- C'est lui qui a causé le changement de mon patronus. L'aigle est emprunt de la magie de Chilpéric. Après je ne sais mais pourquoi ni comment il a fait mais c'est la première chose que je lui demanderais quand je le trouverais.
- Ariana …
Emma avait commencé sa phrase en ne voulant pas la regarder mais ne semblait pas vouloir la terminer. Le malaise était grandissant. Emma regardait tour à tour Childéric et Ariana comme si elle attendait qu'ils prennent une décision.
Ariana comprenait qu'Emma aurait voulu qu'elle arrête les recherches. Childéric aurait voulu tourner la page sans pouvoir se résoudre à vraiment le faire. Finalement c'est Ariana qui parla.
- Il ne peut pas être mort.
- Il n'était pas immortel.
- Tu ne comprends pas. S'il est … s'il ne revient plus il n'aura jamais connu mon véritable nom.
Emma comme Childéric levèrent des yeux ronds vers elle.
- Oui, je suis désolée. Je ne l'ai jamais dit mais Ariana White n'existe pas. Je m'appelle Ariana …
- … Dumbledore.
- On sait.
- Chilpéric le savait aussi.
Ce fut au tour d'Ariana d'écarquiller les yeux. Elle s'enfonça dans la canapé, le souffle court, le regard perdu.
- Depuis quand ?
- Depuis l'hiver de notre première année. Lorsque tu avais fait ton séjour à l'infirmerie, le professeur Dumbledore était venu. Pour éviter toute question déplacée, c'est lui qui nous a dévoilé votre lien de parenté.
- Et pourquoi vous n'avez rien dit ? Pas une remarque. Pas une question.
- Tu avais fait un choix.
- Nous l'avons respecté.
Ariana était perdue, désorientée et pourtant infiniment soulagée et fière. Elle aurait voulu les prendre dans ses bras mais son corps ne voulait pas répondre. Heureusement pour elle, ses amis la comprirent et l'enserrèrent, chacun de leur côté. Ariana n'avait jamais tant pleuré.
Alors qu'elle rentrait chez son père elle avait les yeux rouges, la tête douloureuse et la peau brûlante mais elle était heureuse. Il ne lui manquait plus que Chilpéric. Comme promis elle resta jusqu'à la fin de la semaine puis repartit. Sa vie ne fut ensuite plus que cela : des années de voyages entrecoupées de parenthèses familiales.
Elle aurait pu faire sa vie comme cela si la situation était demeurée la même. Après près de 50 ans, un soir de 1995, le lion d'Emma vint lui rendre visite. Il ne dit rien et disparut presque sitôt qu'il fut sûr qu'elle l'avait vu et reconnu. Ariana se procura presque immédiatement après une copie de la Gazette du jour.
Y figurait en gros caractère Harry Potter, le « faux » retour de Voldemort et les hypothétiques manipulations d'Albus Dumbledore. Malgré la volonté de désamorçage de l'article, le papier tira la sonnette d'alarme dans l'esprit d'Ariana. En un clignement d'œil elle avait disparut.
Albus Dumbledore était affairé à son bureau. Outre sa propre musique de cliquetis et de frémissements de plumes, la pièce était silencieuse. Accrochés aux murs, les vieux directeurs somnolaient, certains ronflaient doucement.
Aucun des doyens passés ne vit qu'en une seconde ils ne furent plus seuls. Albus, lui, leva simplement des yeux malicieux au dessus de ses verres demi-lune. Il lui sourit d'un air presque entendu comme s'il l'avait attendu.
- Je vois que tu n'as plus besoin que l'on t'ouvre les portes. Dois-je revoir les enchantements anti-transplanages ?
- Pas la peine. Aucun génie du mal ne se servira de mon petit tour de passe-passe.
- Bien. Cela faisait longtemps n'est-ce pas ?, dit-il en se levant.
- En effet. On s'embrasse ?
Le sourire du sorcier s'élargit et ils partagèrent une accolade presque pudique. Après s'être séparés, ils restèrent un moment sans rien dire. Plus il la regardait, plus ses yeux prenaient de l'âge. Elle y avait toujours vu des émotions qui ne la concernaient pas. À une époque elle s'en agaçait. Maintenant elle s'émouvait du vieil homme.
