie lui offrirait.

Et que ceux qui se permettaient de le juger aillent tous se faire foutre !

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Le 24 janvier 1992 pour son treizième anniversaire, Dean reçut un... ordre.

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- TIRE !

Dean tenait à bout de bras son arme dans ses mains tremblantes. La goule qui s'avançait vers lui n'était plus qu'à deux mètres. C'était maintenant ou jamais.

- Dean ! Maintenant !

L'ordre sec qui claqua le sortit de sa paralysie et Dean appuya sur la détente visant la tête du monstre comme son père le lui avait appris.

Lorsque le corps s'effondra, Dean ne put détacher les yeux du trou rond au milieu de son front et dont sortait un peu de sang. La femme avait toujours les yeux ouverts, son expression était à présent plus surprise que menaçante. Comme si elle n'avait pas cru que l'enfant y arriverait.

Mais Dean n'était plus un enfant justement.

Il avait 13 ans.

Et c'était bien pour ça que son père avait accepté de l'emmener pour la première fois avec lui sur une chasse.

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Lorsqu'ils étaient arrivés sur les lieux, Dean était resté en arrière et John avait abattu l'homme, enfin la goule, qui s'était précipité en premier sur eux.

Mais ils savaient qu'ils avaient affaire à un couple. La femelle n'allait pas tarder à rentrer. John avait alors regardé son fils qui fixait le cadavre allongé au sol.

- C'est toi qui va te charger du deuxième.

John ne manqua pas la micro hésitation qui était passée dans le regard de son fils.

- Sauf si tu ne t'en sens pas capable.

Dean avait relevé vers son père un regard blessé et l'homme avait souri.

- Excellent. Alors à toi de jouer. Entre les deux yeux, n'oublie pas.

Sans rien ajouter John quitta la pièce, laissant l'adolescent interdit.

Dean fixa encore une seconde le corps sans vie qui gisait au milieu du salon. Lorsqu'il entendit la porte d'entrée se déverrouiller, il se précipita derrière le canapé pour s'y dissimuler.

La femme entra et se précipita vers son mari en hurlant lorsqu'elle le vit au sol.

Comme un ressort, Dean sortit de sa cachette, l'arme pointée à bout de bras. Il allait tirer quand la femme releva vers lui un regard ravagé de chagrin et l'expression de son visage le figea sur place. Elle avait l'air si... humain.

- Tire !

Dean entendait vaguement la voix de son père qui le surveillait depuis l'autre pièce, mais les yeux toujours verrouillés à ceux de la femme, il était pétrifié.

D'un seul coup l'expression de la goule changea. Ses traits se durcirent, sa bouche se crispa en une moue haineuse.

- Tu l'as tué !

Elle se précipita vers Dean, les mains en avant pour le saisir à la gorge.

- Dean! Maintenant ! TIRE !

Dean tira. Un seul coup. Juste au milieu du front.

La femme écarquilla les yeux. Puis son visage se figea et son corps tomba au sol, presque au ralentit.

Comme dans les dessins animés, se dit Dean.

Il resta immobile, bras tendu, sentit son père qui s'était rapproché de lui et lui prenait son arme des mains puis alla examiner le cadavre.

Le visage de la femme le fixait de ses yeux morts. Accusation muette.

C'est toi qui m'a tuée.

Dean sentit son estomac se révulser, et la nausée s'accentua encore lorsque son père le saisit par les épaules et se mit à le secouer violemment.

- Plus jamais tu ne dois hésiter. Tu m'entends?

Dean leva les yeux vers ceux remplis de colère de John. L'homme l'entraîna vers le cadavre et se força à se baisser.

- Ce sont des monstres, Dean, pas des humains. Des monstres! Il faut les tuer. C'est ça notre boulot.

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Le père garda un moment le silence, conscient malgré la colère que sa peur avait générée, des émotions violentes qui agitaient son fils qui venait de tuer pour la toute première fois.

Il relâcha son emprise sur les épaules de l'enfant et y posa simplement sa main.

