Le feu crépitait dans la cheminée et constituait la seule source d'éclairage du salon. Une forme aux longs cheveux roux dormaient dans un imposant fauteuil enveloppée dans la chaleur de l'âtre. Elle entourait de ses bras une petite silhouette emmaillotée dont ne dépassait des draps qu'une tête chauve.
Assis plus loin à une table plongée dans la pénombre un homme grand et fin caressait distraitement une chèvre en regardant la neige tomber au dehors. Ces cheveux bruns étaient presque aussi longs que ceux de la femme et se mélangeaient sur son torse avec les poils de sa barbe. Même avec si peu de lumière le bleu intense de ses yeux étincelait dès qu'il tournait la tête vers le feu.
Toc. Toc. Toc.
L'homme leva les yeux vers la porte avec la même surprise que si cette dernière venait de lui adresser la parole. Personne ne frappait jamais chez lui. Ils se comptaient d'ailleurs sur les doigts de la main, ceux qui savaient qu'il habitait ici.
Toc. Toc. Toc.
La femme gémit dans son sommeil avec d'ouvrir un œil puis l'autre.
- Tu ne vas pas ouvrir ?
- Si, si . Bien sûr que je vais ouvrir …
Lentement il tira sa chaise et se leva. Lorsqu'il marcha vers la porte on eut dit qu'il s'approchait d'un lépreux. Il posa une main sur la poignée et jeta un regard à la femme, qui s'était redressée dans le siège, avant d'ouvrir la porte.
Au dehors, dans la nuit, se dressait un homme presque aussi grand que celui qui venait de lui ouvrir. Il avait les mêmes yeux bleus et des cheveux blancs qui lui tombaient aux épaules. Son visage paraissait jeune mais ses traits portaient aussi quelque chose d'indéfinissablement vieux, comme un poids trop lourd sur des épaules d'enfant.
Ils se regardèrent sans rien dire pendant au moins une minute entière.
- Où est passé la couleur de tes cheveux ?
- Abelforth s'il te plaît …
- Non pas de ça Albus. J'ai obtenu le droit de te traiter comme je le voulais depuis le jour où tu …
- Abel ! Laisse le rentrer.
C'était la voix de la femme derrière lui. Il se figea quelques instants puis s'écarta finalement du passage en déclarant d'un ton aimable qui renfermait toute la mauvaise foi du monde.
- Je t'en prie entre, mon frère.
- C'est gentil Ursula.
Dès que la porte fut refermée le dénommée Abelforth se dirigea vers Ursula et l'enfant. Ce dernier était réveillé et s'agitait dans le reflet de la lumière des flammes en poussant des gazouillis joyeux. Soudain la pièce s'emplit de clarté. Ableforth se tourna lentement vers son frère qui tenait nonchalamment son déluminateur à la main. Il entendit un son d'admiration derrière lui mais ne se retourna pas vers la femme.
Ce petit bruit suffit à faire redoubler d'activités l'enfant qui se débattait dans ses langes. Une fois ses bras sortis de leur carcan ses mains se refermèrent frénétiquement dans l'air comme pour saisir un billywing invisible.
Le visage d'Albus s'éclaira instantanément et fit un pas vers le poupon. Dans un mouvement presque miroir, Abelfroth se décala pour se mettre entre son frère et le bébé.
- Abelforth je t'en prie, je ne suis venu que pour la voir. C'est ma nièce, avec toi elle est ma seule famille.
- À qui la faute ?
La voix, jusqu'à lors si calme du maître de maison s'était changé en un grognement. Dans son siège, Ursula se rabougrit, serrant un peu plus sa fille contre elle. Albus vacilla visiblement sous le coup des mots de son frère. Une ombre passa sur ses yeux bleus le faisant paraître à la fois effrayant et plus vulnérable que jamais. Entre les deux Dumbledore l'air crépitait de leurs pouvoirs contenus. À les regarder il semblait pourtant paradoxalement évident qu'ils ne lèveraient jamais la main l'un sur l'autre.
Soudain la pluie se mit à tomber à l'intérieur même de la pièce, éteignant du même coup le feu et toutes les autres lumières. Abelforth se pencha sur sa femme et saisit le bébé comme si c'était la chose la plus naturelle à faire. Même dans le noir la mine boudeuse de l'enfant n'échappa pas à Albus. Abelforth se mit à marcher de long en large de la pièce, murmurant des mots à l'oreille du bambin qui se perdaient dans le brouhaha des trombes d'eau.
Il lui fallut un peu de temps pour parvenir à ses fins mais une fois que le bébé fut calmé, l'averse s'estompa jusqu'à s'arrêter tout à fait. Le salon était détrempé de même que tous ceux qui s'y trouvaient. Albus repoussa les cheveux qui lui gouttaient dans les yeux. D'un coup de baguette Abelforth sécha la pièce ainsi que lui-même, le bébé et Ursula mais laissant sans un mot son frère dans ses vêtements mouillés.
Ce dernier semblait fasciné par sa robe qui lui collait au corps avant d'être pris d'un fou rire qui, associé à un peu de magie, le laissa sec lui aussi. Et les lumières se rallumèrent.
- C'est elle qui a fait ça ?
Abelforth ne répondit pas mais s'approcha tout de même de son frère. Il tourna le poupon dans ses bras pour le présenter à Albus qui le regarda avec émerveillement.