- Que vas-tu faire ?
- Te demander de rester en dehors de tout cela.
- Vous aurez besoin de toutes les forces possibles.
- Ne prends pas part au conflit. Le reconstruction est une tâche aussi importante que le combat.
- Tonton …
- Je t'en prie.
Ses yeux étaient si implorants qu'Ariana céda avec un soupire.
- Merci. Je te sais très persévérante et j'apprécie que tu comprennes les enjeux de cette guerre.
- Les guerres et autres batailles historiques c'est ton domaine. Moi je cherches juste à faire ce que je peux, sans causer trop de dégâts que je ne pourrais réparer.
Malgré tous ses efforts, sa voix sonna plus froide que ce qu'elle aurait voulu. Albus le comprit et n'ajouta rien. Suite à cela ils ne se revirent que deux ans plus tard, l'après-midi du 30 juin.
Ariana s'était installée dans les campagnes aux alentours lointains de Poudlard, n'ayant pas l'audace d'emménager au Pré-au-lard. Albus vint frapper à sa porte peu après le repas et la trouva donc occupée à faire sa vaisselle. Ils s'assirent devant la cheminée en silence. Ariana avait senti l'air de gravité de son oncle dès qu'il avait frappé le bois de la porte.
- Ariana il faut que je te dise quelque chose …
Cette dernière fut tout de suite piquée au vif. Son oncle ne l'appelait que très rarement par son prénom. Ce qu'il avait à lui dire devait être bien plus sérieux que ce qu'elle avait cru.
- Je n'ai jamais été un oncle exemplaire, ni un frère digne de ce nom … mais je ne pourrais pas me repentir aujourd'hui. Je vais te faire un dernier cadeau. C'est quelque chose que j'ai longtemps rêvé d'offrir à la première Ariana …et au final c'est la seule chose qui vaille la peine d'être offerte.
Albus posa alors une main juste au dessus du cœur de sa nièce et commença à psalmodier. Ariana se concentra sur la magie de son oncle. Elle se demandait vraiment ce dont il parlait mais elle avait appris depuis longtemps à ne pas poser de questions. Par exemple elle avait fait semblant de ne pas voir la main noire de son oncle.
Elle puait la magie noire et la mort mais Ariana sentait aussi que le mal avait été endigué pour l'instant. Elle n'avait besoin d'aucun autre indice pour savoir que la blessure était en lien avec Voldemort. Sûrement pas une confrontation directe mais quelque chose de très lié à sa chute, sinon Albus n'aurait pas pris ce risque.
Ariana avait senti que peu à peu la magie de son oncle envahissait chaque cellule de son corps. Il l'enveloppait toute entière dans une chaleur solaire très différente de son attitude d'aujourd'hui. La sorcière se détendit. Même si elle n'avait aucune idée de ce qui l'attendait, elle avait confiance dans les capacités de son oncle.
Cela dura une heure ou trois. Les deux Dumbledores s'équivalaient en patience et le temps s'écoulait différemment lorsqu'ils n'y avait qu'eux. Ils créaient une temporalité qui leur était propre et pouvait y passer des heures entières sans s'en rendre compte. C'est exactement ce qui se passa cette après-midi-là.
Lorsqu'Albus retira sa main, une minute aurait pu passer comme une éternité. Ils échangèrent un regard presque hagard de retourner à la réalité. Ariana lui sourit, elle voyait que jusque dans son âme il en avait besoin. Ce dont il avait vraiment besoin c'est du pardon qu'elle ne pouvait lui donner puisque ce n'était pas d'elle qu'il était question.
Albus se leva pour ressortir et faiblit un instant. Ariana en profita pour passer ses bras autour de lui. Le vieux sorcier resta immobile jusqu'à ce que sa nièce ne le lâche. Il ne dit rien. Elle non plus. Et il s'en fut.
Ariana ne vit pas la larme au coin de son œil. C'était la dernière fois qu'elle le voyait car le lendemain matin Albus Dumbledore était mort.
J'espère que ce nouveau chapitre vous aura plus. On commence à bien se rapprocher de la fin. Le chapitre de la semaine prochaine sera l'avant-dernier. Jusque là passez une bonne semaine et si vous avez le temps, pensez à laisser une petite review !
