Salut les gens ! :)
Je sais, ça fait hyper longtemps que je n'ai pas updaté cette traduction qui pourtant me tient à cœur. Mais je me suis brusquement lassée de Star Wars, cette lassitude a duré près de deux ans. Et mon intérêt pour cette saga est revenu il n'y a que trois jours, allez savoir pourquoi, l'appel de la Force peut-être ? Toujours est-il que j'ai eu envie de reprendre cette traduction, et voilà ! Un nouveau chapitre tout beau et tout chaud ^^
Un gros merci pour ceux qui m'ont laissé un gentil commentaire, même après ces deux ans d'absence !
Bonne lecture !
Padawan, j'ignorais que tu avais consacré ta vie à la paresse et non à la voie du Jedi. La voix de Qui-Gon est douce, mais son sous-entendu est aussi dur que l'acier.
Se redressant brusquement, Obi-Wan doit lutter, à travers une brume de lassitude, pour se concentrer à nouveau sur le débat des candidats sénatoriaux. Jusqu'à présent, il n'avait rien appris de cette expérience, si ce n'est que les deux politiciens visaient essentiellement le même but, avec à peu près la même méthode et les mêmes promesses. La politique, décide Obi-Wan, suit à chaque fois la même formule. Un : enquêter sur les souhaits du public. Deux : élaborer plusieurs « plans d'action » dans lesquels vous vous engagez à faire face à ces problèmes, mais sans dire exactement comment vous comptez-vous y prendre. Trois : Mêler d'une manière ou d'une autres ces questions à votre propre image et liez à ça l'argument des plans gouvernementaux. Quatre : Critiquer la personnalité de l'autre candidat avec le prétexte de remettre ses plans en questions.
Les lèvres de Obi-Wan se relèvent en un sourire narquois. Il lui vient à l'esprit qu'une grande partie de la politique est ad hominem. Peu importe ce que promet un politicien, ce n'est qu'un petit nombre de personnes à qui l'on peut faire confiance qui va réaliser ces promesses. Le reste du groupe comporte surtout des personnes élus grâce à une vague d'opinion politique basée sur une fausse façade, et qui se vautrent dans leur complaisance durant la durée de leur mandat. Et lorsqu'à lieu l'année des réélections, les politiciens s'invitent en masse, embrassent quelques bébés, serrent des mains, soutiennent une petite organisation à but non lucratif et une fois de plus les votes majoritaires les portent au pouvoir.
La démocratie. Hahaha.
Certaines pensées d'Obi-Wan ont dû dériver dans leur lien, parce que les doigts de Qui-Gon se contractent dans son dos, et il tourne un regard sévère, bien que légèrement amusé, vers son apprenti à côté de lui.
« Padawan » murmure Qui-Gon. « Le conseil ne t'a pas assigné cette mission pour connaître ta- oserais je le dire- description assez précise de la politique en général, tu te rappelles que ta contribution au rapport de la mission doit être assez évidente, n'est-ce pas ? »
La réponse de Obi-Wan est un bruit sourd d'embarras contrit entre l'espace qui les sépare. Leurs mains croisées derrière le dos, les deux Jedi se tiennent juste devant la sortie de la grande salle où les candidats sénatoriaux Palpatine et Naberrrie continuent leur bataille de mots.
« Gouverneur Palpatine » Le visage de Atushi Naberrie grimace gentiment, exsudant une calme confiance en soi. « Nous avons entendu vos arguments, mais je préconise une lente séparation avec la Fédération du Commerce : une rupture complète des liens avec la Fédération affaiblirait-elle l'économie de Naboo au lieu de la renforcer ? »
Franc et direct. Mais Palpatine ne l'est jamais.
« Ah, c'est là que réside cette idée fausse. « Les joues ridées de Palpatine se plissent davantage quand son sourire s'élargit « La Fédération du Commerce se développe progressivement et s'éloigne de plus en plus de ce que nous qualifierions une fusion d'entreprise. Désormais, elle est plus proche d'un groupe de systèmes indépendants. »
La foule se tait de peur, son murmure dansant dans l'air électrisé.