- Si tu hésites, tu es mort. Reprit-il d'une voix un peu plus douce. Tu comprends, fils ?

Dean ravala la bile corrosive qui lui était montée dans la gorge. Il se releva sans un mot et tournant son regard vers son père, il hocha la tête.

Oui, il avait parfaitement compris la, leçon.

Il n'était plus un enfant.

Aujourd'hui, il avait treize ans.

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Le 24 janvier 1989 pour ses dix ans, Dean reçut... un cendrier.

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Le paquet fait de papier journal n'était pas très joli. Mais il l'était finalement plus que l'étrange objet multicolore qu'il contenait.

Dean venait tout juste de le déballer devant le regard ravi et fier de son petit frère de six ans qui jubilait littéralement sur place.

- Alors tu aimes ?

- Bien sûr, merci, Sammy, c'est très... euh... C'est quoi en fait ?

L'enfant lui jeta un regard offensé.

- Ben ça se voit non ? C'est un cendrier.

- Mais oui, évidemment, je voulais juste savoir si toi tu savais, idiot. C'est vraiment un super cendrier, s'exclama Dean avec trop d'enthousiasme en tournant dans tous les sens l'objet biscornu en argile dans le fond duquel son nom avait été écrit.

Sam sourit de toutes ses dents de lait exhibant le trou que sa première incisive tombée deux jours plus tôt avait laissé.

Pour une fois Dean en oublia de se moquer de son édenté de frangin. La joie de l'enfant le touchait plus qu'il ne voulait le laisser paraître. Tout comme son cadeau. Le seul qu'il recevrait en ce jour puisque son père était parti la veille et ne reviendrait au mieux qu'après demain.

- Et puis c'est pas tout. Regarde.

Sam sortit de sa poche un muffin au pépites de chocolat à moitié écrasé, plié dans une petite serviette en papier.

- J'ai gardé mon dessert de la cantine pour toi. Ça sera ton gâteau d'anniversaire !

La gorge serrée, Dean respira à fond quand il prit la pâtisserie des mains de son petit frère. Ses yeux le piquaient dangereusement. Il ne manquerait plus qu'il se mette à chialer. Et devant Sam en plus.

Il se leva pour prendre dans le placard de la kitchenette de leur chambre de motel une assiette à dessert et y déposa le gâteau.

Doucement, pour laisser le temps à ses émotions de se calmer, il ouvrit un tiroir, en sortit une boite d'allumette. Lorsqu'il se retourna vers Sam ses yeux étaient brillants, mais son visage souriant ne laissait plus rien paraître des émotions violentes qui l'assaillaient. Il craqua une allumette avant de la planter dans le muffin.

- Voilà, comme ça c'est un vrai gâteau d'anniversaire !

Sam acquiesça en souriant largement.

- Tu souffles pas ? Demanda l'enfant alors que l'allumette était déjà presque consumée.

Dean regarda son petit frère. Il lui rendit son sourire, puis prit une grande inspiration et souffla finalement sur l'allumette presque éteinte.

Sam se mit à battre des mains en criant " Bon anniversaire Dean !"

L'aîné détourna un instant le visage pour essuyer discrètement une larme uniquement due à la fumée de cette fichue allumette qui lui était venue pile dans l'œil.

Il se racla la gorge et retira le petit bout de bois calciné avant de partager le gâteau en deux et d'en tendre une moitié à son frère.

- Merci Sammy. J'adore ton cendrier !

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24 Janvier 1987, pour son huitième anniversaire, Dean reçut... un flingue.

- Ce n'est pas un jouet. Il est chargé, fait attention.

Dean, les yeux ronds, regardait l'arme lourde entre ses mains d'enfant. C'était un petit pistolet. Un 22 mm assez léger et pourtant il lui semblait peser une tonne.

Probablement le poids de ce que cela signifiait plutôt que réellement celui de l'arme.

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Dean avait souvent regardé son père nettoyer ses propres armes ou s'entraîner au tir. Il l'avait tout aussi souvent supplié de le laisser essayer et il se souvenait encore de sa joie lorsque son père lui avait enfin permis de le faire.

