Bonjour à tous. XD

14 Fevrier. La Saint Valentin, bien sûr.

Voila ma petite version Destiel de cette fête. J'espère que ça vous plaira.

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Pas d'avertissement particulier. J'aurais pu faire très largement pire ! ;)

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- J'te préviens, si tu te fous de ma gueule, j'te démolis !

La voix hésitante et le regard méfiant de Dean firent froncer les sourcils de Sam.

OK, apparemment son frangin ne plaisantait pas.

Il referma son ordinateur portable, s'adossa à sa chaise et fixa Dean assis à côté de lui à la table rétro-éclairée du salon du bunker.

- Jure le ! Jure que tu te foutras pas d'ma gueule pendant les cinquante prochaines années.

- Dean ...

Ca ne ressemblait pas à son frère de tourner autour du pot comme ça. Sam aurait bien essayé de lui faire cracher le morceau, mais il le connaissait. Faire parler Dean quand il n'y était pas prêt revenait à vouloir faire avancer une mule récalcitrante. Et pourtant c'était bien lui qui avait engagé cette conversation. Enfin si on pouvait appeler ça une conversation. Dialogue de sourds, oui.

- Jure sur ce que tu as de plus sacré ! Insista Dean on ne peut plus sérieusement.

Sam leva les yeux au ciel.

- Ok, je te le jure! Sur ta tête, tiens! Tu es ce que j'ai de plus précieux au monde, tout le monde le sait, déclara Sam d'un ton trop solennel qui fit grogner son aîné

- Très drôle.

- Bon Dean tu accouches ou pas ? J'ai d'autres trucs à faire moi.

Dean fixa le bout de ses chaussures et se mit à grommeler à toute allure dans sa barbe une suite de sons incompréhensibles

- Jevdrorganprcassnsoirédesvaltin.

Sam fronça encore plus les sourcils, se pencha vers son frère en replaçant derrière son oreille une mèche de cheveux qui avait glissé en avant.

- Quoi ? Qu'est ce que tu as dit ?

Dean lui jeta un regard noir.

- Tu le fais exprès ou quoi ?! J'ai dit que je voudrais organiser pour Cass une soirée de Saint Valentin. Et me le fais pas répéter cette fois ! Et comme c'est... euh... pas trop mon truc, ce genre de choses, alors si tu as des suggestions, je suis preneur.

Le regard éberlué de son frère lui fit immédiatement regretter ses paroles et Dean se renfrogna davantage.

Bordel, mais qu'est ce qui lui avait pris de dire un truc pareil à Sam ? Déjà c'était son frangin, et même si il savait depuis quelques temps maintenant que la relation entre Dean et l'ange était en train d'évoluer vers quelque chose d'autre que de la simple amitié, ils n'avaient encore jamais eu LA conversation que Dean fuyait comme la peste.

Sam savait. Dean savait qu'il savait. Pas besoin de mettre plus de mots là dessus. Surtout quand on s'appelait Dean Winchester.

- Oublie ce que je viens de dire.

Dean se leva précipitamment de sa chaise, prêt à quitter le salon des hommes de lettres avec la ferme intention de s'enfermer dans sa chambre pour l'éternité, ou du moins suffisamment longtemps pour que son frangin devienne sénile et ait oublié ce qu'il venait de lui demander.

- Dean, attends.

Sam vit son frère interrompre sa fuite, rentrer la tête dans les épaules comme si le plafond menaçait de lui tomber dessus.

- Reviens t'asseoir, dit Sam sur le ton que l'on emploierait pour amadouer un animal sauvage.

Lentement, l'aîné Winchester se retourna, jaugeant son frère, sur la défensive.

Sam le vit hésiter, puis finalement faire demi tour pour s'approcher et enfin s'asseoir sur la chaise qui était restée tirée à son départ précipité.

- C'est juste que tu m'en a jamais parlé jusqu'ici. Alors j'ai été surpris.

Alors que Dean se perdait de nouveau dans la contemplation de ses rangers, Sam pouvait entendre aussi clairement que si il était dans sa tête, les rouages qui tournaient et grinçaient dans le cerveau de son frère.

- C'est si difficile que ça ? ... De me le dire ?

- Tu sais déjà, alors pourquoi tu veux que je te le dise ? Grommela Dean d'une voix serrée.