Une pause, comme le ferait un marionnettiste jouant avec les ficelles de ses marionnettes. Un soupir, de chagrin, de regret. « Nous avons tous vu ce qu'il s'est passé sur Phindar avec la Corporation d'exploitation minière » poursuit tristement Palpatine, une ombre de chagrin voilant ses yeux. « Nous ne pouvons pas nous permettre – je ne peux pas, et nous non plus laisser ces mêmes pratiques barbares se produire sur notre peuple, je crains que nous ne puissions pas servir à la fois les exigences de la Fédération du Commerce, tout en maintenant intègre les mœurs de la République Galactique. »
Des applaudissements tumultueux. Atushi Naberrie force un sourire sur ses traits figés.
Palpatine se détourne de son adversaire pour s'adresser au public, déglutissant de façon audible. « Je ne prends pas ce pouvoir à la légère, mes amis, ma famille » dit-il lentement. "Je ne veux que nous protéger tous des menaces de notre paix futur. Ne pensez pas seulement à vous, pensez à vos enfants. » Palpatine fait un pas en avant -et Obi-Wan se dit que ce n'était pas possible que ce ne soit pas planifié- quand une femme de la foule lui remet son enfant âgé d'à peine deux ans. Les mots du gouverneur sonnent avec un nouveau pouvoir, amplifiant l'enthousiasme de la foule de toute sa puissance. « Cet enfant m'est précieux ! » crie-t-il, ignorant complètement la façon dont la fillette regarde son visage souriant et éclate en sanglots. « Je ne laisserais pas quelqu'un lui faire du mal ! Et je ne vous abandonnerais pas ! »
La petite fille hurle à plein poumons au moment où elle est rendue à sa mère, mais les cris de l'enfant sont avalés par les hurlements galvanisés de la foule en liesse.
Et voilà, remarque Obi-Wan avec ironie. Embrasser les bébés. Sombre ou pas, il semble que Palpatine donne aux gens de tous les âges une large frayeur. Envoyant un amusement résigné à travers leur lien, il lève les yeux vers son maître.
Le sourire glisse de son visage.
La tête de Qui-Gon est légèrement inclinée alors qu'il regarde froidement Palpatine. Son corps entier semble tendu, prêt à jaillir.
Et puis Obi-Wan tire sur la manche de son maître en une question silencieuse.
Qui-Gon sort de sa contemplation. « Padawan » murmure-t-il d'un air désapprobateur.
Le visage de Obi-Wan, d'une façon ou d'une autre, s'est moulé dans la même expression agacée que celle de Qui-Gon. Même si l'expression de ce dernier semble davantage obstinée. Son maître ne semble pas enclin à sortir de son silence, alors avec un froncement de sourcils déterminé, Obi-Wan donne à la cape de Qui-Gon encore un autre cou sec, accompagné d'un abaissement soudain des boucliers et d'un coup mental aussi.
« Padawan » L'exaspération de Qui-Gon s'exprime à la fois dans un grondement retentissant dans la Force et dans un murmure qui frémit dans l'air. « Quelle punition penses-tu que cela mérite ? »
Comme s'il se rendait soudainement compte de l'étendue de ses actions, Obi-Wan libère l'ourlet de la manche de son maître avec un mouvement saccadé, comme un chat échaudé, et s'éloigne physiquement et mentalement du lien, qui continue de grincer avec l'agacement de Qui-Gon.
Fermant les yeux, Qui-Gon lâche un soupir refoulé et remplit lentement ses poumons, bloquant le chaos de la foule, la fluidité brûlante des mots de Palpatine, et la...peine...de son padawan ?
« Obi-Wan ? » murmure-t-il. Qui-Gon n'ouvre pas les yeux, mais il sait que son front doit se plisser avec un froncement de sourcils. Il sait qu'il ne peut pas s'attendre à une réponse – du moins pas à une réponse auditive- mais le lien lui-même reste étrangement froid et calme avec juste un soupçon d'excuse qui dérive vers lui. Un équilibre parfait, avec une mer d'émotions qui se cache derrière des murs rapidement construits. Seul le bas murmure de la Force trahit la vérité.
Qui-Gon rit presque. Donc, un petit négociateur se tient à ses côtés.