- Elle s'appelle Ariana.
À l'instant même où ces mots eurent franchi ses lèvres, Albus se figea complètement. Il ne semblait même plus respirer. Son regard était ancré dans celui du bébé qui le lui rendait avec une curiosité calme. Dans la pièce le temps s'était arrêté, plus rien ne bougeait comme dans une photographie moldue.
Ladite Ariana leva sa main pour essayer de saisir le nez aquilin mal ressoudé de son oncle et le charme fut brisé. Albus fit un pas en arrière et leva les yeux lentement de l'enfant à son frère. On lisait sur son visage un mélange de colère et d'effroi qui, sur ses traits, lui donnait une expression presque étrangère à lui-même.
- Tu n'as pas …
- C'est MA fille Albus. Elle portera le nom que je lui ai donné et elle en sera fière.
Le sorcier n'avait pas pu soutenir longtemps le regard de son petit-frère. Il observait de nouveau cette Ariana, sa respiration profonde se faisait presque haletante par moment. L'enfant lui souriait doucement alors que lui paraissait perdu dans des pensées lointaines. Lorsqu'il avait ce visage impassible personne ne pouvait dire où ses réflexions l'emmenaient.
Dans le silence, la chèvre bêla, ce à quoi le bébé répondit en gazouillant gaiement. L'animal s'approcha alors en trottinant, se mit en équilibre sur ses pattes arrières et frotta son museau à ses joues avant de lui brouter amicalement les cheveux qu'elle n'avait pas encore. Ariana fut prise d'une crise de rire.
La chèvre s'écarta soudainement comme surprise et éternua. De ses naseaux s'élevèrent des étincelles qui dansèrent dans la pièce un instant avant de disparaître. Le bébé applaudit son propre exploit avec un enthousiasme sans retenue. L'animal s'ébroua et comme de bien son poils se mit à rougeoyer avant de reprendre un aspect normal, sauf pour la queue qui continuait d'être zébrés d'éclairs phosphorescents. Le caprin se mit au sautiller dans toute la pièce et le bébé se tut, trop concentré à suivre sa lumière du regard.
Abelforth observait sa fille avec un mélange d'amusement et d'admiration, son visage était redevenu serein et détendu. Il était parvenu à oublier son frère, enfin presque.
- Elle a vraiment hérité du don de la famille. Elle sera une grande sorcière.
Abelforth releva la tête, ses traits se durcirent et ses yeux brûlèrent immédiatement d'une colère incendiaire. Il déposa précautionneusement Ariana à terre qui s'enfuit en rampant pour retrouver la chèvre au coin du feu.
En se relevant il jeta un coup d'œil à sa femme qui gardait résolument la tête tournée vers les flammes. Ableforth lui en fut vaguement reconnaissant. Albus demeurait perplexe quant à la tension qui avait soudain envahit l'atmosphère. Il regardait son frère avec méfiance.
Le cadet profita d'un clignement de paupières de son frère pour sortir sa baguette et la pointa directement sur le torse d'Albus. Ce dernier resta calme mais plaça tout de même sa main au dessus de l'emplacement où il rangeait sa propre baguette.
- Sors de chez moi.
- Abelforth, qu'est-ce que …
- Sors tout de suite de ma maison !
À chaque seconde qu'Albus passait sans bouger, Abelforth serrait un peu plus sa baguette entre ses doigts, bientôt son extrémité commença à crépiter d'éclairs menaçants.
- Calme moi. On peut en discuter calmement …
L'aîné avait à peine prononcé ces mots que son petit frère l'empoigna et le recula jusqu'à pouvoir le coincer tout à fait contre le mur. Albus agrippa sa baguette bien malgré sa volonté de pacifier les choses. C'était dans des moments comme celui-ci que son nez le démangeait au plus haut point.
- Non, on ne va pas en discuter. Tu vas dégager de chez moi fissa ! Ça ne t'a jamais intéresser de voir ma fille hein ! Tout ce que tu voulais savoir c'est si elle avait hérité de la puissance magique de notre sang. C'est tout ce qui t'intéresse ! C'est tout ce qui t'a jamais intéressé, savoir si elle pourra reprendre le flambeau de ta GLORIEUSE carrière ! Si elle pourra se montrer digne de faire partie de ta famille pas comme moi ! Écoute moi bien, ma fille ne sera JAMAIS aussi pitoyable que le grand Albus Perceval Wulfric Brian Dumbledore que tout le monde adule sans savoir que …
- Assez.
Albus avait à peine levé la voix mais son ton était glacial. Il s'extirpa de l'emprise de son frère par un geste brusque. Tout était redevenu étrangement calme comme deux bêtes qui, s'étend jeté l'une contre l'autre de toutes leurs forces, se trouvaient sans énergie une fois la vague passée.
Les deux frères se toisèrent encore un long moment et dans le silence beaucoup de chose furent encore dites. Puis sans ajouter le moindre mot Albus se dirigea vers la porte. Il s'arrêta à un pas de celle-ci et attendit que son frère vienne lui ouvrir avant de disparaître dans la nuit.
Voilà ma nouvelle fanfic. On y retrouve Ariana que j'ai déjà utilisé dans "Le nouveau professeur de potions". J'espère que cette histoire vous plaira.