- Ben je sais pas, moi. Peut être parce que je suis ton frère. Et que ce sont des choses qui se disent entre frangins.

Pour la première fois depuis qu'il s'était de nouveau assis à la table, Dean leva son regard dans celui de son frère. Il ouvrit la bouche, puis la referma, répéta le processus sans plus de succès et se racla finalement la gorge.

- Putain, j'ai besoin d'un verre..

Dean allait de nouveau se lever lorsque Sam fit glisser vers lui la bouteille de bière qu'il avait à peine entamée, stoppant ainsi sa nouvelle tentative de fuite.

Et merde !

- Tiens, elle est encore fraîche.

Plus pour se donner une contenance qu'autre chose, Dean saisit la bouteille par le goulot, la fit rouler entre ses doigts pendant quelques secondes sans rien dire. Le soupire qu'il poussa était de ceux qui précèdent une chute dans le vide.

- Tu sais... pour moi et Cass.

C'était moins une question qu'une simple constatation et Sam ne répondit que par un hochement de tête. Surtout ne rien dire qui pourrait interrompre la confidence à peine initiée.

- Depuis quelques temps... Cass et moi, on s'est ... rapprochés. Enfin, je veux dire... on passe plus de temps ensemble. Même en dehors du boulot. Tu vois, ce genre de trucs...

Dean ouvrit ses doigts crispés sur la bouteille et la reposa sur la table de peur de la briser, puis les passa dans ses cheveux, les ébouriffant plus qu'autre chose.

- Oh bordel, je vais pas y arriver !

Sam se permit un très léger sourire, juste parce que Dean ne le regardait pas, touché de la confiance embarrassée que son frère lui témoignait enfin.

- Oui, Dean, je sais que toi et Cass êtes devenus... proches ? Proposa t'il sans savoir si la formulation conviendrait à son aîné.

Dean regarda son frère par en dessous ses mains toujours posées sur son crâne, comme si le regarder en face lui était pour le moment impossible.

- Et ça te dégoûte pas ?

Cette phrase avait été murmurée plutôt que prononcée. Sam n'avait pu l'entendre que parce qu'il se trouvait juste à côté de son frère.

Enfin, on y était.

Prenant le temps de choisir ses mots, Sam expira lentement, maudissant silencieusement leur père, son "éducation" et leur enfance pour les dégâts infligés à son aîné

- Me dégoûter ? Répondit il doucement. Mais Dean, comment tu peux dire un truc pareil ? Dean, regarde moi. Dean ! insista t'il alors que l'interpellé ne bougeait toujours pas.

Sam posa une main sur l'avant bras de son frère avec précautions, comme si il s'attendait à le voir sauter de la chaise pour s'enfuir à nouveau, ce qui était probablement à deux doigts d'arriver.

Leurs regard s'accrochèrent. L'un volontairement rassurant pour apaiser l'angoisse palpable de l'autre.

- Non seulement ça me dégoûte pas, mais je suis très heureux pour vous deux. Et tu le sais d'ailleurs, n'est ce pas ?

Dean fit glisser ses mains de son cuir chevelu à sa nuque, dégageant son visage qu'il tourna plus franchement vers son frère. Il hocha imperceptiblement la tête, alors que la lueur inquiète dans son regard démentait cette timide affirmation.

- Et c'est bien pour ça que tu voulais me demander ce que tu m'as demandé. Je me trompe ?

Après un long moment, Dean hocha la tête de nouveau.

- Donc tout va bien.

- Ouais, on dirait, confirma Dean d'une voix encore cassée d'émotion contenue.

Dean se redressa enfin sur sa chaise. Il reprit la bouteille de bière posée devant lui sur la table et en descendit la moitié d'une seule goulée.

Lorsqu'il tourna de nouveau le visage vers Sam, son regard était plus assuré, mais lorsqu'il reprit la parole, le ton hésitant et le débit haché indiquait que l'abcès n'avait pas été vidé. Pas entièrement.

- Sauf que... lui et moi, c'est... compliqué.

Sam eut envie de lui répondre que c'était là l'euphémisme du siècle, mais il s'abstint évidemment.

- Je veux dire... enfin...

Le regard de Dean se fit de nouveau fuyant.

- On a pas... enfin... on arrive pas...

Sam s'adossa à son tour à sa chaise et leva les mains en signe de défense.