L'enthousiasme de la foule devrait être assourdissante, mais la cacophonie semblait entourer le maître et l'apprenti dans une barrière sonore, les enfermant dans une demi-sphère étrangement privée, alors même qu'ils se tiennent non loin du podium. Il y a un équilibre ici, une osmose. Le calme au milieu du bruit, la paix parfaite dans l'œil de la tempête, des bougies jumelles scintillant dans un nuage de brume grise.
Qui-Gon laisse la lumière inonder son monde, et tourne son regard fatigué vers le garçon qui examine le sol en marbre comme si c'était la chose la plus intéressante de la galaxie, se mordillant la lèvre en même temps.
« Petit » commence doucement Qui-Gon. Un désir irrésistible de rire monte en lui. Il y a quelques instants auparavant il s'était montré sévère envers son padawan, à présent, il en est réduit à utiliser des noms d'animaux de compagnie dans le but d'apaiser son apprenti. « Qu'est-ce que je t'ai dit à propos de te mordiller la lèvre ? «
La surprise fait voler en éclats les boucliers de l'Obi-Wan, comme de l'eau fraîche qui s'élance à travers un barrage mal construit. Des yeux bleus légèrement humides se lèvent vers le haut, rencontrant des pupilles céruléennes, puis se baissent avant que l'émotion ne voile ces iris bleutés. Qui-Gon hausse un sourcil quand la lèvre du padawan pâlit avec une nouvelle pression avant de revenir à sa teinte normale de rose.
« C'est mieux. » Qui-Gon retourne vers le débat pour masquer le sourire qui tire la commissure de ses lèvres. Naturellement, quand il parle, aucun amusement ne transparaît dans sa voix. « Maintenant, pour en revenir à ta punition – tu ne penses pas que tu vas t'en sortir n'est-ce pas?- tu vas aller patrouiller le long du périmètre de la ville deux fois, puis tu me feras un rapport. » Devant l'inconfort de son apprenti, Qui-Gon cède légèrement. « Je ne pense pas que tu doives t'inquiéter, Theed n'est pas aussi dure que Nar Shaddaa, tu sais, mais garde quand même ton sabre-laser avec toi et ton comlink."
Obi-Wan s'incline dans un arc contrit, sa minuscule tresse se balançant pathétiquement près de sa joue écarlate, puis se tourne pour partir.
Son mouvement est arrêté par une grande main chaude qui se pose sur sa tête. Obi-Wan manque de perdre l'équilibre comme ses pieds veulent avancer alors que sa tête ne peut plus bouger. Le rire profond de Qui-Gon retentit derrière lui alors que la paume rugueuse de son maître ébouriffe ses cheveux, et Obi-Wan sent le rire se fondre en un sentiment de paix totale qui danse le long de leur lien.
« Avertis-moi si tu sens le moindre signe d'obscurité » L'avertissement de Qui-Gon est accompagné d'un léger hochement de tête de Obi-Wan.
Obi-Wan dresse le cou en arrière pour regarder le grand Jedi. Les yeux scintillant du maître brillent avec sérieux. Mais c'est peut-être parce que Obi-Wan observe les traits de son maître à l'envers. Comme c'est curieux.
Qui-Gon n'hésite pas à sourire à présent, alors qu'il replace son padawan dans la bonne position, pour qu'il lui fasse face de la bonne façon. Mais il cache habilement toute émotion avec cet ordre : « Je m'attends à ce que tu sois de retour pour le repas du soir. »
Obi-Wan incline la tête dans cet angle particulier dont Qui-Gon a déjà appris la signification, un long et très amusé « Oui, Maître » et au doux coup de coude de Qui-Gon, le garçon s'enfonce dans la foule sans plus tarder.
Un petit froncement de sourcils plisse le front de Qui-Gon. Est-il devenu aussi transparent pour son padawan ?
Puis un membre de la foule transforme sa jubilation en action, et le Jedi se jette dans la bagarre qui en résulte avec un soupir d'agacement. Sortant Obi-Wan de ses pensées, il se fraye un chemin vers l'enchevêtrement de membres qui se déroule près de deux gouverneurs. Nous venons servir, se dit-il avec ironie. Alors quand son poing rencontre le visage rougi par le vin d'un homme particulièrement pugnace dans un craquement extrêmement satisfaisant, c'est aussi un service.
