Hello à toutes et à tous ! :)

Un gros merci à toutes celles qui suivent cette histoire, merci aussi à la Chouette pour ses corrections.

Rien ne m'appartient comme d'habitude, tous les personnages de Star Wars sont à tonton Lucas et le texte est à Erian Erisdar dont j'ai fait la traduction.

L'auteur a un style très...métaphorique, alors j'espère que vous apprécierez quand même.

Bonne lecture !


L'Hyperespace est étrange. Il y a un semblant de mouvement, par les éclats et les flèches de lumière qui se perdent dans les volutes obscures, des fragments lumineux que l'ont peut contempler à travers les vitres du vaisseau. Mais il n'y a pas de changement de pression ou de gravité, mis à part le vrombissement constant de l'hyperdrive à travers le métal et le duracier. Le vaisseau doit sûrement se déplacer, si ce n'est pas dans l'espace, alors c'est dans un état translucide de non-être entre les dimensions, les grains de poussière du vaisseau tombant entre les branches des univers multiples. Ou peut-être que ce sont eux qui restent immobiles, tandis que l'espace lui-même se déchaîne dans leur bulle de calme, se déplaçant et se déformant jusqu'à leur destination, pour finalement se calmer sous leurs pieds instables.

Et ici, la Force est silencieuse. La musique des sphères n'a pas disparu exactement- mais c'est comme si le chef d'orchestre avait levé sa baguette et se serait figé là, et la chanson aurait fusionné en une note cristalline, accrochée à un fil fragile à travers le temps et l'espace. La Force est ici. Elle l'a toujours été, et elle le sera toujours. Mais il n'y a pas de Force Unificatrice ou Vivante, Lumineuse ou Obscure c'est la Force. Et c'est tout.

Pour une fois, Obi-Wan est content de ne pas avoir de voix, car s'il en avait une, il ne sait pas s'il aurait ri ou crié. Les deux l'auraient sorti de de sa méditation d'une manière extrêmement brutale.

Tout à coup, le grand Maître Jedi agenouillé à côté de lui, se retire de sa propre méditation et le fixe avec un regard inquisiteur. Obi-Wan ne peut pas voir le Maître Jedi l'examiner à travers ses yeux clos, mais il le sent néanmoins, une oxymore de feu et de glace comme il pose une main fraîche sur son front, mesurant sa température, se posant certainement des questions sur cette ecchymose qui s'étale sur sa tempe...

Obi-Wan secoue la tête, ses yeux restant fermés. Il sent plus qu'il entend le bruissement doux du tissu tandis que le Jedi effleure l'ecchymose de ses doigts doux et déverse de la chaleur émanant de la Force, calmant la douleur. Et puis un sifflement résonne dans l'air alors que la porte coulisse et que des bruits de pas disparaissent dans le couloir.

Alors seulement Obi-Wan ouvre les yeux sur le monde gris des dortoirs, et se rend compte que tout au long de l'échange, Qui-Gon n'a pas prononcé un mot. Mais pourquoi n'a-t-il rien dit ? Pourquoi n'a-t-il pas demandé : est-ce que cette plaie te fait mal ?

Maître Jinn est difficile à lire. Il semble hésiter entre l'inquiétude et la distance, paraissant se retirer quand il réalise la portée de ses gestes.

Le coussin de méditation qui se trouve en-dessous ne fait rien pour apaiser la douleur dans ses genoux. Se redressant, Obi-Wan regarde le chrono. Ils ont médité ensemble durant près de trois heures. S'était-il vraiment perdu dans la Force durant tout ce temps ? Les autres coussins disposés en cercle sont vides depuis longtemps, les autres intiés et padawans s'étant attelés à leurs tâches à bord. Obi-Wan se lève et étend ses jambes endolories, se forçant à plier et déplier ses genoux malgré les protestations de sa colonne vertébrale, et part en quête de son petit-déjeuner.

