Salut les gens !

Merci pour vos reviews, cela m'a fait super plaisir de voir que cette histoire est toujours suivie :)

Sans attendre, voilà la suite ^^

Bonne lecture !


Les bottes de Qui-Gon frappent le sol en marbre du Palais Royal de Theed alors qu'il vole dans les couloirs à colonnades. Les battements de son cœur deviennent irréguliers, protestant contre la soudaine poussée d'adrénaline qui inondent le système nerveux. A y réfléchir, ses genoux commencent à lui faire mal aussi et la peau nue de ses pieds frotte douloureusement contre la semelle qui tapisse l'intérieur de ses bottes, car il n'a pas pensé à enfiler des chaussettes avant de partir à la recherche de son apprenti.

Il a une pensée ironique. Le voilà en train de pourchasser l'ombre de son ancien apprenti à présent.

Le manteau de Xanatos est un murmure d'encre liquide dans l'air nocturne. Qui-Gon poursuit la silhouette, le souffle du vent battant contre ses vêtements. Le grand Jedi augmente le rythme comme le contour du jeune homme scintille puis disparaît. Xanatos semble beaucoup plus compétent dans les arts sombres que Qui-Gon s'en souvient. La facilité avec laquelle sa signature de Force perfide se fond dans la nuit témoigne d'une plus grande habilité.

L'entrée principale du palais est aussi silencieuse qu'une tombe, l'air vicié et la place déserte évoquent une nécropole se prolongeant jusqu'aux portes battantes. Xanatos est chez lui ici, un homme mort, ne faisant plus parti de la Force, qui se faufile parmi le silence d'un cimetière. Sa présence est vide. Et il ne peut plus être vu.

Mais Xanatos sous-estime l'intimité que partage son ancien maître avec la Force et il ne comprend pas la profondeur du lien qui existait entre eux autrefois. En s'arrêtant sur les marches blanches et fantomatiques de la place, Qui-Gon inspire lentement et se plonge au cœur même de la Force, rassemblant la lumière des étoiles dans un tourbillon d'émerveillement et de clarté glorieuse. La Force Vivante lui parvient des lanternes infinies de la galaxie elle-même. Un afflux de chaleur et de glace si clair et si nette que Qui-Gon a l'impression que son identité vacille, son corps même étant un récipient de cristal sur le point de se briser.

La Lumière s'échappe de la Force dans un fracas rugissant de vie, balayant la nécropole dans une vague composée de la symphonie d'un million de mondes, du rire de milliards d'espèces rassemblées en un seul cri, et de chaque nuance de couleur de la Force, de la Flore félucienne turquoise à l'ocre du Sarlacc de Tatooine. Durant un instant, Qui-Gon est l'eau de la fontaine du centre de la place, les pétales de la plus petite fleur émergeant des pavés, les ardoises aigue-marine des toits au-dessus, la vermine dans les égouts, le rossignol qui virevolte dans les feuilles d'argent et les étoiles froides qui chantent dans le ciel. La nécropole explose dans la vie, telle une cacophonie de chants d'oiseaux dansant au travers la cime des arbres.

Qui-Gon se tend. Ici.

Le seul souffle de la mort provient de l'ancien Jedi qui s'élance dans la lumière des étoiles comme un rat pris dans les projecteurs d'un speeder.

Un saut qui danse sur les courants de la Force, une ligne brûlante aux flammes émeraudes atteint le bord sombre d'un manteau.

Et une griffe écarlate s'enflamme, la peur pollue la Force comme du mercure dans de l'eau de source. La peur n'émane pas de Qui-Gon. Elle n'émane pas non plus de son apprenti.

Le rictus de Xanatos DuCrion est celui d'un loup ricanant tandis qu'il appuie son sabre-laser sur la gorge ridée d'un vieil homme, utilisant le civil comme bouclier entre son ancien maître et lui. Le souffle du Naboo est empli de douleur. L'effluve brûlante du plasma cramoisi est suffisamment proche pour baigner de sueur ses traits âgés.