Le regard remplit de fierté que son père avait posé sur lui lorsqu'il avait réussi son premier tir et descendu cette canette de bière, ça, c'était quelque chose qu'il n'oublierait jamais.

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Mais aujourd'hui, Dean avait son arme à lui. Et ça voulait dire que son père l'estimait suffisamment responsable pour en posséder une, sans être sous la surveillance de Bobby ou la sienne. Une arme qui lui permettrait de se protéger et de protéger Sammy si quelque chose ou quelqu'un les attaquaient quand son père s'absentait.

Parce que quand papa partait, c'était lui qui devait protéger Sam. C'était son boulot.

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La voix de son père lui fit relever les yeux et le cœur de Dean gonfla tellement dans sa poitrine qu'il avait l'impression qu'il allait bientôt en sortir.

- Tu as huit ans, Dean, tu es presque un homme. Et un homme doit pouvoir se défendre. Viens, on va l'essayer.

Huit ans.

Pas de gâteau pour cet anniversaire-là. Pas de bougies à souffler. Pas de paquet à déballer. Un pistolet.

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Dean sentit sur lui le regard envieux de son petit frère. Il détourna son regard de l'arme toujours dans ses mains pour le poser sur l'enfant qui le fixait sans rien dire, les yeux écarquillés comme si il comprenait l'importance du moment.

Le petit tenta d'avancer la main, mais Dean recula le pistolet.

- Non Sammy. Tu dois pas y toucher. C'est dangereux. D'accord ?

Dean retourna le pistolet, vérifia que le cran de sécurité était bien enclenché comme son père le lui avait si souvent montré sur ses propres armes et se leva de sa chaise pour passer l'arme derrière son dos dans sa ceinture.

Comme papa.

Son père n'avait pas besoin de lui dire de faire attention, ni de veiller à ce que son petit frère ne se blesse pas avec, ni de ne pas la perdre.

Dean avait huit ans, il savait tout ça.

Le contact de l'arme dans son dos avait quelque chose d'étrange, rappel constant de la présence de la mort, des monstres et du mal qui rodait dehors, mais il avait surtout quelque chose de rassurant.

Sam avait pleuré ce jour-là, parce que lui aussi voulait aller avec Dean et son papa derrière la casse de Bobby pour s'entraîner à tirer sur des cibles.

Il voulait faire comme Dean, parce que non il était pas trop petit!

Dean lui, avait regardé son père, attentif à tout ce qu'il lui disait, buvant littéralement ses paroles. Il s'était concentré et appliqué comme jamais et avait atteint la majorité de ses cibles.

John avait juste hoché la tête, sans un commentaire. Mais lorsqu'ils étaient revenus à la maison de Bobby, la main de son père posée sur son épaule, sa décision était prise, Dean serait chasseur lui aussi.

Et si son père ne l'avait pas fait avant, un jour il tuerait le démon qui lui avait pris sa maman. Il tuerait tous les démons et les monstres de la terre. Ce serait sa raison de vivre. Sa mission.

Ca, et protéger Sammy. Toujours.

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Le 24 janvier 1984. Pour son cinquième anniversaire Dean reçut... des responsabilités.

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- Dean arrête de pleurer !

La voix dure de son père lui fit immédiatement relever le visage. Il essuya ses joues mouillées et la morve qui coulait de son nez d'un revers de sa manche.

Debout dans l'entrée de la maison de Bobby, John déposa au sol le couffin dans lequel Sam dormait comme un bienheureux, puis il s'accroupit devant son fils aîné et le prit dans ses bras.

- Excuse-moi, Dean, j'aurais pas dû crier.

Les bras passés autour du cou de son père dans une tentative dérisoire pour le retenir, Dean contint un sanglot qui montait dans sa gorge alors que son père le pressait contre lui. Mais c'était si difficile. Il ne voulait pas que son papa s'en aille.

Mais papa avait expliqué qu'il devait partir, parce qu'il avait une piste pour retrouver le démon qui avait brûlé leur maison et fait du mal à maman. Et que c'était important. Et que Dean était grand maintenant et qu'il devait le comprendre.