OoOoOoOo

Qui-Gon est bien conscient des regards curieux que lui jettent les enfants alors qu'il pose son plateau de nourriture dans la cuisine du vaisseau. Garen Mulh est le seul absent, étant peu probable qu'il écrase le vaisseau avec le pilote automatique, on lui a confié temporairement le poste du cockpit. Luminara Unduli mange lentement, son nez couleur olive se plissant légèrement de dégoût en voyant Reeft Shinren enfourner la nourriture dans sa bouche tout en volant simultanément des morceaux de tubercules dans l'assiette de Quinlan Vos. Les sourcils de Quinlan se froncent, mais plus par ennui que par colère. Huei Tori est assis, droit comme un piquet, adressant un hochement de tête respectueux à Qui-Gon alors qu'il entre dans la cuisine. Le Jedi réprime une bouffée de gêne. Tout dans ce padawan Nautolan est parfait, de l'inclinaison de la tête à la façon dont il mange. Et ce, sans être un négociateur ou un archiviste. C'est le calme réservé du parfait Padawan Jedi, celui qui conviendrait à bon nombre de maîtres.

Non, pas parfait. Que pourrait-on enseigner à un padawan parfait ?

Qui-Gon émerge de ses pensées, et hausse la voix afin que tous les enfants assemblés autour de la table l'entendent. « Chacun d'entre nous a bien travaillé sa méditation, ce matin » dit-il. « Mais l'Initié Kenobi s'est plongé dans la Force beaucoup plus profondément que vous. Vous feriez bien de prendre son exemple »

« Oui, Maître Jinn » dirent-ils en chœur.

Il réprime une grimace. La suspicion est toujours là, dans le timbre clair et net de leurs voix. Même les enfants ont remarqué sa partialité supposée envers Obi-Wan.

Alors qu'il commence à manger son petit-déjeuner appétissant, Qui-Gon se demande s'il n'aurait pas dû en parler en présence d'Obi-Wan. Les éloges ne sortent pas si facilement de sa bouche, et le garçon ne doit pas souvent entendre des compliments aussi sincères.

Peu après, Reeft prend congé, saluant Qui-Gon et marmonnant quelque chose sur les dernières vérifications de la conception de son arme. Huei range ses couverts maniaquement lavés et s'incline, murmurant quelques amabilités, avant de pivoter agilement et de s'en aller. Ses membres tentaculaires bleu sombre se balançant doucement derrière lui, liés par une unique bande de cuir brun. Impassible, vierge de toutes expressions.

Il ferait un excellent Jedi Sentinelle celui-là. Qui-Gon peut presque entendre la voix de son ancien maître se moquer ouvertement. Dooku est encore une autre raison pour laquelle Qui-Gon ne peut pas supporter de prendre un nouvel apprenti.

L'entrée d'Obi-Wan est si silencieuse que c'est seulement un murmure de la Force contre les boucliers de Qui-Gon qui le fait lever les yeux. Obi-Wan lui adresse un sourire timide, et désigne de la main son ecchymose atténuée avant de s'incliner profondément. Pour les trois autres enfants, restés dans la cuisine, cet échange n'a rien d'extraordinaire, mais Qui-Gon lui sourit en retour. « Ta gratitude est appréciée » réplique Qui-Gon.

Les oreilles d'Obi-Wan deviennent légèrement roses alors qu'il remplit un plateau et s'installe sur le large banc entre Quinlan et Luminara. Quinlan le salut brièvement, ne lui offrant pas plus de reconnaissance. Luminara l'accueille tranquillement, et il hoche la tête rapidement, se tournant vers sa nourriture afin de ne pas attiser davantage son intérêt.

Qui-Gon fronce les sourcils alors qu'il prend un peu de purée. Le fait que Obi-Wan se rende ainsi invisible doit sûrement être une méthode instinctive d'auto-préservation. En se concentrant sur d'autres aspects triviaux, Obi-Wan trouve une excuse pour son silence, et se fond dans le décor. Ce sont toutes les qualités pour une mission d'infiltration, mais pas si c'est une habitude permanente. Qui-Gon décide de lui parler plus tard.

Malheureusement, la Padawan Luminara le devance.

« Tu t'appelles Obi-Wan, pas vrai ? Je suis désolée de ne pas avoir pu te parler hier » La voix de Luminara est douce, humble- peut-être parce qu'il lui manque une pièce essentielle à cette conversation. « Il n'y a pas besoin d'être aussi distant. Nous sommes tous Jedi ici »

Obi-Wan dépose son jus de Muja et hoche la tête en retour. A quelques mètres, Quinlan abaisse lentement son verre, lui aussi. Des émotions contradictoires dansent sur les traits de son visage. Il ne fait aucun doute qu'il lutte pour ne pas essayer d'avertir Luminara.