« Xanatos ». Les lèvres de Qui-Gon bougent à peine. « Ne fait pas ça. »

« Oh toi, et ton amour pour les autres formes de vie pathétiques » crache Xanatos en retour. « Tu es devenu sénile, mon vieux. Ta capacité infinie de pitié est attachante et extrêmement utile." Sa main libre s'agrippe aux cheveux blancs cireux du Naboo et le tire en arrière, montrant le cou veiné palpitant à la lueur du sabre-laser.

Le sabre-laser de Qui-Gon plane à ses côtés, il n'est pas dans une position offensive, juste prêt à frapper au moindre signe d'attaque. « Je suis le Maître Jedi Qui-Gon Jinn, comment vous appelez-vous ? » demande-t-il tranquillement à l'homme pris en otage.

« Eir, vendeur de fruits ». Des lignes usées se creusent aux coins de yeux de l'homme comme il essaye de sourire dans une humble tentative, mais ses traits se transforment en une grimace de douleur.

Qui-Gon incline légèrement la tête, alors que Xanatos grogne de dégoût.

Avec un ricanement, le Jedi noir fait pas un pas en arrière, tirant Eir avec lui et l'entraînant vers un hangar à proximité. Eir grimace tandis qu'il est traîné de force, le mince tissu blanc de sa chemise de nuit est trempée de sueur. Qui-Gon suit silencieusement, chaque pas est une danse mesurée, ses yeux perçants cherchant une faiblesse dans la démarche de Xanatos, un tremblement dans son poignet, tout ce qui peut être exploité contre lui.

Mais il n'y en a pas. Xanatos a bien été entraîné, formé par Qui-Gon Jinn.

Qui-Gon a dû avoir un peu trop avancé, car Xanatos resserre son emprise sur la poignée de son sabre, rapprochant la lame écarlate du cou de son otage. La Force est tendue et le souffle sifflant du vieillard ne fait qu'accélérer les battements qui cognent dans les oreilles de Qui-Gon. Même les oiseaux se sont tus. L'air s'épaissit avec le silence comme la brume du matin se lève et se dresse autour d'eux. Elle étend ses doigts mouillées et dissimule leurs bottes, couvre leurs cheveux d'humidité et les camoufle aux yeux des derniers promeneurs. Qui-Gon et Xanatos ne se battent qu'avec leurs esprits, ils se trouvent dans une sorte d'arène. Une arène transformée en lutte intime, dans les hangars publiques de Naboo.

Quand Qui-Gon parle, sa voix est un coup de fouet perdu dans la blancheur silencieuse qui l'entoure. « Xanatos, tous les hangars de Theed possèdent des forces de sécurité. Mon padawan aura sans doute averti la sécurité du palais, qui alertera à son tour les gardes du hangar. Tes chances de quitter cette planète sont minimales. Rends-toi et tu auras un procès équitable sur Coruscant. »

Le rire de Xanatos est quelque chose de terrible, empli de trahison, dégoulinant du sang du père et de l'amertume d'un fils. « Il n'y pas de procès équitable pour un Jedi Noir, Maître. »

« Pourquoi es-tu ici ? » Qui-Gon essaye de gagner du temps grâce à ses mots à présent, cherchant à créer une distraction. « Quel est ton objectif ? Je ne saurais jamais pourquoi tu es sans espoir, Xanatos... » Son estomac se serre douloureusement. Cette vérité était apparue dans une terrible déchirure de leur lien sur Télos.

De toutes les actions que Qui-Gon aurait pu imaginer, il ne s'attendait pas à ce que Xanatos sourit victorieusement. Son sourire est un flash dans le temps. Durant quelques minutes, il le revoit sur le visage d'un garçon de treize ans il y a bien bien longtemps.

« Jamais tu n'as été aussi facile à manipuler, Qui-Gon » ricane Xanatos. « Je veux deux choses » Ses doigts se déplacent sur le manche de son sabre-laser comme des traînées de sueur rendent le métal glissant. Le cœur de Qui-Gon bat paisiblement comme toujours, mais son corps se tend. Dès qu'il en aura l'occasion, il passera à l'attaque. « Un : que tu comprennes ce que cela signifie d'être brisé. » La confiance de Xanatos instille le doute dans l'esprit du Jedi- il a l'impression qu'il a loupé une observation cruciale.