Alors Dean tenta de retenir ses larmes lorsque son père se releva et posa une main sur sa tête.

- John, ça peut pas attendre demain ?

L'homme serra les dents devant le ton clairement désapprobateur de son ami. Il lâcha son fils et se releva pour faire face à Bobby.

- Tu sais très bien que non. Mon contact m'a dit qu'un démon aux yeux jaunes avait été repéré près de Denver. La piste date déjà de deux jours. Elle est en train de refroidir. Il faut que j'y aille maintenant.

- Mais c'est l'anniversaire de ton gosse, merde !

John fronça les sourcils, une expression surprise sur le visage. Bon sang, il avait complètement oublié.

Il hésita un instant alors que le petit visage se relevait vers lui, lui rappelant immédiatement, cette horrible nuit, quelques mois plus tôt. Celle qui lui avait pris sa Mary. L'incendie. Les cris, les flammes.

La colère le submergea, balayant en un instant tous les autres sentiments, y compris la tendresse et la culpabilité que les iris verts suppliants avaient fait naître.

John s'accroupit de nouveau devant son fils.

- Dean, tu as cinq ans maintenant. Tu n'es plus un bébé.

Il désigna le couffin sur sa droite.

- C'est Sam le bébé. Toi tu es grand.

Lorsque Dean se tourna vers le nourrisson endormi, John posa ses doigts sous le menton de son fils pour rediriger son regard vers lui.

- Ecoute moi bien Dean. Je te confie Sammy. Tu dois prendre soin de lui quand je ne suis pas là, tu m'entends. C'est très important. Tu dois le protéger, toujours. Je te le confie.

De suppliant le regard de l'enfant devint d'abord surpris puis résolu. Ses larmes avaient cessé de couler. Il hocha la tête sans un mot.

John se releva et se dirigea vers la porte.

- Je repasse les prendre dans quelques jours.

Puis il quitta la maison sans se retourner.

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24 janvier 1982: Pour son troisième anniversaire Dean reçut... un vélo.

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Dean n'aurait pas pu être plus heureux qu'aujourd'hui, ça il en était sûr !

Il se demandait même si il n'allait pas exploser, tellement il était heureux.

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Assis à la table de la salle à manger, après avoir soufflé les bougies de son gâteau d'anniversaire, lorsque son papa en souriant était parti en lui disant qu'il allait chercher un petit quelque chose, Dean avait regardé sa maman assise juste à côté de lui et qui le couvait du regard.

Dean aimait quand sa maman lui souriait. C'était la plus belle maman du monde. Toujours. Mais encore plus quand elle lui souriait.

Quand son papa revint les bras chargés, Dean ouvrit deux grands yeux stupéfaits et soudain brillants d'étoiles.

Il sauta de sa chaise sans même demander la permission de quitter la table et s'approcha en courant de son père qui posait le cadeau sur le sol.

- C'est pour toi mon fils. En lui passant la main dans les cheveux, les ébouriffant davantage.

La forme de l'objet dissimulé sous son papier d'emballage était parfaitement reconnaissable et Dean poussa un cri de joie tandis qu'il déchirait le papier coloré sans ménagement.

- Un vélo !

Le cri enthousiaste de l'enfant fit sourire les adultes.

John se rapprocha de Mary toujours assise et l'enlaça par derrière, se penchant pour lui murmurer une parole à l'oreille. Elle se retourna en souriant et l'embrassa brièvement puis retourna à la contemplation de son fils qui finissait de déballer son présent.

- Il te plait ? Demanda John une fois que Dean eut terminé.

Dean ne répondit rien un instant, puis il se releva et courut vers ses parents, se jetant littéralement contre les jambes de son père.

- C'est le plus beau de tous les vélos de la Terre entière. Et même encore plus ! Merci !

Puis il retourna vers la petite bicyclette bleue avec des éclairs jaunes peints sur les côtés. Il grimpa sur la selle, en relevant vers ses parents un regard plein de fierté et de gratitude. Le vélo tangua légèrement sous l'assaut enthousiaste de l'enfant mais les petites roues l'empêchèrent de chuter.