Les traits de Luminara s'illuminent dans un large sourire. « Tu es calme, pas vrai ? Mon maître m'a dit d'essayer de rencontrer plus de Jedi sur cette mission, parce que je pourrais travailler avec toi dans des futures missions. N'es-tu pas heureux que nous allions bientôt construire notre propre sabre-laser ? » Comme Obi-Wan ne répond pas, mis à part un mouvement de la tête et un petit sourire, son enthousiasme commence à s'effriter « Bien...quel modèle de sabre-laser envisages-tu de faire ? »

Avec une expression un peu soulagée, Obi-Wan fouille dans sa tunique et en retire un holopad cabossé, ses doigts pianotant sur la surface avec habilité. L'instant d'après, un hologramme miroite devant eux, les lignes bleuies vacillent de temps à autre, mais l'image est détaillée et assez complexe, si bien que Luminara laisse échapper un soupir d'émerveillement. « C'est beau ! » s'exclame-t-elle. « Il est traditionnel, mais aussi différent à sa manière- qu'est-ce qui t'a inspiré ces lignes gravées ici ? »

Obi-Wan ouvre la bouche, puis la referme. Le front de Luminara se plisse sous la confusion lorsque sa main fouille dans sa tunique une nouvelle fois et en ressort une feuille usée.

La main de Qui-Gon se crispe sur sa fourchette, quelque chose le retient fermement ancré sur son siège, dans l'attente de voir ce qu'il va se passer. Il ne voit pas ce qu'écrit Obi-Wan, mais la réponse de Luminara est prononcée assez distinctement pour que Qui-Gon grimace intérieurement. « Oh, bien sûr, c'est logique. La conception du sabre-laser varie au fil des ans. Mais pourquoi ne le dis-tu pas à haute-voix ? Je n'ai rien à craindre, n'est-ce pas ? »

La main du garçon qui tient le stylo tremble légèrement. Qui-Gon commence à se lever, il ne peut pas, il ne peut pas laisser le garçon écrire ce qu'il considère clairement comme quelque chose de honteux. Il ne laissera pas Obi-Wan se rabaisser ainsi, écrire ces mots qui le condamnent, écrire calmement tout ce qu'il cache et qu'il ressent vraiment.

Mais il est devancé une seconde fois. Par Quinlan Vos.

« Assez ! » Le Kiffar se lève brusquement, renversant son verre. Le jus de Muja glisse sur la table en acier dont le métal miroite sous la lumière, le liquide pourpre se répand comme une ecchymose. « Tu ne peux pas le dire ? » siffle-t-il à une Luminara aux yeux écarquillés. « Tu viens à cette mission, toute parfaite et polie, en disant que tu veux « apprendre à mieux connaître tes compatriotes Jedi », en te donnant des airs, quand tu ne peux même pas comprendre qu'Obi-Wan est muet ? »

Le mot les submerge tous les quatre, alors que la Force les écrase de tout son poids, laissant Luminara muette d'horreur, les articulations d'Obi-Wan blanchissent là où ses doigts serrent son stylo, et Qui-Gon se maudit pour ne pas avoir été assez rapide. Il n'y a rien qu'il puisse faire maintenant le silence est assourdissant, aussi épais et corrosif que la boue acide de Dagobah, qui piège tout dans un bourbier, salissant les vêtements, les visages, changeante, blessante.

La réprimande de Qui-Gon tombe sèchement. « Cela suffit » gronda-t-il. Deux pas en avant, et une main tombe sur l'épaule frissonnante de Luminara Unduli. « Padawan Unduli. Va méditer, concentre-toi et passe en revue ta mission. Tu ne peux pas faire plus ici »

Luminara émerge brusquement de sa stupeur et s'incline devant lui, elle adresse une demi-courbette à Obi-Wan, et s'élance hors de la salle, des larmes menaçant de rouler sur ses joues.