- Euh, Dean, je t'assure que je vous adore. Tous les deux. Et que je suis super content pour vous. Mais j'ai pas envie d'avoir de détails, ok ? Le coupa Sam avec une moue explicite, sur le ton de l'humour pour tenter de désamorcer le malaise encore palpable de son frère et le sien qu'il sentait monter.

Dean le regarda d'un air surpris, puis rougit furieusement lorsqu'il comprit ce que ses propres paroles avaient pu laisser penser.

- Non ! Non, c'est pas... de ça, que je voulais parler.

Il se maudit lorsqu'il sentit ses joues traîtreusement chauffer. Bordel, comment Sam avait il pu imaginer qu'il pourrait venir lui demander conseil pour... ça ?

- Non, c'est juste que pour le moment, on a du mal à se parler.

Putain de bordel de merde, t'es un homme, un chasseur, pas une mauviette. Allez, Winchester, un peu de courage merde !

Dean ferma les paupières si fort qu'il en vit des étoiles. Puis il se carra sur sa chaise, rouvrit les yeux et les planta droit dans ceux de son frère. Il pouvait le faire, bordel ! Il reprit d'une voix forte.

- Je vois bien qu'il voudrait... enfin il me regarde comme si il attendait que je dise ou que je fasse quelque chose. Mais je sais pas comment m'y prendre, moi. Parce que c'est Cass. Et puis c'est un mec. Et puis c'est Cass. Merde, ça je l'ai déjà dit.

Dean se leva brusquement de sa chaise et commença à arpenter le salon, parlant de plus en plus vite et de plus en plus fort, sans même s'en apercevoir.

- Mais lui, il attend. Il me regarde avec cet air qui me...

Avec un nouveau raclement de gorge il jeta un bref coup d'oeil à son frangin, juste histoire de jauger ses réactions.

- Enfin bref, il me regarde et il dit rien. Alors on avance pas. Et il va bien falloir que je me jette à l'eau. Parce que sinon, dans dix ans on en sera encore là. Et moi, je voudrais... Et je crois que lui aussi. Sauf que j'ai jamais...

Il s'arrêta dans sa marche sans fin et fixa Sam cette fois droit dans les yeux, comme si il cherchait son approbation sur la difficulté de la situation.

- Mais bordel, c'est pas comme avec une nana !

Il se passa les poings dans ses cheveux et reprit ses allers et venues au milieu du salon.

- Et je sais pas comment... enfin comment faire comprendre ça à un mec, tu comprends ? Parce qu'avec une nana, c'est simple. Tu lui payes un verre et puis on va à l'hôtel. Enfin, c'est comme ça que je faisait avant. Ou dans les films de gonzesses, le gars offre des fleur à la nana, il l'invite au resto puis il la raccompagne chez elle... Sauf que je vais pas offrir un putain de bouquet à Castiel et puis de toute façon je peux pas le raccompagner chez lui, vu que chez lui c'est au paradis, et que c'est lui qui vient au bunker quand il veut, alors...

Dean arrêta de nouveau de faire les cent pas. Se tenant au dossier de sa chaise comme si il avait besoin de se raccrocher à quelque chose de tangible, il baissa les yeux et se lança.

- Et puis de toute façon, c'est pas ça que je veux. Pas avec lui, dit il plus bas. Avec lui, c'est... différent.

Le regard sans jugement de Sam lui donna le courage de poursuivre.

- Si quelqu'un m'avait dit un jour un truc pareil, tu peux être sûr que je lui aurais balancé mon poing dans la gueule. Et pourtant. Regarde moi. Je suis là, en train de me prendre la tête avec une putain de soirée de Saint Valentin, parce que j'ai eu l'idée débile que ça pourrait être le bon moment pour lui faire comprendre que je suis prêt à tenter le coup avec lui.

Bon sang, ça y était, il l'avait dit ! Il n'en revenait pas lui même.

Dean se laissa retomber lourdement sur sa chaise comme si sa tirade avait drainé toute son énergie

- Putain, mais qu'est ce qui m'arrive ?

Sam ne savait vraiment pas comment réagir. C'était si rare de voir son frère abandonner ses airs bravaches pour se confier ainsi. A lui maintenant de ne pas se planter dans sa réponse.

Il hésita un moment, sembla évaluer successivement plusieurs approches possibles à un problème aussi complexe.