Vaillamment Dean posa ses deux pieds sur les pédales, mais il poussa simultanément sur ses deux jambes, et fronça les sourcils sans comprendre pourquoi il n'arrivait pas à avancer. Ça avait pourtant l'air si facile quand il regardait les grands faire du vélo dans le parc. Il ré essaya, poussant cette fois sur son pied droit ce qui fit remonter son pied gauche. La manœuvre instantanément comprise, il réitéra l'opération et le vélo avança finalement.

- Regarde, papa ! Ca y est. Je sais faire du vélo !

Le fragile équipage s'approchait dangereusement du living et John se précipita pour éviter la collision.

- On ne fait pas de vélo à la maison, Dean. Tu vas casser quelque chose. Tout à l'heure tu t'habillera chaudement et nous irons faire un tour.

Dean jeta un regard implorant vers sa mère. Il n'avait aucune envie de descendre de son magnifique vélo. Il voulait rester dessus tout le temps, et puis manger dessus, et puis dormir avec et puis...

- Dean...

Mais son père avait parlé alors Dean obéit. Parce qu'il fallait toujours obéir à son papa.

Il descendit doucement, à regret, de son vélo sans le quitter des yeux.

- Je crois qu'on peut dire qu'il lui plait.

Lorsque Dean se retourna vers sa mère qui venait de parler, il se précipita sur ses genoux et enfoui son petit visage dans la masse des cheveux blonds qui sentaient si bon. Les bras de sa maman l'entourèrent et elle déposa un baiser sur sa tête.

Le cœur du petit garçon se gonfla de bonheur.

- Bon anniversaire mon amour.

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24 janvier 1979: Dean Winchester reçut... la vie

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Le monde aquatique et feutré autour de lui se resserra brusquement sur son corps et se mit à le comprimer de toute part. La pression du liquide qui l'entourait d'habitude si agréablement s'accentua sur son crâne jusqu'à la limite du supportable.

Surprise. Douleur. Peur.

Il tenta de trouver une position plus confortable, mais l'espace était si restreint qu'il lui était impossible de faite le moindre mouvement. Il ne pouvait que subir et espérer que cela s'arrête.

Et aussi brutalement qu'il s'était resserré, l'étau se relâcha.

Soulagement.

Il retrouvait le calme et la douceur de son environnement aquatique familier.

Mais cela allait recommencer, il le savait. Cela faisait une éternité à présent que ça durait et il était épuisé.

Les bruits d'ordinaire si feutrés, familiers, paisibles, l'agressaient à présent et l'empêchaient de sombrer dans un sommeil bienheureux.

Aujourd'hui pas de caresse dans les voix familières, elles étaient plus rapides, nerveuses.

Instinctivement il comprit qu'elles avaient peur.

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Et en écho, le battement régulier qui l'entourait s'accéléra.

Ce bruit ne le quittait jamais.

Du plus loin qu'il pouvait se souvenir, ce battement parfois lent, parfois plus rapide avait accompagné sa vie naissante comme une constante rassurante et indéfectible.

Mais aujourd'hui son rythme était différent, irrégulier, parfois frénétique et ça aussi l'angoissait.

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Une voix se fit entendre de nouveau. C'était la voix de "maman".

Ce mot n'avait pour lui aucune signification propre, mais ce son si souvent entendu et qui raisonnait de partout à la fois l'enveloppait à chaque fois de douceur et de paix. La voix répétait si souvent ce mot, "maman", qu'il avait fini par comprendre qu'il avait une signification particulière, douce, rassurante.

Maman était son univers, son monde. Elle le contenait. Il était elle et elle était lui. Ils ne faisaient qu'un.

Il se laissa glisser dans cette douce sensation.

Il tenta de remuer ses bras et ses jambes endoloris, mais l'espace trop restreint ne le lui permettait plus. Ce n'était pas grave. Il était de nouveau bien. Il n'avait plus peur.