« Vos » gronde Qui-Gon, « Viens avec moi ». Il ne jette pas de regard à Obi-Wan alors qu'il emmène Quinlan. Il n'arriverait sans doute pas à supporter l'expression qui doit être inscrite sur le visage de l'enfant en ce moment.

Quinlan marmonne dans sa barbe comme Qui-Gon l'oblige à s'agenouiller, sans douceur, sur un coussin de méditation.

« Je ne devrais pas avoir quelque chose à dire, ici » commence Qui-Gon. Il sait que ses yeux doivent être aussi acérés que deux pics de glace, et il ne fait aucun effort pour adoucir son regard. « Parle pour toi-même »

« Elle ne s'est même pas rendu compte de ce qu'elle faisait ! » s'exclame Quinlan, croisant les bras et se redressant. « Je ne suis pas un ami d'Obi-Wan, mais elle était tellement obnubilée par sa bienséance et son équilibre que ça l'a aveuglée. Quel bel exemple !»

Qui-Gon essaye de baisser sa voix. « Et toi, qu'étais-tu ? »

Un ricanement sarcastique. « Je suis bien mieux. Je ne fais pas autant de manière »

Un court silence, rompu seulement par la respiration pesante de Quinlan après son explosion. Qui-Gon arque un sourcil, et le padawan Kiffar lève les yeux et croise le regard de Qui-Gon.

Quinlan sursaute.

Il se baisse en saluant et son front touche le sol. « Je suis désolé, mon maître. Je n'aurais pas dû parler comme ça. Pardonnez-moi »

« J'aurais un mot à dire à Maître Tholme quand nous reviendrons » réplique Qui-Gon d'un ton sec. « Tu feras bien de réfléchir à tes actions. Elles étaient bien attentionnées, mais elles ont fait plus de mal que de bien »

Tholme a bien dû travailler parce que Quinlan finit par marmonner à contrecœur, « Oui, Maître Jinn »

Qui-Gon lui épargne un regard perçant avant de se tourner et de rejoindre la cuisine. Il hâte le pas sensiblement, et sa cape tourbillonne derrière lui comme une tempête qui se gonfle tandis qu'il arpente le duracier. Il fait une pause devant la porte, testant la Force.

Il n'y a rien. Aucune douleur, ni honte, ni peur. La Force miroite dans le vide.

Se raidissant, Qui-Gon bifurque dans un coin.

Obi-Wan fait face au mur opposé, un vide dans la Force, ses boucliers mentaux insaisissables et solides. La seule action qui dément son émotion est son stylo qui vole sur le papier devant lui.

Petit. Cette pensée traverse son esprit sans qu'il puisse l'arrêter- et pour l'amour de la Force, il ignore pourquoi. Peut-être parce qu'elle semble convenir à la petite forme de l'enfant, assis, les genoux repliés contre sa poitrine alors qu'il déverse son cœur dans l'encre. « Obi-Wan » lâche doucement Qui-Gon. Il réalise brusquement que c'est la première fois qu'il prononce le prénom d'Obi-Wan à haute voix, et qu'une sensation étrange s'est emparé de lui. Une prise de conscience en quelque sorte.

Au lieu de marcher vers cette tignasse hérissée roux-doré, Qui-Gon retire un petit sachet parfumé de sa bure de Jedi et se dirige vers le comptoir. Une pause soudaine du stylo qui gratte accompagne son mouvement, mais il fait semblant de ne pas le remarquer et met de l'eau à bouillir. Deux tasses aux bords ébréchés devraient suffire, puis l'eau est chauffée et les feuilles pliées et écrasées, une vapeur opalescente émane de la surface verte.

Se déplaçant lentement, afin de ne pas effrayer Obi-Wan, Qui-Gon s'assoit sur le banc, poussant une tasse de thé vers lui. Obi-Wan ne relève pas la tête, mais termine son dernier coup de stylo avec un grand geste qui aurait pu être un coup de poignard dans des circonstances différentes. La feuille est pliée comme elle glisse sur la surface polie de la table pour reposer ensuite près des mains de Qui-Gon.