« Et deux » La tête de Xantos s'incline sur le côté, son regard sombre perce les yeux bleu ciel de son maître. « Pourquoi penses-tu que je suis venu seul ? »

La Force hurle un avertissement. Le lien flamboie sous la terreur subite de Obi-Wan. Le cri de Qui-Gon se perd dans le bourdonnement frénétique du sabre-laser de Xanatos, et le monde se dissout dans un écho de magnitude terrifiant, le choc qui les traverse à travers le brouillard, venant de la direction d'où ils provenaient, tape dans leurs os et mitraille leurs tympans. Les volutes du brouillard s'agitent autour d'eux comme l'air résonne des alarmes de sécurité. Qui-Gon pivote sur lui-même, tentant de voir ce qu'il se passe, mais la brume sépare sa vue de toute source de perturbation.

Un gargouillis étranglé derrière Qui-Gon lui fait brusquement tourner les talons, son sabre-laser se dresse dans le brouillard tandis qu'il maudit sa distraction...

Et l'agonie s'épanouit dans la Force comme des vrilles de sang qui s'enroulent dans l'eau.

Qui-Gon fait pas en avant et tombe à genoux à côté de Eir, dont l'odeur de chair brûlée crépite dans l'air alors qu'il est sans vie sur les pavés humides, le choc et la confusion creusant des fissures de douleur dans son visage déjà marqué. Le carmin profond du sabre-laser de Xanatos s'estompe dans la brume comme un cauchemar en fuite.

Les yeux céruléens rencontrent des iris moqueurs, et la Force commence à se mettre en mouvement.

OoOoOoO

Lorsque Obi-Wan arrive, le monde autour de lui est un véritable chaos.

La poussière le recouvre de la pointe de ses cheveux emmêlés à la paume de ses pieds ensanglantés. Sa chemise de nuit est maculée de saleté, son front moite de sueur. Quand il arrive enfin à ôter la poussière de ses yeux, il est pris de confusion. Il était persuadé d'avoir arpenté un couloir magnifique, loin de la garnison de sécurité, mais à présent il ne reste plus qu'un champs de ruines jonché de débris et d'éclats de bois.

Accroupi dans les ombres crées par les montagnes de pierres brisées, Obi-Wan est malgré tout satisfait de constater que sa flûte fraîche est toujours dans sa poche. Il se reproche mentalement d'avoir laissé son sabre-laser dans leurs quartiers, il aurait été utile ici à la fois pour éclairer mais aussi pour dégager un passage.

Après un passage très prudent et plusieurs entailles à rajouter à celles qui couvrent son corps, Obi-Wan parvient à émerger du carnage, où un couloir poussiéreux mais encore intact s'étire en direction des jardins.

Un mouvement flou dans un coin de sa vision.

Obi-Wan s'élance, ignorant sa peau qui se fendille sous le geste brusque- la douleur croie avant de ne devenir rien de plus qu'un engourdissement- et il se précipite derrière la silhouette ombragée. Il est tout à fait conscient qu'être sans sabre-laser constitue un risque, mais il est également conscient de son devoir de Jedi.

A travers la lumière clignotante des bandes lumineuses d'urgence, la forme masquée semble scintiller d'une position à une autre, sautant de couloir en couloir avec des mouvements saccadés et irréguliers, telle une danse macabre de marionnettes brisée. Sa tête encapuchonnée est inclinée dans des angles étranges alors qu'elle avance parmi les colonnades, loin des alarmes de sécurité.

Mais la silhouette doit être une créature vivante car elle lâche un grognement en se cognant contre un pilier et des objets brillent dans son manteau. Elle marque une pause un moment puis gronde une malédiction avant de se mettre à courir.