Juste pas très traditionnel.
OoOoOoOoO
Obi-Wan laisse les plis de sa cape dissimuler le sabre-laser à sa hanche alors que se bottes claquent à bon rythme dans les rues pavées. Theed est une ville magnifiquement lumineuse, ses rues larges animées d'un brouhaha de langues en cette fin d'après-midi. La lumière concentrée semble inonder la place du Palais avec de l'or fondu et entourer ses colonnades et l'Arc de triomphe d'un ruban de soie filé. Obi-Wan a l'impression d'être baigné de lumière et de marcher non pas dans une ville auréolée par le coucher du soleil, mais sur une mer de verre céleste.
Le marché est toujours un chaos infernal de cries et de rires effrénés à cette heure, alors que les marchands cherchent à vider leurs étals à la fin de la journée. Lorsque Obi-Wan cherche à ouvrir son esprit et à prendre conscience de son environnement, la cacophonie des voix menace de le submerger dans un torrent d'images, d'émotions et de sens multiples- mais Obi-Wan fonde son identité dans la Force, cherchant à s'ancrer dans le tissage sans fin des mélodies qui sont la Force elle-même. Et progressivement, Obi-Wan se rend compte que le marché lui-même est simplement une autre symphonie dans la chaîne et la trame qu'est la musique des sphères, une autre variation dans le modèle que la Force tisse à sa volonté. Le torrent en lui ralentit, se muant en une houle douce, Obi-Wan n'a plus besoin d'une ancre.
Tardivement, Obi-Wan réalise qu'il ne passe pas inaperçu dans les rues larges.
Les commerçants font la publicité de leurs marchandises dans des cris abrutissants, directement dans ses tendres tympans, prenant apparemment son attitude polie pour celle d'un garçon riche. Cela ne sert à rien, Qui-Gon ne lui a donné aucun crédits- ses poches ne contiennent que sa pierre de rivière et sa flûte est fraîche contre son avant-bras, il n'y a que sa personne qui ait une valeur monétaire. Mais apparemment, cela n'a pas d'importance, car ses excuses légères sont accueillies par les railleries de jeunes femmes dans leurs échoppes de vêtements et les éclats de rires bourrus des marchands. Certains d'entre eux tentent d'ébouriffer ses cheveux et n'essaient même pas de masquer leurs rires quand il évite leurs gestes avec une grâce facile. Et à la mortification éternelle d'Obi-Wan, il se rend compte qu'il peut être un Jedi, mais que rien n'empêche l'impact de ses traits juvéniles. Les femmes plus âgées, les mères et les grands-mères, regardent son visage jeune et fondent dans leurs sièges. Quelques-unes, les plus fortes, les plus matrimoniales, tendent même la main pour- que la Force le protège- pincer ses joues.
Oh bon sang, non, gronde-t-il mentalement comme une femme âgée avance ses articulations arthritiques pour saisir sa tresse de padawan, chantant à propos de sa ressemblance avec son petit fils tout le long du chemin.
« Tu es exactement comme lui, mon chéri » roucoule la femme, révélant une douzaine de dents blanches, mais le reste est manquant. « A part pour les jolies manières, que les étoiles m'entendent, tu es bien mieux élevé. »
Obi-Wan fait un signe de tête précipité, et tourne les talons pour se retrouver face à une grappe de fruits Muja devant son visage. Ses yeux suivent les doigts hâlés qui agrippent les fruits pourprés, glissent le long d'une manche rugueuse, pour se réchauffer dans une paire de yeux bruns bordés de rides dus à des décennies de sourires. « Vas-y, gamin » sourit l'homme. « Excuse la femme, elle adore notre petit-fils. Prends donc. »
Une petite secousse de la tête. La main de Obi-Wan tapote ses poches et se retourne pour montrer qu'il n'a pas de crédits.