« Bois » fait Qui-Gon, écartant la feuille sans la regarder. « C'est du thé Sapir. Lorsque tu te seras calmé, nous regarderons ensemble ce que tu as créé. »

Obi-Wan lève la tête, les yeux rougis. Les petits mains se tendent sur la table et cherchent la chaleur prodiguée par la tasse brûlante. Ses lèvres se soulèvent, et il avale une gorgée et un petit soupir lui échappe comme le liquide se déverse dans sa gorge et son estomac, réchauffant sa poitrine avec une luminance douce. Une nouvelle gorgée, plus grande cette fois-ci, et les larmes de douleur lui montent aux yeux à la gorgée brûlante.

« Pas comme ça » fait Qui-Gon avec humeur. « Tu vas te brûler. Essaye d'inhaler avant de siroter »

Obi-Wan fait comme il dit et la vapeur parfumée à la fois douce et persistance lui fait penser à une graine de fleur sauvage pressée et séchée, avant d'être arrosée à nouveau, son parfum se répand comme les pétales d'une fleur. Spontanément, un sourire lui vient aux lèvres, et les battements de son cœur s'apaisent. Une gorgée lente, et la douceur inonde sa langue, suivie de notes d'amertume agréables. Ses yeux clignotent, et la Force coule en lui comme un ruisseau dans un désert.

« C'est mieux » murmure Qui-Gon en retournant vers son propre thé.

La présence d'Obi-Wan dans la Force ne cesse de s'illuminer, et Qui-Gon s'arrête un instant en détectant un écho de musique qui vibre dans la Force et les connecte lui et le garçon. C'est étrangement familier et réconfortant – mais tout comme cela s'est produit sur la rampe d'embarquement au départ de Coruscant, la sensation disparaît brusquement.

Mettant de côté cet événement pour l'analyser ultérieurement, le Jedi se retourne vers la feuille de papier. Et refrène sa réaction avec difficulté.

Sur le papier est gravée à l'encre une poignée de sabre-laser sobre et complexe, sa prise à deux mains d'obsidienne et d'argent étincelant et le pommeau en demi-sphère ressemblent à une demi-lune noire à l'extrémité d'une allée brodée d'argent. Il n'y a aucune touche de fantaisie, aucun métal incurvé. C'est une arme, mortelle dans son usage. Et pourtant, elle sera belle, lorsque son porteur dansera avec elle jusqu'à ce que le cristal, la lame et le Jedi ne forment plus qu'un seul cœur palpitant.

Qui-Gon se détourne du dessin pour trouver Obi-Wan qui le regarde d'un air interrogateur. Un petit grognement échappe au Jedi. « Tu préfères utiliser la feuille plutôt que l'holo-pad, n'est-ce pas ? » déclare-t-il.

Obi-Wan acquiesce. Il tape son stylo, le dessin de son sabre-laser, puis sa poitrine, avec un air embarrassé, mais Qui-Gon avait compris de toute façon. Écrire avec la main c'est un peu comme utiliser un sabre. Le cristal est le cœur de la lame, le cœur est le cristal du Jedi- c'est une forme d'expression plus vraie que les mots vides d'un holo-pad.

Sur un coup de tête, Qui-Gon décroche son sabre-laser de sa ceinture et le tend vers Obi-Wan. Le garçon écarquille les yeux, et il secoue vigoureusement la tête, levant les mains sous la consternation. Mais personne ne peut refuser quelque chose du Maître Jedi. La poignée lourde du sabre passe des mains fortes et calleuses aux petites mains tâchées d'encre. Obi-Wan la soulève presque avec déférence.

« J'ai créé la conception de mon arme presque avec la même influence que la tienne : les maîtres d'armes d'autrefois » commence Qui-Gon, sa voix reprenant son ton professoral. « Poignée, bouton d'activation, cellule d'alimentation ». Son doigt touche chaque composant, respectivement, avec une facilité qui prouve sa connaissance intime de l'arme. Elle est restée avec lui durant des décennies, et a vu autant de bataille que lui. Il connaît son poids, son toucher, et la mélodie qu'elle joue quand elle est activée. « J'ai façonné ces stries dans la poignée pour la décoration et l'aspect pratique. Elles servent aussi à protéger le cristal » Il remarque non sans amusement que Obi-Wan est scotché à chacun de ses mots. « Tu vois ce revêtement métallique ? » murmure Qui-Gon. Obi-Wan hoche vigoureusement la tête, les yeux brillants. Qui-Gon essaie de ne pas sourire tandis qu' il continue. « Je me suis inspiré du code. Le sabre-laser doit couler comme la Force – J'ai imaginé l 'union du métal autour du sabre, comme s'il était en osmose avec la Force »