Obi-Wan semble voler au-dessus des débris puis remarque des blocs métalliques éparpillés sur le sol Il se souvient alors d'en avoir vu dans les holocrons des archives. Ils appartiennent à des explosifs militaires et il voit aussi des fils sortant de leurs interfaces vierges. Ainsi, la personne qu'il poursuit est responsable du chaos laissé derrière eux. Poussé par cette nouvelle connaissance, Obi-Wan est tellement concentré sur sa poursuite qu'il ne remarque pas le cri d'avertissement de la Force.

Instable à cause des explosions précédentes, un pan du plafond s'effondre devant eux. Obi-Wan s'immobilise, apercevant la silhouette qui tourne la tête pour le regarder.

Les yeux aux couleurs des enfers se retrouvent face aux yeux gris-bleu. La reconnaissance embrase la Force comme du minerait de fer fondu se transforme en air brumeux.

Puis une autre tonne de gravats s'écrase devant eux, scellant un mur dans la Force Unificatrice entre le présent et le futur.

Dans la pénombre, Obi-Wan reste debout, fixant le mur blanc devant lui durant un moment, puis il revient lentement sur ses pas, là où les blocs explosifs sont éparpillés parmi les débris, aussi anodins que des briques sur le sol poussiéreux. Là, au milieu du désordre, se trouve une coque de fruits.

Obi-Wan se penche pour la ramasser. La texture de la petite sphère est douce et rugueuse sous ses doigts. Une coque de muja.

Il peut encore goûter la douceur acidulée de cette muja. Il avait senti son poids dans le creux de sa main avant de la lancer à l'autre garçon. Le fruit à moitié fini avait claqué dans cette main rouge, et ils s'étaient salués du regard avant de se séparer.

Cela c'était déroulé au coucher du soleil. Mais maintenant, le jeune garçon constate que c'est presque le lever du soleil. Il empoche la coque du mujja et soupire, se mettant à chercher un endroit sûr.

OoOoOoO

La brume se dissipe sur la place à la venue du matin, apportant avec elle un chant funèbre.

« Regardez-moi » fit Qui-Gon en désactivant son arme et en l'accrochant à sa ceinture. Ses mains calleuses examinent doucement la brûlure profonde causée par la lame écarlate dans la poitrine d'Eir, envoyant le peu de guérison qu'il connaît dans la blessure. Mais bien qu'il envoie une puissance fraîche sur la peau brûlée, Qui-Gon sait que rien ne peut être fait. Xanatos avait été rusé, en effet. La blessure n'est pas assez profonde pour causer une mort instantanée, elle est plutôt destinée à empêcher Qui-Gon de continuer sa traque. La mort aurait causé une acceptation immédiate de la part du Maître Jedi, alors que les blessures conduisent à un effort désespéré pour sauver ce qui ne peut être sauvé.

Rien de tout cela ne change le fait terrible que Eir n'a plus que quelques minutes à vivre. Pas même le Maître Guerisseur Vokara Che ou encore Averin auraient pu faire quelque chose pour lui, s'ils avaient été là.

« Maître...Jinn » Les mots de Eir sont un concentré d'épuisement. C'est la voix d'un vieillard étrangement heureux de ne pas être seul à son dernier moment. La Force couronne les boucles blanches et moites de sa vieille tête, elle chuchote une berceuse apaisante pour accueillir l'un des siens.

Qui-Gon détecte la pulsation de la Force à chaque battement lent et erratique sous ses doigts, et incline la tête à la reconnaissance d'un égal. « Maître Eir. »

Un petit rire serein qui se transforme en quinte de toux. « Vous lisez dans les pensées de tout le monde » murmure Eir, ses yeux de terre se refermant à moitié. « Quelques douzaines d'autres de ces... midi-machin...et j'aurais pu être...un Jedi, vous savez. »

A cela, Qui-Gon n'a pas de réponse. Il hoche la tête, ancrant toujours son regard dans celui du mourant. L'air n'est pas seulement humide, à présent il est chargé de poussière et de fumée, venant du palais.

Et avec l'odeur de la mort vient une autre réalisation. « Vous avez senti ma signature de Force » dit-il. Ce n'est pas une question.

« C'est pourquoi...j'ai quitté ma maison, oui. »

Le Jedi prend une respiration lente et contrôlée, chassant la culpabilité qui tiraille sa poitrine.