« Pas d'argent, hum » fit le vieil homme en se frottant la barbe de sa main libre. Il désigne tout à coup la hanche de Obi-Wan. « Pas grave. Après-tout, c'est le moins que je puisse faire pour ton Ordre. »
Obi-Wan baisse les yeux et découvre que sa cape est à moitié partie, révélant la longueur élégante de la poignée de son sabre qui repose sur sa cuisse. Une pointe d'émotion inconnue surgit alors en lui, mais il rencontre une fois de plus le regard chaleureux du vieil homme et réalise que ce n'est pas un affront, l'homme pense simplement à l'Ordre et non à l'individu. L'honnêteté brille dans ces iris terreux. Le vieux marchand a lu les incertitudes de Obi-Wan comme dans un livre ouvert. En fait, il a probablement mentionné l'Ordre car il a instinctivement senti que ce jeune Jedi avec ses manières si impeccables refuserait un cadeau qui lui était juste destiné.
Même maintenant, il y a une trace d'amusement dans ces yeux sages alors qu'ils regardent avec défi ceux de Obi-Wan. Il y a trop à lire pour que cela soit normal, la Force bourdonne tranquillement autour du marchand. Il est légèrement sensible à la Force. Mais pas assez pour être appelé au Temple, il doit y être moyennement sensible.
Obi-Wan s'incline profondément jusqu'à la taille, aussi respectueusement qu'il le ferait face à un maître vénéré du Temple Jedi, acceptant le cadeau avec humilité et sagesse.
« Reviens quand tu veux » dit le vieil homme, son rire se muant en quinte de toux comme le garçon continue son chemin. « Il n'y pas de mujas plus doux et sucrés dans toute la galaxie ! »
Le coucher de soleil réchauffe le cœur de Obi-Wan, s'étendant de sa poitrine jusqu'au bout de ses doigts. Une explosion de douceur mielleuse éclate dans sa bouche alors que ses dents cassent la peau du muja. Par la Force. Obi-Wan se dit que le vieil home avait peut-être raison à propos de ses marchandises après-tout.
Les ombres s'allongent à mesure que le temps passe. Les marchands commencent à déployer des auvents lumineux pour couvrir leurs étals. Les rues sont calmes comme les habitants se préparent pour le repas du soir. Les pas de Obi-Wan se transforment en échos qui se répercutent entre les maisons en briques jaunes alors qu'il atteint la limite de Theed. La large allée du Palais s'étend derrière lui tandis que le doux vent crépusculaire soulève l'ourlet de son manteau.
Un bruit sourd provenant d'une ruelle. Obi-Wan sort le sabre de sa ceinture, tenant le muja entamé dans l'autre main. Il aurait crié un avertissement s'il l'avait pu. Dans l'état actuel, il ne peut que calmer les battements de son cœur et se forcer à attendre.
Dans la pénombre d'un couloir, non loin du hall principal, une silhouette à capuchon se détache du mur et glisse vers l'avant dans un mouvement fluide, qui montre qu'elle est habituées à des fuites rapides. La voix, quand elle vient, est une râpe brute de cordes vocales censées être jeunes, mais usées par l'expérience.
« Donne-moi ça »
Obi-Wan lève les restes du muja de manière interrogative, prenant soin de ne pas relâcher le manche de son sabre-laser. La silhouette ne fait que quelques pas de plus, la faim émanant de sa signature de Force vacillante. Un pas encore, puis le muja tournoie dans un arc tremblant pour atterrir dans une paume rougeoyante.
Sans un mot de plus, la créature tourne les talons et se précipite dans l'encre croissante du soir. Mais les derniers rayons mourants du soleil de Naboo attrapent sa silhouette tandis que son capuchon est rejeté par une rafale de vent. Une couronne de cornes crâniennes scintillent dans la lumière ardente. Au bord de l'obscurité, ligne de division entre la Lumière et l'Obscur comme la limite de la galaxie elle-même, la silhouette se retourne.
Le regard bleu de Obi-Wan croise une paire d'iris incandescents. Les deux paires de yeux, aux couleurs du ciel et de l'enfer, se regardent à travers la Force Unificatrice. La ligne qui les sépare est indistincte et floue, comme le bord flamboyant d'un sabre-laser. La main de Obi-Wan remue sur son sabre alors que la Force crie un avertissement dans son esprit.