Il sentit quelque chose frôler ses lèvres et instinctivement les entrouvrit. Un peu de liquide amniotique pénétra sa bouche. Saveur douce, légèrement sucrée. Ses lèvres remuèrent, tétant par réflexe le pouce qui venait d'y pénétrer. Il referma ses paupières entrouvertes. Le sommeil le gagnait. Il était si fatigué.

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Mais la plénitude qu'il ressentit ne fut que de courte durée.

De nouveau les parois de son univers se durcirent et se rapprochèrent cherchant à l'écraser pour la centième fois au moins.

Il ne comprenait rien de ce qui arrivait.

La peur le saisit de nouveau, vive, acérée, lorsque la bulle qui l'entourait se perça brusquement, laissant s'échapper le liquide chaud et protecteur qui l'enveloppait. Ses petites mains tentèrent de repousser les murs de ce qui était devenu une prison oppressante, mais en vain. Tout était si dur, brutalement si hostile.

Les voix au lointain était fortes à présent, impératives, inconnues.

- Poussez madame !

Il tenta d'ouvrir les yeux, mais même cela lui était à présent impossible.

Petit à petit il sentit que la pression le poussait, le dirigeait.

Son univers l'expulsait inexorablement.

Et cela durait depuis si longtemps maintenant. Une éternité. Il se demanda un instant si cela allait continuer pour toujours, l'écraser, le faire disparaître. Il tenta d'ouvrir la bouche dans un hurlement muet.

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- Encore un effort madame, votre bébé est presque là. Une dernière poussée.

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D'un seul coup il se sentit glisser. La pression immense se relâcha, remplacée par un froid intense qui le figea littéralement.

La seconde suivante il ressentit un frottement sur son visage et sur son corps et malgré la douceur du geste, le contact rugueux du tissus, le froid et la panique eurent raison de lui. Il ouvrit la bouche et, dans un réflexe ancestral de survie, il inspira. Mais au lieu du liquide chaud et doux auquel il s'attendait, un air froid envahit ses poumons qui se dépliaient pour la toute première fois.

La sensation le paniqua complètement.

Il se contracta de tout son être pour expulser sa terreur et le son grinçant qu'il produisit l'effraya davantage encore.

- Et bien et bien, nous avons là un garçon bien vigoureux !

Il était ballotté en tous sens, bien loin du confort des doux mouvements qui l'avaient bercés jusque-là. Puis il se sentit enveloppé de douceur, contenu. Enfin, le froid et la peur cédèrent devant une fatigue incommensurable.

Lorsqu'enfin l'univers cessa de l'agiter, il ouvrit les yeux mais les referma bien vite. Trop de lumière, trop de bruit, trop de tout.

On le posa sur une surface douce et chaude qui se soulevait lentement et le berçait. Enfin il retrouva le bruit du battement familier contre son oreille, mais plus lointain, non plus autour de lui, mais juste en dessous de lui, contre lui.

Son petit nez frémit lorsqu'il perçut une odeur douce étrangement familière. Et même si il la sentait pour la toute première fois, il identifia immédiatement.

"maman"

Instinctivement, Dean déplia ses doigts, tendit les bras et tenta d'ouvrir les yeux. Tout son être voulait se diriger vers cette odeur rassurante. Son seul repère dans cet univers effrayant.

Enfin, son regard se fixa dans celui de sa mère.

Instant suspendu.

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- Alors, comment allons-nous appeler ce jeune homme?

- Dean, il s'appelle Dean. Bienvenu mon amour. Je t'aime.

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wwwwwwwwwwwwx

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L'écran blanc disparu, comme réabsorbé par le brouillard, et Dean mit un moment à réagir.

Une seconde auparavant il était un nouveau né dans les bras de sa mère et celle d'après il était ...

Quoi, d'ailleurs ? Qu'est ce qu'il était ?

Mort ? En train de mourir ?

L'absurdité et la violence de ce décalage le frappa comme une gifle en plein visage.

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- Ca y est, c'est fini ? BORDEL A QUOI CA RIME TOUT CA ?!