- Imagine le en robe, si ça peut t'aider, répondit il un petit sourire en coin.

L'idée incongrue eut au moins le mérite de stopper Dean dans ses pensées apparemment peu réjouissantes. Sam se mit à sourire plus franchement, réprimant visiblement un fou rire naissant, de peur que son frangin ne se méprenne et se vexe. Et effectivement, Dean fronça d'abord les sourcils un instant puis finalement se mit à sourire aussi devant l'image mentale que Sam venait de lui créer.

- T'es con !

- Si ça se trouve les collants à résilles lui iraient vachement bien. Ou peut être même un porte jarretelles.

Sam se mit à rire et Dean à rougir furieusement.

Oh bordel, stop, terrain glissant !

Mais le malaise s'était dissipé. Dean regardait maintenant son frère droit dans les yeux, avec encore un peu de gène, mais au moins en face et sans cette expression désespérée qui serrait les tripes de son cadet.

Sam reprit son sérieux

- Dean, si tu veux lui faire comprendre que tu es prêt à aller plus loin avec lui – Sam haussa les épaules – peut être que tu devrais simplement le lui dire.

Dean prit une grande inspiration puis relâcha doucement tout l'air de ses poumons.

- Ca parait si simple quand c'est toi qui le dit.

Il hocha doucement la tête.

- Mais ouais, t'as sûrement raison. De toute façon, un truc plus subtile, pas sûr qu'il comprendrait.

- Subtile, hein ? Se moqua gentiment Sam. Et tu pensais à quelque chose en particulier ?

- Je m'étais dit que j'aurais pu l'emmener dans ce hangar, tu sais, celui où on l'a rencontré pour la première fois.

- Tu veux dire celui où Bobby avait tracé tous ces symboles de protections anti-démons d'ailleurs totalement inefficaces contre un ange, même si on ignorait ce qu'il était à l'époque.

- Ouais.

- Celui où tu l'as poignardé en plein cœur ?

- Ah ouais merde, t'as raison. C'est peut être pas vraiment le bon endroit. Putain, mais quoi alors? Parce que mis à part les fleurs et le resto... En grimaçant d'un air franchement dépité.

- Et pourquoi pas ? Au moins vous pourriez vous parler. Apparemment, c'est ce dont vous avez besoin.

- Déconne pas Sam... Et en plus j'entends déjà sa réponse: "Tu sais bien que je n'ai pas besoin de me nourrir, Dean. Et pourquoi m'offre tu des organes sexuels végétaux ? " En imitant la voix grave et l'air sérieux de l'être céleste.

Sam pouffa de rire.

- Oui, effectivement. Mais au moins ça aurait le mérite d'être symbolique ET explicite.

Le regard outré que son frère lui lança, lui fit lever les mains devant lui en signe de reddition.

- Ok, ok, j'ai rien dit. Attends, laisse moi un peu de temps pour réfléchir. Je vais bien trouver quelque chose.

Après quelques secondes d'un silence beaucoup plus confortable que les précédents, Dean se leva de sa chaise. Il s'apprêtait à quitter le salon lorsqu'il se retourna à moitié.

- Tu sais, c'est pas grave si je lui parle pas aujourd'hui. En fait j'en ai rien à foutre que ce soit la Saint Valentin ou je sais pas quelle connerie. Déjà je pensais pas réussir à t'en parler à toi. Un sur deux. C'est déjà pas si mal.

Dean fit un nouveau pas vers la sortie et cette fois parla sans se retourner.

- Merci Sam.

Puis il quitta la pièce

- De rien frangin, répondit Sam tout bas en sachant qu'il ne l'entendrait pas.

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Sam s'était creusé la tête toute la journée, imaginant des dizaines de scénarios et les éliminant les uns après les autres.

Rien ne convenait.

Rien ne leur correspondait.

C'était quand même étrange d'être là, à tenter d'organiser une soirée de Saint Valentin pour son frangin et son ange. Mais il voulait être à la hauteur de la confiance que son aîné lui avait témoigné

Bon sang, si on lui avait dit ça quand Castiel était entré dans leur vie, Sam aurait bien rit. Et effectivement, Dean aurait probablement cassé la gueule de toute personne qui aurait tenté de suggérer un truc aussi délirant.