Le vieil homme bouge légèrement, compréhensif.

« Maître Jinn » murmure-t-il. Non sans effort, les yeux de Eir se concentrent sur ceux de Qui-Gon. « Hier, j'ai rencontré votre compagnon, un garçon intelligent et des plus perspicaces. Je lui ai donné une muja. » Malgré la lassitude hésitante de ses mots, la commissure de ses lèvres se contractent en un sourire. « C'est votre fils ? »

Qui-Gon secoue la tête, avalant sa salive. « Non, c'est mon apprenti. »

Un petit rire. « Vous êtes têtu, n'est-ce pas ? » Le regard du vieil homme s'éclaircit brusquement et Qui-Gon se retrouve plongé dans un regard d'acier, comme des lances rougies par la rouille, et il y voit une vie riche emplie de trophées, d'expérience et de bonheur à travers les épreuves et la guerre. « Oh je vois. » Eir ferme brièvement les yeux. « L'autre aussi a été votre fils. »

Le visage du maître Jedi est impénétrable, mais ses mains frissonnent comme elles sont toujours pressées sur l'horrible blessure. Alors une expression de surprise passe sur son visage quand les mains de Eir couvrent les siennes.

Le regard de Eir est étrangement semblable à celui de Ki-Adi-Mundi : sage, ouvert et compréhensif.

Il tape faiblement les doigts de Qui-Gon, et le grand Jedi ôte ses mains de la chair et de la tunique brûlées, aidant le mourant à placer ses paumes sur sa poitrine déchirée. Alors que la brume du matin commence à disparaître et que le ciel s'éclaircit, Eir prend une respiration plus profonde, inhalant les courants de la Force elle-même, et ouvre les yeux une dernière fois. Les mots, quand ils viennent, sont doux mais graves.

« Enseignez-lui bien, Maître...Jinn, et ne le jugez pas...à cause des péchés...de son grand frère. »

Qui-Gon hoche la tête et s'incline par respect pour les enseignements d'un maître.

Le soleil de Naboo brise l'horizon comme une armée qui avance vers l'est, ses rayons lumineux, chassant les dernières volutes de brume balayée par le vent, inondent de chaleur son corps et peint les traits aquilins de Qui-Gon en bronze, versant de l'or liquide sur lui. Comme endormi, Eir repose sur les pavés de Theed baignés de lumière. Et avec lui, la Force chante doucement, accueillante et mélodieuse, façonnant un chemin avec ses notes douces à travers la musique des sphères elle-même.

Eir ne ressent pas cette chaleur, car déjà il est emporté par la Force Vivante. Comme il s'en va, une nouvelle mélodie erre dans les variations infinies de la musique des sphères.

Qui-Gon pose une main sur l'épaule fine, offrant plus de réconfort à lui-même qu'à celui qui n'est plus là. « Il n'y pas de mort, il n'y a que la Force » murmure-t-il doucement. « Reposez en paix, maître Eir. »

Puis il se lève et se tourne vers le palais, car il a juré de protéger les vivants.

OoOoOoOo

Le pilote Dresselien Saret Stellarian fixe la longueur cramoisie du sabre-laser et décide que, peu importe ses fonctions de pilote de la République, il n'est en aucun cas préparé à ça.

« Ecarte-toi » Le visage pâle du jeune homme est moite de sueur.

Ce n'est pas le sabre-laser qui menace sa gorge, ni les cadavres des gardes de sécurité qui jonchent le hangar, qui font que Saret obéit. Non, c'est plutôt les ombres et les fantômes qui hantent les yeux de l'homme à la lame écarlate. C'est le regard d'un homme autrefois fier mais qui traîne désormais des démons dans son sillage.

Saret s'éloigne parce que les démons sont plus susceptibles de suivre ce jeune homme fou, et pas lui.

La silhouette épurée de sa navette républicaine capte les premiers rayons de l'aube alors qu'elle traverse le hangar à une vitesse cinq fois supérieure à la vitesse légale et qu'elle sort de l'atmosphère dans l'hyperespace.