Prophétie. Destin. La Force Unificatrice inonde son corps d'appréhension. La Force Vivante garde son doigt sur le bouton d'activation. Ce n'est ni le lieu, ni le moment.
Obi-Wan cligne des yeux, et les terribles iris sont partis.
Un bruit métallique retentit, tandis qu'une machine de démolition détruit le dernier mur de briques de la journée, permettant aux rayons du soleil mourants d'inonder l'ouverture soudaine, à travers la rue. Celle dans laquelle la silhouette mystérieuse a disparu. Obi-Wan place une main sur son front, se protégeant le visage des lances de feu qui courent sur sa peau. Ces rayons du soleil remontent en trombe la longue avenue, puis l'Arc de Triomphe, se rejoignant dans la place du Palais vide. Ils suivent les colonnades derrière les jardins, se faufilent sur le marbre et l'obsidienne, jusqu'au générateur de plasma, indifférents aux boucliers qui barrent leurs chemins, et là, la lumière tombera pour toujours dans les profondeurs criblées d'éclairs du puits du générateur.
Le soleil disparaît progressivement à l'horizon, son dernier grain de lumière luit sur la poignée du sabre de Obi-Wan comme il l'attache de nouveau à sa ceinture.
L'obscurité dure un moment mais pas plus.
Des lampes s'illuminent dans les rues de Theed, se répandant comme des lucioles dans une tempête. Et, alors que Obi-Wan reprend son chemin vers son maître et son futur diner, il avance le long d'une route pavée d'étoiles, avec pour seule compagnie la musique des sphères.
Mais c'est suffisant.
OoOoOoOo
Ce sont les heures creuses de la nuit au Palais Royal de Theed.
Un Padawan Jedi est chassé de ses couvertures chaudes par l'insomnie. S'emparant d'une flûte posée sur une table basse, il se sert de la Force pour assourdir ses pas, marche devant son maître assoupi et s'éloigne, le silence enveloppant sa silhouette. La porte se referme sans bruits derrière lui tandis qu'il se se dirige vers les jardins éclairés par la nuit.
Un candidat sénatorial repousse dans son esprit les pensées mélancoliques qui résonnent des rires de sa fille et se tourne, une fois de plus, vers la montagne de paperasses qui l'attend.
Un spectre gris et solitaire se coule doucement d'alcôves en alcôves, dans les couloirs vides, les gardes tombant sur son passage, comme des marionnettes dont les cordes se seraient d'abord tendues puis cassées.
Une ombre plus foncée se faufile dans les pas du spectre, les rides de son sourire éclatant ne sont que des ondulations dans l'air comme il glisse sur la piste des cadavres.
La Force reste immobile.
OoOoOoOo
Xanathos DuCrion arrive avec de nouvelles informations. Il a dû les arracher à son informateur, ce minuscule et pathétique Zabrak qui n'a pas de nom. Et à la lumière de ce renseignement, il a décidé de modifier ses plans. Au début, il avait débarqué sur cette planète avec une double mission, mais maintenant ses objectifs ont changé, la vengeance avant l'argent.
Donc peu importe qu'un bouton d'activation relié à un réseau de bombes disposées dans les renfoncements du palais repose confortablement dans sa poche. Peu importe qu'une grosse somme d'argent soit transférée sur son compte bancaire anonyme si les bombes éliminent une cible spécifique. Tout ce que désire Xanathos DuCrion c'est entendre Qui-Gon Jinn hurler.
Les premières notes d'une flûte dérivent à travers la véranda à colonnes, non loin où il s'est accroupi à l'ombre d'un pilier. Xanathos s'autorise un sourire pour savourer le moment, sa main s'empare de son sabre-laser à sa ceinture, il se prépare à bondir et-
« Je ne ferais pas ça, mon garçon »
Xanathos prend conscience d'une chaleur brûlante sur sa nuque, comme si les feux de l'enfer s'étaient réunis en une ligne ardente juste au-dessus de sa peau. Ravalant un cri de douleur, il se force à se retourner lentement. Il ne voit que le rebord d'un capuchon, et une ombre mouvante à l'intérieur qui tient une lame cramoisie contre sa gorge. Ses boucliers mentaux et méfiants se dressent aussitôt dans son esprit tandis qu'il tente de pénétrer dans la tête de l'ombre.
