Les années qui suivirent ne virent que l'établissement d'une amitié de plus en plus profonde. Légèrement en dehors de la vie de leur propre maison il semblait parfois qu'ils étaient tous à Serdaigle ou à Poufsouffle tant ceux-ci les acceptaient en leur sein.
Ils n'avaient jamais cessé de travailler ensemble si bien qu'ils connaissaient les facilités et les méthodes de travail de chacun aussi bien que les leurs. Emma, Childéric et Chilpéric se rassemblaient beaucoup dans leur façon d'apprendre et de comprendre. Ariana avait aussi une capacité à comprendre le fond des choses assez innée, quant à sa pratique magique elle avançait très différemment de celle des autres.
Alors que ses amis maîtrisaient sort après sort, notion après notion avançant dans toutes les matières a un rythme qui leur était propre, Ariana faisait tout de front. Chaque nouvelle chose qu'elle apprenait ou qu'elle parvenait à faire, si petite fut-elle, lui permettait de progresser partout. Gagner en précision pour un enchantement lui permettait d'affiner un sort de métamorphose. Comprendre le fonctionnement d'une plante en botanique et elle saisissait mieux son application en potions. Un sort de défense contre les forces du mal lui faisait travailler le contrôle de plus de puissance brute et tous les autres s'en trouvaient renforcés.
De même pour ses cours avec Dustus, une fois sur deux elle lui demandait de pratiquer à sa place pour qu'elle tente de comprendre la différence entre la façon dont elle utilisait la magie et celle de Dustus. Déjà dans son enfance Ariana avait été sensible à cette subtilité qui différenciait son père, des animaux magiques, de ceux non-magiques.
Les êtres magiques possédaient une énergie propre qui, de prime abord, semblait diverger selon l'espèce ou la race mais là encore ce n'était qu'approximation. Ariana, en s'y penchant un peu plus, remarqua des différences entre les elfes de maison, entre les sorciers. Elle s'était particulièrement arrêté sur le cas des sorciers prenant comme exemple Emma et les frères Abrahams.
C'est la singularité de sa camarade qu'elle perçue en premier. Elle s'était fait un petit carnet dans lequel, jour après jour, elle essayait de mettre des mots sur ce qu'elle ressentait. Au début elle ne mettait que des mots clés aussi vagues que vides de sens puis elle précisa son vocabulaire en même temps que sa perception. Elle finit par trouver un consensus entre ses idées et la représentation qu'elle s'en faisait dans le champ lexicale de l'eau.
Emma était comme une rivière courant tranquillement. Ces flots étaient calmes et tranquilles à la surface mais bouillonnaient en profondeur. Longtemps elle vit Chilpéric et Childéric de la même manière. Lorsqu'elle fermait les yeux elle visualisait clairement un ruisseau au court rapide. Après maintes heures d'observation sa vision changea. Childéric prenait la fougue de rapides alors que Chilpéric restait beaucoup plus calme.
C'est en les « regardant » durant des combats que Ariana se rendit compte de la véritable différence entre eux et lui. Elle pouvait sentir chez les autres lorsqu'ils préparaient au combat. Chilpéric lui restait parfaitement serein jusqu'au moment où il attaquait. Sa vivacité n'avait d'égale que la quantité de magie qu'il déployait dans cet éclair de temps.
Après avoir apprécié pleinement ce qui différenciait ses amis elle commença aussi à voir des divergences entre les elfes. Ariana travailla sans relâche pendant presque une année, au terme de laquelle elle parvint à « voir » la magie de tous ceux qu'elle avait observé quotidiennement cela comptait ses amis et les elfes les plus proches de Dustus.
Plus elle perfectionnait cette technique, en plus de son entraînement magique et des cours, moins elle percevait de frontière. La magie de chacun était différente mais les spécificités individuelles n'étaient pas plus importantes chez les sorciers que chez les elfes. Autrement dit la différence de magie entre les sorciers et les elfes n'était pas une différence de nature mais bel et bien de degré.
Dustus n'utilisait pas sa magie de la même manière qu'on apprenait aux sorciers à le faire. C'est pourquoi même en obtenant le même résultat que lui, Ariana « ratait » toujours le même exercice depuis un an. La difficulté n'était pas de soulever le plateau mais de le faire comme le ferait un elfe de maison.
Ariana s'attela alors à l'une des tâches les plus ardues de sa vie, contrefaire sa façon-même d'utiliser la magie. Ses amis la soutenaient toujours avec enthousiasme, même s'ils la voyaient fréquemment s'arracher les cheveux sur des problèmes dont ils ne comprenaient ni les tenants ni les aboutissants. Cela suffisait à garder Ariana dans le bon chemin et dans la moyenne haute de la classe sauf, là encore, dans la pratique magique.
Elle voyait la déception de son oncle lorsque la plume qu'il lui donnait ne prenait du verre que l'apparence cristalline avant d'être emporté par un coup de vent et de se briser au sol. Seuls ses amis savaient en quoi elle était époustouflante en métamorphose. Même si elle était incapable d'exécuter une transfiguration correcte, elle se trouvait être la meilleur juge pour ces amis. Les yeux fermés elle pouvait dire ce qui n'avait pas été et pourquoi. Il lui fallait moins d'une seconde pour savoir que le verre de Chilpéric avait encore un poil de souris.
Là où Ariana restait inégalée et imbattable c'était les soins aux créatures magiques. Elle avait une véritable passion pour cette matière et aurait pu y passer des journées entières si elle n'avait pas eu tant d'autres choses à faire. Elle lisait tout ce que la bibliothèque comptait sur les animaux magiques ou non, sans en privilégier aucun par rapport à d'autres.