Un cliquetis de botte, puis un peloton entier de gardes du palais se précipite dans la baie du hangar. Quelques-uns s'arrêtent, leurs yeux s'élargissant en voyant les cadavres sur le sol.

« Où est-il parti ! » cri leur capitaine.

« Là-haut ! » Saret fait des gestes erratiques en direction du ciel qui s'illumine progressivement. « Avec une navette de la république de plusieurs millions de crédits. Il a aussi détruit le système de traçage. »

« Bordel de merde ! »

Saret soupire, essayant de calmer son rythme cardiaque.« J'allais le dire. »

OoOoOoOo

Palpatine trouve le petit Zabrak qui erre près des portes du hangar. Évidemment, il était arrivé au hangar pour constater que son « associé » avait disparu et qu'il n'y avait donc aucun argent dans les poches. Durant un moment, le Seigneur Sith et le Zabrak se fixent du regard à travers la lumière de l'aube frappant leurs deux capuchons mais n'éclairant pas leurs visages. Puis le plus jeune fronce les sourcils. « Que voulez-vous ? » défie l'enfant.

Palpatine ne répond pas immédiatement. Au lieu de ça, il laisse un sourire se répandre sur ses traits, montrant son pouvoir, son vrai visage et sa volonté d'acier. «Cela n'a pas d'importance, cela n'a aucune d'importance de savoir ce que je veux. Laisse-moi plutôt te poser une question : que veux-tu ? »

Le garçon semble perplexe. Le froncement de sourcils s'approfondit sur son front écarlate. « Le pouvoir » dit-il finalement.

Le sourire sur le visage ridé de Palpatine s'élargit imperceptiblement. « Alors viens avec moi, j'ai observé tes actions au palais ce matin et je pense que tu pourrais avoir un certain...potentiel. Je serais ton maître et tu seras mon apprenti. Viens avec moi, et je te donnerais tout ce que tu cherches. »

« Pourquoi ? » rétorque le Zabrak.

« Plus tard. Pour l'heure, je dois te demander autre chose: quel est ton nom ? »

Une pause. La honte plane dans l'air autour d'eux.

« Ecoute-moi. » D'un coup, les mots tombent des lèvres de Palpatine comme des coups de massue sur du cristal. « Je vais te donner un nom. Désormais tu t'appelleras Maul. »

« Maul. » Le jeune Zabrak roule le mot sur sa langue, goûte son nouveau nom, sa nouvelle identité. « Maul. »

« Viens. » Palpatine se retourne . « Avec le temps, tu deviendras Dark Maul. »

Le sourire de Palpatine est blanc, plus blanc que la lumière elle-même, la blancheur du vide. Maul ne sera pas l'Apprenti. Mais il deviendra rapidement une arme.

Maul se redresse complètement tandis que le vent attrape le bord de son capuchon et le rejette en arrière, découvrant son crâne rouge étincelant à la lumière. « Oui, Maître » murmure-t-il.

OoOoOoOo

Les morts sont comptés et recomptés, une liste dressée par le chef de la sécurité. Le maître Jedi fait de son mieux pour rassurer ceux restés au palais tandis que la reine prépare un discours pour apaiser les cœurs effrayés de son peuple. Le nouveau sénateur prononcera son discours d'investiture ce soir, et il sera plein de chagrin et de regret. Le gouverneur Atushi Naberrie se trouve parmi les victimes, son bureau ayant subi une grande partie de l'explosion. La reine est en train de réconforter sa femme éplorée pendant que sa fille tord ses petits poings dans ses jupes, appelant à grands cris son papa.

Qui-Gon Jinn retrouve son apprenti sur la place, agenouillé près d'une silhouette recouverte d'un drap de lin.

Ses pas ralentissent alors qu'il s'approche d'eux. Eir.

Obi-Wan ne réagit pas lorsque Qui-Gon s'accroupit et pose une main sur son épaule. Le lien reste muet et calme même quand Qui-Gon s'éclaircit la gorge. « Padawan»

Un petit hochement de tête est tout ce qu'il reçoit comme réponse.