Parce que son frangin avait toujours été 100% hétéro jusque là. Et pas vraiment du genre à envisager une relation sérieuse. Un vrai coureur de jupons qui collectionnait les aventures sans lendemain comme d'autres les timbres ou les cartes postales. Des Saint valentin, Dean en avait passé un paquet dans les bras de filles toutes différentes et qu'il avait oubliées dès le matin du 15 février. Le noël des célibataires. C'est comme ça qu'il l'appelait.

... Avant Cass.

Parce que depuis l'arrivée de l'ange, Sam avait bien vu ces regards qui se prolongeaient. Ces apparitions toujours à quelques centimètres de Dean, dans son sacro saint espace personnel. Et même si son frangin protestait encore, ces derniers temps ça n'était plus vraiment crédible.

Des le début, ils avaient eu ce lien particulier. Parce que Dean était le protégé de Castiel, l'élu qu'il avait ramené de l'enfer.

Mais au fil du temps, les choses avaient pris un cours différent. C'était subtile au début. Juste des petits signes. Une main qui s'attarde plus longtemps que nécessaire en soignant une blessure. Une présence de plus en plus fréquente au bunker, de plus en plus bienvenue, même en dehors des moments où ils avaient une chasse en cours.

Et ces regards appuyés, de plus en plus réciproques, surtout quand Dean pensait qu'il ne les voyait pas.

Il n'y avait jamais rien eu de plus en sa présence. Mais Sam n'était pas stupide.

Il releva de nouveau les yeux de son ordinateur portable. De toute façon il n'arrivait pas à se concentrer sur ce qu'il lisait. Et puis il n'en revenait toujours pas que Dean se soit confié à lui de cette façon. Se vanter de ses conquêtes féminines, ça oui. Sam en avait souvent appris bien plus qu'il ne l'aurait voulu lorsqu'ils roulaient dans l'impala après que Dean ait passé une nuit en galante compagnie. Mais dés qu'il s'agissait de véritables sentiments, son frère était aussi fermé qu'un tombeau.

Et à bien y réfléchir, finalement, l'ange ne valait guère mieux.

Dean avait raison, si ils ne se parlaient pas davantage ou si aucun des deux ne faisait le premier pas, ils seraient toujours en train de se regarder dans le blanc des yeux dans trente ans. Et si l'ange avait tout son temps, son frère lui...

Sam écarquilla les yeux.

Se parler, faire le premier pas ?

Non...

Ca ne pouvait pas être aussi simple que ça, si ?

Sam s'appuya contre le dossier de sa chaise et eut un petit rire gêné. Bon ok, ça s'adressait plutôt à des gamins de douze ans, mais vu que son frangin avait la maturité sentimentale d'un adolescent prépubère, et que de son côté, une fois que Castiel connaîtrait les règles, il les suivrait à la lettre comme le bon petit soldat qu'il était... ça pouvait fonctionner.

Sam sourit.

Oui, il avait trouvé.

Restait plus qu'à les convaincre de participer.

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Sans se laisser le temps de réaliser combien son idée devait être foireuse, Sam alla frapper à la porte de la chambre de son frère. Il passa juste la tête dans l'entrebâillement lorsque Dean lui répondit d'entrer.

- Tu me fais confiance ?

Le "oui" plus qu'hésitant de Dean amusa Sam beaucoup plus qu'il ne le vexa. Son frangin était vraiment dans ses petits souliers.

- Tout va bien se passer, affirma t'il sans savoir qui il tentait le plus de convaincre. Demande à Cass de passer ce soir.

Et il referma la porte sans s'expliquer davantage.

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La soirée avait débutée comme beaucoup d'autres depuis que l'ange venait partager son temps avec les frères sans autre raison que leur plaisir réciproque.

Repas et bières pour eux. Télévision pour tout le monde.

Castiel manipulait la télécommande, zappant d'une chaîne à l'autre sous les protestations véhémentes de Dean lorsqu'il s'arrêtait sur autre chose que du sport.

L'ange appuya une nouvelle fois sur le bouton, et un homme en blouse blanche et bottes de cow boy apparut à l'écran, en grande discussion avec une jeune collègue apparemment suspendue à ses lèvres.

- CA ! Laisse sur cette chaine, s'écria Dean subitement en se lançant pour tenter d'attraper la télécommande, mais Castiel esquiva l'attaque en écartant simplement le bras.