Chaque nouvelle créature que le professeur présentait créait chez elle un engouement qui n'avait d'égal que le précédent. Sa passion l'avait mis dans les petits papiers de l'enseignant qui la laissait, entre les cours, passer plus de temps avec leurs objets d'étude. Ariana essayait de compléter le manuel de Norbert Dragonneau en y ajoutant les « ressentis magiques ». Elle y décrivait au mieux la façon dont ces animaux semblaient utiliser la magie s'aidant de quelques exemples précis des utilisations qu'ils pouvaient en avoir.
Durant les vacances hivernales de leur 4ème année, Childéric fut pris d'une envie d'aller explorer la forêt interdite. Ariana, évidement, fut tout de suite d'accord. Comment aurait-il pu en être autrement avec la quantité de bestioles en tout genre dont regorgeait le lieu ? Chilpéric n'était pas contre. Emma fut plus difficile à convaincre. Son poste nouvellement acquis en tant que poursuiveuse dans l'équipe de Gryffondor lui demandait beaucoup d'entraînement quotidien, ce qui ne laissait que peu des places à ces escapades nocturnes.
Pourtant une fois lancé, le groupe se fit une habitude de ces ballades proscrites, tout d'abord en journée puis, quand les cours reprirent ils attendirent les soirs de week-ends. En premier lieu ils récoltèrent quelques frayeurs mais surtout beaucoup d'égratignures. Mais c'est ainsi qu'ils firent la connaissance d'une centaure nommée Kwëlane.
Elle semblait jeune. Tout son corps, des traits de son visage à ses membres équins, étaient fins et délicats. Elle avait de longs cheveux blonds qui lui retombaient en tresse jusque dans le bas du dos. Sa robe était couleur crème et s'éclaircissait sur ses pattes jusqu'à devenir complètement blanche, ce qui tranchait avec ses sabots noirs, sauf celui de son postérieur gauche qui était blanc. Les crins de sa queue claire était zébrés des même couleurs foncées.
Au départ elle avait eu peur d'eux mais Childéric comme Ariana l'avait rapidement mise à l'aise et bientôt elle coordonna ses promenades hors du troupeaux avec leur visite dans la forêt. Elle fut aussi très vite passionnée par les travaux qu'entreprenait Ariana et accepta de l'aider, se moquant innocemment de cette dernière lorsqu'elle n'arrivait pas à pratiquer la magie comme le peuple sylvestre.
Ariana était aux anges. La culture centaure était d'une richesse exceptionnelle, si bien qu'après chaque rencontre avec Kwëlane elle noircissait des pages entières de carnet. Les autres apprenaient aussi beaucoup avec elle et réciproquement. Ils devinrent très bons amis malgré le peu de temps qu'ils passaient ensemble.
Plus tard durant l'été Ariana s'intéressa aux être de l'eau. Pendant plusieurs semaines elle chercha le meilleur moyen de rester sous l'eau longtemps. Une fois qu'elle fut sûre de sa technique , Ariana plongea avec Chilpéric, qui ne voulait pas la laisser y aller seule. Elle eut quelques difficultés à faire comprendre ses intentions.
Tous les êtres de l'eau n'étaient pas ravis de la voir s'incruster mais, là encore la chance lui sourit en la personne d'un des plus vieux habitant qui accepta de partager son savoir magique, historique et culturel avec elle. Chilpéric, lui, rencontra un être de l'eau plus jeune et très désireux de prouver sa valeur. Ils s'affrontaient à répétition. Le serdaigle était clairement plus puissant mais son adversaire était dans son élément. De cette rivalité naquit une relation aussi profonde qu'entre Ariana avec son informateur.
Tout le temps que Chilpéric et Ariana passait sous l'eau laissait la possibilité à Childéric et Emma de passer du temps ensemble, chose que l'un comme l'autre semblait apprécier. Childéric était assez à l'aise sur son balais pour l'aider à s'entraîner. Il n'avait lui-même pas essayer d'intégrer l'équipe de sa maison de peur d'avoir à l'affronter.
Ils s'étaient beaucoup rapprochés mais cela ne gênait ni Ariana ni Chilpéric qui partageaient eux-même des expériences qui leur étaient propres. Les deux amis avaient d'ailleurs lancé des paris sur quand ils allaient s'avouer leurs sentiments. C'était devenu une blague récurrente entre eux qu'ils prenaient bien sûr soin de cacher aux deux autres.
Durant les matchs de Quidditch, bien qu'ils portaient toujours la couleur de leurs maisons respectives lorsqu'elles étaient en jeu, soutenir Emma passait avant tout quitte à se faire mal voir. Les Serdaigles et les Poufsouffles étaient les plus compréhensifs face à cette loyauté immuable que beaucoup admiraient en un sens.
Dans les lettres qu'elle écrivait à son père, Ariana ne cachait rien. Elle avait d'abord senti chez lui la crainte en la voyant emprunter ce chemin tangent dont elle avait fait sa vie. Maintenant qu'il la voyait heureuse et épanouie il ne cachait plus sa fierté.
Ariana voyait son père régulièrement depuis qu'ils pouvaient se rendre au Pré-au-lard. Ce dernier, toujours aussi protecteur, n'avait pas tenu un an avant de déménager pour rejoindre le petit village mitoyen à l'école. Il y avait repris un bar miteux qui voyait passer toute la société sorcière de l'ombre.
Abelforth y jouait les espions pour le compte de son frère. Ce rôle lui convenait étrangement bien malgré ses divergences avec Albus. Il n'avait plus à être un Dumbledore mais simplement le barman masqué de la Tête de sanglier. Ariana ne l'avait jamais vu si heureux.
Merci de me lire jusque là ! J'espère ne pas vous décevoir, si c'est le cas pour une raison ou une autre faites le moi savoir. Sur ce, à la semaine prochaine.