« Tellement idiot ». La voix n'est pas une voix, mais des mots terribles et rauques qui fracassent les boucliers inutiles de Xanathos, comme le ferait une épée sur des éclats de bois. « Tu cherches à savoir qui je suis? » Un rire sombre, terrible, étouffé. « Laisse-moi d'abord te dire ce que tu es, Xanathos DuCrion »
Xanathos veut déglutir, mais la sécheresse de sa bouche et la lame rouge-sang qui frôle sa gorge l'en empêchent. Un monstre se réveille dans sa poitrine, se nourrissante et se délectant de sa peur. Le silence se referme autour d'eux, cette créature a jeté de puissants boucliers dans la Force sans même avoir eu l'air de bouger.
L'ombre parle, et alors c'est comme si elle était faite de vers et de cordes vocales rouillées par l'âge. « Tu es un Jedi Noir. Les Jedi ne sont plus que des pions...leur existence même scintille avec cette lumière écœurante. » Une odeur métallique dérive de la lame écarlate. Une pause, les lèvres pâles de l'ombre se relèvent en un sourire froid, vide, mort. « Tu n'es rien. Tu n'es rien de plus qu'une silhouette. L'ombre d'une ombre n'est rien du tout. Tu ne peux pas prétendre faire parti de l'Obscurité quand tu es encore dans la pénombre. »
Les mots font frissonner Xanathos. « Alors prenez-moi comme apprenti...Maître » Le dernier mot est un souffle de réalisation, la soumission d'une âme qui sait qu'elle est désespérément éclipsée.
Un ricanement, puis des mots crachés comme de l'huile sur un feu. « Tu es indigne, indigne même de tomber sous ma lame. » Le sabre siffle, tel un serpent mourant qui se rétracte. Xanathos sent la sueur glisser sur son menton alors qu'il s'effondre sur ses genoux, haletant.
« Tu es prévenu. »
La Force se brise en un cri silencieux, et l'ombre se dissout dans les ténèbres, laissant Xanathos à bout de souffle, son propre sabre activé compulsivement d'une barre rouge plus claire, son nouveau cristal bégayant dans le sillage d'un adversaire plus fort. Xanathos se relève près du pilier, conscient que les boucliers de Force ont disparu avec leur utilisateur. Il ne faut que quelques instants pour que les bourdonnements de son sabre-laser ne fassent connaître sa présence au padawan de Jinn.
Mais il s'avère que ce n'est pas nécessaire.
Une voix résonne derrière lui, mêlée d'autorité et d'inquiétude « Obi-Wan ! Cours ! »
Les notes de la flûte se cassent dans une cascade de cristal brisé, et Xanathos fait volte-face pour trouver son ancien maître à quelques mètres de là, son sabre étant déjà un flou arlequin de vieux sentiments et de détermination nouvelle.
« Jinn » grogne Xanathos. Il jette un coup d'œil par-dessus son épaule et voit Kenobi qui le regarde avec de grands yeux. Mais Xanathos sait qu'il ne pourra rien faire de plus pour lui ici – l'ombre est en train de le regarder. Alors il donne un coup de lame dans l'incrustation de métal sur le sol en marbre, envoyant des étincelles dans le visage de Qui-Gon, et se met à courir.
« Obi-Wan ! Alerte la sécurité du palais ! » Le cri de Qui-Gon retentit bruyamment dans les oreilles de Xanathos, puis les bottes de son ancien maître frappent la pierre alors que Qui-Gon se lance à sa poursuite.
Les doigts de Xanathos se glissent dans sa poche et trouvent l'interrupteur d'activation prêt. Il retient sa respiration. Pas encore. Bientôt. Il y a encore un moyen de faire comprendre à Jinn sa douleur.
Tout ce qu'il lui reste à faire est de trouver un moyen pour que Qui-Gon regarde son précieux padawan se faire consumer par l'explosion imminente.