Qui-Gon se laisse tomber à côté de son apprenti et compte les ecchymoses et les éraflures qui recouvrent la peau d'Obi-Wan. Le garçon est vêtu seulement d'une chemise fine et d'un pantalon de nuit. Les anciennes cicatrices de ses pieds se sont rouvertes tandis que de nouvelles sont également apparues. Malgré l'air chaud, il frissonne.

« Obi-Wan » tente à nouveau Qui-Gon. « Nous devrions nous rendre dans un centre médical, car tes blessures dépassent de loin mes compétences de guérison. »

Une des petites mains fermée en poing tremble, puis les doigts se déroulent lentement pour révéler une coque à muja. Qui-Gon la regarde un moment, puis ferme les yeux et libère sa compassion et sa pitié dans la Force avec un petit soupir. Tendant l'une de ses grandes mains, il replie les doigts d'Obi-Wan sur la coque, lui conférant sécurité et réconfort.

« Je vais contacter le conseil » dit-il doucement. « et demander à ce qu'il soit incinéré au Temple et ses cendres enterrées là, parmi le reste de notre Ordre. »

A ce moment là, les tremblement des mains d'Obi-Wan devinrent subitement plus violents. Le garçon déglutit et incline simplement la tête.

Qui-Gon lâche la main de son apprenti et se met debout, le dos droit, ignorant les protestations de ses articulations. « Il s'appelait Eir. »

Obi-Wan ferme les yeux, s'inclinant profondément devant la forme enveloppée de Eir. Qui-Gon fait la même chose.

Puis Obi-Wan tente de se relever, vite rattrapé par son maître avant que ses jambes blessées ne se dérobent. Autour d'eux, les gardes du palais regardent ailleurs, semblant comprendre cette intimité poignante. Le grand Jedi soulève son padawan dans ses bras et part pour le centre médical du palais, tout en sachant que Obi-Wan évite toujours son regard. Mais Qui-Gon préfère ne pas commenter.

Les traces humides laissées par les larmes d'Obi-Wan sur sa tunique parlent d'elles-mêmes.

OoOoOoOo

Les funérailles sont courtes au Temple Jedi et presque vides. Ce n'est pas l'enterrement d'un maître respecté ou d'un chevalier admiré. Il n'y a que Maître Yoda et Mace Windu, avec un grand maître Jedi qui frotte les poils de sa nouvelle barbe, et son Padawan qui se frotte les yeux d'une main bandée.

« De l'Ordre, Maître Eir n'était pas. » La voix rocailleuse de Yoda est un baume de sagesse, de sérénité et de sympathie. « Et pourtant accueilli comme l'un des nôtres, nous avons.»

Qui-Gon adresse un signe de tête à son apprenti, et Obi-Wan s'avance. Les lourds plis de son manteau tournoient autour de ses bottes. Il marche toujours avec une boiterie légère. Mais sa main est ferme quand elle active son sabre-laser et enflamme le bûcher où repose la forme enveloppée d'un homme inconnu.

Les flammes se propagent rapidement. La lumière scintillante illumine bientôt tous leurs visages.

La main de Qui-Gon vient se poser sur l'épaule d'Obi-Wan tandis que son Padawan se place une fois de plus au côté de son maître.

Ne le juge pas à cause des péchés de son frère aîné.

Sa main se resserre légèrement, Obi-Wan lui lance un regard interrogateur. Qui-Gon secoue simplement la tête, le fantôme d'un sourire flottant sur son visage. Inclinant la tête, Obi-Wan lui retourne son sourire avec hésitation, la douleur qui brillait dans leurs yeux s'en va rejoindre la Force.

Alors que la fumée s'élève dans le ciel, maître et padawan se tiennent ensemble.

Et dans le jardin secret d'Obi-Wan, planté au cœur du temple Jedi, un unique et jeune muja émerge de la terre humide, goûtant pour la première fois l'air pur.


Et voilà ^^ j'espère que cela vous a plu !

Petite question: aimeriez-vous vivre dans Star Wars ? Si oui, que seriez-vous ?