- Je croyais que ce genre de programme était pour les "nana ménopausées", cita l'ange en mimant des guillemets.

Sam se mit à rire sans se cacher et Dean se renfrogna.

- Ouais, ben celui là, c'est pas pareil. C'est une bonne série, avec plein de trucs, heu... médicaux très éducatifs.

- Oui, vraiment éducatif, renchérit Sam hilare alors que Castiel, dubitatif, tiquait puis reportait son attention sur l'écran.

La conversation se poursuivit, légère, et à la grande surprise de Sam, l'ambiance était détendue, même du côté de Dean qui semblait avoir oublié son stress du matin.

Du moins jusqu'à ce que Sam ne regarde sa montre.

Dean fronça immédiatement les sourcils, instantanément sur ses gardes, lorsque son frangin se mit à frapper dans ses mains avec une désinvolture trop surjouée pour être naturelle.

- Bon, ok, les gars. C'est pas tout ça mais j'ai rendez vous ce soir avec... euh... enfin bref, j'ai rendez vous. Alors je vais vous laisser.

Castiel se levait déjà pour prendre congé quand Sam le retint d'un geste.

- Non, Cass, tu peux rester, toi, si tu veux. D'ailleurs ça serait bien que tu restes. Tu sais quel jour on est aujourd'hui ?

- Nous sommes mercredi.

- Oui, mais encore ? L'encouragea Sam.

- Le 14 février, Sam. Pourquoi ? Aurais je oublié quelque chose ?

- Non, pas vraiment. Enfin si. Je veux dire, tu as raison, on est le 14 février et donc ce soir c'est la Saint Valentin. Et c'est une fête qu'on célèbre. Enfin surtout les gens qui ... s'aiment bien. Et toi et Dean, vous vous aimez bien, pas vrai ?

- Absolument. Dean est très important pour moi, répondit Castiel avec une spontanéité désarmante. Tout comme toi, Sam, ajouta t'il, ruinant les espoirs de Sam de ne pas avoir recours à son petit stratagème.

Ok, plan B.

- Et bien, quand les gens s'aiment bien, c'est une bonne chose qu'ils se parlent. Pour mieux se connaitre. Ca aide à être plus proche, tu comprends ? Alors je me suis dit que vous pourriez jouer à un petit jeu sympa. Juste pour occuper votre soirée, puisque moi, j'ai... rendez vous.

Il regarda Dean avec insistance dans une demande implicite de confirmation quand il vit Castiel septique froncer plus encore les sourcils.

- Ah ouais, le ... jeu... ? Renchérit Dean de façon assez peu convaincante, plus méfiant qu'autre chose.

- Tu connais " action et vérité" ? Demanda Sam à l'ange.

Dean écarquilla subitement les yeux dans la plus parfaite imitation du cerf ébloui par les phares d'une voiture et pétrifié devant l'impact imminent.

- Je t'explique, repris Sam à l'intention de Castiel, le principe c'est de répondre sans mentir à une question que Dean te posera.

- Je ne mens jamais, le coupa l'ange très sérieusement.

Sam se contenta de sourire.

- Tu as le droit de ne pas répondre à la question qui t'a été posée, mais alors tu auras un gage, ça veut dire que tu devras faire quelque chose que Dean te demandera. Et là, tu n'auras pas le droit de refuser. Tu comprends ?

- Je ferai tout ce qu'il me demandera. Mais pourquoi ne voudrais je pas répondre à ses questions? Demanda Castiel sincèrement surpris.

Sam haussa les épaules.

- Je sais pas moi. Parfois il y a des choses qu'on a envie de garder pour soi. En les fixant tour à tour un peu trop longuement.

Il leva les yeux au ciel devant leur absence de réaction. Pas un pour racheter l'autre !

- Et ensuite ce sera ton tour. A toi de poser une question, soit Dean y répond, soit tu devras lui demander de faire quelque chose.

- Je sais déjà tout de ton frère. J'ai déjà contemplé son âme. Que pourrais je lui demander de plus?

Dean se passa une main sur le visage pour dissimuler sa gêne.

Avec un sourire mystérieux, Sam sortit de sa poche deux enveloppes et en tendit une à chacun.

- Juste pour le cas où vous manqueriez d'inspiration.