L'expression d'Obi-Wan est passée depuis longtemps du respect à l'émerveillement. Qui-Gon récupère son sabre-laser avec une étincelle dans son regard. Obi-Wan avait manipulé l'arme comme si elle était faite de verre. « Pourrais-tu me parler de ta propre conception ? »

Obi-Wan se fend d'un large sourire comme son stylo s'élance sur le papier et se met presque à danser, parlant avec éloquence de son futur sabre-laser. Qui-Gon manque les premières lignes, tant il est happé par le sourire d'Obi-Wan. Il n'a pas vu une telle joie, un tel engouement, depuis longtemps. Feemor avait souri comme ça mais son rang de chevalier l'avait éloigné de Qui-Gon. Xanathos...il y avait toujours quelque chose de caché derrière son sourire, une fierté et une obscurité dissimulées derrière une expression insouciante. Mais lorsque Obi-Wan sourit, c'est comme si tous les rires s'illuminer sur son visage, l'enfant sait qu'il ne pourra jamais rire, alors il se concentre et la lumière se met à clignoter.

Si un sabre-laser ressemblait au sourire d'Obi-Wan, il serait flamboyant de lumière.

Alors que la matinée s'écoule, Qui-Gon sent une sensation familière s'insinuer dans son cœur mais c'est une sensation qu'il avait depuis longtemps oubliée, si bien qu'il lui faut un moment pour la reconnaître : la satisfaction d'une leçon bien enseignée. La nostalgie plonge sur ses boucliers, lui faisant presque perdre contrôle. Mais au moment où il s'excuse pour aller vérifier le cockpit, Qui-Gon ne peut s'empécher de sourire.

OoOoOoO

C'est uniquement lorsque l'ordinateur de bord annonce leur sortie imminente de l'hyperesace pour Ilum que Qui-Gon s'en prend à lui-même. Qu'est-il en train de faire ? Il s'était juré que depuis ce jour fatidique sur Telos IV, il ne prendrait plus d'autre Padawan. Le succès de Feemor devenu chevalier a été totalement éclipsé par son échec vis à vis de Xanathos contaminé par le Côté Obscur, qui a jailli dans son enfance. La satire ne lui échappe pas, pourquoi son padawan de deux ans a réussi, alors que son padawan de six ans a échoué ? Qui-Gon pousse un soupir tandis qu'il ordonne à Garen Muln de sortir du cockpit. Il n'a jamais été un bon maître, jamais digne de son rang et de son titre. Cette mascarade dans la cuisine aujourd'hui résulte de son manque de réaction autant que l'indélicatesse de la Padawan Unduli.

Le vaisseau se retire de l'hyperespace dans une embardée silencieuse, reflétant l'écho vide et brutal de son estomac. Les étoiles défilent et se fondent en milliards de diamants scintillants, de rivières nébuleuses et de comètes striées. Et avec elle, la Force vivante coule à nouveau, coule à travers son esprit fatigué, l'apaisant, le calmant. Qui-Gon se plonge dans ce flot pour essayer de trouver une réponse, des réponses, à une question qu'il ne peut définir complètement.

Le monde de glace bleuté de Ilum plane droit devant, un phare dans la Force, appelant tous les êtres sensibles à la Force, Jedi ou non, aux trésors qu'elle détient dans ses coffres. Qui-Gon se penche en avant, tape les commandes d'activation et se prépare à faire atterrir le vaisseau. La Force ne lui a donné aucune réponse claire – mais la mélodie entêtante des cristaux l'attire impitoyablement. Ilum est son avenir immédiat, et il doit y faire face, comme la Force vivante l'oblige à revenir au présent.

Il espère que Obi-Wan pourra aussi y faire face.


Voilà pour ce chapitre ^^

A bientôt pour la suite, où il y aura pas mal d'action.

Tchousss