De rage autant que de peur, Dean avait hurlé de toutes ses forces dans le vide grisâtre qui l'entourait.

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La voix était restée silencieuse depuis ce qui lui semblait une éternité. Peut-être même était-elle partie.

C'était en tout cas l'impression qu'il avait eu, une solitude infinie et éternelle.

Et d'abord soulagé par le silence, il s'était ensuite rapidement senti piégé dans cette masse informe, poursuivi par ses souvenirs. Une boule d'angoisse avait serré sa gorge et la sensation d'impuissance qu'il avait ressentie avait déclenché sa colère. Et il l'avait saisi, cette colère, alimentée, empoignée comme une bouée de sauvetage, un moyen de ne pas devenir fou.

- Tu m'entends ? Qui tu es et pourquoi tu fais ça ?!

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- Es-tu prêt à choisir à présent ?

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Dean se retourna vivement, les poings serrés prêt à combattre. Mais contrairement à ce qu'il avait cru à l'instant, il n'y avait personne derrière lui. Pourtant il aurait juré... Il avait vraiment sentit un souffle sur sa nuque.

- Qui es-tu ? MONTRE TOI !

- Choisis !

- Non !

- Choisis !

- Va te faire foutre ! Je refuse de choisir !

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Les images de tous les anniversaires qu'ils venaient de revivre défilèrent de nouveau à toute allure, mais cette fois non plus devant ses yeux mais à l'intérieur de sa tête.

La voix raisonna de nouveau impérative, tonitruante.

- CHOISIS !

Dean se prit la tête entre les mains avec l'impression qu'elle allait éclater et que sa cervelle allait se liquéfier et se rependre entre ses doigts crispés. Les images défilaient de plus en plus vite, en boucle, il n'arrivait presque plus à les distinguer les unes des autres, dans la cacophonie des sons de plus en plus forts.

Il hurla, certain qu'il n'allait pas pouvoir tenir une minute de plus.

Puis d'un seul coup l'image se figea sur les yeux de sa mère. Le silence se fit brutalement, seulement perturbé par le bip du monitoring de la salle d'accouchement.

« Dean, il s'appelle Dean. Bienvenu mon amour. Je t'aime. »

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Dean laissa retomber ses bras le long de son corps. La douleur qui lui vrillait le crane avait disparu. Il se sentait vidé.

- CHOISIS !

La voix le fit sursauter et il serra les poings.

- Mais bordel, c'est pas un choix, ça, c'est juste un putain de suicide ! Il y a forcément une autre solution. JE VEUX VIVRE ! Cria-t-il avant de pouvoir s'en empêcher.

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Le temps se figea. Une seconde. Une éternité.

Puis le brouillard se dissipa d'un seul coup et Castiel apparut debout juste devant lui.

L'être céleste le dévisagea, le bleu de ses yeux devenu presque gris acier et semblant lancer des éclairs. Sans un mot l'ange leva la main et posa deux doigts sur le front du chasseur.

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Dean se retrouva allongé sur le sol, dans les bras de Sam, dans cette ruelle où il avait pris une balle une seconde ou un siècle auparavant.

Le visage de Sam se crispa de soulagement.

- Dean ! J'ai vraiment cru...

La voix de son frère se brisa. Dean tenta de se redresser mais la douleur dans sa poitrine lui coupa le souffle.

Il ouvrit sa chemise et au lieu du trou béant que la balle avait percé il ne restait qu'un hématome énorme et en son centre une cicatrice en forme d'étoile.

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La voix raisonna une nouvelle fois dans sa tête. Et bien que les lèvres de l'ange restèrent closes, lorsque Dean releva son regard dans celui céruléen de Castiel, il sut sans le moindre doute que c'était bien lui qui était en train de lui parler.

Que cela avait toujours été lui.

Tout ce temps.

« Juste pour que tu n'oublies pas que tu as CHOISI DE VIVRE. »

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En ce 24 janvier 2018, pour son trente-neuvième anniversaire, Dean Winchester reçut plus que la vie.

Il reçut l'envie de vivre.

Une nouvelle fois.