Il fit un clin d'œil entendu à son frère de nouveau excellent dans son imitation de ce fameux cerf statufié, et posa une main sur l'épaule de Castiel.

- Alors ça te dit, ce jeu ?

Castiel hocha lentement la tête, l'air sérieux et dubitatif.

- Mais es tu sûr de ne pas vouloir y participer ? Nous pourrions attendre ton retour.

- Oh non, crois moi, je suis plus que sûr. En levant les mains devant lui en signe de défense. Bon allez, j'y vais. Amusez vous bien les mecs, ok ?

Puis il quitta la pièce non sans que son frère ait pu se rendre compte de l'envie de rire qu'il réprimait depuis le début de ses explications.

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Le bruit de la porte du bunker qui se refermait tira Dean de sa stupeur. Il reporta son regard sur Castiel qui le fixait intensément.

Ok.

Il fallait qu'ils commencent.

Tout de suite.

Sinon Dean savait qu'il allait se dégonfler

C'était certain.

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- Je commence. Bon, quel jour tu es né ?

Castiel fronça les sourcils un instant.

- Je choisis l'action. Répondit calmement l'ange de sa voix si grave.

Et ce fut au tour de Dean d'afficher une expression surprise.

- Euh, tu veux pas répondre ? C'est pas une question piège, tu sais.

Castiel leva ses yeux trop bleus dans les siens et Dean sentit son cœur chavirer.

Putain ce regard !

Lorsque l'ange le fixait comme ça, Dean avait effectivement l'impression que c'était son âme que l'ange regardait. Il dut faire un effort de volonté pour expirer l'air contenu dans ses poumons, alors même qu'il n'avait pas eu conscience d'avoir retenu son souffle.

C'était pourtant la question la plus simple et la plus innocente à laquelle il avait pu penser. Bordel, si ça commençait comme ça, il n'était pas sur de survivre à cette soirée!

Surtout quand Castiel reprit la parole de sa voix grave, avec cette expression concentrée si familière.

- A vrai dire, je ne sais pas comment répondre à ta question.

Dean entendait les mots, mais il devait faire un effort pour en comprendre la signification.

Bordel, c'est juste une soirée avec Cass. Comme on en a eu plein d'autres.

Ouais, sauf que d'habitude Sam était là avec eux. Et que même si Dean était surement le seul à en être conscient, ce tête à tête était ce qu'il pouvait imaginer de plus proche d'un véritable rendez vous.

Réagis Winchester, c'est pas la fin du monde ! Dommage d'ailleurs. Au moins ça, je connais...

- J'ai été créé tout comme mes frères il y a très longtemps, bien avant l'invention du calendrier et l'arrivée de la vie sur la Terre. Je ne saurais te donner de date précise. Alors comme je ne peux répondre de façon exacte à ta question, il me parait plus honnête de choisir l'action.

Castiel se pencha en avant et la température de la pièce monta subitement de dix degrés.

- Alors, que veux tu que je fasse ?

Ok, là je suis dans la merde!

Dean déglutit avec la sensation que sa gorge avait été poncée au papier de verre. Il avait pourtant pensé commencer facile, et là, il se retrouvait comme un con, à se creuser la tête pour trouver quelque chose à faire faire à son ange. Et les images qui passaient dans sa tête n'avaient vraiment rien d'angélique.

On se calme !

- Enlève ta cravate, s'entendit il dire d'une voix rauque qu'il reconnut peine.

Une cravate, c'était rien, n'est ce pas ?

Alors pourquoi les yeux de Dean furent ils incapables de se détacher des doigts de Castiel lorsque celui ci les porta lentement à son col de chemise pour le relever. Et lorsqu'il desserra le nœud de sa cravate jusqu'à en faire coulisser le pan le plus court, celui qui était éternellement de travers et qu'enfin la fine bande se tissus glissa le long de son cou, Dean ressentit presque dans sa propre chair la caresse du tissu qui passait pourtant sur la nuque de Castiel.

Peut être était ce dû au fait que l'ange ne quitta pas ses yeux de son regard bleu intense pendant tout le temps que cela lui prit pour s'exécuter.

Dean essuya ses mains moites sur son jean.

C'est juste une cravate, bordel!

Et puis si ça se trouvait il était complètement en train de se faire un film. Cass n'était peut être pas du tout sur la même longueur d'onde que l...

- A moi de jouer maintenant, murmura l'ange avec un fin sourire prédateur au coin des lèvres.

Oh putain !

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Sam ouvrit la porte du bunker le plus silencieusement possible.

Huit heures du matin était une heure parfaitement raisonnable pour rentrer... et être quasi sûr de ne rien interrompre, non ?

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Sam descendit sur la pointe des pieds l'escalier métallique qui menait à la pièce principale. Les deux enveloppes qu'il avait données à Dean et à Castiel étaient toujours intactes sur la table.

Au moins, ils n'avaient pas été en panne d'inspiration. Bien !

Il les récupéra et les fourra dans sa poche avec un sourire rien moins que démoniaque en pensant à son frangin qui allait éternellement se creuser la tête en se demandant quelles questions ou actions il avait bien pu leur proposer.

Cent dollars que même si il en crevait d'envie, Dean ne lui poserait jamais la question.

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Sam avança encore un peu dans la pièce plongée dans un silence de cathédrale.

La cravate posée sur la table du salon lui fit lever un sourcil, vite rejoint par son jumeau quand Sam avisa la chemise blanche sur le sol au milieu de la pièce et le tee shirt noir de Dean contre le dossier du fauteuil.

Lorsque Sam s'avança pour ramasser les vêtements abandonnés, il les vit, tous les deux allongés sur le canapé.

Castiel était étendu sur le dos et le regardait avec une expression indéfinissable sur le visage. Parfaitement immobile. Le voir en pantalon et T-shirt était étrange et étonnamment intime quand on considérait le nombre de fois où il avait pu voir l'ange sans son éternel costume/cravate/trench coat. Mais ce détail ne retint qu'une seconde son attention. Parce que Dean était calé entre le dossier du canapé et le corps de Castiel qui le tenait fermement dans ses bras. Il ne portait plus que son jean et était allongé sur le côté, la tête posée sur la poitrine de l'ange et dormait à poings fermés.

Sam resta figé un instant, chemise et T-shirt à la main, fixant sans pouvoir s'en empêcher le spectacle de son frère abandonné en toute confiance dans les bras de Castiel. Il avait l'air si paisible, détendu.

Heureux.

Sam releva les yeux vers ceux de Castiel et l'ange lui sourit.

Pas un mot ne fut échangé.

Sam hocha la tête et s'apprêtait à quitter la pièce quand il avisa une couverture posée sur le dossier d'un vieux fauteuil. Lorsqu'il s'en saisit et voulut la poser sur les épaules nues de son frère, l'ange secoua lentement la tête, presque imperceptiblement, pour ne pas réveiller Dean.

La réponse silencieuse n'avait pas besoin d'être formulée pour être parfaitement explicite.

"Ce n'est pas nécessaire. Je suis là, il n'aura plus jamais froid."

Sam sourit lui aussi.

Il était simplement heureux pour son frère, pour Castiel, pour eux deux. Parce que leur vie serait sûrement plus belle en partageant tout ce qu'elle pouvait leur infliger, plutôt que de l'affronter seul.

Il refusa d'écouter la petite voix à l'accent amer et sarcastique qui lui disait que lui n'en avait eu que trop peu, des Saint Valentin, avec sa Jessica avant qu'elle ne lui soit arrachée.

Il voulait être heureux pour eux, juste parce que le bonheur de son frère était aussi le sien, tout comme Dean se serait réjoui pour lui si la situation avait été inversée.

Il reposa la couverture sur le dossier du canapé et quitta la pièce en silence un sourire flottant toujours sur les lèvres.

Mission accomplie.

Pas si mal, cette année, cette Saint Valentin...

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oOoOoOoOoOoOoOOOoOoOo

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Et voila ...

Je voulais quelque chose de doux. Quelque chose qui leur ressemble, du mois je l'espère, tout en hésitations et en non-dits.

Merci à vous qui m'avez lue.

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Le mois prochain, c'est le 12eme et dernier OS. Le dernier mois. Et j'avoue que Mars m'a donné bien du fil à retordre, parce que c'est vrai, il ne se passe rien de particulier en Mars. Mais finalement, j'ai trouvé et je me suis amusée comme une petite folle en l'écrivant. Quant au résultat... euh, comment dire, c'est spécial. ;)

Alors au mois prochain, si vous le voulez bien. XD